Leçon 8 sur 13
Échanges gazeux chlorophylliens et mécanisme de la photosynthèse
Je sais mesurer et interpréter les échanges gazeux d'une plante verte, distinguer photosynthèse réelle et apparente, et expliquer les deux phases du mécanisme de la photosynthèse.
- 1 h 30
- 5 exercices corrigés
- 3 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Interpréter des mesures d'échanges de O2 et de CO2 à la lumière et à l'obscurité
- Calculer la photosynthèse réelle, la photosynthèse apparente et le quotient photosynthétique
- Montrer, grâce aux expériences de Hill et de Ruben et Kamen, que le O2 rejeté provient de l'eau
- Décrire la phase claire (thylakoïdes) et la phase sombre ou cycle de Calvin (stroma)
Avant de commencer : La photosynthèse (équation, chloroplaste, pigments) ; la production de matière organique ; notions de respiration cellulaire ; notions d'oxydation et de réduction.
1Je découvre
Au laboratoire d'un lycée de Kindia, le professeur a installé un rameau de manguier dans une enceinte transparente et étanche, reliée à deux capteurs, l'un de dioxygène (O2), l'autre de dioxyde de carbone (CO2). L'ordinateur trace les courbes en direct.
La lampe est allumée : la teneur en O2 monte, celle du CO2 descend. Le professeur éteint la lampe et couvre l'enceinte d'un tissu noir : les courbes s'inversent, l'O2 diminue lentement et le CO2 augmente.
Fanta s'étonne : « À l'obscurité, la plante fait comme nous : elle respire ! Mais alors, à la lumière, est-ce qu'elle arrête de respirer ? »
Ousmane pose une autre question : « Dans l'équation, il y a de l'oxygène dans le CO2 et dans l'eau. Le O2 qui sort de la feuille, il vient duquel des deux ? »
Comment interpréter les échanges gazeux d'une plante verte, et comment se déroule, étape par étape, la photosynthèse dans le chloroplaste ?
2Je comprends
1. Les échanges gazeux à la lumière et à l'obscurité
Dans l'expérience ci-dessus :
- à l'obscurité, la plante absorbe du O2 et rejette du CO2 : c'est la respiration, qui a lieu jour et nuit dans toutes les cellules vivantes ;
- à la lumière, la plante rejette du O2 et absorbe du CO2 : la photosynthèse l'emporte sur la respiration.
À la lumière, la respiration continue, mais elle est masquée : la plante produit plus de O2 par photosynthèse qu'elle n'en consomme par respiration. Ce que l'on mesure à la lumière est donc un bilan.
- Photosynthèse apparente (ou nette) Pa : l'échange mesuré à la lumière (dégagement net de O2 ou absorption nette de CO2).
- Respiration R : l'échange mesuré à l'obscurité (supposé identique à la lumière).
- Photosynthèse réelle (ou brute) Pr : ce que la photosynthèse produit vraiment.
Pr = Pa + R
Exemple
Une plante rejette 40 mL de O2 par heure à la lumière et absorbe 8 mL de O2 par heure à l'obscurité. Calcule sa photosynthèse réelle.
Photosynthèse apparente : 40 mL O2/h (dégagement net).
Respiration : 8 mL O2/h (consommation, qui continue à la lumière).
Photosynthèse réelle : 40 + 8 = 48 mL de O2 produits par heure.
Le point de compensation. Quand l'éclairement est faible (aube, crépuscule, sous-bois), la photosynthèse réelle peut être exactement égale à la respiration : les échanges gazeux sont nuls, Pa = 0. L'intensité lumineuse correspondante est le point de compensation. En dessous, la plante consomme plus de matière organique qu'elle n'en produit.
Le quotient photosynthétique (QP). C'est le rapport entre le volume de O2 dégagé et le volume de CO2 absorbé par la photosynthèse :
QP = V(O2) dégagéV(CO2) absorbé
D'après l'équation 6 CO2 + 6 H2O → C6H12O6 + 6 O2, quand la plante fabrique des glucides, elle dégage 6 moles de O2 pour 6 moles de CO2 absorbées : QP = 1. Les mesures réelles donnent des valeurs voisines de 1.
2. D'où vient le dioxygène rejeté ?
Hypothèse 1 : il vient du CO2. Hypothèse 2 : il vient de l'eau.
L'expérience de Ruben et Kamen (1941). On utilise un isotope lourd de l'oxygène, l'oxygène 18 (18O), que l'on peut repérer. On cultive des algues vertes (chlorelles) dans deux conditions :
| Expérience | Molécule marquée fournie | O2 dégagé |
|---|---|---|
| 1 | eau marquée H218O + CO2 normal | contient de l'18O |
| 2 | eau normale + CO2 marqué C18O2 | ne contient pas d'18O |
Conclusion : le dioxygène rejeté par la photosynthèse provient de l'eau, et non du CO2. L'oxygène du CO2 se retrouve dans la matière organique (et dans de l'eau formée).
L'expérience de Hill (1937). Hill isole des chloroplastes (broyage de feuilles puis centrifugation) et les place dans une solution sans CO2, contenant un sel ferrique (Fe3+). À la lumière, il observe un dégagement de O2, et les ions Fe3+ sont réduits en ions Fe2+. À l'obscurité, rien ne se passe.
Interprétation : à la lumière, les chloroplastes décomposent l'eau (c'est la photolyse de l'eau), ce qui libère du O2 et des électrons. Ces électrons réduisent un accepteur (ici Fe3+ ; dans la cellule, un transporteur naturel). Ce dégagement de O2 se fait sans CO2 : la production de O2 et la fixation du CO2 sont deux étapes distinctes.
2 H2O xrightarrowlumière, chlorophylle O2 + 4 H^+ + 4 e^-
Pour tenir compte de l'origine du O2, on écrit l'équation bilan sous une forme plus exacte :
6 CO2 + 12 H2O → C6H12O6 + 6 O2 + 6 H2O
Les 12 molécules d'eau fournissent les 12 atomes d'oxygène des 6 O2 ; de l'eau est reformée à partir de l'oxygène du CO2.
3. La phase claire (phase photochimique)
Elle se déroule dans les membranes des thylakoïdes et exige la lumière.
- Les pigments chlorophylliens captent l'énergie lumineuse ; la chlorophylle excitée perd des électrons.
- Ces électrons sont remplacés par ceux de l'eau : c'est la photolyse de l'eau, qui libère le O2 et des ions H^+.
- Les électrons circulent le long d'une chaîne de transporteurs de la membrane et aboutissent à un transporteur, le NADP, qui est réduit en NADPH (on écrit aussi NADPH,H^+ ou, dans certains manuels, R'H2).
- L'énergie libérée pendant ce transport sert à fabriquer de l'ATP (à partir d'ADP et de phosphate).
Bilan de la phase claire : l'énergie lumineuse est convertie en énergie chimique sous forme d'ATP et de NADPH ; du O2 est rejeté.
4. La phase sombre (non photochimique) : le cycle de Calvin
Elle se déroule dans le stroma. Elle n'utilise pas directement la lumière, mais elle a besoin de l'ATP et du NADPH produits par la phase claire (c'est pourquoi elle s'arrête peu après qu'on éteint la lumière).
L'expérience de Calvin. Dans les années 1950, Calvin et ses collaborateurs fournissent à des chlorelles éclairées du CO2 marqué au carbone 14 (radioactif), puis les tuent après des temps très courts et recherchent les molécules radioactives. Après quelques secondes seulement, la radioactivité apparaît d'abord dans une molécule à 3 carbones, l'acide phosphoglycérique (APG) ; puis, après des temps plus longs, dans des sucres phosphorylés, puis dans le glucose et l'amidon.
Le cycle comprend trois étapes :
- Fixation (carboxylation) : une molécule de CO2 se fixe sur un sucre à 5 carbones, le ribulose diphosphate (RuDP), grâce à une enzyme, la rubisco. On obtient 2 molécules d'APG (à 3 carbones).
- Réduction : l'APG est réduit en triose phosphate (un sucre à 3 carbones, appelé aussi aldéhyde phosphoglycérique) grâce à l'ATP et au NADPH de la phase claire.
- Régénération : la plupart des trioses phosphates servent à reformer le RuDP (ce qui consomme encore de l'ATP) ; les autres sortent du cycle pour former du glucose, puis de l'amidon ou du saccharose.
Exemple
Fais le bilan en carbone du cycle de Calvin pour la formation d'une molécule de glucose.
Il faut 6 CO2 (6 carbones) pour un glucose C6.
6 CO2 se fixent sur 6 RuDP (6 × 5 = 30 carbones) : on obtient 12 APG (12 × 3 = 36 carbones ; 30 + 6 = 36).
Les 12 APG sont réduits en 12 trioses (36 carbones).
2 trioses (6 carbones) sortent du cycle et forment 1 glucose.
Les 10 autres trioses (10 × 3 = 30 carbones) régénèrent les 6 RuDP (6 × 5 = 30 carbones) : le cycle peut recommencer.
Dépense d'énergie : environ 3 ATP et 2 NADPH par CO2 fixé, soit 18 ATP et 12 NADPH par glucose.
Preuve des liens entre les deux phases. Si l'on éteint brusquement la lumière, la quantité d'APG augmente un court moment et celle de RuDP diminue : sans ATP ni NADPH, l'APG ne peut plus être réduit (il s'accumule), et le RuDP n'est plus régénéré mais continue d'être consommé par la fixation du CO2. Inversement, si l'on supprime le CO2 à la lumière, le RuDP s'accumule et l'APG diminue.
- Membranes des thylakoïdes
- Exige directement la lumière
- Photolyse de l'eau : rejet de O2
- Produit ATP et NADPH
- Énergie lumineuse → énergie chimique
- Stroma
- N'utilise pas directement la lumière
- Fixation du CO2 sur le RuDP (rubisco)
- Consomme ATP et NADPH
- Produit des trioses puis du glucose
Méthode
Pour interpréter une expérience sur le mécanisme de la photosynthèse :
- Je repère ce qui est marqué (18O, 14C) ou supprimé (lumière, CO2) et ce que l'on mesure.
- Si O2 est dégagé sans CO2 (Hill) : la production de O2 est indépendante de la fixation du CO2.
- Si le marquage de l'eau se retrouve dans O2 (Ruben et Kamen) : le O2 vient de l'eau.
- Pour les variations d'APG et de RuDP : lumière coupée → APG monte, RuDP baisse ; CO2 supprimé → RuDP monte, APG baisse.
- Je rattache chaque résultat à la phase claire ou à la phase sombre.
3Je retiens
Je retiens
À l'obscurité : respiration seule (absorption de O2, rejet de CO2). À la lumière : photosynthèse + respiration.
Photosynthèse réelle = photosynthèse apparente + respiration ; au point de compensation, les échanges sont nuls.
Quotient photosynthétique QP = V(O2) dégagé / V(CO2) absorbé ≈ 1.
Ruben et Kamen (18O) et Hill (chloroplastes isolés + Fe3+) : le O2 rejeté provient de la photolyse de l'eau.
Équation exacte : 6 CO2 + 12 H2O → C6H12O6 + 6 O2 + 6 H2O.
Phase claire (thylakoïdes, lumière) : capture de l'énergie lumineuse, photolyse de l'eau, production d'ATP et de NADPH, rejet de O2.
Phase sombre (stroma) : cycle de Calvin ; CO2 + RuDP (rubisco) → 2 APG → trioses (ATP, NADPH) → glucose + régénération du RuDP.
4Erreurs fréquentes
- Croire que la plante ne respire que la nuit : elle respire jour et nuit ; le jour, la photosynthèse masque la respiration.
- Dire que le O2 rejeté provient du CO2 : il provient de l'eau (Ruben et Kamen, Hill).
- Penser que la « phase sombre » se déroule la nuit : elle a lieu le jour, en même temps que la phase claire, car elle a besoin de l'ATP et du NADPH ; elle s'arrête rapidement à l'obscurité.
- Additionner la respiration à la photosynthèse apparente avec un mauvais signe : Pr = Pa + R (la respiration s'ajoute).
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis : photosynthèse apparente, photosynthèse réelle, point de compensation.
b) Où se déroulent la phase claire et la phase sombre ? Cite les produits de la phase claire.
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a) Photosynthèse apparente : échange gazeux net mesuré à la lumière (rejet de O2 ou absorption de CO2), qui est le bilan photosynthèse moins respiration. Photosynthèse réelle : quantité totale de O2 produite (ou de CO2 fixée) par la photosynthèse, égale à la photosynthèse apparente plus la respiration. Point de compensation : éclairement pour lequel la photosynthèse réelle est égale à la respiration ; les échanges gazeux nets sont alors nuls.
b) Phase claire : membranes des thylakoïdes ; phase sombre : stroma. Produits de la phase claire : O2 (rejeté), ATP et NADPH (utilisés par la phase sombre).
2Exercice 2
Un rameau d'hibiscus absorbe 30 mL de CO2 par heure à la lumière et rejette 6 mL de CO2 par heure à l'obscurité.
a) Calcule la photosynthèse réelle en mL de CO2 par heure.
b) Si QP = 1, quel volume de O2 la photosynthèse produit-elle réellement par heure ?
c) Quel volume net de O2 le rameau rejette-t-il à la lumière ?
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a) Photosynthèse réelle = 30 + 6 = 36 mL de CO2 par heure.
b) QP = 1 : volume de O2 produit = 36 mL par heure.
c) La respiration consomme un volume de O2 égal au CO2 rejeté si le quotient respiratoire vaut 1, soit 6 mL/h ; rejet net : 36 − 6 = 30 mL de O2 par heure (égal à la photosynthèse apparente).
3Exercice 3
Décris l'expérience de Ruben et Kamen et sa conclusion. Écris ensuite l'équation bilan de la photosynthèse qui tient compte de ce résultat.
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Ruben et Kamen cultivent des chlorelles à la lumière, d'une part avec de l'eau marquée à l'oxygène 18 et du CO2 normal, d'autre part avec de l'eau normale et du CO2 marqué à l'oxygène 18. Le O2 dégagé n'est marqué que dans le premier cas. Conclusion : le dioxygène rejeté provient de l'eau. Équation : 6 CO2 + 12 H2O → C6H12O6 + 6 O2 + 6 H2O.
4Exercice 4
Des chloroplastes isolés sont placés à la lumière dans une solution sans CO2 contenant du ferricyanure (un accepteur d'électrons coloré en jaune qui se décolore quand il est réduit). On observe un dégagement de O2 et la décoloration de la solution.
a) Comment s'appelle ce type d'expérience ?
b) Explique l'origine du O2 et la décoloration.
c) Pourquoi n'y a-t-il pas de production de glucose ?
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a) C'est une expérience de type Hill (réaction de Hill).
b) À la lumière, la chlorophylle excitée provoque la photolyse de l'eau : 2 H2O → O2 + 4 H^+ + 4 e^-. Le O2 est dégagé ; les électrons, transportés par la chaîne des thylakoïdes, réduisent le ferricyanure, qui se décolore.
c) Il n'y a pas de CO2 dans la solution : le cycle de Calvin ne peut pas fixer de carbone, donc pas de production de glucose. De plus, les électrons sont captés par le ferricyanure au lieu de servir à réduire le NADP.
5Exercice 5
(Type examen) Des chlorelles sont éclairées en présence de CO2. On mesure les quantités d'APG et de RuDP qu'elles contiennent. Au temps t1, on éteint la lumière (le CO2 reste présent). Plus tard, on rallume, puis, au temps t2, on supprime le CO2 (la lumière reste allumée).
| Période | APG | RuDP |
|---|---|---|
| Lumière + CO2 (avant t1) | stable | stable |
| Juste après t1 (obscurité) | augmente | diminue |
| Juste après t2 (sans CO2) | diminue | augmente |
a) Écris la réaction de fixation du CO2 (nombres de carbones compris).
b) Explique les variations observées après t1.
c) Explique les variations observées après t2.
d) Que montrent ces résultats sur les relations entre la phase claire et la phase sombre ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) CO2 (1 C) + RuDP (5 C) → 2 APG (2 × 3 C), réaction catalysée par la rubisco.
b) À l'obscurité, la phase claire s'arrête : plus d'ATP ni de NADPH. L'APG ne peut plus être réduit en trioses ; comme il continue à être formé pendant un moment par la fixation du CO2, il s'accumule. Le RuDP continue d'être consommé par la fixation du CO2 mais n'est plus régénéré (la régénération utilise des trioses et de l'ATP) : il diminue.
c) Sans CO2, la fixation s'arrête : le RuDP n'est plus consommé, mais il continue d'être régénéré à partir des trioses existants, donc il s'accumule. L'APG n'est plus formé, mais il continue d'être réduit grâce à l'ATP et au NADPH de la phase claire : il diminue.
d) La phase sombre dépend de la phase claire (elle a besoin de son ATP et de son NADPH) ; la fixation du CO2 sur le RuDP produit l'APG, qui est ensuite réduit ; le RuDP est régénéré : les réactions forment un cycle, le cycle de Calvin.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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