Leçon 46 sur 49
Les réponses immunitaires et leurs mécanismes
Je sais distinguer le soi du non-soi, décrire la réponse immunitaire innée (inflammation, phagocytose) et les réponses adaptatives à médiation humorale et cellulaire, et expliquer la mémoire immunitaire.
- 1 h 30
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir le soi, le non-soi, l'antigène et le rôle du CMH
- Décrire la réaction inflammatoire et les étapes de la phagocytose
- Expliquer la réponse à médiation humorale (lymphocytes B, plasmocytes, anticorps) et la réponse à médiation cellulaire (lymphocytes T cytotoxiques)
- Expliquer le rôle central des lymphocytes T4 et la mémoire immunitaire (réponses primaire et secondaire)
Avant de commencer : La structure de la cellule, les protéines (synthèse et spécificité), le sang et ses cellules (classes antérieures).
1Je découvre
En cultivant le champ familial près de Kissidougou, Mamadou se blesse la main avec une épine. Le lendemain, autour de la petite plaie, la peau est rouge, chaude, gonflée et douloureuse. Deux jours plus tard, tout est rentré dans l'ordre.
La même semaine, sa petite sœur Hawa a la varicelle. Sa mère n'est pas inquiète pour Mamadou : « Tu l'as eue quand tu étais petit, tu ne l'attraperas plus. »
Mamadou, élève de Terminale SE, se pose deux questions. Que s'est-il passé dans sa main pour que l'infection s'arrête toute seule ? Et comment son corps peut-il « se souvenir », des années plus tard, d'un virus rencontré pendant son enfance ?
Comment l'organisme reconnaît-il et élimine-t-il les éléments étrangers, et comment garde-t-il la mémoire de cette rencontre ?
2Je comprends
1. Le soi, le non-soi et les antigènes
Le système immunitaire est l'ensemble des organes, cellules et molécules qui assurent la défense de l'organisme. Il repose sur la distinction entre :
- le soi : l'ensemble des molécules propres à l'individu, déterminées par ses gènes. Les plus importantes sont les molécules du CMH (complexe majeur d'histocompatibilité, appelé HLA chez l'être humain), présentes à la surface de presque toutes les cellules : elles forment une véritable « carte d'identité » cellulaire, différente d'un individu à l'autre (sauf chez les vrais jumeaux) ;
- le non-soi : tout ce qui est étranger (microbes, cellules d'un autre individu, venins) ou le soi modifié (cellule infectée par un virus, cellule cancéreuse).
Un antigène est une molécule reconnue comme étrangère, capable de déclencher une réponse immunitaire spécifique. La petite partie de l'antigène reconnue s'appelle le déterminant antigénique (ou épitope).
Les organes de l'immunité
- organes lymphoïdes primaires (production et maturation) : la moelle osseuse rouge, où naissent toutes les cellules immunitaires et où mûrissent les lymphocytes B ; le thymus, où mûrissent les lymphocytes T ;
- organes lymphoïdes secondaires (lieux de la réponse) : ganglions lymphatiques, rate, amygdales, plaques de Peyer de l'intestin.
2. La réponse immunitaire innée (non spécifique)
Les barrières naturelles. La peau et les muqueuses (avec le mucus, les cils des bronches, l'acidité de l'estomac, les larmes qui contiennent une enzyme antibactérienne, le lysozyme) empêchent la plupart des microbes d'entrer. L'épine de Mamadou a franchi cette première barrière.
La réaction inflammatoire. Dès l'entrée des microbes, des cellules présentes dans les tissus, notamment les mastocytes, libèrent des médiateurs chimiques (histamine…). Ils provoquent :
- une dilatation des vaisseaux : rougeur et chaleur ;
- une augmentation de leur perméabilité : du plasma sort dans les tissus, d'où le gonflement (œdème) ;
- une stimulation des terminaisons nerveuses : douleur.
Ces quatre signes (rougeur, chaleur, gonflement, douleur) caractérisent l'inflammation. Les médiateurs attirent aussi les phagocytes (granulocytes et monocytes) : ils sortent des vaisseaux en traversant leur paroi (diapédèse) et se dirigent vers les microbes.
La phagocytose. Les phagocytes (granulocytes neutrophiles et macrophages, issus des monocytes) ingèrent et digèrent les microbes en quatre étapes.
- 1Adhésion : le phagocyte se fixe sur le microbe
- 2Ingestion : des pseudopodes englobent le microbe dans une vésicule (phagosome)
- 3Digestion : des lysosomes déversent leurs enzymes dans la vésicule
- 4Rejet : les déchets sont éliminés hors de la cellule (exocytose)
Le pus est formé de phagocytes morts, de microbes et de débris cellulaires. Cette réponse innée est rapide (quelques heures) mais non spécifique : elle agit de la même manière contre tous les intrus. Elle suffit souvent, comme pour la main de Mamadou. Sinon, elle prépare la réponse adaptative : les macrophages et d'autres cellules présentatrices présentent des fragments de l'antigène, associés à leurs molécules du CMH, aux lymphocytes.
3. La réponse immunitaire adaptative (spécifique)
Elle est assurée par les lymphocytes. Chaque lymphocyte possède à sa surface des récepteurs d'un seul type, capables de reconnaître un seul déterminant antigénique. L'organisme possède des millions de clones de lymphocytes différents, formés avant tout contact avec les antigènes.
Elle se déroule en trois phases :
- Induction (reconnaissance et sélection clonale) : parmi tous les lymphocytes, seuls ceux dont le récepteur reconnaît l'antigène sont sélectionnés et activés.
- Amplification : les lymphocytes sélectionnés se multiplient activement (mitoses) et forment un clone.
- Différenciation et effection : les cellules du clone se différencient en cellules effectrices, qui éliminent l'antigène, et en cellules mémoire.
Le rôle chef d'orchestre des lymphocytes T4. Les LT4 (ou LT auxiliaires, qui portent la molécule CD4) reconnaissent l'antigène présenté par un macrophage. Activés, ils sécrètent des interleukines (dont l'interleukine 2), des messagers chimiques qui stimulent la multiplication et la différenciation des lymphocytes B et des lymphocytes T8. Sans LT4, les réponses adaptatives sont très faibles.
4. La réponse à médiation humorale : lymphocytes B et anticorps
Elle est dirigée surtout contre les antigènes libres dans les liquides du corps (bactéries, toxines, virus hors des cellules).
- Les lymphocytes B (LB) reconnaissent directement l'antigène grâce à leurs anticorps membranaires.
- Stimulés par l'antigène et les interleukines des LT4, ils se multiplient et se différencient en plasmocytes, cellules riches en réticulum endoplasmique, qui sécrètent des anticorps en grande quantité (de l'ordre de 2 000 par seconde).
Un anticorps (ou immunoglobuline) est une protéine en forme de Y, formée de quatre chaînes : deux chaînes lourdes et deux chaînes légères, reliées par des ponts disulfure. Chaque anticorps possède :
- une partie variable, aux extrémités des deux bras : elle forme deux sites de fixation identiques, spécifiques d'un déterminant antigénique ;
- une partie constante, qui se lie aux phagocytes.
L'anticorps se fixe sur l'antigène et forme un complexe immun (antigène-anticorps). Ce complexe neutralise l'antigène (une toxine ne peut plus agir, un virus ne peut plus entrer dans une cellule) et favorise sa phagocytose par les macrophages, qui éliminent le complexe. L'anticorps seul ne détruit pas le microbe.
5. La réponse à médiation cellulaire : lymphocytes T cytotoxiques
Elle est dirigée contre les cellules du soi modifié : cellules infectées par un virus, cellules cancéreuses, cellules greffées.
- Les lymphocytes T8 (portant la molécule CD8) reconnaissent l'antigène présenté à la surface d'une cellule par ses molécules du CMH. Ils ont donc une double reconnaissance : antigène + CMH.
- Activés et stimulés par l'interleukine 2 des LT4, ils se multiplient et se différencient en lymphocytes T cytotoxiques (LTc).
- Le LTc se colle à la cellule cible et libère une protéine, la perforine, qui perce des trous dans sa membrane : la cellule infectée est détruite (lyse), avec les virus qu'elle contient.
- Lymphocytes B (maturation dans la moelle osseuse)
- Cellules effectrices : plasmocytes
- Agent : anticorps circulants
- Cible : antigènes libres (bactéries, toxines, virus libres)
- Activés par les interleukines des LT4
- Lymphocytes T8 (maturation dans le thymus)
- Cellules effectrices : T cytotoxiques
- Agent : contact direct et perforine
- Cible : cellules infectées, cancéreuses ou greffées
- Activés par les interleukines des LT4
6. La mémoire immunitaire
Lors d'un premier contact avec un antigène, la réponse primaire est lente (le taux d'anticorps ne devient important qu'au bout d'une à deux semaines) et d'intensité modérée. Pendant ce temps, on peut être malade.
Mais la réponse laisse des lymphocytes mémoire (B et T), à longue durée de vie et plus nombreux que les lymphocytes d'origine. Lors d'un deuxième contact avec le même antigène, la réponse secondaire est plus rapide, plus intense et plus durable : l'antigène est éliminé avant l'apparition des symptômes. C'est pour cela que Mamadou n'attrapera plus la varicelle, et c'est le principe de la vaccination (leçon sur les aides à la réponse immunitaire).
Exemple
On injecte à un lapin une anatoxine tétanique (toxine rendue inoffensive) au jour 0, puis de nouveau au jour 30. On dose les anticorps antitétaniques (valeurs relatives) : J0 : 0 ; J7 : 1 ; J14 : 10 ; J21 : 8 ; J30 : 3 ; J33 : 60 ; J40 : 200. Analyse.
Étape 1 - Premier contact (J0 à J30) : délai d'environ une semaine avant l'apparition des anticorps, maximum modéré (10) vers J14, puis baisse : c'est la réponse primaire.
Étape 2 - Deuxième contact (J30) : les anticorps passent de 3 à 60 en 3 jours et atteignent 200 à J40, soit 20 fois le maximum de la réponse primaire (200 ÷ 10 = 20).
Étape 3 - Explication : le premier contact a produit des lymphocytes B mémoire spécifiques, plus nombreux et plus vite activés.
Conclusion : la réponse secondaire est plus rapide et plus intense : c'est la mémoire immunitaire.
Méthode
Pour analyser une expérience d'immunologie (transfert, ablation du thymus, dosage d'anticorps) :
- J'identifie l'élément transféré ou supprimé (sérum = anticorps ; lymphocytes B ; lymphocytes T ; thymus = LT).
- Je compare avec le témoin : protection ou non, anticorps ou non, rejet ou non.
- Je déduis le type de réponse en jeu : protection transmise par le sérum → médiation humorale ; par les lymphocytes T → médiation cellulaire.
- Je vérifie la spécificité : la protection vaut-elle aussi contre un autre antigène ?
- Je rédige la conclusion en une phrase complète.
Exemple
Des souris privées de thymus à la naissance ne rejettent pas une greffe de peau venant d'une autre souris et produisent très peu d'anticorps contre la plupart des antigènes. Explique.
Étape 1 : le thymus est le lieu de maturation des lymphocytes T ; sans thymus, pas de LT4 ni de LT8 fonctionnels.
Étape 2 : sans LT8, pas de lymphocytes T cytotoxiques : la greffe n'est pas détruite (la réponse à médiation cellulaire est absente).
Étape 3 : sans LT4, pas d'interleukines pour stimuler les LB : la production d'anticorps est très faible.
Conclusion : les LT sont indispensables à la réponse cellulaire et nécessaires à la plupart des réponses humorales.
3Je retiens
Je retiens
Soi : molécules propres à l'individu, dont le CMH (HLA) ; non-soi : étranger ou soi modifié ; antigène : molécule qui déclenche une réponse spécifique.
Réponse innée : barrières, inflammation (rougeur, chaleur, gonflement, douleur), phagocytose (adhésion, ingestion, digestion, rejet) ; rapide, non spécifique.
Réponse adaptative : sélection clonale → amplification → différenciation (cellules effectrices + cellules mémoire) ; les LT4 activent par les interleukines.
Médiation humorale : LB → plasmocytes → anticorps (Y, 4 chaînes, 2 sites) → complexe immun → phagocytose.
Médiation cellulaire : LT8 → T cytotoxiques → perforine → lyse des cellules infectées.
Réponse secondaire plus rapide, plus intense et plus durable grâce aux lymphocytes mémoire.
4Erreurs fréquentes
- Dire que les anticorps détruisent les microbes : ils neutralisent l'antigène et forment un complexe immun, que les phagocytes éliminent.
- Dire que l'antigène « fabrique » les lymphocytes spécifiques : les clones existent déjà ; l'antigène sélectionne celui qui le reconnaît.
- Confondre LT4 et LT8 : les LT4 coordonnent (interleukines), les LT8 deviennent cytotoxiques et tuent.
- Croire que la réponse innée est inutile : elle est la première défense, souvent suffisante, et elle déclenche la réponse adaptative.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis : antigène, anticorps, CMH, plasmocyte, sélection clonale.
b) Cite les quatre signes de l'inflammation et explique l'origine de chacun.
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a) Antigène : molécule reconnue comme étrangère, capable de déclencher une réponse immunitaire spécifique. Anticorps : protéine en Y produite par les plasmocytes, qui se fixe spécifiquement sur un antigène. CMH : ensemble de molécules de surface propres à chaque individu, qui caractérisent le soi et présentent les antigènes aux lymphocytes T. Plasmocyte : cellule issue de la différenciation d'un LB, qui sécrète des anticorps. Sélection clonale : activation des seuls lymphocytes dont les récepteurs reconnaissent l'antigène.
b) Rougeur et chaleur : dilatation des vaisseaux et afflux de sang ; gonflement : sortie de plasma dans les tissus (œdème) ; douleur : stimulation des terminaisons nerveuses par les médiateurs chimiques et la pression de l'œdème.
2Exercice 2
Réalise un schéma annoté d'un anticorps : chaînes lourdes, chaînes légères, parties variables, parties constantes, sites de fixation de l'antigène.
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Schéma attendu : un Y formé de deux longues chaînes (lourdes) au centre et de deux chaînes plus courtes (légères) sur les bras, reliées par des ponts disulfure ; à l'extrémité de chaque bras, une partie variable formant un site de fixation de l'antigène (deux sites identiques) ; le reste (pied du Y et base des bras) constitue la partie constante.
3Exercice 3
Recopie et complète le tableau : pour les LB, les LT4 et les LT8, indique le lieu de maturation, la cellule effectrice obtenue et son mode d'action.
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| Lymphocyte | Lieu de maturation | Cellule effectrice | Mode d'action |
|---|---|---|---|
| LB | moelle osseuse | plasmocyte | sécrète des anticorps |
| LT4 | thymus | LT4 activé (auxiliaire) | sécrète des interleukines qui activent LB et LT8 |
| LT8 | thymus | T cytotoxique | détruit les cellules infectées par la perforine |
4Exercice 4
Un enfant reçoit une première dose de vaccin, puis un rappel un mois plus tard. Les anticorps atteignent un maximum de 15 unités après la première dose et de 300 unités après le rappel.
a) Calcule le rapport entre les deux maxima.
b) Explique cette différence.
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a) 300 ÷ 15 = 20 : le maximum après le rappel est 20 fois plus élevé.
b) La première dose a provoqué une réponse primaire, qui a laissé des lymphocytes B mémoire spécifiques. Lors du rappel, ces cellules mémoire, plus nombreuses et plus vite activées, ont produit une réponse secondaire beaucoup plus intense.
5Exercice 5
(Type BAC) On dispose de souris d'une même lignée (génétiquement identiques).
- Expérience 1 : une souris A reçoit une injection d'une toxine bactérienne mortelle rendue inoffensive (anatoxine). Trois semaines plus tard, on lui injecte la toxine active : elle survit.
- Expérience 2 : on prélève le sérum de la souris A (sans cellules) et on l'injecte à une souris B neuve, qui reçoit ensuite la toxine active : elle survit.
- Expérience 3 : on injecte le sérum de A à une souris C, qui reçoit ensuite une autre toxine, différente : elle meurt.
- Expérience 4 : une souris D neuve reçoit la toxine active sans préparation : elle meurt.
a) Quel est le rôle de l'expérience 4 ?
b) Que montre l'expérience 1 ?
c) Que montre l'expérience 2 sur la nature de la protection ?
d) Que montre l'expérience 3 ?
e) Explique, à l'aide des cellules et molécules impliquées, comment la souris A a acquis cette protection.
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a) L'expérience 4 est le témoin : elle montre que la toxine active est mortelle pour une souris non préparée.
b) L'anatoxine a rendu la souris A résistante à la toxine : elle a acquis une immunité.
c) Le sérum seul, sans cellules, transmet la protection : celle-ci est due à des molécules du sérum, les anticorps. C'est une immunité à médiation humorale.
d) Le sérum de A ne protège pas contre une autre toxine : les anticorps sont spécifiques de l'antigène qui a provoqué leur production.
e) L'anatoxine, reconnue comme antigène, a été présentée par des macrophages aux LT4, qui ont sécrété des interleukines. Les LB possédant des récepteurs spécifiques de la toxine ont été sélectionnés, se sont multipliés, puis différenciés en plasmocytes, qui ont sécrété des anticorps antitoxine, et en LB mémoire. Lors de l'injection de la toxine active, les anticorps l'ont neutralisée (complexe immun) et les phagocytes ont éliminé les complexes.
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6Je vérifie
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