Leçon 11 sur 24
Le partage colonial de l'Afrique à la fin du XIXe siècle
Je sais expliquer comment l'Afrique a été partagée entre les puissances européennes de 1885 à 1914, décrire les grands empires coloniaux et les crises entre colonisateurs, et situer la Guinée française dans ce partage.
- 50 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Expliquer les méthodes du partage (conquête, traités bilatéraux)
- Présenter les grands projets rivaux et les crises (Fachoda, Maroc)
- Décrire la carte de l'Afrique coloniale en 1914 et les grands empires
- Situer la Guinée française dans l'AOF et expliquer la fixation de ses frontières
Avant de commencer : Les leçons « L'impérialisme en Afrique » et « Les rivalités coloniales : la conférence de Berlin ».
1Je découvre
En face de Conakry, on aperçoit les îles de Loos : Kassa, Room, Fotoba. Kadiatou y est allée en pirogue avec sa famille pour une journée de plage. Son oncle lui raconte : « Tu sais, pendant une grande partie du XIXe siècle, ces îles appartenaient aux Britanniques, alors que Conakry, juste en face, était française. Elles ne sont devenues françaises qu'en 1904, après un accord entre Paris et Londres. »
Kadiatou n'en revient pas : « Des îles à quelques kilomètres de chez nous se sont échangées entre deux pays d'Europe, comme des objets ? » Son oncle acquiesce : « À la fin du XIXe siècle, toute l'Afrique a été partagée ainsi, morceau par morceau, par des accords entre Européens et par des guerres contre les Africains. En 1914, il ne restait presque plus rien de libre. »
Comment l'Afrique a-t-elle été partagée entre les puissances européennes à la fin du XIXe siècle, et quelle place la Guinée a-t-elle occupée dans ce partage ?
2Je comprends
1. Après Berlin : la course aux territoires
La conférence de Berlin (1884-1885) a fixé des règles, en particulier l'occupation effective. Les puissances européennes se lancent alors dans une véritable course : c'est la course au clocher (scramble for Africa). En une trentaine d'années, de 1885 à 1914, presque tout le continent passe sous domination européenne.
Le partage se fait de deux façons complémentaires :
- La conquête militaire sur le terrain : des colonnes armées pénètrent à l'intérieur, font signer des traités aux chefs ou les combattent. Les Africains résistent souvent pendant des années.
- Les traités bilatéraux entre puissances européennes, qui fixent les frontières entre leurs zones : par exemple l'accord anglo-allemand de 1890, qui répartit notamment des territoires d'Afrique de l'Est, ou les accords franco-britanniques de 1890, 1898 et 1899 sur l'Afrique de l'Ouest et le Soudan.
Les frontières sont tracées souvent en ligne droite, suivant des méridiens, des parallèles ou des cours d'eau, sans tenir compte des peuples, des royaumes ni des langues.
2. Des projets rivaux
Chaque grande puissance a son rêve colonial :
- La Grande-Bretagne veut un axe nord-sud, « du Cap au Caire », défendu notamment par l'homme d'affaires et homme politique Cecil Rhodes. Elle cherche à relier ses colonies d'Afrique australe à l'Égypte.
- La France veut un axe ouest-est, de l'Atlantique (Dakar) à la mer Rouge (Djibouti), en reliant l'Afrique de l'Ouest, le lac Tchad et le Nil.
- Le Portugal veut relier l'Angola au Mozambique par l'intérieur (la « carte rose »), mais il doit y renoncer en 1890 sous la pression de la Grande-Bretagne.
- L'Allemagne et l'Italie, arrivées plus tard, cherchent à obtenir leur part.
- Axe nord-sud
- Du Cap (Afrique du Sud) au Caire (Égypte)
- Relier l'Afrique australe à l'Égypte
- Les deux axes se croisent au Soudan
- Axe ouest-est
- De Dakar (Atlantique) à Djibouti (mer Rouge)
- Relier l'Afrique de l'Ouest au Nil
- Rencontre à Fachoda en 1898
3. Les crises entre puissances coloniales
Fachoda (1898). Les deux projets, britannique et français, se croisent au Soudan, sur le haut Nil. En juillet 1898, la mission française du commandant Marchand, partie du Congo, s'installe à Fachoda. En septembre arrive une armée britannique commandée par le général Kitchener. La guerre entre la France et la Grande-Bretagne paraît possible. Finalement, la France cède et retire ses troupes. En 1899, un accord laisse le bassin du Nil aux Britanniques.
L'Entente cordiale (1904). Pour mettre fin à leurs rivalités, la France et la Grande-Bretagne signent en 1904 un ensemble d'accords : la France laisse l'Égypte aux Britanniques, qui laissent le Maroc à l'influence française. C'est dans ce cadre que les îles de Loos, en face de Conakry, passent de la Grande-Bretagne à la France.
Les crises marocaines (1905 et 1911). L'Allemagne conteste l'influence française au Maroc. Deux crises graves éclatent (à Tanger en 1905, à Agadir en 1911). En 1911, l'Allemagne accepte de laisser le Maroc à la France en échange d'une partie du Congo français. En 1912, le Maroc devient un protectorat français.
Les guerres de conquête. La Grande-Bretagne mène aussi une guerre difficile contre les Boers d'Afrique du Sud (1899-1902), et l'Italie conquiert la Libye sur l'Empire ottoman en 1911-1912.
Une victoire africaine : Adoua (1896). L'Italie veut soumettre l'Éthiopie. Mais le 1er mars 1896, à Adoua, l'armée de l'empereur Ménélik II écrase l'armée italienne. L'Éthiopie garde son indépendance : c'est un symbole de la résistance africaine.
- 11885 : fin de la conférence de Berlin, début de la course au clocher
- 21890 : accord anglo-allemand ; le Portugal renonce à relier l'Angola au Mozambique
- 31895 : création de l'Afrique-Occidentale française (AOF), dont la Guinée française
- 41896 : victoire éthiopienne d'Adoua sur l'Italie
- 51898 : crise de Fachoda entre la France et la Grande-Bretagne
- 61904 : Entente cordiale ; les îles de Loos deviennent françaises
- 71912 : le Maroc devient protectorat français
4. La carte de l'Afrique en 1914
En 1914, seuls deux États africains restent indépendants : l'Éthiopie et le Liberia. Tout le reste est partagé entre sept puissances européennes :
| Puissance | Principales possessions en 1914 |
|---|---|
| France | Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc) ; AOF (dont Sénégal, Guinée française, Soudan français, Côte d'Ivoire, Dahomey) ; AEF (Gabon, Moyen-Congo, Oubangui-Chari, Tchad) ; Madagascar ; Côte française des Somalis (Djibouti) |
| Grande-Bretagne | Égypte, Soudan anglo-égyptien, Kenya, Ouganda, Rhodésies, Union sud-africaine ; en Afrique de l'Ouest : Nigeria, Gold Coast, Sierra Leone, Gambie |
| Allemagne | Togo, Cameroun, Sud-Ouest africain, Afrique orientale allemande |
| Belgique | Congo belge (colonie de l'État belge depuis 1908) |
| Portugal | Angola, Mozambique, Guinée portugaise |
| Italie | Libye, Érythrée, Somalie italienne |
| Espagne | Rio de Oro (Sahara occidental), Guinée espagnole, zone nord du Maroc |
La France et la Grande-Bretagne possèdent de loin les plus grands empires. L'empire français est surtout constitué de vastes territoires d'Afrique de l'Ouest et du Nord, souvent désertiques ; l'empire britannique contrôle des régions très peuplées et riches (vallée du Nil, Nigeria, Afrique du Sud avec ses mines d'or et de diamants).
Pour gouverner ces immenses espaces, la France regroupe ses colonies en fédérations : l'Afrique-Occidentale française (AOF), créée en 1895, avec pour capitale Saint-Louis, puis Dakar à partir de 1902, et l'Afrique-Équatoriale française (AEF), créée en 1910.
5. La Guinée française dans le partage
La Guinée française (ce nom date de 1891) fait partie de l'AOF dès 1895. Ses frontières sont fixées par des accords entre puissances, sans les Guinéens :
- avec la Guinée portugaise : convention franco-portugaise de 1886 ;
- avec la Sierra Leone britannique : accord franco-britannique de 1889, précisé ensuite ;
- avec le Liberia : accord de 1892, complété au début du XXe siècle ;
- avec les autres colonies françaises (Sénégal, Soudan français, Côte d'Ivoire) : des limites administratives fixées par des décisions françaises, modifiées plusieurs fois ;
- en 1904, les îles de Loos deviennent françaises.
Mais tracer des frontières sur le papier ne suffit pas : la conquête réelle du territoire guinéen se heurte à de fortes résistances, celle de Samory Touré en Haute-Guinée, celle du Fouta-Djallon, celles des peuples de la Guinée forestière, qui ne sont soumis que vers 1911-1912. Ce sera l'objet du chapitre suivant.
6. Les conséquences du partage
- Des frontières artificielles, qui coupent des peuples (les Malinké, les Peuls, les Kissi se retrouvent dans plusieurs colonies) ou regroupent des peuples différents. À l'indépendance, les États africains ont conservé ces frontières.
- La fin de l'indépendance des royaumes et des empires africains, remplacés par une administration coloniale.
- Une économie tournée vers la métropole : les colonies doivent fournir des matières premières et acheter des produits européens.
- Des rivalités européennes aggravées, qui contribuent à la tension qui mènera à la Première Guerre mondiale (1914-1918).
Exemple
Question : « Explique la crise de Fachoda. »
Réponse rédigée : La crise de Fachoda oppose en 1898 la France et la Grande-Bretagne. Elle vient de l'affrontement de deux projets coloniaux : la Grande-Bretagne veut un axe nord-sud, du Cap au Caire, et la France un axe ouest-est, de Dakar à Djibouti. Ces deux axes se croisent au Soudan, sur le haut Nil. En juillet 1898, la mission française du commandant Marchand s'installe à Fachoda ; en septembre, l'armée britannique de Kitchener arrive à son tour. La guerre semble possible, mais la France, plus faible sur place, retire ses troupes. En 1899, un accord laisse le bassin du Nil à la Grande-Bretagne, et en 1904 l'Entente cordiale met fin aux rivalités entre les deux pays.
Exemple
Question : « Pourquoi l'Éthiopie et le Liberia sont-ils restés indépendants ? »
Réponse : L'Éthiopie est restée indépendante grâce à sa force militaire : le 1er mars 1896, l'armée de l'empereur Ménélik II a écrasé l'armée italienne à Adoua. Le Liberia, fondé par d'anciens esclaves venus des États-Unis et indépendant depuis 1847, a bénéficié de la protection diplomatique des États-Unis, même s'il a dû céder des territoires à ses voisins colonisés.
Méthode
Pour décrire une carte historique (par exemple l'Afrique en 1914) :
- Je lis le titre, la date et la légende (une couleur par puissance).
- Je repère les territoires restés indépendants.
- Je cite les puissances qui possèdent le plus de territoires et leurs grandes régions.
- Je localise la Guinée et ses voisins.
- J'interprète : ce que la carte montre de la domination européenne et de ses conséquences.
3Je retiens
Je retiens
Partage de l'Afrique : de 1885 à 1914 (course au clocher), par la conquête militaire et par des traités bilatéraux entre Européens.
Projets rivaux : Grande-Bretagne « du Cap au Caire » (nord-sud) ; France de Dakar à Djibouti (ouest-est) ; Portugal relier Angola et Mozambique.
Crises : Fachoda (1898, la France recule) ; Entente cordiale (1904) ; crises marocaines (1905, 1911) ; Maroc protectorat français (1912). Guerre des Boers (1899-1902).
Adoua (1er mars 1896) : l'Éthiopie de Ménélik II bat l'Italie.
En 1914 : seuls l'Éthiopie et le Liberia sont indépendants ; sept puissances se partagent le reste ; la France et la Grande-Bretagne ont les plus grands empires.
AOF créée en 1895 (capitale Dakar à partir de 1902) ; AEF en 1910.
Guinée française : dans l'AOF dès 1895 ; frontières fixées avec le Portugal (1886), la Grande-Bretagne (1889) et le Liberia (1892) ; îles de Loos françaises en 1904.
4Erreurs fréquentes
- Dire que tout a été partagé à Berlin : le partage se fait de 1885 à 1914, par la conquête et par de nombreux traités.
- Oublier les deux États restés indépendants en 1914 : l'Éthiopie et le Liberia.
- Confondre l'AOF (Afrique-Occidentale française, 1895, dont la Guinée) et l'AEF (Afrique-Équatoriale française, 1910, dont le Gabon et le Congo).
- Croire qu'une frontière tracée sur une carte signifie que le territoire est conquis : en Guinée, la conquête se poursuit jusque vers 1911-1912.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Qu'appelle-t-on la « course au clocher » ? Entre quelles dates se situe-t-elle ?
b) Quels sont les deux États africains restés indépendants en 1914 ?
c) Que signifient les sigles AOF et AEF ? Donne leur date de création.
d) Quand et comment les îles de Loos sont-elles devenues françaises ?
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a) C'est la course entre puissances européennes pour occuper le plus vite possible les territoires africains, après la conférence de Berlin. Elle se situe de 1885 à 1914.
b) L'Éthiopie et le Liberia.
c) AOF : Afrique-Occidentale française, créée en 1895. AEF : Afrique-Équatoriale française, créée en 1910.
d) En 1904, par un accord entre la France et la Grande-Bretagne dans le cadre de l'Entente cordiale.
2Exercice 2
(Associer) Associe chaque puissance à une de ses colonies en 1914 : France, Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique, Portugal, Italie.
Colonies : Congo ; Libye ; Guinée ; Angola ; Togo ; Sierra Leone.
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France : Guinée. Grande-Bretagne : Sierra Leone. Allemagne : Togo. Belgique : Congo. Portugal : Angola. Italie : Libye.
3Exercice 3
(Chronologie) Range dans l'ordre et date : Entente cordiale ; bataille d'Adoua ; crise de Fachoda ; création de l'AOF ; protectorat français sur le Maroc ; création de l'AEF.
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Création de l'AOF (1895) ; bataille d'Adoua (1er mars 1896) ; crise de Fachoda (1898) ; Entente cordiale (1904) ; création de l'AEF (1910) ; protectorat français sur le Maroc (1912).
4Exercice 4
(Analyse de document, type BEPC) Observe le schéma « Projet britannique | Projet français ».
a) Décris les deux projets.
b) Pourquoi ces projets étaient-ils incompatibles ?
c) Quel événement de 1898 montre cette opposition ? Comment s'est-il terminé ?
d) Comment la France et la Grande-Bretagne ont-elles réglé leurs rivalités en 1904 ?
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a) La Grande-Bretagne veut un axe nord-sud, du Cap au Caire, pour relier l'Afrique australe à l'Égypte. La France veut un axe ouest-est, de Dakar à Djibouti, pour relier l'Afrique de l'Ouest à la mer Rouge.
b) Parce que les deux axes se croisent forcément au Soudan, sur le haut Nil : les deux puissances ne pouvaient pas contrôler le même territoire.
c) La crise de Fachoda (1898) : la mission française de Marchand et l'armée britannique de Kitchener se retrouvent face à face. La France recule et retire ses troupes ; en 1899, un accord laisse le bassin du Nil aux Britanniques.
d) Par l'Entente cordiale (1904) : la France laisse l'Égypte aux Britanniques, qui lui laissent le Maroc ; les îles de Loos deviennent françaises.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une douzaine de lignes, présente le partage colonial de l'Afrique à la fin du XIXe siècle et la place de la Guinée. Plan conseillé : introduction ; 1. les méthodes du partage ; 2. les rivalités et les crises ; 3. le bilan en 1914 et le cas de la Guinée ; conclusion.
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Exemple de rédaction :
Après la conférence de Berlin, les puissances européennes se lancent dans la course au clocher : de 1885 à 1914, elles se partagent presque toute l'Afrique.
Ce partage se fait par la conquête militaire, qui se heurte à de nombreuses résistances, et par des traités entre Européens, qui tracent des frontières souvent en ligne droite.
Les rivalités sont fortes : la Grande-Bretagne veut un axe du Cap au Caire, la France un axe de Dakar à Djibouti ; ils se heurtent à Fachoda en 1898. L'Entente cordiale de 1904 règle ces conflits, puis le Maroc devient protectorat français en 1912. L'Éthiopie, victorieuse de l'Italie à Adoua en 1896, reste indépendante avec le Liberia.
La Guinée française entre dans l'AOF en 1895. Ses frontières sont fixées avec le Portugal (1886), la Grande-Bretagne (1889) et le Liberia (1892), et les îles de Loos deviennent françaises en 1904.
Ainsi, en 1914, l'Afrique est presque entièrement colonisée, avec des frontières décidées sans les Africains.
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6Je vérifie
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