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Histoire · 10e Prépare le BEPC

Leçon 15 sur 24

Les systèmes coloniaux français et britannique

Je sais comparer la façon dont la France et la Grande-Bretagne ont administré et exploité leurs colonies d'Afrique, et montrer comment le système français a fonctionné en Guinée.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Décrire l'organisation de l'administration directe française (AOF, colonie, cercle, canton)
  • Expliquer l'administration indirecte britannique (indirect rule)
  • Présenter l'exploitation économique et les contraintes imposées aux populations
  • Comparer les deux systèmes dans un tableau

Avant de commencer : Les leçons sur le partage de l'Afrique et sur les conquêtes et résistances en Guinée.

1Je découvre

Mamadou et son ami Ibrahima habitent Kamsar. Ibrahima a un oncle qui vit à Freetown, en Sierra Leone. Au téléphone, l'oncle lui explique que là-bas, on parle anglais à l'école et que les chefs traditionnels, les « Paramount Chiefs », ont gardé une grande importance. Mamadou s'étonne : « Chez nous, on parle français, et mon grand-père dit qu'à l'époque coloniale, le chef de canton était nommé par le commandant de cercle, parfois sans être de la famille régnante ! »

La Guinée et la Sierra Leone sont voisines. Leurs peuples se ressemblent : on trouve des Soussou, des Peuls, des Kissi, des Kono des deux côtés de la frontière. Pourtant, l'une a été colonisée par la France, l'autre par la Grande-Bretagne, et les traces de cette différence sont encore visibles aujourd'hui.

Comment la France et la Grande-Bretagne ont-elles organisé et exploité leurs colonies en Afrique, et en quoi leurs systèmes étaient-ils différents ?

2Je comprends

1. Définitions de base

Un système colonial est l'ensemble des règles et des institutions par lesquelles une puissance européenne administre, contrôle et exploite ses colonies. On distingue :

  • l'administration directe : la métropole gouverne elle-même la colonie par ses propres fonctionnaires ; les chefs africains ne sont que des auxiliaires ;
  • l'administration indirecte (en anglais indirect rule) : la métropole gouverne à travers les chefs et les institutions africaines existantes, qu'elle contrôle.

Les deux puissances ont pourtant le même but : dominer les territoires et en tirer profit.

2. Le système français : une administration directe et centralisée

Une pyramide administrative

La France regroupe ses colonies d'Afrique de l'Ouest dans l'Afrique occidentale française (AOF), créée en 1895. À partir de 1902, sa capitale est Dakar. La Guinée française (colonie créée en 1891, avec Conakry pour chef-lieu) en fait partie, avec notamment le Sénégal, le Soudan français (actuel Mali), la Côte d'Ivoire et le Dahomey (actuel Bénin).

  1. 1Paris : le ministre des Colonies décide
  2. 2Dakar : le gouverneur général de l'AOF dirige l'ensemble de la fédération
  3. 3Conakry : le lieutenant-gouverneur dirige la colonie de Guinée française
  4. 4Le cercle (Kankan, Labé, Kindia, Macenta…) : le commandant de cercle, un administrateur français
  5. 5Le canton : le chef de canton, Africain nommé et révocable par l'administration
  6. 6Le village : le chef de village, chargé de collecter l'impôt et de fournir des travailleurs
La pyramide de l'administration directe française (du sommet vers la base).

Tout part du sommet : les décisions viennent de Paris et de Dakar. Le commandant de cercle est le personnage central sur le terrain : il fait appliquer les ordres, juge, lève l'impôt. Les chefs de canton sont souvent choisis pour leur obéissance plutôt que pour leur légitimité traditionnelle. Beaucoup d'anciennes familles régnantes perdent ainsi leur pouvoir.

La politique d'assimilation

En théorie, la France veut assimiler les colonisés, c'est-à-dire leur faire adopter la langue, la culture et les institutions françaises. L'école enseigne en français. Mais en pratique, l'assimilation reste très limitée : seule une petite minorité d'Africains devient citoyen français (surtout dans les « quatre communes » du Sénégal). L'immense majorité reste des sujets, sans droits politiques.

Le code de l'indigénat

Les sujets sont soumis au code de l'indigénat, un ensemble de règles qui permet à l'administrateur de punir sans jugement (amendes, prison) pour des fautes comme le retard dans le paiement de l'impôt ou le manque de respect envers un agent. Ce régime n'est supprimé qu'après la Seconde Guerre mondiale, en 1946.

3. Le système britannique : l'administration indirecte

Les Britanniques possèdent en Afrique de l'Ouest la Gambie, la Sierra Leone, la Gold Coast (actuel Ghana) et le Nigeria. Leur système le plus connu est l'indirect rule, appliqué surtout par Frederick Lugard dans le nord du Nigeria à partir de 1900 : les émirs et les chefs traditionnels restent en place et continuent de gouverner leurs sujets, de rendre la justice et de lever l'impôt, sous le contrôle d'un résident britannique.

Pourquoi ce choix ?

  • il coûte moins cher : peu de fonctionnaires britanniques sont nécessaires ;
  • il limite les révoltes, car les populations continuent d'obéir à leurs chefs habituels ;
  • les Britanniques pensent que chaque peuple doit évoluer « selon ses propres institutions », sans devenir anglais.

Mais l'indirect rule a aussi des limites : les chefs qui refusent sont remplacés ; là où il n'y avait pas de grands chefs, les Britanniques en créent parfois ; et les chefs deviennent souvent impopulaires parce qu'ils appliquent les exigences coloniales.

Exemple

Question : « Explique pourquoi un chef de canton guinéen et un émir du nord du Nigeria n'avaient pas le même pouvoir à l'époque coloniale. »

Réponse rédigée : Dans le système français d'administration directe, le chef de canton guinéen est nommé et révoqué par l'administration ; il est un simple auxiliaire du commandant de cercle, chargé de collecter l'impôt et de fournir des travailleurs. Dans le système britannique d'administration indirecte, l'émir du nord du Nigeria garde son autorité traditionnelle : il gouverne, juge et lève l'impôt, sous le contrôle d'un résident britannique. L'émir conserve donc davantage de pouvoir et de légitimité que le chef de canton.

4. Une même exploitation économique

Quel que soit le système politique, les colonies doivent servir l'économie de la métropole. C'est l'économie de traite : la colonie exporte des matières premières agricoles ou minières et importe des produits fabriqués en Europe.

En Guinée française, cette exploitation prend plusieurs formes :

  • le caoutchouc de cueillette, principal produit d'exportation de la colonie jusqu'à l'effondrement de son prix vers 1913 ;
  • puis la banane, cultivée surtout en Basse-Guinée, qui se développe dans l'entre-deux-guerres ;
  • le chemin de fer Conakry-Niger, construit de 1900 à 1914 jusqu'à Kankan, pour évacuer les produits vers le port de Conakry.

Les populations supportent de lourdes contraintes :

  • l'impôt de capitation (par personne), payé en argent : pour l'obtenir, les paysans doivent vendre leurs récoltes ou travailler pour les Européens ;
  • le travail forcé : construction de routes et de voies ferrées, portage ; il est aboli en 1946 par la loi dite Houphouët-Boigny ;
  • les cultures obligatoires et les réquisitions ;
  • le recrutement militaire (tirailleurs), surtout pendant les guerres mondiales.

Les colonies britanniques connaissent elles aussi l'impôt, les cultures d'exportation (cacao en Gold Coast, arachide et huile de palme au Nigeria) et des formes de travail contraint.

5. Tableau comparatif

CritèreSystème françaisSystème britannique
Type d'administrationDirecte et centraliséeIndirecte (indirect rule)
Rôle des chefs africainsAuxiliaires nommés et révocables (chefs de canton)Chefs traditionnels maintenus sous contrôle d'un résident
OrganisationFédérations (AOF, AEF), colonies, cercles, cantonsChaque colonie a son gouverneur ; pas de fédération comparable à l'AOF
Politique culturelleAssimilation en principe ; enseignement en françaisRespect affiché des coutumes ; place plus grande aux langues locales dans le primaire
Statut des habitantsSujets soumis au code de l'indigénat ; quelques citoyensSujets britanniques protégés, sans droits politiques réels
ÉconomieÉconomie de traite, travail forcé, impôtÉconomie de traite, impôt, cultures d'exportation
Administration directe (France)
  • Le commandant de cercle gouverne
  • Chef de canton nommé par l'administration
  • Assimilation en principe
  • Beaucoup de fonctionnaires européens
Administration indirecte (Grande-Bretagne)
  • Le chef traditionnel gouverne
  • Chef maintenu s'il obéit
  • Évolution « selon ses institutions »
  • Peu de fonctionnaires européens
Deux méthodes, un même objectif : dominer et exploiter les colonies.

Exemple

Question : « Les systèmes français et britannique sont-ils totalement opposés ? »

Réponse : Non. Ils diffèrent dans leurs méthodes : la France administre directement et veut, en principe, assimiler ; la Grande-Bretagne gouverne à travers les chefs traditionnels. Mais leurs buts sont les mêmes : dominer les territoires et exploiter leurs richesses au profit de la métropole. Dans les deux cas, les Africains paient l'impôt, fournissent du travail et n'ont pas de véritables droits politiques. La différence porte donc sur la manière, pas sur le fond.

Méthode

Pour comparer deux systèmes à l'examen :

  1. Je définis chacun des deux systèmes en une phrase.
  2. Je choisis des critères communs (administration, rôle des chefs, culture, économie).
  3. Pour chaque critère, je montre la différence avec un exemple (Guinée française, Nigeria, Gold Coast…).
  4. Je montre aussi les ressemblances (buts, exploitation).
  5. Je conclus : différence de méthode, même objectif de domination.

3Je retiens

Je retiens

Système français : administration directe et centralisée ; AOF créée en 1895, capitale Dakar (1902) ; Guinée française (1891), chef-lieu Conakry.

Pyramide : ministre des Colonies, gouverneur général, lieutenant-gouverneur, commandant de cercle, chef de canton, chef de village.

Politique d'assimilation en principe ; la plupart des Africains sont des sujets soumis au code de l'indigénat (supprimé en 1946).

Système britannique : indirect rule (Lugard, nord du Nigeria) : gouverner à travers les chefs traditionnels, sous le contrôle d'un résident.

Points communs : économie de traite, impôt, travail forcé ou contraint, cultures d'exportation, absence de droits politiques.

En Guinée : caoutchouc, puis banane ; chemin de fer Conakry-Niger (1900-1914) ; travail forcé aboli en 1946.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que l'indirect rule était un système « gentil » : les chefs qui désobéissaient étaient remplacés et les populations étaient exploitées comme ailleurs.
  • Penser que tous les Africains des colonies françaises devenaient citoyens français : l'assimilation ne concernait qu'une petite minorité ; les autres étaient des sujets.
  • Confondre chef de canton et chef traditionnel : dans le système français, le chef de canton est nommé par l'administration, même s'il est parfois issu d'une famille régnante.
  • Oublier les ressemblances : une bonne comparaison montre les différences ET les points communs.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis : administration directe ; indirect rule ; code de l'indigénat.

b) En quelle année l'AOF est-elle créée ? Quelle est sa capitale à partir de 1902 ?

c) Qui est l'administrateur britannique associé à l'indirect rule au Nigeria ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Administration directe : système où la métropole gouverne la colonie par ses propres fonctionnaires, les chefs africains n'étant que des auxiliaires. Indirect rule : système britannique où la colonie est gouvernée à travers les chefs et institutions traditionnels, contrôlés par des agents britanniques. Code de l'indigénat : règles qui permettaient à l'administrateur français de punir les sujets sans jugement ; il est supprimé en 1946.

b) En 1895 ; sa capitale est Dakar.

c) Frederick Lugard.

2Exercice 2

(Classer) Range chaque élément dans la colonne « système français » ou « système britannique » : commandant de cercle ; résident ; émir maintenu au pouvoir ; chef de canton nommé ; assimilation ; Gold Coast ; AOF ; Nigeria.

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Système français : commandant de cercle, chef de canton nommé, assimilation, AOF. Système britannique : résident, émir maintenu au pouvoir, Gold Coast, Nigeria.

3Exercice 3

(Remettre dans l'ordre) Classe du plus haut au plus bas niveau de l'administration française : chef de canton ; gouverneur général de l'AOF ; chef de village ; commandant de cercle ; lieutenant-gouverneur de la Guinée ; ministre des Colonies.

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Ministre des Colonies ; gouverneur général de l'AOF ; lieutenant-gouverneur de la Guinée ; commandant de cercle ; chef de canton ; chef de village.

4Exercice 4

(Analyse de document, type BEPC) Observe le tableau comparatif de la partie « Je comprends ».

a) Relève deux différences entre les deux systèmes.

b) Relève un point commun.

c) Pourquoi l'administration indirecte coûtait-elle moins cher à la Grande-Bretagne ?

d) Cite deux contraintes subies par les populations de Guinée française.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) La France pratique une administration directe, la Grande-Bretagne une administration indirecte ; les chefs africains sont de simples auxiliaires nommés dans le système français, alors qu'ils gardent leur autorité dans le système britannique (on accepte aussi : assimilation contre respect affiché des coutumes ; fédérations françaises contre colonies séparées).

b) Les deux systèmes pratiquent l'économie de traite et prélèvent l'impôt (on accepte aussi : absence de droits politiques).

c) Parce qu'elle s'appuyait sur les chefs traditionnels déjà en place : il fallait peu de fonctionnaires britanniques.

d) L'impôt de capitation et le travail forcé (on accepte aussi : cultures obligatoires, réquisitions, recrutement militaire, code de l'indigénat).

5Exercice 5

(Rédaction guidée, type BEPC) En une quinzaine de lignes, compare les systèmes coloniaux français et britannique. Plan conseillé : introduction (définir) ; 1. deux méthodes d'administration différentes ; 2. une même exploitation ; conclusion.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de rédaction :

À la fin du XIXe siècle, la France et la Grande-Bretagne se partagent une grande partie de l'Afrique. Pour gouverner leurs colonies, elles utilisent deux systèmes : l'administration directe pour la France, l'administration indirecte pour la Grande-Bretagne.

La France gouverne ses colonies de façon centralisée. En AOF, le gouverneur général installé à Dakar dirige les colonies comme la Guinée française ; sur le terrain, le commandant de cercle commande des chefs de canton nommés et révocables. En principe, la France veut assimiler les Africains, mais la plupart restent des sujets soumis au code de l'indigénat. La Grande-Bretagne, elle, pratique l'indirect rule, comme Lugard au nord du Nigeria : les chefs traditionnels restent en place sous le contrôle d'un résident, ce qui coûte moins cher.

Pourtant, les deux puissances exploitent leurs colonies de la même manière : économie de traite, impôt, travail forcé ou contraint, cultures d'exportation. En Guinée, les populations récoltent le caoutchouc puis cultivent la banane et construisent le chemin de fer Conakry-Niger.

En conclusion, les méthodes diffèrent, mais le but est le même : dominer et exploiter les colonies au profit de la métropole.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Comment appelle-t-on le système colonial britannique qui s'appuie sur les chefs traditionnels ?
Voir la réponse

Réponse B : l'indirect rule. L'indirect rule consiste à gouverner à travers les chefs africains existants, sous contrôle britannique.

2Quelle était la capitale de l'AOF à partir de 1902 ?
Voir la réponse

Réponse C : Dakar. Le gouverneur général de l'AOF siégeait à Dakar.

3Dans le système français, qui nommait le chef de canton ?
Voir la réponse

Réponse A : l'administration coloniale. Le chef de canton était un auxiliaire nommé et révocable par l'administration.

4Quel point commun existe entre les systèmes français et britannique ?
Voir la réponse

Réponse B : l'exploitation économique au profit de la métropole. Les méthodes diffèrent, mais les deux puissances exploitent leurs colonies (économie de traite, impôt).

5En quelle année le travail forcé est-il aboli dans les colonies françaises ?
Voir la réponse

Réponse C : 1946. La loi dite Houphouët-Boigny abolit le travail forcé en 1946.

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