Leçon 24 sur 24
La marche de la Guinée vers l'indépendance (1958)
Je sais raconter les grandes étapes qui ont conduit la Guinée du statut de colonie à l'indépendance du 2 octobre 1958 et expliquer pourquoi elle a été la seule à voter « non » en 1958.
- 50 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Présenter les réformes de 1946 et la naissance de la vie politique guinéenne (RDA, PDG)
- Expliquer le rôle des syndicats et de la grève de 1953
- Décrire l'autonomie interne de 1957 (loi-cadre)
- Raconter les événements de 1958 : visite du général de Gaulle, référendum du 28 septembre, proclamation du 2 octobre
Avant de commencer : Les leçons « La Seconde Guerre mondiale » et « La décolonisation en Afrique et en Asie (suite) ».
1Je découvre
Chaque 2 octobre, Mariama défile avec son école à Labé. Cette année, avant le défilé, sa grand-mère lui raconte : « En 1958, j'avais à peu près ton âge. Tout le monde parlait du référendum. Dans les quartiers, les femmes du parti chantaient pour le "non". Le jour du vote, nous avons fait la queue très tôt. Quelques jours plus tard, à la radio, on a annoncé que la Guinée était indépendante. Les gens pleuraient de joie ! »
Mariama s'interroge : « Mais pourquoi la Guinée a-t-elle été la seule colonie française à voter "non" ? Et comment en est-on arrivé là ? Il a bien fallu des années de préparation ! »
Quelles sont les grandes étapes de la marche de la Guinée vers l'indépendance, et pourquoi a-t-elle choisi seule le « non » en 1958 ?
2Je comprends
1. 1946 : l'entrée des Guinéens dans la vie politique
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France réforme son empire, qui devient l'Union française (Constitution de 1946) :
- le travail forcé est aboli (loi dite Houphouët-Boigny, avril 1946) ;
- le code de l'indigénat est supprimé ;
- les habitants des colonies deviennent citoyens (loi Lamine Guèye, mai 1946) ;
- chaque territoire élit des députés à l'Assemblée nationale française et une assemblée territoriale.
Les premiers députés guinéens, comme Yacine Diallo et Mamba Sano, siègent à Paris. De nombreux partis naissent, souvent liés à une région ou à une ethnie.
En octobre 1946, à Bamako, des élus de toute l'Afrique noire française fondent le Rassemblement démocratique africain (RDA), présidé par l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny. Sa section guinéenne, le Parti démocratique de Guinée (PDG), est créée le 14 mai 1947. Contrairement aux partis régionaux, le PDG veut rassembler tous les Guinéens, au-delà des ethnies et des régions.
2. Le rôle des syndicats et d'Ahmed Sékou Touré
Ahmed Sékou Touré, né à Faranah en 1922, est d'abord employé des postes, puis dirigeant syndical. Il acquiert une grande popularité en défendant les travailleurs. En 1952, il devient secrétaire général du PDG.
En 1953, les syndicats guinéens déclenchent une grève générale qui dure plus de deux mois, à l'automne. Ils réclament l'application du Code du travail d'outre-mer, voté par le Parlement français en décembre 1952, et une augmentation des salaires. Malgré les pressions, les grévistes tiennent bon, soutenus par la population, notamment par les femmes qui les nourrissent. La grève est victorieuse.
Cette grève a des conséquences politiques décisives : elle montre la force de l'organisation et de l'unité, et elle fait du PDG et de Sékou Touré les porte-parole de la majorité des Guinéens.
3. L'implantation du PDG dans tout le pays
Dans les années qui suivent, le PDG s'implante dans les villes et les villages, grâce à des comités de base, à ses sections de jeunes et de femmes, animées notamment par Mafory Bangoura. Il combat les abus des chefs de canton, auxiliaires de l'administration coloniale, très impopulaires.
Aux élections législatives du 2 janvier 1956, Sékou Touré et Saïfoulaye Diallo sont élus députés à l'Assemblée nationale française. Le PDG devient la première force politique du territoire, face à d'autres formations comme le Bloc africain de Guinée (BAG) de Barry Diawadou.
4. 1956-1957 : la loi-cadre et l'autonomie interne
Le 23 juin 1956, la France adopte la loi-cadre Defferre. Chaque territoire d'Afrique noire reçoit :
- une assemblée territoriale élue au suffrage universel ;
- un conseil de gouvernement dont les ministres sont africains, mais présidé par le gouverneur français.
Aux élections territoriales du 31 mars 1957, le PDG remporte une victoire écrasante : 56 sièges sur 60. Sékou Touré devient vice-président du conseil de gouvernement, c'est-à-dire le premier responsable africain du territoire.
Le nouveau gouvernement prend une décision symbolique : à la fin de 1957, la chefferie de canton est supprimée. Des responsables élus remplacent peu à peu les chefs nommés par l'administration coloniale.
5. 1958 : le « non » de la Guinée
La proposition du général de Gaulle
En 1958, le général de Gaulle revient au pouvoir en France. Il propose une nouvelle Constitution et une Communauté entre la France et ses territoires d'Afrique : ceux-ci seraient autonomes, mais la France garderait les grands pouvoirs (défense, affaires étrangères, monnaie). Les territoires doivent se prononcer par référendum le 28 septembre 1958 :
- voter « oui », c'est entrer dans la Communauté ;
- voter « non », c'est choisir l'indépendance immédiate, avec la rupture des liens avec la France.
La visite de De Gaulle à Conakry (25 août 1958)
Le 25 août 1958, de Gaulle est à Conakry. Devant lui, Sékou Touré prononce un discours resté célèbre, où il réclame l'égalité et la dignité et déclare notamment : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l'esclavage. » De Gaulle répond que la Guinée est libre de choisir l'indépendance en votant « non », mais qu'elle devra en assumer les conséquences.
Le 14 septembre 1958, le PDG décide de faire campagne pour le « non ». Les autres partis guinéens appellent eux aussi à voter « non ».
Le référendum du 28 septembre 1958
Le 28 septembre 1958, la Guinée vote « non » à environ 95 %, soit plus d'un million de voix. Elle est le seul territoire d'Afrique noire française à refuser la Communauté.
Le 2 octobre 1958 : la proclamation de l'indépendance
Le 2 octobre 1958, l'Assemblée territoriale se transforme en Assemblée nationale constituante et proclame l'indépendance de la République de Guinée. Ahmed Sékou Touré devient le chef du gouvernement, puis le premier président de la République. La première Constitution est adoptée en novembre 1958. Le 12 décembre 1958, la Guinée est admise à l'Organisation des Nations unies (ONU).
- 1Avril-mai 1946 : fin du travail forcé et de l'indigénat ; les Guinéens deviennent citoyens et élisent des députés
- 214 mai 1947 : création du Parti démocratique de Guinée (PDG), section du RDA
- 3Automne 1953 : grande grève générale victorieuse menée par les syndicats
- 431 mars 1957 : le PDG gagne 56 sièges sur 60 ; Sékou Touré vice-président du conseil de gouvernement
- 525 août 1958 : visite du général de Gaulle à Conakry
- 628 septembre 1958 : la Guinée vote « non » au référendum
- 72 octobre 1958 : proclamation de l'indépendance de la République de Guinée
- 812 décembre 1958 : la Guinée est admise à l'ONU
Exemple
Question : « Pourquoi la Guinée a-t-elle été la seule colonie d'Afrique noire française à voter "non" en 1958 ? »
Réponse rédigée : La Guinée a voté « non » grâce à plusieurs facteurs. D'abord, le PDG, section guinéenne du RDA, avait réussi à rassembler la grande majorité des Guinéens au-delà des régions et des ethnies, grâce à ses comités, ses femmes et ses jeunes. Ensuite, les syndicats avaient montré leur force lors de la grève victorieuse de 1953. De plus, depuis 1957, le PDG dirigeait déjà le conseil de gouvernement et avait supprimé la chefferie de canton, symbole de l'ordre colonial. Enfin, son chef, Ahmed Sékou Touré, a refusé la Communauté proposée par de Gaulle au nom de la dignité et de la liberté. Unis derrière le PDG, les Guinéens ont voté « non » à environ 95 % le 28 septembre 1958.
6. Les lendemains de l'indépendance
La France réagit durement au « non » : elle retire rapidement ses fonctionnaires, ses enseignants, ses médecins et une partie de son matériel, et suspend son aide. La jeune République doit s'organiser presque sans cadres.
La Guinée reçoit cependant des soutiens : le Ghana de Kwame Nkrumah lui accorde une aide et les deux pays annoncent une union ; de nombreux pays reconnaissent le nouvel État. En 1960, la Guinée crée sa propre monnaie, le franc guinéen. Elle devient membre fondateur de l'OUA en 1963 et soutient les mouvements de libération africains, comme le PAIGC d'Amílcar Cabral.
Le « non » guinéen a un immense retentissement en Afrique : il montre qu'un territoire colonisé peut choisir l'indépendance par les urnes. Deux ans plus tard, en 1960, les autres territoires de l'Afrique noire française deviennent indépendants à leur tour.
| Acteur | Rôle dans la marche vers l'indépendance |
|---|---|
| Le RDA (1946) | Mouvement interterritorial qui réunit les partis progressistes d'Afrique noire française |
| Le PDG (1947) | Section guinéenne du RDA ; rassemble les Guinéens et mène la campagne du « non » |
| Les syndicats | Grève générale victorieuse de 1953 ; formation de militants |
| Les femmes et les jeunes | Mobilisation dans les quartiers et les villages (Mafory Bangoura) |
| Ahmed Sékou Touré | Syndicaliste, secrétaire général du PDG, chef du premier gouvernement de la Guinée indépendante |
Exemple
Question : « Montre que l'indépendance de la Guinée a eu une portée africaine. »
Réponse : Le 28 septembre 1958, la Guinée est le seul territoire d'Afrique noire française à rejeter la Communauté ; elle devient indépendante le 2 octobre 1958, deux ans avant les autres. Son choix montre à toute l'Afrique qu'on peut obtenir l'indépendance par un vote. Devenue indépendante, la Guinée soutient ensuite les peuples encore colonisés, notamment la lutte du PAIGC en Guinée-Bissau, et participe à la création de l'OUA en 1963. L'indépendance guinéenne a donc été un exemple et un appui pour la libération du continent.
Méthode
Pour raconter une marche vers l'indépendance :
- Je pars de la situation de départ (colonie, réformes de 1946).
- Je présente les acteurs : partis, syndicats, dirigeants, femmes et jeunes.
- Je raconte les étapes dans l'ordre, avec une date pour chacune.
- J'explique le moment décisif (ici, le référendum de 1958) et ses raisons.
- Je termine par les conséquences, pour le pays et pour l'Afrique.
3Je retiens
Je retiens
1946 : fin du travail forcé et de l'indigénat ; les Guinéens deviennent citoyens et élisent des députés ; création du RDA à Bamako (octobre).
14 mai 1947 : création du PDG, section guinéenne du RDA ; Ahmed Sékou Touré en devient secrétaire général en 1952.
1953 : grève générale victorieuse des syndicats pour l'application du Code du travail.
1956 : loi-cadre Defferre ; 31 mars 1957 : le PDG remporte 56 sièges sur 60 ; fin 1957 : suppression de la chefferie de canton.
25 août 1958 : visite du général de Gaulle à Conakry.
28 septembre 1958 : la Guinée vote « non » à environ 95 %, seule en Afrique noire française.
2 octobre 1958 : proclamation de l'indépendance de la République de Guinée. 12 décembre 1958 : admission à l'ONU.
4Erreurs fréquentes
- Confondre la date du référendum (28 septembre 1958) et celle de l'indépendance (2 octobre 1958).
- Croire que la Guinée a obtenu son indépendance par une guerre : elle l'a obtenue par un vote, préparé par des années de lutte politique et syndicale.
- Présenter l'indépendance comme l'œuvre d'un seul homme : partis, syndicats, femmes, jeunes et toute la population y ont contribué.
- Oublier les étapes avant 1958 : réformes de 1946, création du PDG (1947), grève de 1953, loi-cadre et élections de 1957.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Que signifient les sigles RDA et PDG ? Quand ces partis ont-ils été créés ?
b) Pourquoi la grève de 1953 est-elle importante pour la marche vers l'indépendance ?
c) Qu'est-ce que la loi-cadre Defferre ?
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a) RDA : Rassemblement démocratique africain, créé à Bamako en octobre 1946. PDG : Parti démocratique de Guinée, section guinéenne du RDA, créé le 14 mai 1947.
b) Parce que cette grève générale de plus de deux mois, victorieuse, a montré la force de l'organisation et de l'unité des travailleurs guinéens ; elle a rendu le PDG et Sékou Touré très populaires et en a fait les porte-parole de la majorité des Guinéens.
c) C'est une loi française du 23 juin 1956 qui donne à chaque territoire d'Afrique noire une assemblée élue au suffrage universel et un conseil de gouvernement avec des ministres africains : c'est l'autonomie interne.
2Exercice 2
(Frise) Range dans l'ordre chronologique : visite du général de Gaulle à Conakry ; création du PDG ; proclamation de l'indépendance ; grève générale ; référendum ; élections territoriales remportées par le PDG ; admission à l'ONU.
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Création du PDG (14 mai 1947) ; grève générale (automne 1953) ; élections territoriales remportées par le PDG (31 mars 1957) ; visite du général de Gaulle à Conakry (25 août 1958) ; référendum (28 septembre 1958) ; proclamation de l'indépendance (2 octobre 1958) ; admission à l'ONU (12 décembre 1958).
3Exercice 3
(Vrai ou faux, corrige les phrases fausses)
a) En 1958, toutes les colonies françaises d'Afrique noire ont voté « non ».
b) Le PDG est la section guinéenne du RDA.
c) La Guinée est devenue indépendante le 28 septembre 1958.
d) La chefferie de canton a été supprimée à la fin de 1957.
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a) Faux : seule la Guinée a voté « non » ; les autres territoires ont voté « oui ».
b) Vrai.
c) Faux : le 28 septembre 1958 est la date du référendum ; l'indépendance est proclamée le 2 octobre 1958.
d) Vrai.
4Exercice 4
(Analyse de document, type BEPC) Voici une phrase du discours d'Ahmed Sékou Touré devant le général de Gaulle, à Conakry, le 25 août 1958 : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l'esclavage. »
a) Présente le document : auteur, date, lieu, circonstance.
b) Explique le sens de cette phrase.
c) Quelle a été la conséquence de ce choix lors du référendum du 28 septembre 1958 ?
d) Quelle a été la réaction de la France après le « non » ?
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a) Il s'agit d'une phrase du discours d'Ahmed Sékou Touré, secrétaire général du PDG et vice-président du conseil de gouvernement, prononcé à Conakry le 25 août 1958, lors de la visite du général de Gaulle venu présenter son projet de Communauté.
b) Sékou Touré affirme que la liberté et la dignité comptent davantage que les avantages matériels : les Guinéens préfèrent être libres, même pauvres, plutôt que de rester dominés, même avec l'aide de la France.
c) Le PDG a fait campagne pour le « non » et, le 28 septembre 1958, la Guinée a voté « non » à environ 95 %. Elle a proclamé son indépendance le 2 octobre 1958.
d) La France a retiré rapidement ses fonctionnaires, ses enseignants, ses médecins et une partie de son matériel, et a suspendu son aide.
5Exercice 5
(Rédaction guidée, type BEPC) En une quinzaine de lignes, raconte la marche de la Guinée vers l'indépendance. Plan conseillé : introduction ; 1. la naissance de la vie politique et syndicale (1946-1953) ; 2. l'autonomie interne (1956-1957) ; 3. le « non » et l'indépendance (1958) ; conclusion sur la portée africaine de cet événement.
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Exemple de rédaction :
Colonie française depuis la fin du XIXe siècle, la Guinée devient indépendante le 2 octobre 1958, au terme d'une longue lutte politique et syndicale.
Après la Seconde Guerre mondiale, les réformes de 1946 suppriment le travail forcé et l'indigénat et permettent aux Guinéens d'élire des députés. En 1947 naît le PDG, section guinéenne du RDA, qui veut unir tous les Guinéens. En 1953, la grève générale victorieuse des syndicats rend très populaire son secrétaire général, Ahmed Sékou Touré.
Avec la loi-cadre de 1956, la Guinée obtient l'autonomie interne. Aux élections du 31 mars 1957, le PDG gagne 56 sièges sur 60 ; Sékou Touré devient vice-président du conseil de gouvernement, et la chefferie de canton est supprimée.
En 1958, de Gaulle propose la Communauté. À Conakry, le 25 août, Sékou Touré affirme préférer « la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l'esclavage ». Le 28 septembre, la Guinée vote « non » à environ 95 % et proclame son indépendance le 2 octobre 1958.
Premier territoire d'Afrique noire française à devenir indépendant, la Guinée a montré la voie à toute l'Afrique.
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Leçon ajoutée par Kharandi pour compléter le programme de la classe.