Aller au contenu
Français · 11e SE

Leçon 20 sur 21

L'Esprit des lois (1748)

Je connais Montesquieu et les grandes idées de De l'esprit des lois (les trois gouvernements, la séparation des pouvoirs, la théorie des climats, la critique de l'esclavage), et je sais expliquer un extrait ironique ou argumentatif.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Présenter Montesquieu et les conditions de publication de l'œuvre
  • Expliquer la classification des gouvernements (nature et principe)
  • Expliquer la séparation des pouvoirs et son héritage dans les États modernes
  • Analyser l'ironie du chapitre sur l'esclavage des Noirs et discuter les limites de l'œuvre

Avant de commencer : La littérature française : le siècle des Lumières (leçon précédente)

1Je découvre

Dans un quartier de Nzérékoré, un litige oppose deux voisins au sujet d'une parcelle. Le chef de quartier, très influent, veut trancher lui-même : il annonce la règle, décide qui a raison et fait appliquer sa décision. Lansana, élève de 11e, est mal à l'aise : « S'il fait la règle, s'il juge et s'il punit, qui peut le contrôler s'il se trompe ou s'il favorise quelqu'un ? »

Son père lui répond que c'est justement pour cela que les États modernes séparent ceux qui font les lois, ceux qui les appliquent et ceux qui jugent. « Cette idée, ajoute-t-il, un magistrat français l'a expliquée il y a près de trois siècles. »

Qui était Montesquieu, et pourquoi son livre De l'esprit des lois a-t-il tant marqué la manière de gouverner les États ?

2Je comprends

1. L'auteur

Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu (1689-1755) est né près de Bordeaux, dans une famille de la noblesse. Juriste, il devient président à mortier au parlement de Bordeaux, c'est-à-dire un haut magistrat. Il connaît le succès en 1721 avec les Lettres persanes, publiées sans nom d'auteur. Il voyage ensuite plusieurs années en Europe, et séjourne notamment en Angleterre, dont le régime politique l'impressionne. Il travaille près de vingt ans à son grand ouvrage.

2. L'œuvre

De l'esprit des lois paraît en 1748 à Genève, sans nom d'auteur, pour échapper à la censure française. C'est un immense traité de philosophie politique et de droit, composé de 31 livres. Le succès est considérable dans toute l'Europe, mais l'Église condamne l'ouvrage, qui est mis à l'Index (liste des livres interdits aux catholiques) en 1751. Montesquieu répond aux critiques par une Défense de l'Esprit des lois (1750).

Le titre : Montesquieu ne cherche pas à dire quelles lois sont bonnes partout. Il cherche l'« esprit » des lois, c'est-à-dire les raisons pour lesquelles chaque peuple a les lois qu'il a. Il écrit dès le premier livre que les lois sont « les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses ». Les lois dépendent donc du type de gouvernement, du climat, du sol, de la religion, du commerce, des mœurs de chaque peuple.

La démarche est nouvelle : au lieu de partir de principes abstraits, Montesquieu observe et compare les sociétés (l'Antiquité, l'Europe, l'Asie…). Il est ainsi l'un des précurseurs de la sociologie.

3. Les trois gouvernements

Montesquieu distingue, pour chaque gouvernement, sa nature (qui gouverne et comment) et son principe (la passion qui le fait fonctionner).

GouvernementNaturePrincipe
RépublicainLe peuple entier (démocratie) ou une partie du peuple (aristocratie) détient le pouvoir.La vertu : l'amour de la patrie et de l'égalité.
MonarchiqueUn seul gouverne, mais selon des lois fixes et avec des pouvoirs intermédiaires (noblesse, parlements).L'honneur : le désir de distinction et de gloire.
DespotiqueUn seul gouverne sans lois ni règles, selon sa volonté et ses caprices.La crainte : chacun obéit par peur.

Le despotisme est le régime que Montesquieu combat. Quand il le décrit, en situant ses exemples en Orient, il vise aussi indirectement les dérives de la monarchie absolue française.

4. La séparation des pouvoirs

C'est l'idée la plus célèbre de l'œuvre (livre XI). Montesquieu constate que « tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ». Pour garantir la liberté politique des citoyens, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir. Il distingue trois puissances, qui doivent être confiées à des mains différentes :

Pouvoir
  • Pouvoir législatif (le Parlement, l'Assemblée)
  • Pouvoir exécutif (le chef de l'État, le gouvernement)
  • Pouvoir judiciaire (les juges, les tribunaux)
Rôle
  • Faire les lois
  • Faire appliquer les lois et diriger l'État
  • Juger les litiges et punir les crimes selon la loi
Les trois pouvoirs distingués par Montesquieu, qui doivent se limiter les uns les autres.

Si un même homme, ou un même groupe, détenait les trois pouvoirs, il pourrait faire des lois injustes, les appliquer de façon injuste et juger lui-même ceux qui protestent : ce serait le despotisme.

Cette idée a inspiré la Constitution des États-Unis (1787) et l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789), qui affirme qu'une société sans séparation des pouvoirs n'a pas de constitution. Aujourd'hui, les constitutions de la plupart des États, en Afrique comme ailleurs, et donc aussi les textes fondamentaux de la Guinée, distinguent ces trois pouvoirs.

5. La théorie des climats

Dans les livres XIV à XVII, Montesquieu soutient que le climat influence le caractère des peuples et donc leurs lois : selon lui, les pays chauds favoriseraient la paresse et le despotisme, les pays froids l'énergie et la liberté. Cette théorie est aujourd'hui rejetée : elle repose sur des généralisations sans preuve et elle a pu servir à justifier des préjugés contre les peuples des pays chauds, dont les Africains. Montesquieu lui-même ajoutait que de bonnes lois doivent corriger les effets du climat, et non s'y soumettre. C'est une limite de l'œuvre qu'il faut savoir discuter.

6. L'ironie contre l'esclavage des Noirs

Au livre XV, chapitre 5, intitulé « De l'esclavage des nègres », Montesquieu fait semblant de défendre l'esclavage. Il aligne les « arguments » des esclavagistes de son temps : raisons économiques (le sucre serait trop cher), mépris de la couleur de la peau, préjugés absurdes. Mais ces arguments sont si cruels, ridicules et contradictoires que le lecteur comprend qu'ils sont indéfendables. C'est une ironie : en donnant la parole aux esclavagistes, l'auteur les condamne. Le chapitre se termine en dénonçant l'hypocrisie des princes d'Europe qui parlent de pitié mais ne font rien.

Méthode

Pour expliquer un texte ironique :

  1. Je lis le texte deux fois : au premier degré (ce qu'il dit), puis au second degré (ce qu'il veut faire comprendre).
  2. Je repère les indices d'ironie : exagération, contradictions, arguments absurdes, ton faussement sérieux.
  3. J'identifie la cible (les esclavagistes, le despote, l'injustice).
  4. Je reformule la thèse réelle de l'auteur.
  5. J'explique l'efficacité de l'ironie : elle fait réagir le lecteur et elle ridiculise l'adversaire.

Exemple

Texte (écrit pour la leçon, dans l'esprit de Montesquieu) : « Il faut bien que ces hommes travaillent sans salaire : sans cela, nos confitures coûteraient plus cher. »

Analyse :

Premier degré : l'auteur semble justifier le travail forcé par un argument économique.

Indice d'ironie : la disproportion entre la souffrance humaine et un simple plaisir (« nos confitures »).

Cible : les esclavagistes, qui placent leur confort au-dessus de la vie des hommes.

Thèse réelle : aucune raison économique ne peut justifier l'esclavage ; cet « argument » est monstrueux.

Exemple

Question : Pourquoi la séparation des pouvoirs protège-t-elle la liberté des citoyens ?

Réponse rédigée : La séparation des pouvoirs protège la liberté parce qu'elle empêche un seul homme ou un seul groupe de tout contrôler. Si celui qui fait les lois ne peut pas juger, et si celui qui gouverne doit respecter des lois qu'il n'a pas faites seul, chaque pouvoir limite les abus des autres. Comme l'écrit Montesquieu, il faut que « le pouvoir arrête le pouvoir ». Le citoyen peut alors contester une décision devant un juge indépendant : il n'est plus à la merci d'une seule volonté.

3Je retiens

Je retiens

Montesquieu (1689-1755), magistrat bordelais, auteur des Lettres persanes (1721) et de De l'esprit des lois (1748, Genève, sans nom d'auteur).

Esprit des lois : les lois s'expliquent par la nature du gouvernement, le climat, les mœurs, la religion, le commerce.

Trois gouvernements : république (principe : vertu), monarchie (honneur), despotisme (crainte).

Séparation des pouvoirs : législatif, exécutif, judiciaire ; « le pouvoir arrête le pouvoir ».

Théorie des climats : idée aujourd'hui rejetée, limite de l'œuvre.

Livre XV, chapitre 5 : critique ironique de l'esclavage des Noirs.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que Montesquieu défend l'esclavage : le chapitre « De l'esclavage des nègres » est ironique ; il ridiculise les esclavagistes.
  • Confondre nature et principe du gouvernement : la nature dit qui gouverne ; le principe dit quelle passion fait fonctionner le régime.
  • Inverser les rôles des pouvoirs : le législatif fait les lois, l'exécutif les applique, le judiciaire juge.
  • Présenter la théorie des climats comme une vérité : c'est une hypothèse de l'époque, fausse et discutable, qu'on doit critiquer.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) En quelle année et dans quelle ville paraît De l'esprit des lois ?

b) Pourquoi l'ouvrage paraît-il sans nom d'auteur ?

c) Quel est le principe du gouvernement despotique ?

d) Quels sont les trois pouvoirs distingués par Montesquieu ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) En 1748, à Genève.

b) Pour échapper à la censure française, car le livre critique indirectement la monarchie absolue et touche à la religion.

c) La crainte.

d) Le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire.

2Exercice 2

Classe chaque action dans le bon pouvoir (législatif, exécutif, judiciaire) : a) voter une loi sur la protection des forêts ; b) juger un commerçant accusé de fraude ; c) nommer un préfet et diriger l'administration ; d) modifier le code de la route ; e) condamner un voleur.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) législatif ; b) judiciaire ; c) exécutif ; d) législatif ; e) judiciaire.

3Exercice 3

(Analyse d'un texte ironique) Lis ce texte écrit pour la leçon.

« Le sultan est très juste : il fait lui-même les lois le matin, les applique l'après-midi et juge le soir ceux qui s'en plaignent. Ainsi, personne n'a jamais gagné un procès contre lui, preuve que ses lois sont parfaites. »

a) Quel type de gouvernement est décrit ? Justifie.

b) Relève deux indices d'ironie.

c) Quelle idée de Montesquieu ce texte illustre-t-il ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Un gouvernement despotique : un seul homme, le sultan, concentre les trois pouvoirs (il fait les lois, les applique et juge), sans aucun contrôle.

b) « Le sultan est très juste », alors que ce qui suit décrit une injustice ; « preuve que ses lois sont parfaites », conclusion absurde puisque personne ne peut gagner contre celui qui juge lui-même.

c) Le texte illustre la nécessité de la séparation des pouvoirs : quand un seul détient tout, la liberté disparaît et la justice devient impossible.

4Exercice 4

(Réflexion) En 8 à 10 lignes, présente la théorie des climats et explique pourquoi elle est aujourd'hui rejetée.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de réponse :

« Dans De l'esprit des lois, Montesquieu affirme que le climat influence le tempérament des peuples et, par conséquent, leurs lois : les pays chauds rendraient les hommes plus passifs et favoriseraient le despotisme, les pays froids les rendraient plus énergiques et plus attachés à la liberté. Cette théorie est aujourd'hui rejetée pour plusieurs raisons. D'abord, elle repose sur des généralisations sans preuve : l'histoire montre des peuples libres et des tyrannies sous tous les climats. Ensuite, elle a pu servir à justifier des préjugés contre les peuples des pays chauds, notamment les Africains. Enfin, les régimes politiques s'expliquent surtout par l'histoire, l'économie et les choix des hommes. Montesquieu lui-même disait d'ailleurs que les bonnes lois doivent corriger les effets du climat. »

5Exercice 5

(Dissertation, plan détaillé) Sujet : « Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. » Expliquez et discutez cette pensée de Montesquieu. Rédige l'introduction et le plan détaillé en deux parties.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction : « Dans De l'esprit des lois (1748), Montesquieu cherche comment garantir la liberté des citoyens contre les abus des gouvernants. Il affirme : "Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir." Autrement dit, seul un pouvoir peut limiter un autre pouvoir. Cette séparation suffit-elle à empêcher les abus ? Nous expliquerons d'abord cette pensée, puis nous en montrerons les limites. »

I. Explication : 1) tout homme qui a du pouvoir tend à en abuser ; 2) il faut donc séparer législatif, exécutif et judiciaire et les confier à des mains différentes ; 3) cette idée a inspiré les constitutions modernes, y compris les constitutions africaines.

II. Discussion : 1) la séparation inscrite dans les textes ne suffit pas si elle n'est pas respectée dans les faits ; 2) il faut aussi une justice indépendante, une presse libre, des citoyens instruits et vigilants ; 3) les sociétés africaines connaissaient déjà des formes de contrôle du pouvoir (conseils d'anciens, rôle des griots et des assemblées).

Conclusion : la pensée de Montesquieu reste un principe essentiel de la démocratie, mais elle ne vit que si les citoyens la font vivre.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Où De l'esprit des lois est-il publié en 1748 ?
Voir la réponse

Réponse B : à Genève. L'ouvrage paraît à Genève, sans nom d'auteur, pour échapper à la censure française.

2Quel est le principe de la république selon Montesquieu ?
Voir la réponse

Réponse A : la vertu. La république repose sur la vertu, c'est-à-dire l'amour de la patrie et de l'égalité.

3Quel pouvoir est chargé de faire les lois ?
Voir la réponse

Réponse A : le pouvoir législatif. Le législatif (Parlement, Assemblée) vote les lois ; l'exécutif les applique ; le judiciaire juge.

4Quel est le ton du chapitre « De l'esclavage des nègres » ?
Voir la réponse

Réponse B : ironique. Montesquieu fait semblant de défendre l'esclavage pour mieux ridiculiser les esclavagistes.

5Quelle idée de l'œuvre est aujourd'hui rejetée ?
Voir la réponse

Réponse C : la théorie des climats. L'idée que le climat détermine le caractère des peuples est une généralisation sans preuve.

Tu as fini la leçon ?

Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.

Karamö
Un point pas clair ? Dis-moi ce qui te bloque dans cette leçon : je t’explique autrement, pas à pas. Demander à Karamö

Toutes les leçons de Français · 11e SE

Demander à Karamö