Aller au contenu
Philosophie · 11e SS

Leçon 2 sur 30

Généralités

Je connais le vocabulaire de base de la philosophie (notion, concept, définition, problème, thèse, argument) et je sais m'en servir pour analyser une question.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir les mots de base du travail philosophique
  • Distinguer opinion, croyance et savoir
  • Connaître les grandes questions qui organisent la philosophie selon Kant

Avant de commencer : Leçon précédente : étymologie de la philosophie, étonnement, doute, esprit critique

1Je découvre

Au lycée de Labé, le professeur de philosophie a organisé un petit débat : « Faut-il toujours dire la vérité ? » Ibrahima prend la parole avec énergie : « Oui, toujours ! Mentir, c'est mal, un point c'est tout. » Aïssatou répond : « Et si un voleur te demande où ton père cache l'argent de la famille, tu lui dis ? » Toute la classe rit. Ibrahima se défend : « Ce n'est pas pareil ! » Mais il n'arrive pas à expliquer pourquoi.

Le professeur arrête le débat : « Vous avez tous des idées, mais vous parlez sans vous entendre. Ibrahima, qu'entends-tu exactement par "vérité" ? Aïssatou, quelle est ta thèse, et quel est ton argument ? Tant que vous n'aurez pas défini vos mots et construit vos raisonnements, vous échangerez des opinions, pas des idées philosophiques. »

Ibrahima et Aïssatou se regardent : « thèse », « argument », « définir »… ce vocabulaire leur paraît nouveau.

Quels sont les mots et les outils de base qu'il faut maîtriser pour réfléchir et discuter de façon philosophique ?

2Je comprends

1. Opinion, croyance et savoir

Toute réflexion philosophique commence par une distinction entre trois façons de tenir une idée pour vraie.

  • L'opinion est une idée que l'on tient pour vraie sans l'avoir vérifiée. Elle peut être vraie ou fausse, mais on ne sait pas justifier qu'elle est vraie. Exemple : « Les élèves de la capitale sont plus intelligents que ceux de l'intérieur. »
  • La croyance est une adhésion de l'esprit à une idée, souvent accompagnée de confiance ou de foi. Elle peut être religieuse (croire en Dieu) ou ordinaire (croire qu'il va pleuvoir demain). Elle ne repose pas forcément sur une démonstration.
  • Le savoir (ou la connaissance) est une idée vraie justifiée par des preuves, des démonstrations ou des observations que d'autres peuvent vérifier. Exemple : « L'eau est composée d'hydrogène et d'oxygène. »
OpinionCroyanceSavoir
FondementL'habitude, le « on-dit »La confiance, la foiLa preuve, la démonstration
Vérifiable ?Rarement vérifiéePas toujours vérifiableVérifiable par tous
Exemple« Les gauchers sont maladroits. »« Mes ancêtres me protègent. »« La Terre tourne autour du Soleil. »

La philosophie cherche à passer de l'opinion au savoir, ou du moins à une pensée justifiée. Elle ne méprise pas la croyance, mais elle demande de ne pas la confondre avec une connaissance démontrée.

2. Notion, concept et définition

  • Une notion est une idée générale encore floue, que tout le monde utilise sans pouvoir la définir avec précision : la liberté, le bonheur, la justice, le travail.
  • Un concept est une idée générale définie avec précision, dont on a fixé le contenu. Le travail philosophique consiste souvent à transformer une notion vague en concept clair.
  • Définir, c'est dire ce qu'est une chose, en indiquant ses caractères essentiels, ceux qui la distinguent de toutes les autres. Une bonne définition ne doit être ni trop large ni trop étroite.

Exemple

Définir le mot « outil ».

Définition trop large : « Un outil est un objet. » Elle convient aussi à un caillou ou à une calebasse décorative.

Définition trop étroite : « Un outil est un objet en fer qui sert à cultiver. » Elle exclut le marteau du menuisier ou le stylo de l'élève.

Bonne définition : « Un outil est un objet fabriqué ou choisi par l'homme pour agir sur la matière et accomplir un travail. » Elle convient à la houe du paysan du Fouta, au marteau du forgeron et à l'aiguille de la couturière, et seulement à eux.

3. Problème et problématique

Un problème, en philosophie, n'est pas une simple difficulté pratique (« Comment réparer ce vélo ? »). C'est une difficulté de pensée : deux réponses paraissent possibles, chacune a de bonnes raisons, et elles semblent se contredire.

La problématique est l'ensemble des questions organisées qui font apparaître ce problème. Elle montre pourquoi la question posée n'est pas simple.

Exemple

Sujet : « Faut-il toujours dire la vérité ? »

Réponse spontanée : oui, car mentir détruit la confiance entre les hommes.

Difficulté : pourtant, dire la vérité peut parfois nuire à un innocent (l'exemple du voleur).

Problématique : le devoir de dire la vérité est-il absolu, valable en toutes circonstances, ou doit-il céder devant d'autres devoirs, comme protéger autrui ?

4. Thèse, argument, exemple

Quand on défend une idée, on utilise trois éléments différents, qu'il ne faut pas confondre.

  • La thèse est la position que l'on défend, la réponse que l'on donne à la question. Exemple : « Le mensonge est parfois justifié. »
  • L'argument est la raison qui soutient la thèse. Il répond à la question « pourquoi ? ». Exemple : « car la vie d'un innocent a plus de valeur que la sincérité envers un criminel. »
  • L'exemple est un cas concret qui illustre l'argument et le rend compréhensible. Exemple : mentir au voleur pour protéger l'argent et la sécurité de sa famille.

On appelle antithèse la thèse opposée, et doctrine (ou système) un ensemble organisé de thèses défendues par un philosophe ou une école.

  1. 1Question : ce que l'on cherche à savoir
  2. 2Thèse : la réponse que je défends
  3. 3Argument : la raison qui justifie ma thèse (car…, parce que…)
  4. 4Exemple : le cas concret qui illustre mon argument
  5. 5Conclusion : ce que j'ai établi, avec ses limites
La structure d'un raisonnement philosophique.

5. Les grandes questions de la philosophie

Le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804) a résumé le domaine de la philosophie en quatre questions :

  1. Que puis-je savoir ? C'est la question de la connaissance : ses sources, ses limites.
  2. Que dois-je faire ? C'est la question de la morale : le bien, le devoir, la justice.
  3. Que m'est-il permis d'espérer ? C'est la question de la religion et du sens de l'existence : le bonheur, la destinée.
  4. Qu'est-ce que l'homme ? C'est la question de l'anthropologie philosophique, qui, selon Kant, rassemble toutes les autres.
SavoirDevoirEspérerL'homme
Les quatre questions de Kant se ramènent toutes à la question « Qu'est-ce que l'homme ? ».

Ces quatre questions montrent que la philosophie n'est pas éloignée de la vie : quand Ibrahima se demande s'il doit mentir, il pose la deuxième question ; quand Mariama se demande si la rumeur du marché est vraie, elle pose la première.

6. Le vocabulaire du raisonnement

Pour lire et écrire en philosophie, quelques autres mots reviennent souvent :

MotDéfinition simple
JugementActe de l'esprit qui affirme ou nie quelque chose (« Le fleuve Niger prend sa source en Guinée. »)
RaisonnementEnchaînement de jugements qui conduit à une conclusion
PrémissesLes propositions de départ d'un raisonnement
ConclusionCe qui découle des prémisses
ContradictionAffirmer une chose et son contraire en même temps
ParadoxeIdée qui va contre l'opinion commune et qui surprend
ObjectionArgument opposé à une thèse

Méthode

Pour analyser une question en philosophie :

  1. Je définis chaque mot important de la question.
  2. Je formule la réponse spontanée (l'opinion courante).
  3. Je cherche ce qui rend cette réponse difficile : c'est le problème.
  4. Je formule ma thèse.
  5. Je la justifie par un argument (car…).
  6. J'illustre par un exemple précis.
  7. J'examine une objection et j'y réponds.

3Je retiens

Je retiens

Opinion : idée non vérifiée. Croyance : adhésion fondée sur la confiance ou la foi. Savoir : idée vraie justifiée par des preuves.

Notion : idée générale floue. Concept : idée générale définie avec précision.

Définir, c'est dire ce qu'est une chose par ses caractères essentiels (ni trop large, ni trop étroit).

Problème philosophique : difficulté de pensée où deux réponses paraissent fondées. Problématique : les questions qui le font apparaître.

Thèse : position défendue. Argument : raison qui la justifie. Exemple : cas concret qui l'illustre.

Les quatre questions de Kant : Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que m'est-il permis d'espérer ? Qu'est-ce que l'homme ?

4Erreurs fréquentes

  • Prendre un exemple pour un argument : « Mon voisin a menti et tout s'est bien passé » n'est pas une raison, c'est un cas particulier ; il faut dire pourquoi.
  • Confondre la thèse et le sujet : le sujet est la question posée ; la thèse est la réponse qu'on y donne.
  • Donner des définitions trop larges ou circulaires : « La liberté, c'est être libre » ne définit rien.
  • Croire qu'un problème philosophique a une réponse unique et évidente : s'il était évident, il n'y aurait pas de problème.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Quelle est la différence entre une opinion et un savoir ?

b) Quelle est la différence entre une notion et un concept ?

c) Cite les quatre questions de Kant.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Une opinion est une idée tenue pour vraie sans avoir été vérifiée ; un savoir est une idée vraie justifiée par des preuves que d'autres peuvent vérifier.

b) Une notion est une idée générale encore floue, utilisée sans définition précise ; un concept est une idée générale dont on a fixé le contenu par une définition rigoureuse.

c) Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que m'est-il permis d'espérer ? Qu'est-ce que l'homme ?

2Exercice 2

Dans chaque phrase, repère la thèse, l'argument et l'exemple.

a) « Le travail rend l'homme digne, car il lui permet de subvenir lui-même à ses besoins ; ainsi, le jeune tailleur de Kankan qui gagne sa vie ne dépend plus de personne. »

b) « L'instruction des filles est indispensable, parce qu'une société ne peut se développer en privant la moitié de sa population de savoir ; une mère instruite, par exemple, peut mieux suivre la scolarité de ses enfants. »

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Thèse : le travail rend l'homme digne. Argument : il lui permet de subvenir lui-même à ses besoins. Exemple : le jeune tailleur de Kankan qui ne dépend plus de personne.

b) Thèse : l'instruction des filles est indispensable. Argument : une société ne peut se développer en privant la moitié de sa population de savoir. Exemple : la mère instruite qui suit mieux la scolarité de ses enfants.

3Exercice 3

Classe chaque phrase : opinion, croyance ou savoir. Justifie.

a) « Le fleuve Sénégal prend sa source dans le Fouta-Djallon. »

b) « Les gens de telle région sont tous avares. »

c) « Dieu récompensera ceux qui font le bien. »

d) « L'eau bout à 100 °C sous la pression atmosphérique normale. »

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Savoir : c'est un fait géographique vérifiable (le Bafing, principale branche du Sénégal, naît dans le Fouta-Djallon).

b) Opinion (et préjugé) : généralisation non vérifiée, qui attribue à tout un groupe un défaut sans preuve.

c) Croyance : adhésion fondée sur la foi religieuse, qui ne se démontre pas par l'expérience.

d) Savoir : fait établi et vérifiable par l'expérience en physique.

4Exercice 4

Critique ces définitions (trop larges, trop étroites ou circulaires), puis propose une meilleure définition.

a) « L'école est un bâtiment. »

b) « Un commerçant est quelqu'un qui vend du riz au marché. »

c) « Le courage, c'est être courageux. »

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Trop large : un magasin ou une mosquée sont aussi des bâtiments, et une école peut exister sous un arbre. Meilleure définition : « L'école est une institution où des maîtres transmettent méthodiquement des savoirs à des élèves. »

b) Trop étroite : elle exclut ceux qui vendent autre chose que du riz ou ailleurs qu'au marché. Meilleure définition : « Un commerçant est une personne dont le métier est d'acheter et de revendre des biens pour en tirer un bénéfice. »

c) Circulaire : le mot défini est repris dans la définition. Meilleure définition : « Le courage est la force morale qui permet d'affronter un danger ou une difficulté malgré la peur. »

5Exercice 5

(Rédaction guidée) Sur la question « Faut-il toujours obéir à ses parents ? », rédige en 10 à 12 lignes : la réponse spontanée ; le problème ; ta thèse ; un argument ; un exemple.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de réponse :

Spontanément, on répond qu'il faut toujours obéir à ses parents, car ils nous ont élevés et veulent notre bien. Pourtant, un problème apparaît : les parents peuvent se tromper, ou demander quelque chose d'injuste ; l'obéissance doit-elle alors être aveugle ? Ma thèse est que l'on doit respect et obéissance à ses parents, mais que cette obéissance n'est pas sans limite. En effet, l'obéissance a pour but notre bien et celui des autres : elle perd son sens si elle nous conduit à faire le mal. Par exemple, un enfant à qui l'on demanderait d'abandonner l'école pour un travail dangereux pourrait, avec respect, chercher de l'aide auprès d'un oncle ou d'un enseignant pour défendre son droit à l'instruction.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qu'est-ce qu'un savoir ?
Voir la réponse

Réponse B : une idée vraie justifiée par des preuves vérifiables. Le savoir se distingue de l'opinion par la justification et la vérification.

2Comment appelle-t-on la position que l'on défend en réponse à une question ?
Voir la réponse

Réponse A : la thèse. La thèse est la réponse défendue ; l'argument la justifie ; l'exemple l'illustre.

3Quel est le défaut de la définition « L'homme est un animal » ?
Voir la réponse

Réponse C : elle est trop large. Elle convient aussi au chien ou à la chèvre : elle ne dit pas ce qui distingue l'homme.

4Laquelle de ces questions n'est pas une des quatre questions de Kant ?
Voir la réponse

Réponse C : Combien puis-je gagner ?. Les quatre questions portent sur la connaissance, la morale, l'espérance et l'homme.

5Qu'est-ce qu'un problème philosophique ?
Voir la réponse

Réponse B : une difficulté de pensée où deux réponses opposées paraissent fondées. Un problème philosophique naît d'une tension entre des réponses qui ont chacune de bonnes raisons.

Tu as fini la leçon ?

Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.

Karamö
Un point pas clair ? Dis-moi ce qui te bloque dans cette leçon : je t’explique autrement, pas à pas. Demander à Karamö

Toutes les leçons de Philosophie · 11e SS

Demander à Karamö