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Philosophie · 11e SS

Leçon 5 sur 30

Les méthodes de la philosophie

Je connais les grandes méthodes de la philosophie (maïeutique, dialectique, doute méthodique, analyse et synthèse) et je sais les appliquer à une question simple.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Expliquer la méthode socratique (ironie et maïeutique)
  • Énoncer les quatre règles de la méthode de Descartes
  • Distinguer analyse, synthèse et démarche dialectique et les utiliser dans un raisonnement

Avant de commencer : Leçons précédentes : doute, esprit critique, thèse, argument, problématique

1Je découvre

Au lycée de Kankan, Lansana doit rédiger sa première dissertation : « Le travail est-il une contrainte ? » Il écrit une page entière d'un seul trait, mélangeant ses idées, des souvenirs du champ de son père et une phrase entendue à la radio. Quand il relit, il ne sait plus où il voulait en venir.

Son camarade Ousmane, lui, a procédé autrement. Il a d'abord défini chaque mot. Puis il s'est posé des questions, une à une, comme s'il dialoguait avec lui-même. Il a noté les raisons de dire oui, puis celles de dire non, et il a cherché comment dépasser l'opposition. Sa copie est plus courte, mais claire.

Le professeur explique : « Lansana, tu as des idées, mais pas de méthode. Or une méthode, c'est un chemin. Les philosophes ont inventé plusieurs chemins pour penser juste. Si tu les connais, tu ne te perdras plus. »

Quelles sont les grandes méthodes de la philosophie, et comment peuvent-elles guider notre réflexion ?

2Je comprends

1. Qu'est-ce qu'une méthode ?

Le mot méthode vient du grec methodos, formé de meta (vers, à la suite de) et hodos (le chemin). Une méthode est donc un chemin : un ensemble ordonné de démarches que l'esprit suit pour atteindre la vérité ou pour la démontrer.

La philosophie n'a pas une méthode unique, comme la physique a l'expérimentation. Elle a développé, au cours de son histoire, plusieurs méthodes qui ont toutes un point commun : faire usage de la raison de façon ordonnée et critique.

2. La méthode socratique : ironie et maïeutique

Socrate (Athènes, vers 470-399 avant J.-C.) n'a rien écrit ; nous le connaissons surtout par les dialogues de son disciple Platon. Il interrogeait les passants sur l'agora (la place publique) : « Qu'est-ce que le courage ? Qu'est-ce que la justice ? » Sa méthode comprend deux moments.

  • L'ironie (du grec eironeia, « interrogation feinte ») : Socrate fait semblant de ne rien savoir et pose des questions à celui qui croit savoir. Par des questions successives, il montre à son interlocuteur que ses définitions sont contradictoires. L'interlocuteur découvre alors qu'il ne savait pas ce qu'il croyait savoir. C'est le moment négatif : on détruit les fausses certitudes.
  • La maïeutique (du grec maieutikê, « l'art de faire accoucher ») : Socrate disait qu'il pratiquait le métier de sa mère, qui était sage-femme, mais sur les esprits. Par de nouvelles questions, il aide son interlocuteur à « accoucher » lui-même d'une idée plus juste. C'est le moment positif.

La formule attribuée à Socrate, « Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien », résume cette attitude : reconnaître son ignorance est le premier pas vers le savoir.

Exemple

Un dialogue à la manière de Socrate, au marché de Labé.

Fanta : Le courage, c'est ne jamais avoir peur.

Socrate : Celui qui n'a pas peur de traverser le fleuve en crue sans savoir nager est-il courageux ?

Fanta : Non, il est imprudent.

Socrate : Donc ne pas avoir peur ne suffit pas pour être courageux ?

Fanta : C'est vrai… (ironie : sa première définition est détruite)

Socrate : Et la mère qui a peur mais qui se jette dans le feu pour sauver son enfant, est-elle courageuse ?

Fanta : Oui ! Alors le courage, ce n'est pas l'absence de peur, c'est agir malgré la peur, pour une bonne raison. (maïeutique : Fanta a trouvé elle-même une meilleure définition)

3. La dialectique

Le mot dialectique vient du grec dialegesthai, « discuter, dialoguer ». Il a pris plusieurs sens :

  • chez Platon, la dialectique est l'art du dialogue qui permet à l'esprit de s'élever, par questions et réponses, des opinions vers les Idées vraies ;
  • chez Hegel (XIXe siècle), la dialectique devient le mouvement même de la pensée et de la réalité : toute chose contient une contradiction qui la pousse à se transformer en autre chose. On résume souvent ce mouvement, de façon scolaire, par trois moments : thèse, antithèse, synthèse.

C'est de là que vient le plan dialectique de la dissertation : on présente une position, puis la position opposée, et on cherche enfin à les dépasser dans une réponse plus complète.

  1. 1Thèse : une première réponse, avec ses raisons
  2. 2Antithèse : la réponse opposée, qui montre les limites de la première
  3. 3Synthèse : une réponse nouvelle qui garde ce qu'il y a de vrai dans les deux et dépasse leur opposition
Le mouvement dialectique, tel qu'on le résume dans le plan de dissertation.

4. Le doute méthodique de Descartes

Le philosophe français René Descartes publie en 1637 le Discours de la méthode. Il constate que beaucoup de choses qu'il a apprises dans sa jeunesse étaient douteuses. Il décide alors de douter de tout ce qui n'est pas absolument certain, non pour rester dans le doute, mais pour trouver un fondement solide. C'est le doute méthodique : un doute volontaire, provisoire, qui sert d'outil.

Au terme de ce doute, Descartes découvre une vérité qui résiste : même si je doute de tout, je ne peux pas douter que je doute, donc que je pense. D'où la célèbre formule : « Je pense, donc je suis ».

Il propose aussi quatre règles pour bien conduire sa raison :

RègleContenuEn pratique
1. L'évidenceNe recevoir pour vrai que ce que l'on connaît clairement et distinctementNe pas croire par habitude ou par précipitation
2. L'analyseDiviser chaque difficulté en autant de parties qu'il faut pour la résoudreDécouper un sujet en questions simples
3. La synthèse (l'ordre)Conduire ses pensées par ordre, du plus simple au plus complexeAller pas à pas, sans sauter d'étape
4. Le dénombrementFaire des revues si complètes qu'on est sûr de ne rien omettreVérifier qu'on n'a rien oublié
ÉvidenceAnalyseSynthèseDénombrement
Les quatre règles de la méthode de Descartes (Discours de la méthode, 1637).

5. Analyse et synthèse

Ces deux démarches se retrouvent dans toutes les méthodes :

  • l'analyse va du complexe au simple : on décompose un tout en ses éléments pour les comprendre un par un ;
  • la synthèse va du simple au complexe : on recompose les éléments pour reconstruire le tout et comprendre leurs liens.

Pour comprendre une moto en panne, le mécanicien de Kankan la démonte pièce par pièce (analyse), puis la remonte en vérifiant chaque liaison (synthèse). En philosophie, on analyse un sujet en définissant chaque mot et en le découpant en questions ; on fait la synthèse en construisant un raisonnement ordonné qui répond à la question posée.

6. Les méthodes au service de la dissertation

Exemple

Sujet : « Le travail est-il une contrainte ? »

Analyse (Descartes, règle 2) : « travail » = activité par laquelle l'homme transforme la nature pour satisfaire ses besoins ; « contrainte » = ce qui s'impose à nous contre notre volonté.

Ironie socratique : l'opinion dit « oui, on travaille parce qu'on y est obligé ». Mais celui qui cultive son jardin par plaisir, est-il contraint ?

Thèse : le travail est une contrainte, car il répond à la nécessité de survivre et demande effort et fatigue (le paysan sous le soleil de la saison sèche).

Antithèse : le travail est aussi une libération, car par lui l'homme transforme la nature, développe ses capacités et gagne son indépendance (l'apprentie couturière qui ouvre son propre atelier).

Synthèse : le travail commence comme une contrainte, mais il peut devenir un moyen de liberté quand il est choisi, reconnu et justement rémunéré.

Dénombrement (règle 4) : ai-je défini tous les mots ? répondu à la question ? donné un exemple par argument ?

Méthode

Pour réfléchir avec méthode sur une question philosophique :

  1. J'analyse : je définis chaque terme et je découpe la question.
  2. Je doute : je repère l'opinion courante et je la mets à l'épreuve par des questions (ironie).
  3. Je fais naître une réponse plus juste par des questions successives (maïeutique).
  4. J'organise le débat : thèse, antithèse, synthèse.
  5. Je recompose le tout dans un ordre clair (synthèse).
  6. Je vérifie que rien n'est oublié (dénombrement).

3Je retiens

Je retiens

Méthode (grec methodos) : chemin ordonné que suit l'esprit pour atteindre ou démontrer la vérité.

Méthode socratique : l'ironie (détruire les fausses certitudes par des questions) puis la maïeutique (faire « accoucher » les esprits d'une idée juste).

Dialectique : art du dialogue (Platon) ; mouvement par contradiction et dépassement (Hegel), résumé en thèse, antithèse, synthèse.

Descartes, Discours de la méthode (1637) : doute méthodique, « Je pense, donc je suis ».

Quatre règles de Descartes : évidence, analyse, synthèse (ordre), dénombrement.

Analyse : du complexe au simple. Synthèse : du simple au complexe.

4Erreurs fréquentes

  • Confondre le doute méthodique et le doute sceptique : Descartes doute pour trouver une certitude, non pour rester dans le doute.
  • Croire que l'ironie socratique est une moquerie : c'est une interrogation qui aide l'autre à découvrir son ignorance.
  • Réduire la synthèse du plan dialectique à un compromis mou (« un peu oui, un peu non ») : elle doit apporter une idée nouvelle qui dépasse l'opposition.
  • Confondre l'analyse (décomposer) et la synthèse (recomposer).

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Donne l'étymologie du mot « méthode ».

b) Quels sont les deux moments de la méthode socratique ?

c) Énonce les quatre règles de la méthode de Descartes.

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a) « Méthode » vient du grec methodos, de meta (vers) et hodos (chemin) : c'est le chemin que suit l'esprit.

b) L'ironie (moment négatif : détruire les fausses certitudes par des questions) et la maïeutique (moment positif : faire naître chez l'autre une idée plus juste).

c) Règle de l'évidence : ne tenir pour vrai que ce qui est clair et distinct. Règle de l'analyse : diviser chaque difficulté en parties. Règle de la synthèse : conduire ses pensées par ordre, du simple au complexe. Règle du dénombrement : tout vérifier pour ne rien omettre.

2Exercice 2

Relie chaque démarche à sa définition.

a) Analyse — b) Synthèse — c) Maïeutique — d) Ironie socratique

(1) faire découvrir à l'autre une idée juste qu'il porte en lui ;

(2) décomposer un tout en éléments simples ;

(3) montrer par des questions que l'interlocuteur ne sait pas ce qu'il croit savoir ;

(4) recomposer les éléments pour reconstruire le tout.

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a-(2) ; b-(4) ; c-(1) ; d-(3).

3Exercice 3

Écris un petit dialogue (8 à 10 répliques) à la manière de Socrate, dans lequel Kadiatou aide son frère Alpha à corriger sa définition : « Être libre, c'est faire tout ce qu'on veut. »

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Exemple de dialogue :

Alpha : Être libre, c'est faire tout ce qu'on veut.

Kadiatou : Si tu veux prendre le vélo de ton voisin sans lui demander, tu en as le droit ?

Alpha : Non, ce serait du vol.

Kadiatou : Donc faire tout ce qu'on veut peut empiéter sur la liberté des autres ?

Alpha : Oui, c'est vrai.

Kadiatou : Et celui qui fume parce qu'il ne peut plus s'en empêcher, fait-il ce qu'il veut ?

Alpha : Il fait ce qu'il veut… mais il est esclave de son envie.

Kadiatou : Alors, qu'est-ce qu'être libre ?

Alpha : C'est peut-être choisir soi-même ce qu'on fait, en étant maître de ses envies et en respectant la liberté des autres.

(Ironie : la première définition est détruite ; maïeutique : Alpha trouve seul une définition plus juste.)

4Exercice 4

Explique en quoi le doute de Descartes est « méthodique ». Quelle vérité trouve-t-il à la fin de ce doute ? Pourquoi celle-ci résiste-t-elle au doute ?

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Le doute de Descartes est méthodique parce qu'il est volontaire, provisoire et utilisé comme un outil : Descartes rejette tout ce qui n'est pas absolument certain afin de trouver un fondement solide pour la connaissance. À la fin de ce doute, il trouve la vérité « Je pense, donc je suis ». Elle résiste au doute, car pour douter il faut penser ; plus je doute, plus je prouve que je pense, et donc que j'existe comme être pensant.

5Exercice 5

(Type dissertation) Sujet : « Faut-il toujours écouter les conseils des anciens ? » Construis un plan dialectique détaillé : analyse des termes, problématique, thèse avec un argument et un exemple, antithèse avec un argument et un exemple, synthèse.

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Plan détaillé :

  • Analyse : « conseils » = avis donnés pour guider une action ; « anciens » = personnes âgées, porteuses d'expérience et de tradition ; « toujours » = en toutes circonstances, sans exception.
  • Problématique : l'expérience des anciens est-elle un guide sûr, ou peut-elle devenir un obstacle dans un monde qui change ?
  • Thèse : il faut écouter les anciens, car leur expérience est un savoir accumulé qui évite bien des erreurs. Exemple : le vieux cultivateur qui sait lire les signes de l'arrivée des pluies et conseille le bon moment pour semer.
  • Antithèse : on ne peut pas toujours suivre leurs conseils, car certaines connaissances sont dépassées et certaines coutumes peuvent être injustes. Exemple : un conseil de retirer une fille de l'école pour la marier contredit le droit à l'instruction.
  • Synthèse : il faut toujours écouter les anciens, mais pas toujours leur obéir sans examen : leurs conseils doivent être accueillis avec respect et jugés par la raison, qui garde ce qui est sage et laisse ce qui est dépassé.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Que signifie « maïeutique » ?
Voir la réponse

Réponse B : l'art de faire accoucher les esprits. Socrate comparait sa méthode au métier de sage-femme de sa mère, appliqué aux esprits.

2Dans quelle œuvre Descartes expose-t-il ses quatre règles ?
Voir la réponse

Réponse B : le Discours de la méthode. Le Discours de la méthode est publié en 1637.

3Quelle règle de Descartes demande de diviser chaque difficulté en parties ?
Voir la réponse

Réponse B : l'analyse. L'analyse consiste à décomposer le complexe en éléments simples.

4Quel est le but du doute méthodique ?
Voir la réponse

Réponse A : trouver une certitude solide. Descartes doute pour trouver un fondement indubitable : « Je pense, donc je suis ».

5Dans le plan dialectique, que doit apporter la synthèse ?
Voir la réponse

Réponse C : une réponse nouvelle qui dépasse l'opposition entre thèse et antithèse. La synthèse garde ce qui est juste dans chaque position et va plus loin.

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