Leçon 8 sur 30
La philosophie antique
Je connais les grands courants et les grands philosophes de l'Antiquité grecque, des présocratiques à Aristote, et je sais résumer leurs idées principales.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Présenter les présocratiques et leur recherche du principe (arkhê) du monde
- Expliquer l'apport des sophistes et de Socrate
- Résumer les grandes idées de Platon et d'Aristote, puis des écoles épicurienne et stoïcienne
Avant de commencer : Leçon précédente : les grandes périodes de l'histoire de la philosophie ; méthode socratique (leçon sur les méthodes)
1Je découvre
Au bord du Bafing, pendant la saison sèche, Ibrahima et sa cousine Fatoumata regardent l'eau couler. Fatoumata dit : « Tu vois, tout vient de l'eau : sans elle, pas de riz, pas de bétail, pas de vie. » Ibrahima réfléchit : « Mais l'eau n'est jamais la même : celle que tu vois maintenant sera loin demain. Tout change sans arrêt. » Fatoumata ajoute : « Alors, qu'est-ce qui reste ? Si tout change, qu'est-ce que le monde, au fond ? »
Sans le savoir, ils viennent de retrouver les questions que se posaient les premiers philosophes grecs, il y a plus de deux mille cinq cents ans. L'un d'eux affirmait que tout vient de l'eau ; un autre que tout coule comme un fleuve ; un troisième que le changement n'est qu'une illusion. Puis vinrent Socrate, Platon et Aristote, qui déplacèrent la question du monde vers l'homme et la cité.
Quels ont été les grands philosophes de l'Antiquité, et quelles questions nous ont-ils léguées ?
2Je comprends
1. Les présocratiques : la recherche du principe
On appelle présocratiques les philosophes grecs qui ont vécu avant Socrate (VIe et Ve siècles avant J.-C.), surtout en Ionie (côte de l'actuelle Turquie) et en Italie du Sud. Ils sont aussi appelés « physiciens », car ils étudient la nature (phusis). Leur question : quel est le principe (arkhê), l'élément premier dont toutes choses sont faites ?
| Philosophe | Principe (arkhê) ou idée clé |
|---|---|
| Thalès de Milet | L'eau est le principe de toutes choses |
| Anaximène | L'air |
| Pythagore | Le nombre : l'univers est ordonné selon des rapports numériques |
| Héraclite d'Éphèse | Le feu et le devenir : « tout coule », on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve |
| Parménide d'Élée | L'être est un, immobile et éternel ; le changement est une illusion des sens |
| Démocrite | Les atomes (particules invisibles et insécables) et le vide |
Leur apport est immense : pour la première fois, on explique le monde par des causes naturelles, et non par la volonté des dieux. Héraclite et Parménide posent aussi un grand problème qui traversera toute la philosophie : le monde est-il changement ou permanence ?
2. Les sophistes : l'art de convaincre
Au Ve siècle avant J.-C., Athènes est une démocratie : les citoyens débattent à l'assemblée et plaident au tribunal. Les sophistes sont des maîtres itinérants qui enseignent, contre paiement, l'art de bien parler et de convaincre (la rhétorique).
Le plus célèbre, Protagoras, affirme que « l'homme est la mesure de toutes choses » : il n'y a pas de vérité absolue, chacun juge selon ce qui lui apparaît. C'est le relativisme.
Les sophistes ont eu le mérite de s'intéresser à l'homme et au langage. Mais Socrate et Platon leur reprochent de chercher à persuader plutôt qu'à dire le vrai, et de vendre un savoir-faire sans souci de justice.
3. Socrate : le tournant vers l'homme
Socrate (vers 470-399 avant J.-C.), Athénien, n'a rien écrit. Il marque un tel tournant qu'on classe les philosophes en « avant » et « après » lui. Ses idées principales :
- la philosophie doit s'occuper d'abord de l'homme : « Connais-toi toi-même » ;
- la conscience de son ignorance est le début du savoir ;
- sa méthode est le dialogue (ironie et maïeutique) ;
- « nul n'est méchant volontairement » : celui qui fait le mal se trompe sur ce qui est bon ; la vertu est un savoir.
En 399 avant J.-C., Socrate est accusé de corrompre la jeunesse et de ne pas honorer les dieux de la cité. Il est condamné à mort et boit la ciguë, refusant de fuir pour ne pas désobéir aux lois de sa cité. Sa mort a profondément marqué son disciple Platon.
4. Platon : le monde des Idées
Platon (vers 428-348 avant J.-C.), disciple de Socrate, fonde à Athènes une école, l'Académie. Il écrit des dialogues où Socrate est souvent le personnage principal (La République, Le Banquet, Phédon…).
Sa thèse centrale est la distinction entre deux mondes :
- le monde sensible, celui que nous percevons par les sens : changeant, imparfait, il n'est qu'une copie ;
- le monde intelligible, celui des Idées (ou Formes) : éternelles, parfaites, immuables, connues par la raison. Par exemple, aucun cercle tracé dans le sable n'est parfaitement rond ; l'Idée de cercle, elle, est parfaite.
Pour expliquer cela, Platon imagine l'allégorie de la caverne (La République, livre VII) : des prisonniers enchaînés depuis l'enfance au fond d'une caverne ne voient que des ombres projetées sur le mur ; ils les prennent pour la réalité. L'un d'eux est libéré, sort péniblement vers la lumière et découvre le vrai monde et le soleil. Revenu dans la caverne pour libérer les autres, il est moqué et menacé.
- 1Les prisonniers enchaînés ne voient que des ombres : c'est l'opinion (monde sensible)
- 2Un prisonnier est libéré ; la lumière l'éblouit : l'éducation est douloureuse
- 3Il sort et contemple les choses réelles puis le soleil : il connaît les Idées et le Bien
- 4Il redescend pour libérer les autres et se heurte à leur refus : le philosophe dans la cité
En politique, Platon pense que la cité juste doit être gouvernée par ceux qui connaissent le Bien : les philosophes-rois.
5. Aristote : le savoir encyclopédique
Aristote (384-322 avant J.-C.), né à Stagire, élève de Platon pendant vingt ans, puis précepteur du jeune Alexandre le Grand, fonde à Athènes sa propre école, le Lycée. Il écrit sur presque tous les domaines : logique, physique, biologie, morale, politique, poésie.
Il critique son maître : pour lui, les Idées n'existent pas dans un monde séparé ; la forme est dans les choses mêmes. La connaissance commence par l'expérience des sens, que la raison organise.
Ses apports majeurs :
- il fonde la logique (le syllogisme) ;
- il définit l'homme comme un « animal politique » (un être fait pour vivre dans la cité) et un animal doué de raison et de parole (logos) ;
- en morale, il enseigne que le bonheur est le but de la vie et que la vertu est un juste milieu entre deux excès : le courage est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité.
Exemple
Comparer Platon et Aristote sur la connaissance.
Question : Aminata apprend ce qu'est un manguier. Comment connaît-elle l'idée de « manguier » ?
Platon : son esprit reconnaît dans les manguiers qu'elle voit une Idée éternelle du manguier, qu'elle connaissait déjà par la raison ; les arbres réels n'en sont que des copies imparfaites.
Aristote : c'est en voyant beaucoup de manguiers que son esprit dégage ce qu'ils ont en commun ; la forme du manguier est dans les arbres eux-mêmes, pas dans un autre monde.
Conclusion : Platon privilégie la raison et un monde séparé ; Aristote part de l'expérience et du monde réel.
6. Les écoles de l'époque hellénistique : bien vivre
Après la mort d'Alexandre (323 avant J.-C.), les cités grecques perdent leur indépendance. La philosophie se tourne vers une question pratique : comment atteindre le bonheur et la paix de l'âme dans un monde incertain ?
| École | Fondateur | Thèse principale | Exemple |
|---|---|---|---|
| Épicurisme | Épicure (341-270 av. J.-C.) | Le bonheur est le plaisir, compris comme absence de douleur du corps et de trouble de l'âme ; il faut se contenter des désirs naturels et simples | Préférer un repas simple entre amis à la course sans fin aux richesses |
| Stoïcisme | Zénon de Citium (vers 335-262 av. J.-C.), puis Épictète, Sénèque, Marc Aurèle | Le bonheur est la vertu : distinguer ce qui dépend de nous (nos jugements, nos actes) de ce qui n'en dépend pas (la maladie, la mort, la richesse) | Garder son calme quand la récolte est détruite par une inondation, en agissant sur ce que l'on peut encore changer |
Exemple
Face à l'échec à un examen, que conseillerait chaque école ?
Épicurien : ne te tourmente pas par des désirs excessifs de gloire ; cherche la tranquillité, entoure-toi d'amis et reprends le travail sans angoisse.
Stoïcien : la note passée ne dépend plus de toi ; ce qui dépend de toi, c'est ta manière de réagir et ton travail pour la prochaine fois. Concentre-toi là-dessus.
Méthode
Pour présenter un philosophe de l'Antiquité :
- Je le situe (époque, cité, école).
- J'énonce sa question principale.
- Je donne sa thèse en une phrase.
- Je l'illustre par un exemple ou une image (la caverne, le fleuve, le juste milieu).
- Je dis ce qu'il apporte et, si besoin, comment un autre philosophe l'a critiqué.
3Je retiens
Je retiens
Présocratiques (VIe-Ve s. av. J.-C.) : recherche du principe (arkhê) du monde. Thalès : l'eau ; Héraclite : le devenir (« tout coule ») ; Parménide : l'être immobile ; Démocrite : les atomes.
Sophistes : maîtres de rhétorique ; Protagoras : « l'homme est la mesure de toutes choses » (relativisme).
Socrate (vers 470-399) : « Connais-toi toi-même » ; ironie et maïeutique ; condamné à boire la ciguë en 399.
Platon (vers 428-348) : l'Académie ; monde sensible et monde des Idées ; allégorie de la caverne.
Aristote (384-322) : le Lycée ; fondateur de la logique ; l'homme est un « animal politique » ; la vertu est un juste milieu.
Épicurisme : bonheur = absence de douleur et de trouble. Stoïcisme : distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas.
4Erreurs fréquentes
- Croire qu'épicurien veut dire « qui fait la fête sans limite » : Épicure prônait des plaisirs simples et la modération.
- Confondre Socrate et Platon : Socrate n'a rien écrit ; c'est Platon qui le met en scène dans ses dialogues.
- Penser que les présocratiques étaient naïfs : leurs réponses (l'eau, le feu) nous semblent simples, mais leur démarche, expliquer la nature par des causes naturelles, est à l'origine de la science.
- Attribuer l'allégorie de la caverne à Aristote : elle est de Platon, dans La République.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Pourquoi appelle-t-on les premiers philosophes grecs des « physiciens » ?
b) Qu'est-ce que le relativisme de Protagoras ?
c) Comment s'appellent les écoles fondées par Platon et par Aristote ?
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a) Parce qu'ils étudiaient la nature (en grec phusis) et cherchaient à l'expliquer par des causes naturelles, en particulier par un principe premier (arkhê).
b) Pour Protagoras, « l'homme est la mesure de toutes choses » : il n'existe pas de vérité absolue ; ce qui est vrai l'est pour chacun selon ce qui lui apparaît.
c) Platon a fondé l'Académie ; Aristote a fondé le Lycée.
2Exercice 2
Associe chaque philosophe à son idée.
a) Thalès — b) Héraclite — c) Démocrite — d) Socrate — e) Aristote — f) Épicure
(1) Le bonheur est l'absence de douleur et de trouble. (2) Tout coule. (3) L'eau est le principe de toutes choses. (4) Les atomes et le vide. (5) Connais-toi toi-même. (6) La vertu est un juste milieu.
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a-(3) ; b-(2) ; c-(4) ; d-(5) ; e-(6) ; f-(1).
3Exercice 3
Raconte en quelques lignes l'allégorie de la caverne, puis explique ce que représentent : les ombres, la sortie de la caverne, le soleil, le retour du prisonnier libéré.
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Des prisonniers, enchaînés depuis l'enfance au fond d'une caverne, ne voient que des ombres projetées sur le mur et les prennent pour la réalité. L'un d'eux est libéré ; ébloui, il sort peu à peu, découvre les choses réelles, puis le soleil. Il redescend pour libérer ses compagnons, qui se moquent de lui et le menacent.
Les ombres représentent les opinions et le monde sensible. La sortie représente l'éducation philosophique, difficile et douloureuse. Le soleil représente l'Idée du Bien, source de toute vérité. Le retour représente la mission du philosophe dans la cité, et l'hostilité qu'il rencontre (on pense à la mort de Socrate).
4Exercice 4
Selon Aristote, la vertu est un juste milieu entre deux excès. Trouve le juste milieu pour chaque couple d'excès.
a) lâcheté / témérité ;
b) avarice / gaspillage ;
c) timidité maladive / effronterie.
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a) Le courage.
b) La générosité mesurée (ou la libéralité, l'usage raisonnable de ses biens).
c) La modestie (ou la réserve, la juste assurance).
5Exercice 5
(Rédaction guidée) Moussa a perdu son téléphone et se lamente depuis trois jours. Rédige, en 10 à 12 lignes, le conseil qu'un philosophe stoïcien pourrait lui donner, en utilisant la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas. Termine par une critique possible de cette sagesse.
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Exemple de réponse :
Moussa, distingue ce qui dépend de toi et ce qui n'en dépend pas. La perte de ton téléphone est un fait passé : elle ne dépend plus de toi. Te lamenter ne le fera pas revenir ; au contraire, tu ajoutes à la perte une deuxième peine, celle que tu te fabriques. Ce qui dépend de toi, c'est ton jugement sur cet événement et ce que tu vas faire maintenant : chercher encore là où tu es passé, prévenir tes proches, économiser pour en racheter un. Un objet n'est pas un bien véritable ; le vrai bien, c'est ta capacité à rester maître de toi. Ainsi parlerait un stoïcien. On peut toutefois critiquer cette sagesse : elle risque de pousser à accepter trop vite des situations qui pourraient être changées, notamment les injustices, et elle demande une maîtrise de soi que peu de gens atteignent.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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