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Philosophie · 11e SM

Leçon 25 sur 30

Les normes morales : le normal et l'anormal

Je sais définir la norme, distinguer les sens du mot « normal » (statistique, normatif, biologique et psychologique), expliquer l'origine des normes morales et discuter la frontière entre normal et anormal.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir la norme et la norme morale
  • Distinguer le normal au sens statistique (moyen, fréquent) et au sens normatif (conforme à une règle, idéal), puis l'anormal et le pathologique
  • Discuter la relativité des normes et le respect de la différence

Avant de commencer : La psychologie générale ; la conscience morale (leçons précédentes)

1Je découvre

Dans une classe de 11e à Kankan, Sékou écrit de la main gauche. Son grand-père, quand il était petit, avait été obligé d'écrire de la main droite : à l'époque, beaucoup pensaient qu'écrire de la main gauche « n'était pas normal ».

Dans la même classe, Aïssatou se déplace en fauteuil roulant après un accident. Certains élèves la regardaient au début comme « anormale ». Aujourd'hui, elle est déléguée de classe et première en mathématiques.

Au marché, la mère de Sékou s'étonne d'une autre chose : « Chez nous, il n'est pas normal qu'un jeune ne salue pas les aînés. Mais ma cousine qui vit à l'étranger me dit que là-bas, les gens pressés ne se saluent pas dans la rue, et que c'est normal. »

Écrire de la main gauche, se déplacer en fauteuil, saluer ou non : dans chaque cas, on emploie le mot « normal », mais pas dans le même sens.

Qu'est-ce qui est normal : ce qui est fréquent, ce qui est conforme à une règle, ou ce qui est bien ? Et qui décide de ce qui est anormal ?

2Je comprends

1. La notion de norme

Le mot norme vient du latin norma, qui désigne l'équerre du charpentier, l'outil qui permet de tracer un angle droit. Par extension, une norme est une règle, un modèle qui sert à mesurer, à juger et à diriger les conduites.

On distingue plusieurs sortes de normes :

  • les normes techniques (les dimensions d'une prise électrique, d'un parpaing) ;
  • les normes juridiques (les lois, garanties par l'État et assorties de sanctions) ;
  • les normes sociales (les usages, la politesse, les coutumes) ;
  • les normes morales (les règles du bien et du mal, du devoir, que la conscience reconnaît).

Une norme morale est une règle qui dit ce qui doit être fait ou évité, au nom du bien : ne pas mentir, respecter la vie d'autrui, aider celui qui est dans le besoin, respecter les aînés. Elle s'adresse à la conscience et sa sanction est d'abord intérieure (le remords, la honte) ou sociale (le blâme).

2. Les sens du mot « normal »

a) Le normal au sens statistique : le fréquent, la moyenne

Est normal, en ce premier sens, ce qui est le plus fréquent ou proche de la moyenne dans un groupe. La plupart des gens sont droitiers : être droitier est « normal » au sens statistique. Être gaucher est rare, donc « anormal » en ce sens, mais cela ne veut dire ni malade, ni mauvais.

C'est une constatation : on décrit ce qui est.

b) Le normal au sens normatif : le conforme à la règle, l'idéal

Est normal, en ce second sens, ce qui est conforme à une norme, ce qui est comme il faut. « Il est normal de rembourser ses dettes » ne veut pas dire que tout le monde le fait, mais que c'est ce qu'on doit faire.

C'est un jugement de valeur : on dit ce qui doit être.

Normal statistiqueNormal normatif
Sensle plus fréquent, la moyennele conforme à la règle, l'idéal
Type de phraseconstat (ce qui est)jugement de valeur (ce qui doit être)
Exemple« La plupart des élèves sont droitiers. »« Il est normal de dire la vérité. »
L'anormal est…le rare, l'exceptionnelle déviant, le fautif

c) Le normal au sens biologique et psychologique : la santé

En médecine et en psychologie, le normal désigne la santé, et l'anormal peut désigner le pathologique (la maladie, le trouble). Le philosophe et médecin français Georges Canguilhem (1904-1995), dans Le Normal et le Pathologique, montre que la santé n'est pas simplement la moyenne : être en bonne santé, c'est être capable de s'adapter à des situations nouvelles, de supporter des écarts, d'inventer de nouvelles façons de vivre. Une personne qui a perdu l'usage de ses jambes peut mener une vie pleinement active : elle a créé de nouvelles normes de vie.

3. D'où viennent les normes morales ?

Les normes viennent de la société
  • Elles changent d'un peuple à l'autre
  • Elles sont apprises par l'éducation
  • Durkheim : la société impose ses règles
  • Risque : tout est relatif
Les normes viennent de la raison
  • Certaines valent pour tous les hommes
  • La conscience peut les découvrir elle-même
  • Kant : la raison commande le devoir
  • Risque : ignorer la diversité des cultures
Deux réponses à la question de l'origine des normes morales.

a) Une origine sociale

Pour le sociologue français Émile Durkheim (1858-1917), la morale est d'abord un fait social : les règles morales sont imposées à l'individu par la société, qui les lui transmet par l'éducation et les fait respecter par la pression du groupe. Durkheim montre même que le crime est, en un sens, un phénomène « normal » : on le trouve dans toutes les sociétés, et la réaction qu'il provoque renforce les règles communes. Cela ne veut pas dire qu'il est bon, mais qu'il est fréquent.

b) La relativité des normes

Les normes varient d'une société et d'une époque à l'autre. Montaigne (XVIe siècle) remarquait que chacun appelle « barbarie » ce qui n'est pas de son usage. Pascal (XVIIe siècle) s'étonnait qu'une chose tenue pour vraie et juste d'un côté des Pyrénées soit tenue pour fausse de l'autre. En Guinée même, les façons de saluer, de se marier ou d'honorer les morts diffèrent selon les régions et les communautés.

c) Une origine rationnelle et universelle

Mais si tout est relatif, peut-on encore condamner l'injustice, l'esclavage, la torture ? Pour Kant (1724-1804), la raison peut découvrir des règles qui valent pour tous les hommes : agir seulement selon une règle que l'on pourrait vouloir voir appliquer par tous, et traiter toujours l'être humain comme une fin, jamais seulement comme un moyen. La Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) exprime l'idée que certaines normes valent pour toute l'humanité.

4. Normal, anormal et respect de la différence

La frontière entre normal et anormal est souvent tracée par la société, et elle peut être injuste :

  • des gauchers ont été contraints d'écrire de la main droite ;
  • des personnes vivant avec un handicap ou une maladie ont été cachées ou rejetées ;
  • des comportements simplement différents ont été traités comme des fautes.

Il faut donc distinguer :

  • l'anormal au sens statistique (rare), qui n'appelle aucun jugement ;
  • le pathologique, qui appelle des soins et non une condamnation ;
  • l'anormal moral (la faute : voler, mentir, frapper), qui appelle un jugement et une responsabilité.

La réflexion philosophique nous apprend à ne pas confondre ce qui est différent avec ce qui est mauvais.

  1. 1Constater un écart par rapport à la moyenne (le rare)
  2. 2Se demander s'il s'agit d'une maladie ou d'un trouble (le pathologique)
  3. 3Se demander s'il s'agit d'une faute contre une règle morale (le fautif)
  4. 4Ne juger moralement que la faute ; soigner ce qui est pathologique ; respecter ce qui est seulement différent
Une démarche pour ne pas confondre différence, maladie et faute.

Exemple

Analyse : « Sékou est gaucher, ce n'est pas normal. »

Sens du mot : « normal » est pris au sens statistique (la majorité est droitière), mais la phrase glisse vers un jugement de valeur.

Correction : être gaucher est rare, donc anormal au sens statistique ; ce n'est ni une maladie ni une faute. Il n'y a rien à corriger.

Leçon : passer du rare au mauvais est une erreur de raisonnement.

Exemple

Analyse : « Il est normal de respecter la parole donnée. »

Sens du mot : « normal » est pris au sens normatif : c'est ce qui doit être fait.

Remarque : même si beaucoup de gens ne tiennent pas parole (sens statistique), la phrase reste vraie comme règle morale. Une norme morale ne dépend pas du nombre de ceux qui la respectent.

Méthode

Pour analyser un sujet contenant le mot « normal » :

  1. Je repère le sens du mot : statistique (fréquent), normatif (conforme à la règle), biologique (santé).
  2. Je distingue constat (ce qui est) et jugement de valeur (ce qui doit être).
  3. Je me demande qui fixe la norme : la société, la raison, la médecine ?
  4. Je discute la frontière entre normal et anormal avec des exemples.
  5. Je conclus en distinguant la différence, la maladie et la faute.

3Je retiens

Je retiens

Norme (latin norma, équerre) : règle, modèle qui sert à juger et à diriger les conduites. Norme morale : règle du bien et du devoir, adressée à la conscience.

Normal statistique : le plus fréquent, la moyenne (constat). Normal normatif : le conforme à la règle, l'idéal (jugement de valeur).

Canguilhem : la santé n'est pas la moyenne, c'est la capacité de s'adapter et de créer de nouvelles normes de vie.

Durkheim : la morale est un fait social ; le crime est « normal » au sens où il existe dans toute société.

Relativité des normes : Montaigne, Pascal. Universalité : Kant, Déclaration universelle des droits de l'homme (1948).

Ne pas confondre le rare (aucun jugement), le pathologique (soins) et la faute morale (responsabilité).

4Erreurs fréquentes

  • Glisser du sens statistique au sens normatif : « c'est rare, donc c'est mal » est un raisonnement faux.
  • Croire qu'une norme morale est fausse parce que beaucoup de gens ne la respectent pas : la règle dit ce qui doit être, pas ce qui est.
  • Mal comprendre Durkheim : dire que le crime est « normal » ne signifie pas qu'il est bon, mais qu'il est présent dans toute société.
  • Conclure de la relativité des normes que « tout se vaut » : certaines règles (respect de la vie, de la dignité) prétendent à l'universalité.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Donne l'étymologie et la définition du mot « norme ».

b) Distingue le normal au sens statistique et le normal au sens normatif.

c) Que signifie la thèse de Canguilhem sur la santé ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Le mot vient du latin norma, l'équerre du charpentier. Une norme est une règle, un modèle qui sert à mesurer, à juger et à diriger les conduites.

b) Au sens statistique, le normal est le plus fréquent, ce qui correspond à la moyenne d'un groupe ; c'est un constat. Au sens normatif, le normal est ce qui est conforme à une règle ou à un idéal, ce qui doit être ; c'est un jugement de valeur.

c) Pour Canguilhem, la santé n'est pas le fait d'être dans la moyenne : c'est la capacité de s'adapter aux changements et de créer de nouvelles normes de vie. Une personne peut vivre avec un handicap et être pleinement active.

2Exercice 2

Pour chaque phrase, dis si « normal » est pris au sens statistique, normatif ou biologique.

a) « Il est normal d'aider sa mère à la maison. »

b) « En Guinée, il est normal qu'il pleuve beaucoup entre juin et septembre. »

c) « Sa température est redevenue normale après le traitement. »

d) « Il n'est pas normal de tricher à l'examen. »

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a) Normatif. b) Statistique (c'est ce qui se produit habituellement). c) Biologique (état de santé). d) Normatif.

3Exercice 3

Hawa affirme : « Dans ma classe, presque tout le monde copie les devoirs. Copier est donc normal et ce n'est pas grave. » Montre l'erreur de raisonnement.

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Hawa passe du sens statistique (« presque tout le monde copie », c'est fréquent) au sens normatif (« ce n'est pas grave », c'est permis). Or une norme morale ne dépend pas du nombre de ceux qui la respectent : même si beaucoup copient, copier reste une tricherie, contraire à l'honnêteté et injuste envers ceux qui travaillent. Le fait n'établit pas le droit.

4Exercice 4

(Analyse de texte) Lis ce texte rédigé pour l'exercice, puis réponds.

« Chaque peuple croit que ses coutumes sont les seules raisonnables. Le voyageur qui arrive dans un autre pays trouve étranges la nourriture, les salutations, les fêtes. Mais ceux qui l'accueillent trouvent tout aussi étranges ses propres manières. Qui a raison ? Peut-être personne : la coutume fait paraître naturel ce qui n'est qu'habituel. »

a) Quelle est la thèse du texte ?

b) De quels auteurs du cours peut-on la rapprocher ?

c) Montre les limites de cette thèse lorsqu'il s'agit des normes morales.

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a) Thèse : les coutumes et les normes varient d'un peuple à l'autre ; chacun croit les siennes naturelles alors qu'elles ne sont qu'habituelles.

b) On peut la rapprocher de Montaigne (chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage) et de Pascal (ce qui est juste d'un côté des Pyrénées est injuste de l'autre) ; et de Durkheim, pour qui les normes sont d'origine sociale.

c) Cette thèse vaut pour les usages (salutations, nourriture), mais elle devient dangereuse si on l'applique à toutes les normes morales : on ne pourrait plus condamner l'esclavage, la torture ou l'oppression, puisqu'ils étaient « habituels » quelque part. Kant et la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) affirment que certaines règles valent pour tous les hommes, comme le respect de la dignité de chaque personne.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) Sujet : « Qui décide de ce qui est normal ? » Rédige une introduction et un plan détaillé en deux parties.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction : On dit d'un comportement qu'il est « normal » ou « anormal » comme si c'était évident. Pourtant, ce qui est normal ici ne l'est pas ailleurs, et ce qui était jugé anormal hier (écrire de la main gauche) ne l'est plus aujourd'hui. Qui décide donc de ce qui est normal : la société, la science, la raison ? Nous verrons d'abord que la société fixe une grande partie des normes, puis que la raison et la science permettent de les juger.

Plan détaillé :

I. La société semble décider du normal. A. Le normal statistique : la majorité définit la moyenne. B. Les normes sociales et morales sont transmises par l'éducation (Durkheim). C. Elles varient selon les peuples et les époques (Montaigne, Pascal).

II. Mais la société n'est pas le seul juge. A. La médecine distingue le rare du pathologique ; la santé est la capacité de créer de nouvelles normes (Canguilhem). B. La raison peut critiquer des normes injustes (Kant, droits de l'homme). C. Il faut distinguer la différence (à respecter), la maladie (à soigner) et la faute (à juger).

Conclusion : la société fixe les normes, mais la raison doit toujours pouvoir les examiner, pour éviter de condamner ce qui n'est que différent.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Le mot « norme » vient du latin norma, qui désigne :
Voir la réponse

Réponse B : l'équerre du charpentier. Par extension, la norme est la règle qui sert à mesurer et à juger.

2« La plupart des gens sont droitiers » est un constat au sens :
Voir la réponse

Réponse A : statistique. Il décrit ce qui est fréquent, sans jugement de valeur.

3Pour Canguilhem, la santé est :
Voir la réponse

Réponse B : la capacité de s'adapter et de créer de nouvelles normes de vie. La santé n'est pas une moyenne statistique mais une puissance d'adaptation.

4Durkheim affirme que le crime est normal parce que :
Voir la réponse

Réponse C : on le trouve dans toutes les sociétés. « Normal » est ici pris au sens de fréquent et général, non au sens de bon.

5Quelle affirmation est correcte ?
Voir la réponse

Réponse C : Il faut distinguer ce qui est différent, ce qui est pathologique et ce qui est fautif.. Seule la faute appelle un jugement moral ; la maladie appelle des soins et la différence le respect.

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