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Philosophie · 11e SS

Leçon 26 sur 30

Les problèmes de l'existence sociale

Je sais définir la société et poser les grands problèmes de l'existence sociale : l'homme est-il naturellement social, d'où vient la société, et la vie en société libère-t-elle ou contraint-elle l'individu ?

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir la société, la communauté, le groupe et le fait social
  • Exposer les thèses de la sociabilité naturelle (Aristote) et du contrat social (Hobbes, Rousseau)
  • Discuter la tension entre l'individu et la société (Kant, l'insociable sociabilité)

Avant de commencer : Les normes morales ; la conscience et le langage (leçons précédentes)

1Je découvre

Dans un village de la préfecture de Dabola, c'est la saison des labours. Selon une tradition d'entraide répandue dans les campagnes, les jeunes du village se réunissent pour travailler ensemble dans le champ d'une famille, puis dans celui d'une autre. Le travail avance vite, on chante, on partage le repas. Personne ne pourrait faire seul, en une journée, ce que le groupe fait ensemble.

Pourtant, le soir, Alpha, qui a 17 ans, se plaint à son ami Lansana : « Au village, tout le monde surveille tout le monde. Je dois demander l'avis des aînés pour tout, même pour choisir mes études. J'aimerais parfois vivre seul, libre de toute règle. »

Lansana lui répond : « Mais qui t'a appris à parler, à cultiver, à lire ? Qui t'aidera si tu tombes malade ? Seul, tu ne serais rien. »

Alpha hésite. La société l'aide et le protège, mais elle lui impose aussi des règles et des devoirs.

L'homme est-il fait pour vivre en société, et la société est-elle pour lui une chance ou une contrainte ?

2Je comprends

1. Quelques définitions

  • Une société est un ensemble organisé d'individus qui vivent ensemble selon des règles communes, et qui sont liés par des relations d'échange, de coopération et d'autorité. On parle de la société guinéenne, de la société d'un village.
  • Un groupe est un ensemble plus restreint de personnes unies par un lien (la famille, la classe, l'équipe de football, l'association des femmes du marché).
  • Le sociologue allemand Ferdinand Tönnies (1855-1936) a distingué la communauté, fondée sur des liens naturels et affectifs (la famille, le village, les liens du sang et du voisinage), et la société, fondée sur des liens d'intérêt et de contrat (l'entreprise, la grande ville, le marché).
  • Le fait social, selon Durkheim, est une manière d'agir, de penser ou de sentir extérieure à l'individu et qui s'impose à lui (la langue, les règles de politesse, les lois). Tu l'étudieras plus en détail dans la leçon sur le déterminisme sociologique.

L'existence sociale désigne donc la vie de l'homme avec les autres, dans des groupes et des institutions.

2. Premier problème : l'homme est-il naturellement social ?

a) La thèse de la sociabilité naturelle

Le philosophe grec Aristote (IVe siècle avant J.-C.) affirme dans la Politique que l'homme est par nature un animal politique, c'est-à-dire fait pour vivre dans une cité. Ses arguments :

  • l'homme seul ne peut pas satisfaire ses besoins ;
  • il possède le langage (le logos), qui lui permet de discuter du juste et de l'injuste avec les autres ;
  • celui qui peut vivre sans société est, dit-il, « soit une bête, soit un dieu ».

Les cas d'« enfants sauvages » semblent le confirmer. Victor de l'Aveyron, retrouvé vers 1800 dans une forêt du sud de la France, ne parlait pas, marchait mal et se comportait comme un animal. Malgré les efforts du médecin Jean Itard, il n'a jamais appris à parler. Sans société, l'être humain ne développe pas ses facultés humaines.

La sagesse africaine exprime souvent la même idée. La notion d'ubuntu, venue d'Afrique australe, signifie qu'une personne n'est une personne qu'à travers les autres.

b) La thèse du contrat social

D'autres philosophes pensent que la société n'est pas naturelle, mais artificielle : elle est née d'un accord, d'un contrat entre les hommes. Ils imaginent un état de nature, c'est-à-dire la situation des hommes avant toute société organisée, pour comprendre pourquoi ils ont formé des sociétés.

  • Thomas Hobbes (Angleterre, 1588-1679), dans le Léviathan (1651) : à l'état de nature, les hommes sont égaux et libres, mais chacun veut sa sécurité et ses biens ; c'est la guerre de chacun contre chacun, et la vie y est brève et misérable. On résume sa pensée par la formule « l'homme est un loup pour l'homme ». Par peur de la mort, les hommes passent un contrat : ils confient leur pouvoir à un souverain qui garantit la paix et la sécurité.
  • Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) : à l'état de nature, l'homme est bon, libre et vit de manière indépendante. C'est la société, avec la propriété et l'inégalité, qui l'a corrompu (Discours sur l'origine de l'inégalité, 1755). Pour retrouver la liberté, il faut un contrat social juste (Du contrat social, 1762), par lequel chacun obéit à la volonté générale, c'est-à-dire à la loi qu'il s'est donnée avec les autres.
Hobbes
  • L'état de nature est une guerre de chacun contre chacun
  • Les hommes s'associent par peur de la mort
  • Le contrat donne le pouvoir à un souverain
  • But : la sécurité
Rousseau
  • L'état de nature est paisible, l'homme y est bon
  • La société historique a corrompu l'homme
  • Le contrat juste soumet chacun à la volonté générale
  • But : la liberté et l'égalité
Deux versions du contrat social.

L'état de nature n'est pas une période historique que l'on pourrait dater : c'est une hypothèse qui permet de réfléchir sur ce que la société apporte et sur ce qui la rend juste.

3. Deuxième problème : la société libère-t-elle ou contraint-elle ?

a) La société comme contrainte

  • Elle impose des règles, des devoirs, des interdits, et sanctionne ceux qui s'en écartent.
  • Elle exerce une pression du groupe : le « qu'en dira-t-on », la peur du déshonneur.
  • Elle peut être injuste : inégalités, abus de pouvoir, discriminations.

Rousseau en fait la critique : « L'homme est né libre, et partout il est dans les fers », écrit-il au début du Contrat social.

b) La société comme condition de la liberté

  • Elle protège : sans lois, c'est la loi du plus fort (Hobbes).
  • Elle forme : la langue, les savoirs, les techniques, les valeurs nous viennent d'elle.
  • Elle permet la coopération : la division du travail, l'entraide multiplient ce que chacun peut faire seul.
  • La loi juste n'est pas l'ennemie de la liberté : obéir à une loi qu'on s'est donnée, c'est être libre (Rousseau).

c) L'insociable sociabilité

Emmanuel Kant (1724-1804) propose une synthèse. Il parle de l'insociable sociabilité des hommes : ils ont besoin de vivre ensemble (sociabilité), mais ils ont aussi tendance à vouloir tout diriger selon leur intérêt, et donc à s'opposer (insociabilité). Cette tension n'est pas seulement négative : la rivalité pousse chacun à développer ses talents. Kant compare les hommes aux arbres d'une forêt : en cherchant chacun la lumière, ils poussent droit ; l'arbre isolé pousse tordu.

Besoin desautresVie ensociétéRivalités etconflitsEfforts ettalentsProgrèscommun
L'insociable sociabilité selon Kant : la tension entre les hommes devient source de progrès.

4. Les grands problèmes posés par l'existence sociale

ProblèmeQuestionExemple guinéen
L'origine de la sociéténaturelle ou issue d'un contrat ?entraide dans les travaux des champs
Le rapport individu et sociétéla société libère-t-elle ou opprime-t-elle ?choix des études, du mariage
L'inégalitéest-elle naturelle ou produite par la société ?accès inégal à l'école, à l'eau, à la santé
Le pouvoirqui doit commander, et pourquoi obéir ?autorité des aînés, de l'État, de la loi
Les conflitsla société peut-elle vivre sans conflit ?règlement des litiges fonciers par la médiation

Ces problèmes seront approfondis dans les leçons suivantes (insertion sociale, déterminisme, sphère économique, sphère culturelle).

Exemple

Analyse de la situation d'Alpha.

Ce qu'il reçoit de la société : la langue, l'éducation, l'entraide dans les travaux, la protection en cas de maladie.

Ce qu'il ressent comme contrainte : la surveillance du groupe, l'obligation de consulter les aînés.

Lecture philosophique : Alpha vit l'insociable sociabilité dont parle Kant : il a besoin des autres, mais veut aussi décider seul.

Solution possible : non pas fuir la société, mais participer à la discussion des règles (dialogue avec les aînés), ce qui rejoint l'idée de Rousseau : être libre, c'est obéir à des règles auxquelles on a pris part.

Exemple

Test de la thèse de Hobbes.

Situation : lors d'une coupure prolongée d'électricité et en l'absence de toute autorité dans un quartier, quelques personnes en profitent pour voler.

Lecture hobbesienne : sans pouvoir commun pour les contenir, certains hommes cèdent à leur intérêt et la sécurité disparaît.

Objection : dans le même quartier, beaucoup de voisins s'organisent spontanément pour surveiller les maisons et partager l'eau. La solidarité apparaît aussi sans contrainte.

Conclusion : l'homme n'est ni tout à fait « loup » ni tout à fait bon ; les institutions justes aident à faire l'emporter la solidarité.

Méthode

Pour traiter un sujet sur la société :

  1. Je définis la société et je la distingue du groupe et de la communauté.
  2. Je pose le problème : origine de la société, ou rapport entre individu et société.
  3. J'expose les thèses opposées (Aristote contre les théoriciens du contrat ; contrainte contre condition de la liberté).
  4. J'illustre chaque thèse par un exemple précis, si possible guinéen.
  5. Je propose un dépassement (Kant, l'insociable sociabilité ; Rousseau, la loi que l'on se donne).

3Je retiens

Je retiens

Société : ensemble organisé d'individus vivant selon des règles communes. Communauté (liens affectifs, naturels) et société (liens d'intérêt, de contrat) selon Tönnies.

Aristote : l'homme est par nature un animal politique ; hors de la cité, il serait « une bête ou un dieu ». Les enfants sauvages (Victor de l'Aveyron) montrent que l'homme a besoin de la société pour devenir humain.

Hobbes (Léviathan, 1651) : l'état de nature est une guerre de chacun contre chacun ; le contrat donne le pouvoir à un souverain pour garantir la sécurité.

Rousseau (Du contrat social, 1762) : l'homme naît libre ; un contrat juste soumet chacun à la volonté générale.

Kant : l'insociable sociabilité ; la rivalité entre les hommes développe leurs talents.

La société est à la fois une contrainte et la condition de notre humanité et de notre liberté.

4Erreurs fréquentes

  • Présenter l'état de nature comme une époque historique réelle : c'est une hypothèse de travail pour penser la société.
  • Attribuer à Rousseau l'idée que l'homme est un loup pour l'homme : c'est Hobbes ; pour Rousseau, l'homme est bon par nature.
  • Confondre « animal politique » et « homme qui fait de la politique » : chez Aristote, cela veut dire que l'homme est fait pour vivre dans une cité.
  • Opposer simplement « la société, c'est mal » et « la société, c'est bien » : un bon devoir montre qu'elle est à la fois contrainte et condition de la liberté.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis la société et distingue-la de la communauté selon Tönnies.

b) Que veut dire Aristote quand il affirme que l'homme est un animal politique ?

c) Qu'est-ce que l'état de nature ?

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a) Une société est un ensemble organisé d'individus qui vivent ensemble selon des règles communes et sont liés par des relations d'échange, de coopération et d'autorité. Pour Tönnies, la communauté repose sur des liens naturels et affectifs (famille, village), tandis que la société repose sur des liens d'intérêt et de contrat (entreprise, grande ville).

b) Il veut dire que l'homme est fait par nature pour vivre dans une cité : il ne peut pas satisfaire seul ses besoins, et il possède le langage qui lui permet de discuter avec les autres du juste et de l'injuste.

c) L'état de nature est la situation hypothétique des hommes avant toute société organisée et toute loi ; les philosophes l'imaginent pour comprendre pourquoi et comment les hommes ont formé des sociétés.

2Exercice 2

Attribue chaque idée à son auteur (Aristote, Hobbes, Rousseau, Kant).

a) Les hommes s'associent par peur de la mort violente.

b) L'homme est né libre, et partout il est dans les fers.

c) Celui qui vit hors de la cité est une bête ou un dieu.

d) La rivalité entre les hommes développe leurs talents.

e) Obéir à la loi que l'on s'est donnée, c'est être libre.

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a) Hobbes. b) Rousseau. c) Aristote. d) Kant. e) Rousseau.

3Exercice 3

Explique ce que l'histoire de Victor de l'Aveyron apporte à la réflexion sur l'existence sociale.

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Victor, retrouvé vers 1800 dans une forêt, avait grandi hors de toute société. Il ne parlait pas et se conduisait comme un animal ; malgré l'éducation que lui donna le médecin Jean Itard, il n'apprit jamais à parler. Son histoire montre que les facultés humaines (langage, pensée, conduites sociales) ne se développent pas seules : elles s'acquièrent au contact des autres. Elle appuie la thèse d'Aristote : l'homme a besoin de la société pour devenir pleinement humain.

4Exercice 4

(Analyse de texte) Lis ce texte rédigé pour l'exercice, puis réponds.

« Mets deux hommes sur une île déserte. S'il n'y a qu'un seul puits, ils se battront pour l'eau, à moins qu'ils ne décident ensemble d'une règle : chacun puisera à tour de rôle et personne ne gardera le puits pour lui seul. Cette règle ne les rend pas moins libres : elle les rend enfin capables de vivre sans avoir peur. »

a) Quelle est la thèse du texte ?

b) De quelle doctrine du cours le texte est-il proche ? Justifie.

c) Montre que la règle, selon le texte, n'est pas contraire à la liberté.

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a) Thèse : sans règle commune, les hommes entrent en conflit ; une règle décidée ensemble leur permet de vivre en paix.

b) Le texte est proche des théories du contrat social, en particulier de Hobbes (le conflit pour les ressources et la peur) et de Rousseau (une règle décidée ensemble, égale pour tous).

c) Selon le texte, la règle ne supprime pas la liberté ; elle la rend possible, car elle libère de la peur et de la violence. C'est l'idée de Rousseau : obéir à une loi qu'on a contribué à établir, c'est rester libre.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) Sujet : « La société est-elle un obstacle à la liberté de l'individu ? » Rédige une introduction et un plan détaillé en deux parties.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction : Dans le village, un jeune doit consulter ses aînés pour les décisions importantes ; en ville, il doit respecter les lois et les usages. La société semble ainsi limiter sans cesse ce que l'individu veut faire. Pourtant, sans elle, il ne saurait ni parler, ni lire, ni travailler. La société est-elle donc un obstacle à la liberté de l'individu, ou en est-elle la condition ? Nous verrons d'abord en quoi elle contraint, puis en quoi elle rend la liberté possible.

Plan détaillé :

I. La société semble un obstacle à la liberté. A. Elle impose règles, devoirs et sanctions. B. La pression du groupe limite les choix personnels (études, mariage). C. Elle peut être injuste et oppressive (Rousseau : « partout il est dans les fers »).

II. Mais elle est aussi la condition de la liberté. A. Sans société, l'homme ne développe pas ses facultés (Aristote, enfants sauvages). B. Sans lois, c'est la loi du plus fort (Hobbes). C. La loi juste, décidée ensemble, est l'expression de la liberté (Rousseau) ; la rivalité elle-même développe les talents (Kant).

Conclusion : la société n'est un obstacle que lorsqu'elle est injuste ; une société juste est le lieu où la liberté de chacun devient réelle.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Pour Aristote, l'homme est par nature :
Voir la réponse

Réponse B : un animal politique. Aristote affirme que l'homme est fait pour vivre dans une cité.

2Selon Hobbes, l'état de nature est :
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Réponse A : une guerre de chacun contre chacun. Sans pouvoir commun, la peur et la violence règnent ; d'où le contrat.

3Qui a écrit Du contrat social (1762) ?
Voir la réponse

Réponse C : Rousseau. Rousseau y fonde la société juste sur la volonté générale.

4L'« insociable sociabilité » est une expression de :
Voir la réponse

Réponse B : Kant. Kant désigne ainsi la tension entre le besoin de vivre ensemble et la tendance à s'opposer.

5Que montre l'histoire de Victor de l'Aveyron ?
Voir la réponse

Réponse B : que les facultés humaines se développent au contact de la société. Privé de société dans son enfance, Victor n'a jamais appris à parler.

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