Leçon 20 sur 24
La monnaie
Je sais définir la monnaie, retracer l'évolution de ses formes jusqu'au mobile money, et expliquer ses trois fonctions avec des exemples guinéens.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir la monnaie
- Décrire l'évolution des formes de la monnaie (marchandise, métallique, fiduciaire, scripturale, électronique)
- Expliquer les trois fonctions de la monnaie
- Citer les qualités d'une bonne monnaie
- Calculer le nombre de rapports d'échange nécessaires sans monnaie
Avant de commencer : Les leçons « Les échanges » (troc et ses limites) et « La marchandise et le prix ».
1Je découvre
Dans la case de son grand-père à Guéckédou, Mariama découvre une vieille boîte. Dedans : des coquillages blancs percés, de fines tiges de fer torsadées, quelques pièces anciennes et un billet sur lequel on lit « syli ». Son grand-père sourit : « Tout cela, c'était de l'argent, à différentes époques. »
Le soir, Mariama voit son grand frère Ibrahima payer son crédit téléphonique et envoyer 200 000 GNF à leur tante de Kankan… sans toucher un seul billet, juste avec son téléphone. Leur mère, elle, a préféré garder quelques économies en billets sous le matelas, « au cas où ».
Coquillages, fer, pièces, billets, chiffres sur un écran : comment des objets aussi différents peuvent-ils tous être de la monnaie ? Qu'ont-ils en commun ?
Qu'est-ce que la monnaie, quelles formes a-t-elle prises au cours de l'histoire, et à quoi sert-elle ?
2Je comprends
1. Définition
La monnaie est tout instrument de paiement accepté par tous dans une communauté pour régler les échanges et les dettes.
Ce qui fait la monnaie, ce n'est pas la matière dont elle est faite, c'est la confiance et l'acceptation générale : je prends un billet de 20 000 GNF parce que je suis sûr que le commerçant d'à côté l'acceptera à son tour. Un coquillage, un morceau de papier ou un chiffre inscrit sur un compte peuvent être de la monnaie, s'ils sont acceptés par tous.
Tu as vu dans la leçon sur les échanges que la monnaie est née pour dépasser les limites du troc (double coïncidence des besoins, absence de mesure commune, indivisibilité, conservation difficile).
2. L'évolution des formes de la monnaie
a) La monnaie-marchandise
Les premières monnaies étaient des marchandises utiles, rares ou recherchées, que tout le monde acceptait : le sel, le bétail, des tissus, des métaux. En Afrique de l'Ouest, les cauris (petits coquillages venus de l'océan Indien) ont longtemps servi de monnaie. En Guinée forestière, des tiges de fer torsadées, appelées guinzé, ont joué ce rôle, notamment dans les mariages et les échanges importants.
Inconvénients : ces biens sont parfois lourds, périssables (le bétail meurt, le sel fond sous la pluie) ou difficiles à diviser.
b) La monnaie métallique
Peu à peu, les métaux précieux (or, argent) et d'autres métaux (cuivre, bronze) se sont imposés : ils sont durables, divisibles et ont une grande valeur sous un petit volume. On les a d'abord pesés, puis on les a transformés en pièces frappées par une autorité (un roi, un État) qui garantissait leur poids et leur titre. L'or de l'ancien Bouré, dans l'actuelle région de Siguiri, alimentait déjà le commerce de l'empire du Mali.
c) La monnaie fiduciaire (les billets)
Transporter de grandes quantités d'or était dangereux. Des banquiers ont délivré des reçus en échange de l'or déposé ; ces reçus ont commencé à circuler à la place de l'or : ce sont les ancêtres des billets de banque.
On parle de monnaie fiduciaire (du latin fiducia, « confiance ») car un billet n'a presque aucune valeur en tant que papier : il vaut parce qu'on a confiance dans l'institution qui l'émet. Aujourd'hui, les billets ne sont plus convertibles en or ; ils sont émis par la banque centrale et ont cours légal : personne ne peut les refuser dans le pays. La monnaie fiduciaire comprend les billets et les pièces (dites monnaie divisionnaire).
d) La monnaie scripturale
La monnaie scripturale est formée par les dépôts à vue sur les comptes bancaires. Elle tire son nom de l'écriture (scriptura) : ce n'est qu'une inscription dans les comptes de la banque. Elle circule grâce à des instruments de paiement : le chèque, le virement, la carte bancaire. Attention : le chèque ou la carte ne sont pas eux-mêmes de la monnaie, ce sont des moyens de faire circuler la monnaie inscrite sur le compte.
e) La monnaie électronique
La monnaie électronique est une valeur monétaire stockée sur un support électronique (carte prépayée, puce, compte de téléphone) et acceptée comme moyen de paiement. En Guinée, le mobile money (argent sur le téléphone portable) s'est beaucoup développé : on dépose des billets chez un agent, on reçoit l'équivalent en unités sur son téléphone, puis on peut payer, envoyer de l'argent à un parent de Kankan ou retirer ses billets ailleurs.
- 1Monnaie-marchandise : sel, bétail, cauris, tiges de fer (guinzé).
- 2Monnaie métallique : or, argent, cuivre ; d'abord pesés, puis frappés en pièces.
- 3Monnaie fiduciaire : billets et pièces émis par la banque centrale, fondés sur la confiance.
- 4Monnaie scripturale : dépôts sur les comptes bancaires, qui circulent par chèque, virement, carte.
- 5Monnaie électronique : valeur stockée sur une carte ou un téléphone (mobile money).
3. La monnaie en Guinée : repères
Pendant la colonisation, la Guinée utilisait le franc des colonies françaises d'Afrique. Après l'indépendance du 2 octobre 1958, la Guinée crée sa propre monnaie, le franc guinéen, le 1er mars 1960, et sa banque centrale. En 1972, le franc guinéen est remplacé par le syli (le billet trouvé par Mariama). En janvier 1986, le franc guinéen (GNF) est rétabli : c'est la monnaie actuelle du pays. Avoir sa propre monnaie est un attribut de la souveraineté d'un État.
4. Les trois fonctions de la monnaie
Depuis l'Antiquité (Aristote déjà), on reconnaît à la monnaie trois fonctions.
a) Intermédiaire des échanges. La monnaie permet de décomposer le troc en deux opérations : une vente puis un achat. Plus besoin de trouver quelqu'un qui a exactement ce que je veux et veut ce que j'ai.
b) Unité de compte (ou étalon de valeur). La monnaie sert à mesurer la valeur de tous les biens avec une seule unité, le franc guinéen. On peut ainsi comparer les prix, tenir une comptabilité, calculer un salaire ou une dette.
c) Réserve de valeur. La monnaie permet de conserver du pouvoir d'achat pour plus tard : on vend aujourd'hui, on achète dans un mois. C'est ce que fait la mère de Mariama en gardant des économies. Mais cette fonction est fragile : si les prix augmentent (inflation), la même somme permettra d'acheter moins de choses.
Exemple
Situation : un marché villageois échange 10 biens différents (riz, fonio, poisson, huile, sel, poulets, chèvres, pagnes, savon, kola).
Sans monnaie (troc), il faut un rapport d'échange pour chaque paire de biens. Le nombre de paires est :
n × (n − 1) / 2 = 10 × 9 / 2 = 45 rapports d'échange à connaître.
Avec la monnaie comme unité de compte, il suffit d'un prix par bien, soit 10 prix.
Avec 100 biens : 100 × 99 / 2 = 4 950 rapports d'échange sans monnaie, contre 100 prix avec monnaie. La fonction d'unité de compte simplifie énormément la vie économique.
Exemple
Situation : la mère de Mariama garde 1 000 000 GNF sous son matelas pendant un an. Pendant ce temps, les prix augmentent de 10 %. Un panier de provisions qui coûtait 100 000 GNF coûte maintenant 110 000 GNF.
- Au début : 1 000 000 / 100 000 = 10 paniers.
- Un an après : 1 000 000 / 110 000 ≈ 9,09 paniers, soit 9 paniers entiers.
- Elle a toujours le même nombre de billets, mais elle a perdu une partie de son pouvoir d'achat. La réserve de valeur n'est parfaite que si les prix restent stables.
5. Les qualités d'une bonne monnaie
| Qualité | Signification | Contre-exemple |
|---|---|---|
| Acceptée par tous | Tout le monde la prend en paiement | Un bon d'achat valable dans un seul magasin |
| Divisible | On peut payer de petites et de grandes sommes | Une chèvre |
| Durable | Elle ne s'abîme pas vite | Le poisson frais |
| Homogène | Deux unités de même montant ont la même valeur | Des animaux de tailles différentes |
| Facile à transporter | Grande valeur sous un petit volume | Des sacs de sel |
| Difficile à imiter | On ne peut pas la contrefaire facilement | Des coquillages ramassés sur la plage |
| Stable | Son pouvoir d'achat ne baisse pas trop vite | Une monnaie en forte inflation |
Méthode
Pour dire si un objet peut servir de monnaie :
- Je vérifie s'il est accepté par tous dans la communauté.
- Je vérifie les qualités : divisible, durable, homogène, transportable, difficile à imiter.
- Je teste les trois fonctions : peut-il servir d'intermédiaire des échanges ? d'unité de compte ? de réserve de valeur ?
- Je conclus en classant la forme de monnaie (marchandise, métallique, fiduciaire, scripturale, électronique).
3Je retiens
Je retiens
La monnaie est tout instrument de paiement accepté par tous pour régler les échanges et les dettes ; elle repose sur la confiance.
Formes successives : monnaie-marchandise (sel, cauris, guinzé), monnaie métallique, monnaie fiduciaire (billets et pièces), monnaie scripturale (dépôts bancaires), monnaie électronique (mobile money, cartes prépayées).
Le chèque, le virement et la carte ne sont pas de la monnaie mais des instruments qui la font circuler.
Trois fonctions : intermédiaire des échanges, unité de compte, réserve de valeur.
Qualités : acceptée, divisible, durable, homogène, transportable, difficile à imiter, stable.
La monnaie de la Guinée est le franc guinéen (GNF), émis par la banque centrale.
4Erreurs fréquentes
- Dire que le chèque est une monnaie : c'est un instrument de paiement qui fait circuler la monnaie scripturale déposée sur un compte.
- Croire que la valeur d'un billet vient du papier : elle vient de la confiance et du cours légal.
- Oublier que la réserve de valeur est fragile : avec l'inflation, une même somme achète moins de biens.
- Confondre monnaie fiduciaire (billets et pièces) et monnaie scripturale (dépôts sur un compte).
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis : monnaie, monnaie fiduciaire, monnaie scripturale.
b) Cite et explique les trois fonctions de la monnaie.
c) Cite deux exemples de monnaie-marchandise utilisés en Afrique de l'Ouest.
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a) La monnaie est tout instrument de paiement accepté par tous dans une communauté pour régler les échanges et les dettes. La monnaie fiduciaire est formée des billets et des pièces, dont la valeur repose sur la confiance dans l'institution qui les émet. La monnaie scripturale est formée des dépôts à vue inscrits sur les comptes bancaires.
b) Intermédiaire des échanges : elle permet de vendre puis d'acheter sans troc. Unité de compte : elle mesure la valeur de tous les biens dans une même unité. Réserve de valeur : elle permet de conserver un pouvoir d'achat pour plus tard.
c) Les cauris, le sel (on accepte aussi le bétail, les tissus, les tiges de fer).
2Exercice 2
(Classer) Indique la forme de monnaie ou l'instrument de paiement.
a) Un billet de 10 000 GNF.
b) Le solde de 3 000 000 GNF sur le compte bancaire d'un fonctionnaire.
c) Le chèque qu'une entreprise remet à son fournisseur.
d) 150 000 GNF envoyés d'un téléphone à un autre.
e) Des cauris utilisés autrefois sur un marché.
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a) Monnaie fiduciaire.
b) Monnaie scripturale.
c) Instrument de paiement (il fait circuler la monnaie scripturale).
d) Monnaie électronique (mobile money).
e) Monnaie-marchandise.
3Exercice 3
(Fonctions) Pour chaque situation, précise la fonction de la monnaie concernée.
a) Ousmane vend sa récolte d'arachide et, avec l'argent, achète un vélo.
b) Une commerçante écrit dans son cahier : « Stock de savon : 1 250 000 GNF ».
c) Fatoumata met de côté 50 000 GNF chaque semaine pour payer la rentrée scolaire.
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a) Intermédiaire des échanges (vente puis achat).
b) Unité de compte (la valeur du stock est mesurée en GNF).
c) Réserve de valeur (elle conserve du pouvoir d'achat pour plus tard).
4Exercice 4
(Calcul)
a) Dans un marché de troc où s'échangent 8 biens différents, combien de rapports d'échange faut-il connaître ? Combien de prix faudrait-il avec la monnaie ?
b) Sékou garde 600 000 GNF pendant un an. Un sac de riz passe de 300 000 GNF à 400 000 GNF. Combien de sacs pouvait-il acheter au début ? Combien peut-il en acheter à la fin ? Que conclus-tu sur la fonction de réserve de valeur ?
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a) Nombre de rapports : 8 × 7 / 2 = 28. Avec la monnaie : 8 prix.
b) Au début : 600 000 / 300 000 = 2 sacs. À la fin : 600 000 / 400 000 = 1,5 sac, soit 1 sac entier et la moitié d'un sac. La somme est la même, mais son pouvoir d'achat a baissé d'un quart : la monnaie conserve mal la valeur quand les prix augmentent.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une dizaine de lignes, explique pourquoi on peut dire que « la monnaie, c'est d'abord une question de confiance ». Appuie-toi sur l'évolution de ses formes.
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Exemple de réponse :
Au cours de l'histoire, la monnaie a pris des formes de plus en plus éloignées d'un objet ayant une valeur propre. Les premières monnaies, comme le sel ou le bétail, étaient utiles en elles-mêmes. Les pièces d'or avaient encore la valeur de leur métal.
Mais un billet de banque n'est qu'un morceau de papier, et un dépôt bancaire ou un solde de mobile money n'est qu'un chiffre. S'ils sont acceptés, c'est parce que chacun a confiance : confiance dans la banque centrale qui émet les billets, dans la banque qui tient le compte, dans l'opérateur qui gère le mobile money, et confiance que les autres les accepteront à leur tour.
Si cette confiance disparaît, par exemple lors d'une très forte inflation, les gens refusent la monnaie ou s'en débarrassent vite. La monnaie est donc d'abord une convention sociale fondée sur la confiance.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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