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Histoire · 11e SS

Leçon 16 sur 23

La civilisation de l'empire songhaï

Je sais décrire les grands traits de la civilisation songhaï : son organisation politique et militaire, son économie, sa société et son rayonnement religieux et intellectuel autour de Tombouctou.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Décrire l'organisation politique, administrative et militaire de l'empire songhaï
  • Présenter les activités économiques et la société
  • Expliquer le rayonnement religieux et intellectuel de Tombouctou et de Djenné
  • Analyser l'héritage de cette civilisation

Avant de commencer : La leçon « L'empire de Gao » (Sonni Ali Ber, Askia Mohammed, bataille de Tondibi).

1Je découvre

Au lycée de Labé, le professeur de Mariama a apporté la photo d'une vieille page manuscrite couverte d'une belle écriture arabe, avec des notes dans les marges. « Ce manuscrit vient de Tombouctou, dit-il. Des familles de cette ville conservent encore des milliers de livres copiés à la main il y a des siècles : droit, astronomie, grammaire, médecine, histoire. »

Mariama pense aux tierno du Fouta-Djallon qui enseignent le Coran et les sciences religieuses dans les foyers, à la lumière du feu. Elle comprend que l'Afrique de l'Ouest a eu très tôt ses propres centres de savoir, avec des bibliothèques et des maîtres réputés jusqu'au Caire et au Maroc.

Au XVIe siècle, Tombouctou faisait partie de l'empire songhaï. Cet empire n'était pas seulement une puissance militaire : c'était une véritable civilisation.

Quels sont les grands traits de la civilisation de l'empire songhaï ?

2Je comprends

Une civilisation est l'ensemble des caractères propres à une société : son organisation politique, son économie, sa vie sociale, sa religion, ses savoirs, ses arts. Nous allons les étudier pour l'empire songhaï à son apogée, sous les Askia (1493-1591).

1. Une organisation politique centralisée

Le souverain. L'askia est le chef suprême. Depuis Askia Mohammed, il est à la fois chef politique et commandeur des croyants : il gouverne au nom de l'islam, s'entoure de juristes (les cadis) et consulte les savants. Il garde cependant une partie du cérémonial ancien : on se prosterne devant lui et on se couvre la tête de poussière.

Le gouvernement central. L'askia s'appuie sur un conseil et sur des ministres chargés de domaines précis. Les chroniques citent par exemple :

TitreFonction
Hi-koïChef de la flotte du Niger
Kalissa-farmaResponsable du trésor
Hari-farmaResponsable des eaux et des lacs
BalamaChef militaire important

Cette spécialisation des tâches est une nouveauté par rapport au Ghana et au Mali.

Les provinces. L'empire est divisé en provinces confiées à des gouverneurs nommés et révocables par l'askia. Les deux grandes régions sont le Kurmina, à l'ouest, sous l'autorité du kurmina-fari, souvent un proche parent de l'askia, et le Dendi, au sud-est, sous celle du dendi-fari. Les grandes villes marchandes (Tombouctou, Djenné) gardent des autorités locales, notamment religieuses, mais sont surveillées par des représentants de l'askia.

La justice est rendue par les cadis selon le droit musulman dans les villes, et par les chefs coutumiers selon les coutumes dans les campagnes.

  1. 1L'askia : chef suprême, commandeur des croyants
  2. 2Le conseil et les ministres : flotte, trésor, eaux, armée
  3. 3Les gouverneurs : kurmina-fari à l'ouest, dendi-fari au sud-est
  4. 4Les chefs locaux et les cadis : villages, villes, justice
La pyramide du pouvoir dans l'empire songhaï sous les Askia.

2. Une armée permanente et une flotte

Avant les Askia, l'armée était surtout levée pour chaque campagne. Askia Mohammed crée une armée permanente de soldats professionnels, en grande partie d'origine captive, entretenus par l'État. Les paysans peuvent ainsi rester à leurs travaux.

L'armée comprend :

  • une cavalerie, force de choc, avec des chevaux venus d'Afrique du Nord ;
  • une infanterie d'archers et de lanciers ;
  • une flotte de pirogues sur le Niger, commandée par le hi-koï, qui transporte rapidement troupes et vivres.

Cette armée permet de conquérir et de tenir un territoire immense. Mais elle n'a pas adopté les armes à feu, ce qui la rendra vulnérable en 1591.

3. Une économie variée

L'agriculture est la base de la vie : mil, sorgho, riz dans les plaines inondées par la crue du Niger, légumes. Autour du fleuve, de grands domaines appartenant à l'askia et aux nobles sont cultivés par des captifs, qui livrent une partie de la récolte.

L'élevage (bovins, chevaux, chameaux au nord) est pratiqué notamment par les Peuls et les Touaregs. La pêche est l'activité des Sorko, qui sont aussi les piroguiers de l'empire.

L'artisanat est actif dans les villes : tissage du coton, teinture, travail du cuir, forge, poterie, construction en banco.

Le commerce fait la richesse de l'empire :

  • le commerce transsaharien : l'or, les esclaves, l'ivoire et les tissus partent vers le nord ; le sel (de Teghaza, puis de Taoudéni), les chevaux, les tissus de luxe, les livres et le cuivre arrivent du nord ;
  • le commerce avec le sud : cola, or, produits de la forêt, contre le sel et les produits du nord.

Djenné, dans le delta intérieur du Niger, est le grand marché qui reçoit les produits du sud ; Tombouctou, au bord du désert, est le port d'arrivée des caravanes. Le Niger relie les deux villes. Askia Mohammed unifie les poids et mesures et fait surveiller les marchés, ce qui facilite les échanges.

Exemple

Question : « Montre que le fleuve Niger est au cœur de l'économie songhaï. »

Réponse rédigée : Le Niger est d'abord une source de nourriture : sa crue permet de cultiver le riz dans les plaines inondées et les Sorko y pratiquent la pêche. Il est aussi une grande voie de transport : les pirogues relient Djenné, marché des produits du sud, à Tombouctou, port d'arrivée des caravanes du Sahara. Enfin, il a une importance militaire, car la flotte du hi-koï y transporte les soldats. Le Niger est donc à la fois le grenier, la route et le rempart de l'empire.

4. Une société hiérarchisée

La société songhaï est très hiérarchisée :

  • au sommet, la famille royale et l'aristocratie (nobles, chefs de guerre, grands dignitaires) ;
  • les lettrés et marchands des villes, respectés et souvent protégés par l'askia ;
  • les paysans, éleveurs et pêcheurs libres, qui forment la masse de la population ;
  • les gens de métier (forgerons, griots, tisserands, cordonniers), souvent organisés en groupes héréditaires, appelés castes ;
  • les captifs, nombreux, qui travaillent dans les domaines, servent comme domestiques ou comme soldats.

La société reste organisée en familles élargies et en lignages ; la terre appartient à la communauté, sous l'autorité du chef de terre dans les villages.

5. Religion, savoir et arts

L'islam est la religion de l'askia, de la cour et des villes. Sous Askia Mohammed et ses successeurs, il progresse fortement. Mais dans les campagnes, les croyances traditionnelles (culte des ancêtres, génies du fleuve) restent très vivantes, souvent mêlées à l'islam.

Tombouctou, cité du savoir. Au XVIe siècle, Tombouctou compte de nombreuses écoles coraniques et des lieux d'enseignement supérieur autour de ses grandes mosquées, Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia. On parle souvent de l'« université de Sankoré » pour désigner l'ensemble des maîtres qui enseignaient autour de cette mosquée. On y étudie le Coran, le droit musulman, la grammaire arabe, la logique, l'astronomie, les mathématiques, la médecine et l'histoire. Des étudiants viennent de tout le Soudan occidental.

Le savant le plus célèbre est Ahmed Baba (1556-1627), auteur de nombreux ouvrages de droit et de biographies de savants. Après la conquête marocaine, il est déporté à Marrakech, où son savoir impressionne les lettrés marocains, puis revient finir ses jours à Tombouctou.

Djenné est aussi un centre religieux et intellectuel renommé.

Les chroniques de Tombouctou (Tarikh es-Soudan, Tarikh el-Fettach), écrites au XVIIe siècle, montrent que des Africains ont écrit leur propre histoire en arabe.

Les arts. L'architecture en banco (terre crue) est la grande réalisation artistique : mosquées de Tombouctou et de Djenné, et tombeau des Askia à Gao, pyramide de terre construite pour Askia Mohammed, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2004 (Tombouctou l'a été en 1988). S'y ajoutent la musique, les récits des griots, la calligraphie et l'art de l'enluminure des manuscrits.

Exemple

Question : « Pourquoi dit-on que Tombouctou était une grande cité intellectuelle au XVIe siècle ? »

Réponse : Au XVIe siècle, Tombouctou possède de nombreuses écoles et des maîtres réputés qui enseignent autour des mosquées de Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia. On y étudie le droit, la grammaire, l'astronomie, la médecine et l'histoire. Des savants comme Ahmed Baba y écrivent des ouvrages lus jusqu'au Maroc, et les familles y rassemblent de riches bibliothèques de manuscrits. Tombouctou est donc à la fois un centre d'enseignement, de production et de conservation du savoir.

Ce qui vient de la tradition africaine
  • Prosternation devant l'askia, cérémonial ancien
  • Culte des ancêtres et des génies du fleuve
  • Récits des griots, mémoire orale
  • Architecture en banco
Ce qui vient de l'islam
  • Titre de commandeur des croyants
  • Mosquées, écoles coraniques, cadis
  • Chroniques écrites en arabe
  • Plan des mosquées et enseignement du droit
La civilisation songhaï est une synthèse entre traditions africaines et apports de l'islam.

Méthode

Pour décrire une civilisation à l'examen :

  1. Je définis le mot civilisation et je situe la civilisation étudiée (peuple, lieu, période).
  2. J'étudie successivement la vie politique, la vie économique, la vie sociale, puis la vie religieuse et culturelle.
  3. Pour chaque domaine, je donne au moins un exemple précis (un titre, une ville, un savant, un monument).
  4. Je conclus sur l'originalité et l'héritage de cette civilisation.

3Je retiens

Je retiens

Civilisation : ensemble des caractères politiques, économiques, sociaux, religieux et culturels d'une société.

Politique : askia, commandeur des croyants ; ministres spécialisés (hi-koï pour la flotte, kalissa-farma pour le trésor) ; provinces du Kurmina et du Dendi ; cadis.

Armée permanente créée par Askia Mohammed : cavalerie, infanterie, flotte sur le Niger ; pas d'armes à feu.

Économie : agriculture (riz, mil), pêche, élevage, artisanat, commerce transsaharien et commerce avec le sud ; Djenné et Tombouctou ; poids et mesures unifiés.

Société hiérarchisée : aristocratie, lettrés et marchands, paysans libres, gens de métier, captifs.

Culture : islam dans les villes, croyances traditionnelles dans les campagnes ; Tombouctou (Sankoré, Djingareyber), Ahmed Baba ; architecture en banco, tombeau des Askia à Gao.

4Erreurs fréquentes

  • Imaginer l'« université de Sankoré » comme une université moderne avec des bâtiments et des diplômes : il s'agit d'un ensemble de maîtres qui enseignaient autour de la mosquée et dans leurs maisons.
  • Croire que tous les Songhaï étaient musulmans : l'islam dominait dans les villes et à la cour, mais les campagnes gardaient leurs croyances.
  • Oublier le fleuve Niger : il est au centre de l'agriculture, du commerce et de la défense de l'empire.
  • Réciter une liste sans exemples : à l'examen, chaque domaine de la civilisation doit être illustré par un fait précis.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis le mot civilisation.

b) Quel est le rôle du hi-koï ?

c) Quelle innovation militaire doit-on à Askia Mohammed ?

d) Nomme deux mosquées de Tombouctou et un savant célèbre de cette ville.

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a) Une civilisation est l'ensemble des caractères propres à une société : organisation politique, économie, vie sociale, religion, savoirs et arts.

b) Le hi-koï est le chef de la flotte de pirogues sur le Niger ; il assure le transport rapide des troupes et des vivres.

c) La création d'une armée permanente de soldats professionnels entretenus par l'État.

d) Mosquées : Djingareyber, Sankoré (ou Sidi Yahia). Savant : Ahmed Baba (1556-1627).

2Exercice 2

(Classer) Classe les éléments suivants dans le domaine qui convient (politique, économie, société, culture) : kurmina-fari ; riz de la vallée du Niger ; captifs ; Ahmed Baba ; sel de Teghaza ; cadi ; architecture en banco ; forgerons.

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Politique : kurmina-fari, cadi. Économie : riz de la vallée du Niger, sel de Teghaza. Société : captifs, forgerons. Culture : Ahmed Baba, architecture en banco.

3Exercice 3

(Expliquer) Explique en quelques lignes la complémentarité entre Djenné et Tombouctou.

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Djenné, dans le delta intérieur du Niger, reçoit les produits du sud (or, cola, produits agricoles). Ces marchandises sont transportées en pirogue sur le Niger jusqu'à Tombouctou, au bord du Sahara, où arrivent les caravanes venues du nord avec le sel, les chevaux et les tissus. Les deux villes sont donc complémentaires : Djenné est la porte du sud, Tombouctou la porte du désert, et le fleuve les relie.

4Exercice 4

(Analyse de document) Voici le sens d'un témoignage attribué au voyageur Léon l'Africain, qui passa à Tombouctou au début du XVIe siècle :

« Il y a à Tombouctou beaucoup de juges, de docteurs et de religieux, tous bien payés par le roi, qui honore beaucoup les gens de lettres. On y vend aussi de nombreux livres manuscrits venus d'Afrique du Nord, et l'on tire plus de profit de cette vente que de toute autre marchandise. »

a) Présente l'auteur et la date du témoignage.

b) Que nous apprend ce document sur l'attitude du souverain envers les savants ?

c) Que révèle le commerce des livres ?

d) En quoi ce document confirme-t-il le rayonnement intellectuel de Tombouctou ?

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a) Léon l'Africain est un voyageur et géographe né à Grenade, élevé au Maroc, qui a visité Tombouctou au début du XVIe siècle, sous le règne d'Askia Mohammed. Son témoignage est donc contemporain de l'apogée songhaï.

b) Le souverain honore les savants et les rémunère : il les considère comme utiles à l'État et à l'islam.

c) Le commerce des livres montre qu'il existe à Tombouctou un grand nombre de lecteurs et d'étudiants, capables de payer cher des manuscrits. Le savoir y est une richesse.

d) Il confirme que Tombouctou compte beaucoup de lettrés, qu'ils sont protégés par le pouvoir et que les livres y circulent abondamment : ce sont les signes d'un grand centre intellectuel.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) En une quinzaine de lignes, traite le sujet : « La civilisation de l'empire songhaï au XVIe siècle ». Plan conseillé : introduction avec définition ; 1. l'organisation politique et militaire ; 2. la vie économique et sociale ; 3. la vie religieuse et culturelle ; conclusion.

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Exemple de rédaction :

Une civilisation est l'ensemble des caractères politiques, économiques, sociaux et culturels d'une société. Au XVIe siècle, sous les Askia, l'empire songhaï de Gao a développé une civilisation brillante.

Sur le plan politique, l'askia, commandeur des croyants, gouverne avec des ministres spécialisés, comme le hi-koï pour la flotte ou le kalissa-farma pour le trésor. L'empire est divisé en provinces, dont le Kurmina et le Dendi. Une armée permanente, avec cavalerie et flotte sur le Niger, protège le territoire.

Sur le plan économique, l'empire vit de l'agriculture (riz, mil), de la pêche, de l'élevage et surtout du commerce entre le Sahara et le sud, dont Djenné et Tombouctou sont les grands marchés. La société est hiérarchisée, de l'aristocratie aux captifs, en passant par les lettrés, les paysans et les gens de métier.

Sur le plan culturel, l'islam domine dans les villes. Tombouctou, avec les mosquées de Sankoré et de Djingareyber, attire des étudiants de tout l'Ouest africain ; Ahmed Baba en est le savant le plus célèbre. L'architecture en banco, comme le tombeau des Askia à Gao, témoigne de son génie artistique.

La civilisation songhaï, synthèse entre traditions africaines et islam, est un héritage majeur de l'Afrique de l'Ouest.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qui commande la flotte de l'empire songhaï ?
Voir la réponse

Réponse A : le hi-koï. Le hi-koï est le chef de la flotte de pirogues sur le Niger.

2Quelle ville est la grande porte des caravanes du Sahara ?
Voir la réponse

Réponse B : Tombouctou. Tombouctou, au bord du désert, reçoit les caravanes du nord.

3Quel savant de Tombouctou fut déporté à Marrakech après la conquête marocaine ?
Voir la réponse

Réponse C : Ahmed Baba. Ahmed Baba, grand juriste, fut emmené au Maroc puis revint à Tombouctou.

4Quel monument de Gao est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO ?
Voir la réponse

Réponse B : le tombeau des Askia. Le tombeau des Askia est une pyramide de terre construite pour Askia Mohammed.

5Qui rend la justice selon le droit musulman dans les villes songhaï ?
Voir la réponse

Réponse C : les cadis. Les cadis sont des juges musulmans nommés dans les villes.

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