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Français · 12e SE

Leçon 1 sur 31

La littérature africaine

Je sais définir la littérature africaine, distinguer sa part orale et sa part écrite, et situer ses grandes étapes et ses principaux auteurs, en particulier guinéens.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir la littérature africaine et ses deux grandes formes, orale et écrite
  • Situer dans le temps les grandes étapes de la littérature africaine d'expression française
  • Citer des auteurs et des œuvres majeurs, dont des auteurs guinéens, et rattacher une œuvre à son époque

Avant de commencer : Savoir ce qu'est un genre littéraire (poésie, roman, théâtre, conte, épopée) vu en 11e.

1Je découvre

Un soir de saison sèche, à Niagassola, près de Siguiri, le griot du village prend sa kora devant la case de la famille Kouyaté. Les enfants s'assoient sur des nattes, les anciens écoutent en silence. Il chante l'histoire de Soundjata Keïta, le fils de Sogolon, qui fonda l'empire du Mali. Personne n'a de livre, et pourtant tout le monde connaît le récit.

Le lendemain, au lycée de Siguiri, Mariama ouvre son manuel de français. Elle y lit un extrait de Soundjata ou l'épopée mandingue de Djibril Tamsir Niane, puis un passage de L'Enfant noir de Camara Laye, un écrivain né à Kouroussa. Son camarade Lansana s'étonne : « Le griot d'hier soir et ce livre, c'est la même littérature ? Le griot ne sait peut-être pas écrire, et Camara Laye écrit en français. »

Qu'est-ce que la littérature africaine : les chants des griots, les livres écrits en français, ou les deux à la fois ? Et comment est-elle née ?

2Je comprends

1. Définir la littérature africaine

Au sens large, la littérature africaine est l'ensemble des œuvres (contes, épopées, poèmes, romans, pièces de théâtre, essais) produites par des Africains et qui expriment la vie, l'histoire, les croyances et les combats des peuples d'Afrique.

Elle prend deux grandes formes :

  • la littérature orale, transmise de bouche à oreille dans les langues africaines (maninka, pular, soussou, kissi, toma, guerzé…) ;
  • la littérature écrite, qui s'exprime surtout dans les langues venues avec la colonisation (français, anglais, portugais), mais aussi dans des langues africaines (en écriture arabe, appelée ajami, ou en alphabet latin).

Dans ce chapitre, nous étudions surtout la littérature négro-africaine d'expression française, c'est-à-dire celle que les écrivains d'Afrique noire et de la diaspora noire (Antilles, Guyane, Haïti) ont écrite en français.

2. La littérature orale : la première bibliothèque de l'Afrique

Bien avant l'écriture en français, l'Afrique avait une littérature très riche. On l'appelle orale parce qu'elle vit par la parole et la mémoire.

Genre oralDéfinitionExemple en Guinée
Le conterécit imaginaire qui divertit et enseigne une moraleles contes du lièvre rusé et de l'hyène gourmande, dits le soir
Le mytherécit qui explique l'origine du monde, d'un peuple ou d'un riterécits d'origine des clans
L'épopéelong récit qui célèbre les exploits d'un héros fondateurl'épopée de Soundjata
Le proverbephrase courte qui résume une sagesseproverbes dits au cours des palabres
Le chant et la devisepoésie chantée, louanges d'une famille (les devises)chants de travail, de mariage, de circoncision

Le gardien de cette littérature est souvent le griot (le djéli en maninka). Il est à la fois historien, généalogiste, conseiller et musicien. Il ne récite pas un texte figé : il adapte le récit à son public, ajoute des louanges, joue de la kora ou du balafon.

Cette littérature orale a une fonction sociale : elle éduque les enfants, transmet l'histoire, renforce l'unité du groupe. C'est pourquoi on dit souvent qu'en Afrique, la parole est sacrée.

3. Le passage à l'écrit en français : les grandes étapes

La littérature africaine écrite en français est née au XXe siècle, dans le contexte de la colonisation. On peut la découper en grandes étapes.

  1. 1Avant 1920 : littérature orale et premiers récits écrits, souvent par des Européens, qui parlent de l'Afrique à la place des Africains
  2. 2Années 1920 : prise de conscience ; René Maran reçoit le prix Goncourt en 1921 pour Batouala
  3. 3Années 1930 : naissance de la Négritude à Paris (Césaire, Senghor, Damas)
  4. 4Années 1950 : romans qui font le procès de la colonisation (Oyono, Mongo Beti, Sembène Ousmane)
  5. 5Années 1960-1970 : indépendances puis désenchantement (Kourouma, Fantouré)
  6. 6Depuis les années 1980 : littérature plus libre, aux thèmes variés (Monénembo, Sassine…)
Les grandes étapes de la littérature négro-africaine d'expression française.

a) La prise de conscience (jusqu'aux années 1920). Pendant longtemps, ce sont des Européens qui écrivent sur l'Afrique, souvent avec des préjugés : l'Africain y apparaît comme un être « primitif » ou un simple décor exotique. Les Noirs d'Amérique et des Antilles sont les premiers à réagir, en affirmant leur dignité (tu étudieras W. E. B. Du Bois et la négro-renaissance américaine).

b) La Négritude (années 1930-1950). À Paris, des étudiants noirs, Aimé Césaire (Martinique), Léopold Sédar Senghor (Sénégal) et Léon-Gontran Damas (Guyane), refusent l'assimilation et revendiquent les valeurs culturelles du monde noir. Leur arme principale est la poésie.

c) Le procès du colonialisme (années 1950). Les romanciers dénoncent directement le système colonial : travail forcé, humiliations, injustice. On lit par exemple Une vie de boy (1956) du Camerounais Ferdinand Oyono ou Le Pauvre Christ de Bomba (1956) de son compatriote Mongo Beti.

d) Les indépendances et le désenchantement (années 1960-1970). Après 1960, beaucoup d'écrivains constatent que l'indépendance n'a pas apporté le bonheur promis. L'Ivoirien Ahmadou Kourouma publie Les Soleils des indépendances (1968) ; le Guinéen Alioum Fantouré, Le Cercle des tropiques (1972).

e) La littérature contemporaine. Les écrivains abordent tous les sujets : l'exil, la ville, la condition des femmes, la guerre, la mémoire. La forme devient plus libre.

4. La place de la Guinée

La Guinée a donné à la littérature africaine plusieurs grands noms.

AuteurŒuvre à connaîtreCe qu'il faut retenir
Camara Laye (né à Kouroussa)L'Enfant noir (1953)récit d'enfance en Haute-Guinée, entre Kouroussa, Tindican et Conakry
Djibril Tamsir NianeSoundjata ou l'épopée mandingue (1960)a transcrit en français l'épopée racontée par un griot
Fodéba Keïtapoèmes et Ballets africainsa porté la culture guinéenne sur les scènes du monde
Alioum FantouréLe Cercle des tropiques (1972)roman du désenchantement après l'indépendance
Williams SassineLe Jeune Homme de sableromans de la marginalité et de la révolte
Tierno MonénemboLes Crapauds-brousse (1979), Le Roi de Kahel (prix Renaudot 2008)grand romancier de l'exil et de l'histoire guinéenne

L'œuvre de Djibril Tamsir Niane montre bien le lien entre l'oral et l'écrit : un récit qui vivait dans la bouche des griots est devenu un livre lu dans le monde entier.

5. Les grands thèmes de la littérature africaine

On retrouve, d'une époque à l'autre, quelques grands thèmes :

  • la quête d'identité : qui suis-je, quand on m'a appris à mépriser ma culture ?
  • la dénonciation : de l'esclavage, de la colonisation, puis des injustices après les indépendances ;
  • l'éloge de l'Afrique : la terre, les ancêtres, la femme, la nature, les traditions ;
  • le conflit entre tradition et modernité : le village et la ville, l'école coranique ou traditionnelle et l'école occidentale ;
  • l'engagement : l'écrivain parle au nom de son peuple.
Littérature orale
  • transmise par la parole et la mémoire
  • langues africaines
  • auteur souvent collectif ou anonyme (le griot transmet)
  • texte qui change à chaque récitation
  • public présent : chants, musique, réponses
Littérature écrite
  • fixée sur le papier, lue en silence
  • surtout français, anglais, portugais
  • auteur connu qui signe son livre
  • texte fixe, identique pour tous les lecteurs
  • lecteur seul, éloigné de l'auteur
Deux formes d'une même littérature, qui s'enrichissent l'une l'autre.

Exemple

Question : Rattache chaque œuvre à une étape de la littérature africaine : Batouala (1921), Une vie de boy (1956), Les Soleils des indépendances (1968).

Batouala, prix Goncourt 1921 : étape de la prise de conscience, car René Maran montre pour la première fois la vie africaine du point de vue des Africains et critique la colonisation dans sa préface.

Une vie de boy, 1956 : étape du procès du colonialisme, car le roman dénonce les humiliations subies par un jeune serviteur africain.

Les Soleils des indépendances, 1968 : étape du désenchantement, car le roman montre la déception après l'indépendance.

Exemple

Question : Pourquoi peut-on dire que Soundjata ou l'épopée mandingue relie l'oral et l'écrit ?

Réponse rédigée : Cette épopée appartient d'abord à la littérature orale : elle est transmise depuis des siècles par les griots du Manding, qui la chantent en maninka. En 1960, l'historien guinéen Djibril Tamsir Niane l'a recueillie auprès d'un griot et l'a publiée en français. Le livre conserve ainsi une parole ancienne et la fait connaître à des lecteurs du monde entier : il est un pont entre la tradition orale et la littérature écrite.

Méthode

Pour situer une œuvre africaine dans son époque :

  1. Je relève la date de publication et le pays de l'auteur.
  2. Je repère le contexte : avant les indépendances (colonisation) ou après (vers 1960 et plus tard).
  3. Je cherche le thème principal : identité, dénonciation, éloge de l'Afrique, désenchantement.
  4. Je rattache l'œuvre à l'étape qui correspond et je justifie par un argument précis.

3Je retiens

Je retiens

La littérature africaine est l'ensemble des œuvres produites par des Africains pour dire leur vie, leur histoire et leurs combats.

Elle est orale (contes, mythes, épopées, proverbes, chants, gardés par le griot) et écrite (surtout en français pour l'Afrique francophone).

Grandes étapes : prise de conscience (années 1920), Négritude (années 1930-1950), procès du colonialisme (années 1950), désenchantement (après 1960), littérature contemporaine.

Auteurs guinéens : Camara Laye (L'Enfant noir, 1953), Djibril Tamsir Niane (Soundjata, 1960), Alioum Fantouré, Williams Sassine, Tierno Monénembo.

Grands thèmes : identité, dénonciation, éloge de l'Afrique, tradition et modernité, engagement.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que la littérature africaine commence avec les livres en français : la littérature orale est plus ancienne et reste vivante.
  • Confondre le griot et l'auteur d'un roman : le griot transmet et adapte un récit collectif ; le romancier signe une œuvre personnelle et fixe.
  • Mélanger les époques : la Négritude naît dans les années 1930, avant les indépendances ; le désenchantement vient après 1960.
  • Citer une œuvre sans date ni auteur : au devoir, donne toujours le titre en italique ou souligné, l'auteur et la date.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Définis les mots suivants en une phrase chacun : littérature orale, épopée, griot, conte.

Voir le corrigéCacher le corrigé
  • La littérature orale est l'ensemble des œuvres transmises par la parole et la mémoire, de génération en génération.
  • L'épopée est un long récit, souvent chanté, qui célèbre les exploits d'un héros fondateur, comme Soundjata.
  • Le griot (djéli) est le maître de la parole : il conserve l'histoire des familles et des royaumes et la raconte en musique.
  • Le conte est un court récit imaginaire qui divertit et enseigne une leçon de morale.

2Exercice 2

Classe ces genres dans le tableau « oral » ou « écrit » (certains peuvent aller dans les deux) : roman, proverbe, épopée, essai, conte, poème, devise.

Voir le corrigéCacher le corrigé
OralÉcrit
proverbe, épopée, conte, poème (chanté), deviseroman, essai, poème, épopée (transcrite, comme Soundjata), conte (recueilli)

Le poème, l'épopée et le conte peuvent être oraux ou écrits ; le roman et l'essai sont des genres de l'écrit.

3Exercice 3

Relie chaque auteur à son œuvre et donne sa nationalité : Camara Laye, Ferdinand Oyono, Ahmadou Kourouma, Tierno Monénembo — Les Soleils des indépendances, L'Enfant noir, Les Crapauds-brousse, Une vie de boy.

Voir le corrigéCacher le corrigé
  • Camara Laye (Guinée) : L'Enfant noir.
  • Ferdinand Oyono (Cameroun) : Une vie de boy.
  • Ahmadou Kourouma (Côte d'Ivoire) : Les Soleils des indépendances.
  • Tierno Monénembo (Guinée) : Les Crapauds-brousse.

4Exercice 4

Lis ce court texte, écrit pour l'exercice.

« Chez nous, à Kissidougou, quand la nuit tombe, grand-mère dit : "Qui veut un conte ?" Nous répondons tous ensemble. Elle commence toujours par la même formule, et nous reprenons en chœur le refrain du chant. Le lendemain, à l'école, le maître nous fait lire des poèmes imprimés dans un livre, que personne ne chante. »

a) Relève deux indices qui montrent que le conte de grand-mère appartient à la littérature orale.

b) Quelle différence le texte montre-t-il entre le conte et le poème du livre ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Indices : le conte est dit de vive voix (« grand-mère dit ») ; le public participe (« nous répondons tous ensemble », « nous reprenons en chœur le refrain ») ; une formule d'ouverture est répétée à chaque fois.

b) Le conte est vivant, dit et chanté devant un public qui répond ; le poème du livre est imprimé, fixé sur le papier, et il est lu sans être chanté.

5Exercice 5

(Rédaction guidée, type devoir de lycée) En un paragraphe de 10 à 12 lignes, explique pourquoi la littérature africaine écrite en français est née au XXe siècle et présente deux de ses grandes étapes, avec un exemple d'œuvre pour chacune.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de paragraphe :

La littérature africaine écrite en français naît au XXe siècle parce que la colonisation a imposé l'école française et sa langue. Des Africains et des Antillais instruits en français ont alors voulu répondre aux images méprisantes que les Européens donnaient des Noirs. Dans les années 1930, la Négritude, fondée à Paris par Césaire, Senghor et Damas, revendique la fierté d'être noir ; Senghor publie par exemple Chants d'ombre en 1945. Dans les années 1950, les romanciers font le procès de la colonisation : Ferdinand Oyono, dans Une vie de boy (1956), montre l'humiliation d'un jeune serviteur africain. Ainsi, la langue du colonisateur devient une arme pour affirmer l'identité africaine et réclamer la justice.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qui est le principal gardien de la littérature orale dans le monde mandingue ?
Voir la réponse

Réponse B : le griot (djéli). Le griot conserve et transmet l'histoire, les généalogies et les récits, souvent en musique.

2Quelle œuvre a transformé une épopée orale en livre ?
Voir la réponse

Réponse B : Soundjata ou l'épopée mandingue. Djibril Tamsir Niane a recueilli auprès d'un griot et publié en 1960 l'épopée de Soundjata.

3Dans quelle décennie naît le mouvement de la Négritude ?
Voir la réponse

Réponse B : les années 1930. Césaire, Senghor et Damas lancent la Négritude à Paris dans les années 1930.

4Quel auteur guinéen a écrit L'Enfant noir ?
Voir la réponse

Réponse C : Camara Laye. Camara Laye, né à Kouroussa, publie L'Enfant noir en 1953.

5Quel thème domine la littérature africaine des années qui suivent les indépendances ?
Voir la réponse

Réponse B : le désenchantement. Après 1960, beaucoup d'écrivains expriment leur déception face aux promesses non tenues des indépendances.

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