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Français · 12e SM

Leçon 2 sur 31

La littérature africaine : la prise de conscience

Je sais expliquer ce qu'est la prise de conscience des intellectuels noirs, quelles injustices l'ont provoquée et par quelles étapes elle a conduit à la Négritude.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir la prise de conscience et en expliquer les causes (traite, esclavage, colonisation, racisme)
  • Situer ses foyers successifs : États-Unis, Haïti et Antilles, Paris
  • Citer les revues et les œuvres qui préparent la Négritude

Avant de commencer : La leçon précédente (La littérature africaine) et, en histoire, la traite négrière et la colonisation.

1Je découvre

Dans la bibliothèque du lycée de Labé, Ousmane et Kadiatou préparent un exposé. Ils trouvent un vieux manuel de géographie de l'époque coloniale. Une phrase les choque : l'Afrique y est décrite comme une terre « sans histoire », peuplée de gens qu'il faudrait « civiliser ».

« Et nos ancêtres qui ont bâti le Mali et le Fouta théocratique, ils n'avaient pas d'histoire ? » demande Ousmane, indigné.

Kadiatou réfléchit : « Ceux qui ont écrit ce livre voulaient justifier la colonisation. Mais un jour, des Noirs instruits ont dû lire ces phrases, comme nous, et se révolter. »

Le professeur, qui les écoute, sourit : « Vous venez de vivre en petit ce que les intellectuels noirs ont vécu au début du XXe siècle. Cela s'appelle une prise de conscience. »

Qu'est-ce qui a poussé les Noirs d'Amérique, des Antilles et d'Afrique à prendre conscience de leur situation, et comment cette prise de conscience est-elle devenue une littérature ?

2Je comprends

1. Qu'est-ce qu'une prise de conscience ?

Prendre conscience, c'est comprendre clairement une situation qu'on subissait sans la penser. En littérature africaine, la prise de conscience désigne le moment où des intellectuels noirs comprennent :

  • qu'ils sont victimes d'un système d'injustice (esclavage, colonisation, racisme) ;
  • que ce système repose sur un mensonge : l'idée que les Noirs seraient inférieurs et sans culture ;
  • qu'ils doivent parler eux-mêmes de leur peuple, au lieu de laisser les autres le faire à leur place.

C'est le point de départ de toute la littérature négro-africaine moderne.

2. Les causes : quatre siècles de domination

CauseCe qu'elle a produitConséquence sur les esprits
La traite négrière et l'esclavage (XVIe-XIXe siècle)des millions d'Africains déportés vers les Amériquesle Noir est réduit à l'état d'objet, de marchandise
La colonisation (fin du XIXe - milieu du XXe siècle)l'Afrique est partagée et dominée par des puissances européennesles cultures africaines sont méprisées, les langues interdites à l'école
Le racisme « scientifique »des théories prétendent classer les raceson enseigne aux Noirs qu'ils sont inférieurs
L'assimilationl'école coloniale veut faire des Africains des « Français noirs »l'élève apprend à rejeter sa propre culture

La politique d'assimilation est particulièrement importante. À l'école coloniale, l'élève africain ou antillais apprenait l'histoire de France, récitait des poèmes français et devait parler français, même dans la cour. Beaucoup finissaient par avoir honte de leur culture. La prise de conscience, c'est justement le refus de cette honte.

3. Les foyers de la prise de conscience

La prise de conscience ne naît pas d'abord en Afrique, mais chez les Noirs de la diaspora, c'est-à-dire les descendants d'Africains dispersés hors du continent par la traite.

  1. 1États-Unis, début du XXe siècle : W. E. B. Du Bois dénonce la « ligne de couleur » (Les Âmes du peuple noir, 1903)
  2. 2Harlem, années 1920 : la négro-renaissance (Langston Hughes, Claude McKay) chante la fierté noire
  3. 3Haïti, 1928 : Jean Price-Mars, dans Ainsi parla l'oncle, invite les Haïtiens à respecter leur culture africaine
  4. 4Paris, 1921 : René Maran obtient le prix Goncourt avec Batouala, dont la préface critique la colonisation
  5. 5Paris, 1931-1935 : revues noires (La Revue du monde noir, Légitime Défense, L'Étudiant noir)
  6. 6Paris, fin des années 1930 : naissance de la Négritude (Césaire, Senghor, Damas)
Le chemin de la prise de conscience, de l'Amérique à Paris.

a) Aux États-Unis. Les Noirs américains, descendants d'esclaves, vivent la ségrégation : écoles, transports et quartiers séparés, violences racistes. L'intellectuel W. E. B. Du Bois montre que la couleur de la peau est devenue un « handicap » social. Dans les années 1920, le quartier de Harlem, à New York, devient le centre d'une renaissance artistique : c'est la négro-renaissance (ou Harlem Renaissance).

b) En Haïti et aux Antilles. Haïti est la première république noire indépendante (1804). Pourtant, son élite imitait la culture française et méprisait le vaudou et le créole. En 1928, Jean Price-Mars publie Ainsi parla l'oncle : il demande aux Haïtiens de ne plus avoir honte de leurs racines africaines.

c) À Paris. Dans l'entre-deux-guerres, Paris attire des étudiants venus d'Afrique et des Antilles. Ils s'y rencontrent, lisent les poètes de Harlem et découvrent les travaux d'ethnologues qui décrivent les civilisations africaines. Les sœurs martiniquaises Paulette et Jane Nardal animent un salon et participent à La Revue du monde noir (1931-1932). En 1932, de jeunes Martiniquais publient Légitime Défense. En 1935 paraît L'Étudiant noir, autour d'Aimé Césaire, de Léopold Sédar Senghor et de Léon-Gontran Damas.

4. Les idées fortes de la prise de conscience

  1. Le refus du mépris : les Noirs ne sont pas inférieurs ; ce sont les théories racistes qui sont fausses.
  2. La réhabilitation du passé : l'Afrique a une histoire, des empires (Ghana, Mali, Songhaï), des arts, des sagesses.
  3. Le refus de l'assimilation : on peut apprendre la langue française sans renier sa culture.
  4. La solidarité du monde noir : les Noirs d'Afrique, d'Amérique et des Antilles partagent une même histoire de souffrance et doivent s'unir. Cette idée nourrit aussi le panafricanisme politique.
  5. La parole reprise : l'écrivain noir devient le porte-parole de son peuple.
HumiliationRéflexionRévolteAffirmationCréation
Le mouvement de la prise de conscience : de l'humiliation subie à la création littéraire.

5. Comment la prise de conscience devient littérature

Les écrivains utilisent plusieurs moyens :

  • la dénonciation : montrer les injustices (préface de Batouala) ;
  • le retour aux sources : chanter l'Afrique, les ancêtres, la terre (poèmes de Harlem, puis de la Négritude) ;
  • l'ironie : se moquer de l'assimilé qui imite le Blanc ;
  • le cri et la révolte : poèmes violents contre l'oppression ;
  • l'essai : textes argumentés qui démontent les préjugés.

Exemple

Question : Pourquoi la prise de conscience est-elle née dans la diaspora avant de toucher l'Afrique ?

Réponse rédigée : Les Noirs d'Amérique et des Antilles, descendants d'esclaves, ont été coupés de l'Afrique depuis des siècles et ont subi très tôt le racisme au quotidien, par exemple la ségrégation aux États-Unis. Certains ont aussi eu accès à l'université plus tôt que les Africains colonisés, comme W. E. B. Du Bois. Ils ont donc été les premiers à analyser leur situation par écrit. Leurs idées ont ensuite voyagé jusqu'à Paris, où les étudiants africains et antillais les ont découvertes dans les années 1930.

Exemple

Question : Explique en quoi l'assimilation a rendu nécessaire une prise de conscience.

Réponse rédigée : L'assimilation voulait transformer les colonisés en copies des Français. À l'école, l'élève apprenait à admirer une culture étrangère et à mépriser la sienne. Il risquait donc de perdre son identité et d'avoir honte de ses parents, de sa langue et de ses croyances. La prise de conscience est la réaction à cette aliénation : l'intellectuel noir comprend qu'on l'a éloigné de lui-même et décide de retrouver et de défendre sa propre culture.

Méthode

Pour expliquer un phénomène littéraire (cause, manifestation, conséquence) :

  1. Je définis le phénomène en une phrase claire.
  2. J'expose ses causes historiques (dates, faits précis).
  3. Je montre comment il se manifeste dans les œuvres (auteurs, titres, dates).
  4. J'indique ses conséquences (ce qu'il prépare ensuite).
  5. Je relie chaque idée par des connecteurs logiques : d'abord, en effet, ainsi, c'est pourquoi.

3Je retiens

Je retiens

Prise de conscience : moment où les intellectuels noirs comprennent qu'ils sont victimes d'un système d'injustice fondé sur le mensonge de l'infériorité des Noirs.

Causes : traite et esclavage, colonisation, racisme « scientifique », assimilation.

Foyers : États-Unis (Du Bois, 1903 ; Harlem, années 1920), Haïti (Price-Mars, Ainsi parla l'oncle, 1928), Paris (Batouala, 1921 ; revues des années 1930).

Revues : La Revue du monde noir (1931-1932), Légitime Défense (1932), L'Étudiant noir (1935).

Idées : refus du mépris, réhabilitation du passé africain, refus de l'assimilation, solidarité du monde noir.

Aboutissement : la Négritude.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que la prise de conscience commence en Afrique : elle naît d'abord chez les Noirs d'Amérique et des Antilles, puis gagne Paris.
  • Confondre prise de conscience et Négritude : la prise de conscience est l'étape qui prépare la Négritude ; elle commence avant.
  • Confondre assimilation et apprentissage du français : écrire en français n'est pas renier sa culture ; l'assimilation, c'est le mépris de sa propre culture.
  • Oublier les dates : un devoir sans repères chronologiques (1903, 1921, 1928, 1932, 1935) reste vague.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Définis : diaspora, assimilation, ségrégation, prise de conscience.

Voir le corrigéCacher le corrigé
  • Diaspora : ensemble des descendants d'un peuple dispersés hors de leur terre d'origine ; ici, les descendants d'Africains déportés par la traite.
  • Assimilation : politique coloniale qui voulait faire adopter aux colonisés la culture du colonisateur, en leur faisant abandonner la leur.
  • Ségrégation : séparation imposée entre les Noirs et les Blancs (écoles, transports, quartiers), comme aux États-Unis.
  • Prise de conscience : moment où l'on comprend clairement une situation d'injustice que l'on subissait sans l'analyser.

2Exercice 2

Range dans l'ordre chronologique : Légitime Défense ; Les Âmes du peuple noir ; Ainsi parla l'oncle ; Batouala ; L'Étudiant noir. Donne la date de chaque titre.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Les Âmes du peuple noir (1903) ; Batouala (1921) ; Ainsi parla l'oncle (1928) ; Légitime Défense (1932) ; L'Étudiant noir (1935).

3Exercice 3

Lis ce texte, écrit pour l'exercice.

« À l'école du cercle, on m'a appris que mes ancêtres étaient des Gaulois. J'ai récité des fables sur le loup et l'agneau, moi qui n'avais jamais vu de loup. Le soir, je n'osais plus parler maninka devant le maître. Un jour, j'ai compris que l'on m'avait appris à rougir de mon père. Ce jour-là, j'ai décidé d'écrire. »

a) Relève deux indices de la politique d'assimilation.

b) Quelle phrase marque la prise de conscience du narrateur ?

c) Quelle décision prend-il, et pourquoi est-elle importante pour la littérature africaine ?

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a) Indices : « on m'a appris que mes ancêtres étaient des Gaulois » (histoire de France imposée) ; « j'ai récité des fables sur le loup et l'agneau » (culture étrangère) ; « je n'osais plus parler maninka » (mépris de la langue maternelle).

b) « Un jour, j'ai compris que l'on m'avait appris à rougir de mon père. »

c) Il décide d'écrire. Cette décision est importante, car l'écrivain reprend la parole pour dire lui-même la vérité sur son peuple : c'est ainsi que naît la littérature négro-africaine.

4Exercice 4

Cite trois foyers de la prise de conscience et, pour chacun, un auteur ou une revue.

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États-Unis : W. E. B. Du Bois (Les Âmes du peuple noir) ou Langston Hughes (Harlem) ; Haïti : Jean Price-Mars (Ainsi parla l'oncle) ; Paris : René Maran (Batouala), les revues Légitime Défense ou L'Étudiant noir.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) Sujet : « La prise de conscience des intellectuels noirs est une réponse au mépris. » Rédige une introduction (amorce, sujet, annonce du plan en deux parties : les causes du mépris, puis les formes de la réponse).

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Exemple d'introduction :

Pendant des siècles, la traite, puis la colonisation ont présenté les Noirs comme des êtres inférieurs, sans histoire ni culture. Au début du XXe siècle, des intellectuels noirs d'Amérique, des Antilles et d'Afrique refusent cette image : c'est la prise de conscience. On peut donc affirmer qu'elle est une réponse au mépris. Nous verrons d'abord d'où vient ce mépris, puis sous quelles formes les écrivains noirs y ont répondu.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Où la prise de conscience des intellectuels noirs commence-t-elle ?
Voir la réponse

Réponse B : chez les Noirs de la diaspora, en Amérique et aux Antilles. Les descendants d'esclaves, confrontés très tôt au racisme, sont les premiers à analyser leur situation par écrit.

2Qui a écrit Ainsi parla l'oncle (1928) ?
Voir la réponse

Réponse B : Jean Price-Mars. L'Haïtien Jean Price-Mars invite ses compatriotes à respecter leur héritage africain.

3Qu'est-ce que l'assimilation ?
Voir la réponse

Réponse B : une politique qui voulait faire adopter aux colonisés la culture du colonisateur. L'assimilation poussait le colonisé à rejeter sa propre culture.

4Quelle revue paraît en 1935 autour de Césaire, Senghor et Damas ?
Voir la réponse

Réponse B : L'Étudiant noir. L'Étudiant noir réunit les futurs fondateurs de la Négritude.

5À quel mouvement la prise de conscience aboutit-elle dans les années 1930 ?
Voir la réponse

Réponse C : la Négritude. La Négritude est l'aboutissement littéraire de la prise de conscience.

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