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Français · 12e SS

Leçon 12 sur 52

Une poésie de ressourcement : Senghor, « Femme noire » (Chants d'ombre, 1945)

Je sais expliquer et commenter « Femme noire » de Senghor : sa structure, ses images, sa musique et son sens de poème de ressourcement.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Situer Senghor, le recueil Chants d'ombre et le poème « Femme noire »
  • Analyser la structure, les images (femme-mère, femme-terre, femme-beauté) et les procédés (anaphore, apostrophe, verset, métaphore)
  • Rédiger un commentaire composé organisé en deux axes sur le poème

Avant de commencer : Les leçons sur la Négritude et la Négritude retrouvée ; les figures de style (métaphore, apostrophe, anaphore, antithèse).

1Je découvre

Pour la fête des mères, le club de poésie du lycée de Kankan organise une récitation. Fanta choisit un poème de Léopold Sédar Senghor, « Femme noire ». Au premier vers, une vieille dame dans le public sourit : elle l'a appris à l'école, il y a cinquante ans.

Après la récitation, Ousmane s'interroge : « Senghor parle-t-il de sa mère, de sa fiancée ou de l'Afrique ? Dans un vers, la femme est une savane ; dans un autre, un tam-tam ; plus loin, une gazelle. »

Le professeur répond : « Tu as trouvé la clé du poème. La femme noire est tout cela à la fois. En la chantant, Senghor revient à ses sources. »

Comment Senghor fait-il de la femme noire le symbole de l'Afrique, et pourquoi ce poème est-il une poésie de ressourcement ?

2Je comprends

1. Situer le poème

  • Auteur : Léopold Sédar Senghor (1906-2001), né à Joal au Sénégal, cofondateur de la Négritude, premier Africain agrégé de grammaire (1935), président du Sénégal de 1960 à 1980, élu à l'Académie française en 1983.
  • Recueil : Chants d'ombre, son premier recueil, publié en 1945. Beaucoup de poèmes y ont été écrits pendant les années passées en France : l'Afrique y est vue à distance, avec nostalgie.
  • Titre : « Femme noire ». Le poème s'ouvre sur l'apostrophe « Femme nue, femme noire », qui revient comme un refrain.
  • Genre et forme : poème lyrique en versets (longs vers libres), organisé en quatre strophes qui commencent chacune par une variante de cette apostrophe.

2. Le mot « ressourcement »

Se ressourcer, c'est revenir à la source pour y puiser des forces nouvelles. Pour Senghor, étudiant puis professeur en France, loin de son pays, le poème est un retour aux sources : en chantant la femme noire, il retrouve l'Afrique de son enfance, sa terre, ses valeurs. C'est une illustration de la Négritude retrouvée.

3. La structure du poème

StropheCe que devient la femmeCe qu'il faut remarquer
1la mère protectrice de l'enfance, puis la Terre promise découverte à l'âge adultele poète a grandi « à ton ombre » ; la beauté le « foudroie » comme un éclair
2la femme-terre et la femme-musique : fruit mûr, savane, tam-tam, voix graveimages de la nature africaine et des instruments
3la femme-beauté sensuelle : huile, gazelle, perles sur la peau, reflets d'orimages précieuses, lumière sur la peau sombre ; référence aux princes du Mali
4la femme éternelle : le poète « chante » sa beauté pour la sauver de la mortle poème fixe dans l'éternité une beauté qui passe
  1. 1Strophe 1 : la femme-mère qui protège l'enfant, puis la Terre promise découverte par l'adulte
  2. 2Strophe 2 : la femme-terre et la femme-musique (fruit, savane, tam-tam, voix)
  3. 3Strophe 3 : la femme-beauté, précieuse et lumineuse (huile, gazelle, perles, or)
  4. 4Strophe 4 : le poète fixe cette beauté dans l'éternité avant que la mort ne la détruise
La progression de « Femme noire » : de l'enfance à l'éternité.

4. Les images : une femme-symbole

a) La femme-mère. Dans la première strophe, le poète se souvient d'avoir grandi à l'ombre de cette femme : elle protège, elle éduque. C'est la mère, mais aussi l'Afrique nourricière du royaume d'enfance.

b) La femme-terre. Dans la deuxième strophe, la femme devient fruit mûr, savane aux horizons purs caressée par le vent d'Est. Les métaphores l'assimilent au paysage africain. Aimer la femme, c'est aimer la terre natale.

c) La femme-musique. Elle est aussi tam-tam sculpté et tendu, et sa voix grave de contralto est un chant. La musique, valeur essentielle de la Négritude, est au cœur de sa beauté.

d) La femme-beauté. Dans la troisième strophe, la peau de la femme est comparée à l'huile calme, elle est une gazelle, les perles brillent comme des étoiles sur la nuit de sa peau. La couleur noire, longtemps méprisée, devient lumière et richesse. La mention des « princes du Mali » rattache cette beauté à l'histoire glorieuse de l'Afrique de l'Ouest, et donc aussi au passé mandingue de la Guinée.

e) La femme éternelle. Dans la dernière strophe, le poète sait que la beauté passe et que la mort viendra. Mais le chant poétique la rend éternelle : c'est le pouvoir de la poésie.

Femme-mèreFemme-terreFemme-musiq…Femme-beautéFemmeéternelle
Les visages successifs de la femme noire, tous symboles de l'Afrique.

5. Les procédés d'écriture

  • L'apostrophe et l'anaphore : « Femme nue, femme noire » (ou « femme obscure ») ouvre chaque strophe. Le poète s'adresse directement à la femme, comme dans une prière ou une louange de griot. La répétition crée un refrain et un rythme d'incantation.
  • La réhabilitation du noir : l'adjectif « noire » et ses équivalents (« obscure », la « nuit » de la peau) sont toujours associés à la beauté, à la vie, à la lumière. Senghor renverse le préjugé colonial qui associait le noir au mal et à la laideur.
  • Les métaphores en cascade : la femme n'est pas « comme » la savane, elle est la savane. Les métaphores sont plus fortes que les comparaisons.
  • Les sensations : la vue (couleurs, reflets, lumière), l'ouïe (tam-tam, voix), le toucher (huile, caresse), le goût (fruit, vin). Le poème est très sensuel.
  • Le verset : ses vers longs et amples ont un rythme de chant. Senghor voulait que ses poèmes soient dits avec musique.
  • Les mots de l'Afrique : savane, tam-tam, gazelle, Mali. Ils enracinent le poème dans le paysage et l'histoire africaine.

6. Le sens du poème

« Femme noire » est un hymne à la femme africaine et, à travers elle, à l'Afrique entière. Le poème :

  1. réhabilite la beauté noire, niée par le regard colonial ;
  2. célèbre les valeurs de la Négritude : la terre, le rythme, la sensualité, les ancêtres ;
  3. exprime la nostalgie du poète exilé et son ressourcement ;
  4. affirme le pouvoir de la poésie, qui rend éternel ce qui passe.

On peut aussi le discuter : certains lecteurs ont reproché à ce poème de présenter une femme idéalisée, contemplée et silencieuse, symbole plus que personne réelle. Une lecture nuancée signale cette limite.

Exemple

Question : Explique l'effet de la répétition « Femme nue, femme noire ».

Réponse rédigée : Cette apostrophe, reprise au début de chaque strophe sous une forme proche, joue le rôle d'un refrain. Elle donne au poème un rythme d'incantation, comme une prière ou une louange de griot. Elle place aussi la femme au centre du texte : le poète s'adresse directement à elle. Enfin, l'association de « nue » et « noire » affirme sans détour la beauté naturelle de la femme africaine, contre le mépris colonial.

Exemple

Paragraphe de commentaire rédigé (axe : la femme, symbole de l'Afrique) :

Dans « Femme noire », Senghor fait de la femme un symbole de l'Afrique. En effet, dans la deuxième strophe, une série de métaphores l'assimile au paysage africain : elle est « savane », « fruit mûr », « tam-tam ». La femme se confond ainsi avec la terre, sa nature et sa musique. De plus, la référence aux « princes du Mali » rattache sa beauté à l'histoire glorieuse de l'Afrique de l'Ouest. Enfin, dans la première strophe, le poète dit avoir grandi à son ombre : la femme est la mère, c'est-à-dire l'Afrique nourricière de l'enfance. Chanter la femme noire, c'est donc, pour le poète exilé, retrouver l'Afrique tout entière.

Méthode

Pour préparer le commentaire composé d'un poème :

  1. Je lis le poème plusieurs fois et je le situe (auteur, recueil, date, mouvement).
  2. Je repère la structure (strophes, progression).
  3. Je relève les procédés (figures, champs lexicaux, rythme, sonorités) sur un brouillon en tableau.
  4. Je regroupe mes remarques en deux ou trois axes de sens (par exemple : un hymne à la femme ; un symbole de l'Afrique ; le pouvoir de la poésie).
  5. Je rédige chaque paragraphe : idée, citation, procédé, interprétation.
  6. Je rédige l'introduction (situation, présentation, problématique, annonce des axes) et la conclusion (bilan, ouverture).

3Je retiens

Je retiens

« Femme noire » : poème de Léopold Sédar Senghor, recueil Chants d'ombre (1945), écrit en versets, en quatre strophes.

Poésie de ressourcement : le poète exilé retrouve l'Afrique en chantant la femme noire.

Progression : femme-mère et Terre promise, femme-terre et femme-musique, femme-beauté, femme éternelle.

Procédés : apostrophe et anaphore (« Femme nue, femme noire »), métaphores (savane, tam-tam, gazelle), sensations, verset, mots africains.

Sens : réhabiliter la beauté noire, célébrer l'Afrique et ses valeurs, affirmer le pouvoir de la poésie qui rend éternel.

Limite discutée : une femme idéalisée, plus symbole que personne.

4Erreurs fréquentes

  • Réduire le poème à un simple poème d'amour : la femme est aussi la mère, la terre et l'Afrique.
  • Confondre métaphore et comparaison : « femme, savane » est une métaphore (pas d'outil « comme »).
  • Faire du commentaire une paraphrase strophe par strophe : il faut organiser l'analyse en axes de sens.
  • Oublier le contexte : Senghor écrit loin de l'Afrique, en France, ce qui explique la nostalgie et le ressourcement.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Réponds par des phrases complètes.

a) Dans quel recueil et en quelle année le poème « Femme noire » est-il publié ?

b) Quelle forme de vers Senghor utilise-t-il ?

c) Quelle apostrophe ouvre chaque strophe ?

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a) Le poème est publié dans Chants d'ombre, en 1945.

b) Senghor utilise le verset, un vers long et libre, proche du souffle de la parole.

c) Chaque strophe s'ouvre sur l'apostrophe « Femme nue, femme noire » ou sa variante « Femme nue, femme obscure ».

2Exercice 2

Explique ce que signifie « se ressourcer » et pourquoi « Femme noire » est une poésie de ressourcement.

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Se ressourcer, c'est revenir à la source pour y retrouver des forces. Senghor écrit ce poème en France, loin de son pays. En chantant la femme noire, il retrouve sa mère, sa terre, la musique et l'histoire africaines : il revient spirituellement en Afrique. Le poème lui permet de reprendre contact avec ses racines et de les affirmer avec fierté : c'est donc une poésie de ressourcement.

3Exercice 3

Identifie les figures de style et explique leur effet (expressions tirées du poème ou proches de lui).

a) La femme est « savane aux horizons purs ».

b) « Femme nue, femme noire » repris au début de chaque strophe.

c) Les perles sont « étoiles » sur la nuit de la peau.

d) Le poète s'adresse directement à la femme en la tutoyant.

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a) Métaphore : la femme est identifiée au paysage africain ; aimer la femme, c'est aimer la terre natale.

b) Anaphore et apostrophe : le refrain crée un rythme d'incantation et place la femme au centre du poème.

c) Métaphore : la peau noire devient un ciel de nuit où brillent des étoiles ; le noir est associé à la beauté et à la lumière.

d) Apostrophe (et tutoiement) : elle crée une intimité et donne au poème le ton d'une louange ou d'une prière.

4Exercice 4

Relève dans le poème (ou dans le tableau de la leçon) les mots qui appartiennent au champ lexical de la nature africaine et au champ lexical de la musique. Quel est l'effet de ces deux champs lexicaux ?

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Nature africaine : savane, fruit, vent d'Est, gazelle, huile. Musique : tam-tam, voix, contralto, chant. Effet : la femme se confond avec l'Afrique elle-même, sa terre et son rythme ; le poème célèbre deux valeurs centrales de la Négritude, l'harmonie avec la nature et la musique.

5Exercice 5

(Commentaire composé, type examen) Fais le commentaire composé de « Femme noire ». Tu pourras montrer que le poème est un hymne à la beauté noire, puis qu'il fait de la femme le symbole de l'Afrique retrouvée. Rédige l'introduction complète et un paragraphe entier du premier axe.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction : Dans les années 1930, Léopold Sédar Senghor fonde avec Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas le mouvement de la Négritude, qui revendique la dignité et les valeurs du monde noir. En 1945, il publie son premier recueil, Chants d'ombre, où figure le poème « Femme noire ». Écrit en versets et en quatre strophes, ce poème célèbre la femme africaine. Comment Senghor transforme-t-il ce chant d'amour en un retour aux sources de l'Afrique ? Nous verrons d'abord que le poème est un hymne à la beauté noire, puis qu'il fait de la femme le symbole de l'Afrique retrouvée.

Paragraphe du premier axe (un hymne à la beauté noire) :

Le poème est d'abord un hymne à la beauté de la femme noire. Dès le premier vers, l'apostrophe « Femme nue, femme noire » affirme cette beauté sans détour, et sa reprise au début de chaque strophe lui donne la force d'un refrain de louange. Senghor associe systématiquement la couleur noire à la lumière et à la richesse : les perles deviennent des « étoiles » sur la nuit de la peau, et des reflets d'or y brillent. Il renverse ainsi le préjugé colonial qui liait le noir à la laideur. Enfin, le poème sollicite tous les sens, la vue, l'ouïe, le toucher, pour faire ressentir cette beauté. Le poète célèbre donc la femme noire comme un idéal de beauté, et répond ainsi au mépris dont elle était l'objet.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Dans quel recueil figure « Femme noire » ?
Voir la réponse

Réponse B : Chants d'ombre. Chants d'ombre est le premier recueil de Senghor, publié en 1945.

2Que signifie « poésie de ressourcement » ?
Voir la réponse

Réponse B : une poésie qui permet au poète de revenir à ses racines et d'y puiser des forces. Loin de l'Afrique, Senghor retrouve ses racines en chantant la femme noire.

3Dans l'expression « savane aux horizons purs » désignant la femme, quelle figure reconnais-tu ?
Voir la réponse

Réponse A : une métaphore. Il n'y a pas d'outil de comparaison : la femme est directement identifiée à la savane.

4Quel symbole la femme noire représente-t-elle surtout dans le poème ?
Voir la réponse

Réponse B : l'Afrique, à la fois mère, terre et beauté. La femme est une figure-symbole de l'Afrique retrouvée.

5Que fait le poète dans la dernière strophe ?
Voir la réponse

Réponse C : il fixe dans l'éternité, par son chant, une beauté qui passe. La poésie sauve la beauté de la mort : c'est le pouvoir du chant poétique.

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