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Français · 12e SE

Leçon 21 sur 31

Le symbolisme

Je sais définir le symbolisme, citer ses poètes et ses textes fondateurs, et analyser dans un poème les symboles, les correspondances et la musicalité.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Situer le symbolisme et expliquer contre quoi il réagit
  • Comprendre les notions de symbole, de correspondances et de suggestion
  • Analyser la musicalité d'un poème (sonorités, rythme, vers impair, vers libre)

Avant de commencer : Leçons « Bref aperçu du XIXe siècle » et « Le romantisme » ; versification (syllabes, rimes, strophes)

1Je découvre

À Kouroussa, un soir de fête, Sékou écoute un joueur de kora. Il ne comprend pas toutes les paroles, chantées en malinké ancien, mais la musique lui serre le cœur. Il pense à son père parti travailler loin, à la saison des pluies qui arrive, à une tristesse qu'il ne sait pas nommer. Sa cousine Kadiatou lui demande : « Qu'est-ce qu'elle raconte, cette chanson ? » Sékou réfléchit : « Je ne sais pas exactement… Mais je sens ce qu'elle veut dire. »

Le lundi suivant, le professeur de français lit en classe un poème de Paul Verlaine : « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne… » Il demande : « De quoi parle ce poème ? » Personne ne répond tout de suite. On entend surtout une musique lente, des sons qui reviennent, une mélancolie qui flotte. Sékou pense à la kora : ce poème-là non plus ne raconte pas vraiment une histoire ; il fait ressentir.

Qu'est-ce que le symbolisme, et comment un poème peut-il suggérer au lieu de dire ?

2Je comprends

1. Un mouvement de la fin du XIXe siècle

Le symbolisme est un mouvement poétique et artistique qui se développe en France dans les vingt dernières années du XIXe siècle (environ 1880-1900). Le mot est lancé en 1886 par le poète Jean Moréas, dans un manifeste publié par le journal Le Figaro.

Il réagit contre deux tendances :

  • contre le réalisme et le naturalisme, qui décrivent le monde matériel avec précision : pour les symbolistes, la réalité visible n'est qu'une apparence ;
  • contre le Parnasse, dont la poésie parfaite leur paraît froide et figée.

Le symbolisme veut au contraire exprimer ce qui est caché : les rêves, l'âme, le mystère, l'Idéal. Le poète ne décrit pas, il suggère.

2. Baudelaire, le précurseur : les correspondances

Charles Baudelaire publie *Les Fleurs du mal* en 1857 (la même année que Madame Bovary). Le recueil est condamné par la justice et six poèmes doivent être retirés. Baudelaire y exprime le déchirement de l'homme entre le Spleen (l'ennui, l'angoisse, la chute) et l'Idéal (la beauté, l'élévation).

Dans le sonnet « Correspondances », il affirme que le monde visible est plein de signes :

> La Nature est un temple où de vivants piliers

> Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

> L'homme y passe à travers des forêts de symboles

> Qui l'observent avec des regards familiers.

Deux idées essentielles s'y trouvent :

  • les correspondances verticales : chaque chose visible renvoie à une réalité spirituelle invisible ; le poète est celui qui sait déchiffrer ces « symboles » ;
  • les correspondances horizontales, ou synesthésies : les sensations se répondent entre elles (un parfum peut sembler « doux comme les hautbois », c'est-à-dire qu'une odeur évoque un son).

Un symbole est une image concrète qui représente une idée abstraite : la colombe pour la paix, le baobab pour la sagesse et la longévité dans beaucoup de cultures d'Afrique de l'Ouest, l'albatros pour le poète chez Baudelaire.

3. Les grands poètes symbolistes

  • Paul Verlaine (Poèmes saturniens, 1866 ; Romances sans paroles, 1874) recherche avant tout la musique des vers. Dans son poème « Art poétique », il écrit : « De la musique avant toute chose, / Et pour cela préfère l'Impair ». Il conseille le vers impair (de 5, 7, 9 syllabes), plus fluide que l'alexandrin, et les nuances plutôt que les couleurs vives.
  • Arthur Rimbaud, génie précoce, écrit presque toute son œuvre avant vingt ans (Une saison en enfer, 1873 ; Illuminations). Dans une lettre de 1871, il explique que le poète doit se faire « voyant » ; il y écrit : « Je est un autre. » Son sonnet « Voyelles » associe chaque voyelle à une couleur (« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu »).
  • Stéphane Mallarmé pousse la suggestion jusqu'à l'hermétisme (une poésie difficile, qu'il faut déchiffrer). Pour lui, nommer un objet supprime une grande partie du plaisir du poème ; il faut le suggérer peu à peu.

Les symbolistes libèrent aussi la forme : ils développent le vers libre, qui ne suit plus un nombre fixe de syllabes ni la rime obligatoire.

  1. 11857 : Baudelaire publie Les Fleurs du mal, avec le sonnet « Correspondances » (précurseur)
  2. 21866 : Verlaine publie les Poèmes saturniens, dont « Chanson d'automne »
  3. 31871 : Rimbaud écrit la lettre dite « du voyant »
  4. 41884 : Verlaine reprend « Art poétique » (écrit en 1874) dans Jadis et naguère : « De la musique avant toute chose »
  5. 51886 : Jean Moréas publie le manifeste du symbolisme dans Le Figaro
Les étapes du symbolisme, de son précurseur à son manifeste.

4. Les caractéristiques de l'écriture symboliste

CaractéristiqueCe qu'on observe dans le texte
Suggestion plutôt que descriptionpeu d'informations précises, une atmosphère
Symbolesobjets ou êtres qui renvoient à une idée (l'automne pour la mélancolie, le déclin)
Musicalitéallitérations (répétition de consonnes), assonances (répétition de voyelles), rimes et refrains
Rythme libérévers impairs, vers courts, vers libres
Synesthésiesmélange des sensations (couleur d'un son, parfum d'une musique)
Thèmesle rêve, le mystère, l'âme, l'ennui, l'automne, le crépuscule

5. Analyse d'un poème : « Chanson d'automne » de Verlaine

> Les sanglots longs

> Des violons

> De l'automne

> Blessent mon cœur

> D'une langueur

> Monotone.

Exemple

Analyse de la première strophe (Poèmes saturniens, 1866).

Métrique : des vers très courts de 4 syllabes (« Les / san / glots / longs ») et de 3 syllabes (« De / l'au / tomne », le « e » final ne compte pas en fin de vers). Ce rythme bref et haché imite des sanglots.

Sonorités : l'assonance en « on » (sanglots, longs, violons, monotone) crée un son grave et prolongé, comme une plainte ; l'allitération en « l » (Les, longs, violons, l'automne, langueur) donne une impression de lenteur.

Symbole et synesthésie : les « violons de l'automne » désignent sans doute le vent ; un bruit de la nature devient une musique qui « blesse » le cœur. L'automne symbolise le déclin, la tristesse.

Suggestion : le poète ne dit jamais pourquoi il est triste ; il fait ressentir une mélancolie vague (« langueur / Monotone »).

Conclusion : cette strophe illustre parfaitement le programme de Verlaine, « de la musique avant toute chose ».

Méthode

Pour analyser un poème symboliste :

  1. Je lis le poème à voix haute pour entendre sa musique.
  2. Je compte les syllabes de quelques vers : vers pair, impair, libre ?
  3. Je relève les sonorités qui reviennent (assonances, allitérations) et j'en dis l'effet.
  4. Je repère les images qui fonctionnent comme des symboles et je dis ce qu'elles suggèrent.
  5. Je note ce que le poème ne dit pas (le mystère, l'implicite).
  6. Je conclus sur l'atmosphère et le lien avec le symbolisme.

Exemple

Texte écrit pour la leçon : « Chaque soir, l'harmattan traîne / Sa poussière sur la plaine, / Et mon âme, comme lui, / Erre, lasse, dans la nuit. »

Vers de 7 syllabes (impairs, comme le conseille Verlaine) : « Cha / que / soir / l'har / mat / tan / traî / ne » (le « e » final ne compte pas).

Musicalité : rimes plates (traîne / plaine ; lui / nuit), allitération en « l » (lasse, plaine) qui ralentit le rythme.

Symbole : l'harmattan, vent sec et poussiéreux, devient l'image d'une âme fatiguée et sans but.

Suggestion : on ne sait pas pourquoi l'âme est lasse ; le texte crée une atmosphère.

Ce petit poème imite donc la manière symboliste.

6. Un héritage jusqu'en Afrique

Le symbolisme a profondément marqué la poésie du XXe siècle. Senghor, nourri de poésie française, donne une grande place au rythme et à la musique : plusieurs de ses poèmes portent en tête l'indication d'instruments africains (kôra, balafong, khalam), comme si le texte devait être accompagné. Il rejoint ainsi, à sa manière, l'exigence de Verlaine, tout en l'enracinant dans la tradition des griots.

3Je retiens

Je retiens

Le symbolisme (vers 1880-1900) : poésie de la suggestion, du mystère et de la musique ; il réagit contre le réalisme et contre le Parnasse.

Manifeste : Jean Moréas, Le Figaro, 1886.

Précurseur : Baudelaire, Les Fleurs du mal (1857), « Correspondances » : le monde est une « forêt de symboles » ; les sensations se répondent (synesthésies).

Verlaine : « De la musique avant toute chose, / Et pour cela préfère l'Impair » ; Rimbaud : le poète « voyant », « Je est un autre » ; Mallarmé : suggérer plutôt que nommer.

Procédés : symboles, assonances, allitérations, vers impairs, vers libre, synesthésies, atmosphère vague.

4Erreurs fréquentes

  • Croire qu'un poème symboliste « ne veut rien dire » : il ne dit pas directement, il suggère ; ton travail est d'expliquer ce qu'il fait ressentir.
  • Confondre symbole et comparaison : la comparaison utilise un outil (« comme ») ; le symbole est une image qui représente une idée sans l'annoncer.
  • Mal compter les syllabes : le « e » muet en fin de vers ne se compte pas ; devant une consonne, à l'intérieur du vers, il se prononce et se compte.
  • Classer Baudelaire comme simple romantique : il est le précurseur du symbolisme, même s'il hérite du romantisme.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Réponds en une phrase : a) Qui a publié le manifeste du symbolisme, et en quelle année ? b) Pourquoi Baudelaire est-il appelé « précurseur » ? c) Que conseille Verlaine dans « Art poétique » ?

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a) Le manifeste du symbolisme a été publié par Jean Moréas dans Le Figaro, en 1886.

b) Baudelaire est un précurseur parce qu'il a annoncé, dès Les Fleurs du mal (1857), les idées du symbolisme : le monde comme « forêt de symboles » et les correspondances entre les sensations.

c) Verlaine conseille de rechercher d'abord la musique du vers et de préférer le vers impair (« De la musique avant toute chose, / Et pour cela préfère l'Impair »).

2Exercice 2

Explique la différence entre un symbole et une comparaison, puis donne un exemple de chacun.

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La comparaison rapproche deux éléments à l'aide d'un outil de comparaison (comme, pareil à, tel) : « Le poète est semblable au prince des nuées » (Baudelaire). Le symbole est une image concrète qui représente une idée abstraite sans outil ni explication : dans « Chanson d'automne », l'automne représente la tristesse et le déclin de la vie.

3Exercice 3

Compte les syllabes des deux vers suivants et dis s'ils sont pairs ou impairs : a) « Blessent mon cœur » ; b) « La Nature est un temple où de vivants piliers ».

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a) « Bles / sent / mon / cœur » : 4 syllabes (le « e » de « Blessent » se prononce devant la consonne « m »), vers pair.

b) « La / Na / tu / re est / un / tem / ple où / de / vi / vants / pi / liers » : 12 syllabes, c'est un alexandrin, vers pair. Le « e » de « Nature » s'élide devant la voyelle de « est », et celui de « temple » devant « où ».

4Exercice 4

Relève les sonorités dominantes dans « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne » et explique leur effet.

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On entend surtout l'assonance en « on » (sanglots, longs, violons, l'automne) et l'allitération en « l » (Les, longs, violons, l'automne). Le son « on », grave et nasal, se prolonge comme une plainte ou un gémissement ; le « l », consonne douce et liquide, ralentit la lecture. Ces sonorités imitent la musique triste des violons et font ressentir la mélancolie du poète avant même qu'il en parle.

5Exercice 5

(Rédaction) En un paragraphe d'une quinzaine de lignes, montre en quoi le symbolisme s'oppose au réalisme. Appuie-toi sur au moins deux auteurs et deux exemples précis.

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Proposition :

Le symbolisme s'oppose au réalisme d'abord par sa conception du monde. Pour les réalistes comme Flaubert ou Zola, le monde visible est l'objet même de l'œuvre : il faut le décrire avec précision, documents à l'appui. Pour les symbolistes, au contraire, ce monde n'est qu'une apparence derrière laquelle se cache une réalité spirituelle : Baudelaire, dans « Correspondances », parle d'une « forêt de symboles » que le poète doit déchiffrer. Les deux mouvements s'opposent ensuite par leur écriture : le romancier réaliste accumule les détails concrets, alors que le poète symboliste suggère ; Verlaine, dans « Chanson d'automne », ne dit jamais la cause de sa tristesse et fait passer l'émotion par la seule musique des sons. Enfin, ils ne privilégient pas le même genre : le réalisme triomphe dans le roman, le symbolisme dans la poésie. Ainsi, à la précision du miroir réaliste, le symbolisme oppose le mystère et la musique.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Contre quels mouvements le symbolisme réagit-il ?
Voir la réponse

Réponse A : le réalisme et le Parnasse. Il refuse la description du réel et la froideur de la poésie parnassienne.

2Quel poème de Baudelaire présente la nature comme une « forêt de symboles » ?
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Réponse B : « Correspondances ». « Correspondances » est le texte clé de la théorie baudelairienne des symboles.

3Que conseille Verlaine dans « Art poétique » ?
Voir la réponse

Réponse C : de rechercher la musique et de préférer le vers impair. « De la musique avant toute chose, / Et pour cela préfère l'Impair ».

4Qu'est-ce qu'une synesthésie ?
Voir la réponse

Réponse B : une correspondance entre des sensations différentes. Par exemple, un parfum qui évoque un son ou une couleur.

5Quel poète a écrit « Je est un autre » ?
Voir la réponse

Réponse C : Rimbaud. Rimbaud l'écrit dans sa lettre de 1871 sur le poète « voyant ».

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