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Français · 12e SM Séance d’exercices

Leçon 29 sur 31

Texte d'étude : « La vente du cacao »

Je sais étudier un texte narratif réaliste qui dénonce l'injustice coloniale : le comprendre, l'analyser, le résumer et en tirer un plan de commentaire et une discussion.

  • 1 h
  • 6 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Situer l'épisode de la vente du cacao dans la littérature africaine anticoloniale
  • Analyser les procédés de la dénonciation dans un récit (point de vue, détails réalistes, contrastes, silence)
  • Réinvestir les techniques de l'expression : questions de compréhension, résumé, plan de commentaire, discussion

Avant de commencer : Leçons « Le réalisme », « Le procès du colonialisme », « Le résumé de texte » et « Le commentaire composé »

1Je découvre

À Macenta, en Guinée forestière, le grand-père de Fatoumata cultive le café depuis toujours. Un soir, il raconte : « Du temps des Blancs, on ne vendait pas notre café comme on voulait. Un agent venait peser, goûter, classer. S'il disait que c'était mauvais, tu n'avais rien à dire. Beaucoup de paysans sont rentrés chez eux les mains vides après une année entière de travail. »

Le lendemain, en cours de français, le professeur distribue un texte intitulé « La vente du cacao ». Un jeune paysan africain apporte sa récolte au poste d'achat ; un contrôleur la refuse en quelques secondes. Fatoumata reconnaît aussitôt l'histoire de son grand-père. Le café de la forêt guinéenne, le cacao du Cameroun ou de la Côte d'Ivoire : partout, sous la colonisation, les cultures de rente ont enrichi les maisons de commerce plus que ceux qui les produisaient.

Fatoumata se demande comment un simple récit peut faire ressentir cette injustice au lecteur, sans même un discours.

Comment étudier un texte narratif qui dénonce l'injustice coloniale, et quelles techniques de l'expression lui appliquer ?

2Je comprends

1. Le contexte : l'économie de traite

Sous la colonisation, les territoires d'Afrique produisaient des cultures de rente (cacao, café, arachide, coton, banane) destinées à l'exportation vers l'Europe. C'est ce qu'on appelle l'économie de traite. Le paysan africain devait payer l'impôt en argent ; il était donc obligé de vendre sa récolte, souvent au prix fixé par les acheteurs. Les contrôleurs vérifiaient la qualité des produits : leur décision, parfois arbitraire, pouvait ruiner un planteur en quelques minutes.

2. L'œuvre de référence

L'épisode de la vente du cacao se trouve dans *Ville cruelle*, premier roman de l'écrivain camerounais Mongo Beti (de son vrai nom Alexandre Biyidi), publié en 1954 sous le pseudonyme d'Eza Boto. Le héros, Banda, un jeune paysan, apporte son cacao à la ville de Tanga pour le vendre ; les contrôleurs le déclarent de mauvaise qualité, le confisquent et le jettent au feu. Le roman montre une ville coloniale « cruelle », divisée entre les quartiers des Européens et ceux des Africains, où règnent l'argent et l'injustice. Mongo Beti poursuivra cette critique dans Le Pauvre Christ de Bomba (1956).

Nous ne reproduisons pas l'extrait original. Voici un texte d'étude écrit pour la leçon, qui reprend la même situation.

3. Le texte d'étude

> Depuis l'aube, Koffi attendait sous le hangar du poste, ses six sacs de cacao alignés devant lui comme des enfants sages. Toute une saison de travail tenait dans ces sacs : les cabosses cueillies une à une, les fèves fermentées sous les feuilles de bananier, séchées au soleil, retournées chaque jour à la main. Avec l'argent de la vente, il paierait l'impôt, rembourserait ses dettes et achèterait enfin la tôle pour le toit de sa mère.

> Vers midi, le contrôleur arriva, un homme gras au casque blanc, suivi de deux gardes. Il plongea la main dans le premier sac, fit rouler quelques fèves dans sa paume, les renifla à peine.

> « Mauvais. Mal séché. Refusé. »

> Koffi voulut parler. Il avait passé des semaines à surveiller le séchage ; il savait que son cacao était bon. Mais déjà les gardes chargeaient les sacs sur une charrette. Le contrôleur ne regardait plus personne ; il écrivait sur son registre.

> Autour de Koffi, les autres paysans baissaient la tête. Chacun savait que le cacao refusé le matin serait revendu le soir, par d'autres mains, au prix fort. Personne ne dit rien. Le silence pesait plus lourd que les sacs.

> Koffi sortit du poste les mains vides. Sur la route du retour, la forêt lui parut soudain étrangère, comme si elle aussi l'avait trahi.

(221 mots)

4. Comprendre le texte

  1. 1L'attente : Koffi espère beaucoup de la vente de sa récolte
  2. 2L'arrivée du contrôleur : un examen rapide et méprisant
  3. 3Le verdict : « Mauvais. Mal séché. Refusé. »
  4. 4L'impuissance : Koffi ne peut pas parler, les gardes emportent les sacs
  5. 5Le silence des autres : tous savent que c'est un vol, personne ne proteste
  6. 6Le retour : Koffi repart ruiné, même la forêt lui semble étrangère
Les étapes du récit.

Idée générale : un jeune planteur, qui comptait sur la vente de son cacao pour vivre, voit sa récolte refusée et confisquée par un contrôleur malhonnête, devant des paysans réduits au silence.

5. Analyser les procédés de la dénonciation

ProcédéCitationEffet
Comparaison« comme des enfants sages »les sacs sont précieux, presque aimés : leur perte sera un arrachement
Énumération de gestes« cueillies une à une… fermentées… séchées… retournées »montre la quantité et le soin du travail
Futur dans le passé (conditionnel)« il paierait… rembourserait… achèterait »les projets de Koffi, qui ne se réaliseront pas : effet d'attente déçue
Portrait péjoratif« homme gras au casque blanc »le contrôleur incarne le pouvoir colonial, repu et indifférent
Contraste de duréedes semaines de travail / un geste : « les renifla à peine »disproportion révoltante entre l'effort et le jugement
Phrases nominales« Mauvais. Mal séché. Refusé. »parole sèche, sans explication ni appel possible
Implicite« revendu le soir, par d'autres mains, au prix fort »le lecteur comprend que le refus est une escroquerie
Métaphore« Le silence pesait plus lourd que les sacs »l'oppression écrase les paysans
Narrateur discretaucun commentaire indignéc'est le lecteur qui s'indigne : dénonciation plus forte

Exemple

Analyse rédigée d'un passage.

Le contraste entre le travail de Koffi et la rapidité du contrôle révèle l'injustice. D'un côté, l'énumération des gestes, « les cabosses cueillies une à une, les fèves fermentées […], séchées au soleil, retournées chaque jour à la main », fait sentir une saison entière de patience et de soin. De l'autre, le contrôleur se contente de faire « rouler quelques fèves dans sa paume » et les renifle « à peine » : la négligence de l'examen, soulignée par la locution adverbiale, montre que le verdict est décidé d'avance. Enfin, les trois phrases nominales « Mauvais. Mal séché. Refusé. », très brèves, ont la sécheresse d'un tampon administratif. Ce contraste de rythme et de durée fait comprendre au lecteur que le paysan colonisé n'a aucun recours face à un pouvoir arbitraire.

Exemple

Plan de commentaire composé sur le texte d'étude.

Problématique : comment ce récit sobre dénonce-t-il l'injustice de l'économie coloniale ?

I. Le portrait d'un paysan travailleur et plein d'espoir

A. Un travail long et soigneux (énumération des gestes, « une à une », « chaque jour »)

B. Une récolte qui porte l'espoir de toute une famille (comparaison « enfants sages », conditionnels « paierait… achèterait »)

II. La mise en scène d'une injustice organisée

A. Un contrôleur arbitraire et méprisant (portrait, examen bâclé, phrases nominales)

B. Un système de vol que tous connaissent (implicite du « prix fort », silence des paysans, métaphore du silence qui « pesait »)

C. Une dénonciation d'autant plus forte qu'elle est discrète (narrateur effacé, chute : la forêt « étrangère »)

Méthode

Pour étudier un texte d'étude à l'examen :

  1. Lire le texte et la présentation (auteur, œuvre, date, contexte) ; formuler l'idée générale.
  2. Répondre aux questions de compréhension par des phrases complètes, avec citations.
  3. Pour les questions de vocabulaire, expliquer le mot dans son contexte.
  4. Pour l'analyse, suivre la chaîne citation → procédé → effet.
  5. Pour le résumé ou la discussion, appliquer strictement les méthodes vues dans le chapitre.
  6. Relire en vérifiant que chaque réponse s'appuie sur le texte.

3Je retiens

Je retiens

Économie de traite : sous la colonisation, les cultures de rente (cacao, café, arachide) sont vendues à bas prix pour l'exportation ; le paysan doit vendre pour payer l'impôt.

L'épisode de la vente du cacao est rattaché à Ville cruelle (1954) de Mongo Beti, publié sous le pseudonyme d'Eza Boto.

Le récit réaliste dénonce sans discours : contraste entre le travail et le verdict, portrait péjoratif, phrases brèves, implicite, silence.

Un narrateur discret laisse le lecteur tirer lui-même la conclusion : la dénonciation est plus forte.

Méthode : idée générale, réponses justifiées par des citations, analyse citation → procédé → effet.

4Erreurs fréquentes

  • Répondre aux questions sans citer le texte : toute réponse d'analyse doit s'appuyer sur une citation.
  • Raconter à nouveau l'histoire au lieu d'analyser comment elle est racontée.
  • Confondre le texte d'étude et l'œuvre entière : on commente ce qui est écrit dans l'extrait, et on n'utilise le roman que pour le situer.
  • Inventer des détails sur l'œuvre ou l'auteur : si tu n'es pas sûr, reste général (« un romancier camerounais des années 1950 »).

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Compréhension) a) Qu'espère Koffi de la vente de son cacao ? b) Pourquoi le contrôleur refuse-t-il la récolte, selon lui ? c) Que savent les autres paysans ? Justifie chaque réponse par une citation.

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a) Koffi espère payer l'impôt, rembourser ses dettes et acheter de la tôle pour le toit de sa mère : « il paierait l'impôt, rembourserait ses dettes et achèterait enfin la tôle pour le toit de sa mère ».

b) Le contrôleur prétend que le cacao est mal séché : « Mauvais. Mal séché. Refusé. » Mais le texte laisse entendre que ce motif est faux, puisque Koffi « savait que son cacao était bon ».

c) Les paysans savent que le cacao refusé sera revendu par d'autres, très cher : « Chacun savait que le cacao refusé le matin serait revendu le soir, par d'autres mains, au prix fort. »

2Exercice 2

(Vocabulaire) Explique dans leur contexte : a) « cabosses » ; b) « registre » ; c) « au prix fort ».

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a) « cabosses » : fruits du cacaoyer, qui contiennent les fèves de cacao.

b) « registre » : grand cahier officiel dans lequel le contrôleur note les décisions ; il symbolise le pouvoir de l'administration.

c) « au prix fort » : à un prix élevé ; l'expression révèle que d'autres profitent du cacao confisqué.

3Exercice 3

(Analyse) Explique l'effet produit par la phrase : « Le silence pesait plus lourd que les sacs. » Nomme la figure de style.

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C'est une métaphore (le silence, qui n'a pas de poids, est présenté comme une chose lourde), renforcée par une comparaison (« plus lourd que les sacs »). Elle montre que la peur et l'impuissance écrasent les paysans plus encore que les sacs de cacao qu'ils portent. Elle suggère aussi que ce silence est la vraie charge de la colonisation : une oppression que personne n'ose dénoncer.

4Exercice 4

(Analyse) Relève les verbes au conditionnel du premier paragraphe. Quelle valeur ont-ils, et quel effet produisent-ils quand on connaît la suite ?

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Verbes : « paierait », « rembourserait », « achèterait ». Ils ont une valeur de futur dans le passé : ils expriment les projets de Koffi au moment où il attend. Quand on connaît la suite, ces projets deviennent pathétiques : le lecteur sait qu'aucun ne se réalisera. L'espoir exprimé au début rend la chute plus cruelle.

5Exercice 5

(Résumé) Pour t'entraîner, résume ce texte narratif au quart de sa longueur (221 mots), avec une marge de 10 %. Indique le nombre de mots.

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Longueur visée : 221 ÷ 4 = 55,25, soit environ 55 mots ; marge de 50 à 60 mots.

Résumé possible : « Koffi attend de vendre son cacao, fruit d'une saison de travail minutieux qui doit lui permettre de payer ses charges et d'aider sa mère. Mais le contrôleur, après un examen bâclé, refuse la récolte et la fait saisir. Résignés, les paysans se taisent, sachant ce cacao destiné à être revendu. Koffi repart ruiné, amer. » (56 mots)

6Exercice 6

(Discussion) « Le silence des victimes rend l'injustice possible. » Rédige un paragraphe argumenté d'une quinzaine de lignes pour discuter cette affirmation, à partir du texte et de tes connaissances.

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Proposition :

Il est vrai que le silence des victimes permet à l'injustice de durer. En effet, celui qui abuse de son pouvoir compte sur la peur et la résignation de ceux qu'il opprime : tant que personne ne proteste, il n'a de comptes à rendre à personne. Dans le texte, les paysans « baissaient la tête » alors qu'ils savent que le cacao sera revendu « au prix fort » ; leur silence laisse le contrôleur voler en toute tranquillité. Cependant, il serait injuste d'accuser les victimes : sous la colonisation, protester pouvait coûter la prison ou pire, et les gardes qui accompagnent le contrôleur rappellent cette menace. C'est pourquoi la parole des écrivains a été si précieuse : Mongo Beti, Ferdinand Oyono ou Césaire ont dit, par leurs livres, ce que les paysans ne pouvaient pas dire. Ainsi, si le silence favorise l'injustice, c'est d'abord la violence du système qui l'impose ; briser ce silence est le rôle de ceux qui le peuvent.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qu'appelle-t-on les cultures de rente ?
Voir la réponse

Réponse B : les cultures destinées à la vente et à l'exportation. Cacao, café, arachide ou coton étaient produits pour être vendus et exportés.

2À quel roman l'épisode de la vente du cacao est-il rattaché ?
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Réponse B : Ville cruelle. Ville cruelle (1954) est le premier roman de Mongo Beti, signé Eza Boto.

3Quel effet produisent les phrases « Mauvais. Mal séché. Refusé. » ?
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Réponse B : elles traduisent un verdict sec et sans appel. Les phrases nominales très brèves imitent la froideur administrative.

4Pourquoi le narrateur ne commente-t-il pas l'injustice ?
Voir la réponse

Réponse C : pour laisser le lecteur s'indigner lui-même. La dénonciation implicite est souvent plus forte qu'un discours.

5Que révèle la phrase « revendu le soir, par d'autres mains, au prix fort » ?
Voir la réponse

Réponse A : que le refus du cacao est une escroquerie. L'implicite montre que le cacao « mauvais » était en réalité bon et rentable.

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