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Géographie · 12e SM

Leçon 13 sur 31

L'agriculture extensive traditionnelle

Je sais décrire la culture itinérante sur brûlis et la culture sur jachère, expliquer pourquoi elles conviennent aux régions peu peuplées et montrer pourquoi elles entrent en crise quand la population augmente.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir l'agriculture extensive traditionnelle, le brûlis, la jachère et la culture itinérante
  • Décrire les étapes du cycle de la culture sur brûlis
  • Localiser ce système en Guinée et dans le monde
  • Calculer la surface nécessaire à une famille selon la durée de la jachère
  • Expliquer les avantages, les limites et la crise de ce système

Avant de commencer : La leçon « Les activités agricoles dans les pays sous-développés » (extensif, intensif, rendement).

1Je découvre

En Guinée forestière, près de Guéckédou, Fatoumata accompagne sa famille au début de la saison sèche. Les hommes abattent les arbustes et coupent les branches d'une parcelle de brousse qui n'a pas été cultivée depuis une douzaine d'années. Quelques semaines plus tard, juste avant les pluies, on met le feu aux branches sèches. Une épaisse fumée monte au-dessus de la colline. Après le passage du feu, le sol est couvert de cendres. Aux premières pluies, les femmes sèment le riz de coteau à la volée et l'enfouissent à la houe.

Le grand-père explique qu'on cultivera ce champ un ou deux ans, puis qu'on le laissera « se reposer » longtemps, et qu'on ira défricher ailleurs. « Autrefois, dit-il, on attendait vingt ans avant de revenir. Aujourd'hui, nous sommes plus nombreux, on revient au bout de sept ou huit ans, et le riz pousse moins bien. »

Fatoumata se demande pourquoi on brûle la brousse, pourquoi on abandonne les champs, et pourquoi ce système marche moins bien qu'avant.

Qu'est-ce que l'agriculture extensive traditionnelle, comment fonctionne-t-elle et pourquoi est-elle aujourd'hui en crise ?

2Je comprends

1. Définition

L'agriculture extensive traditionnelle est une agriculture qui utilise de grandes surfaces, avec des outils simples et peu de travail par hectare, sans engrais ni irrigation. La fertilité du sol est reconstituée non par la fumure, mais par une longue période de repos de la terre : la jachère. Ses rendements sont faibles.

On en distingue deux formes principales :

  • la culture itinérante sur brûlis, surtout dans les régions forestières ;
  • la culture sur jachère des savanes, où les champs tournent autour de villages fixes.

2. La culture itinérante sur brûlis

La culture sur brûlis consiste à défricher une parcelle de forêt ou de brousse, à brûler la végétation abattue, puis à cultiver sur les cendres pendant un à trois ans. Quand le sol s'épuise et que les mauvaises herbes envahissent le champ, on l'abandonne à une longue jachère et on défriche une autre parcelle. Les champs se déplacent : c'est pourquoi on parle de culture itinérante.

DéfrichementBrûlisSemis etrécolteAbandonLonguejachère
Le cycle de la culture itinérante sur brûlis : la forêt ou la brousse repousse pendant la jachère, puis on peut défricher à nouveau.

Les étapes :

  1. Le défrichement (en saison sèche) : on coupe les arbustes et les branches à la hache et au coupe-coupe ; on laisse souvent les grands arbres ou les souches.
  2. Le brûlis (à la fin de la saison sèche) : on met le feu à la végétation séchée. Les cendres apportent des éléments minéraux (potasse) qui fertilisent le sol pour un temps ; le feu détruit aussi les mauvaises herbes et une partie des parasites.
  3. Les semis (aux premières pluies) : on sème sans labour profond, souvent en association de plusieurs plantes sur la même parcelle (riz, maïs, manioc, courges, légumes), ce qui protège le sol et étale les récoltes.
  4. Les récoltes, puis une deuxième saison de culture, souvent avec une plante moins exigeante (manioc, arachide).
  5. L'abandon et la jachère : la végétation repousse, les feuilles et les racines reconstituent peu à peu l'humus du sol. Autrefois, la jachère pouvait durer dix à vingt ans ou plus.

On parle de nomadisme agricole quand c'est le village entier qui se déplace pour suivre les nouveaux défrichements ; dans la plupart des cas actuels, le village est fixe et seuls les champs se déplacent.

Où ? Dans les grandes régions forestières et de savanes boisées peu peuplées :

  • en Guinée forestière (riz de coteau des Kissi, des Kpèlè, des Loma, par exemple), dans certaines parties de la Basse et de la Moyenne-Guinée ;
  • dans la forêt du bassin du Congo, en Amazonie, en Asie du Sud-Est. Les manuels citent des noms locaux : le « ray » en Asie du Sud-Est continentale, le « ladang » en Indonésie, la « milpa » en Amérique centrale.

3. La culture sur jachère dans les savanes

Dans les savanes de Haute-Guinée ou du Sahel, les villages sont fixes. Autour, on distingue souvent :

  • les champs de case, près des habitations, cultivés tous les ans grâce aux ordures ménagères et au fumier ;
  • les champs de brousse, plus éloignés, cultivés quelques années puis laissés en jachère.

Les paysans pratiquent des rotations : par exemple une céréale (mil, sorgho, maïs, riz pluvial) puis une légumineuse (arachide, niébé), qui enrichit le sol en azote, avant la jachère. Les feux de brousse sont utilisés pour nettoyer les champs et renouveler les pâturages.

4. Pourquoi ce système a-t-il longtemps fonctionné ?

L'agriculture extensive est adaptée à certaines conditions :

  • une faible densité de population, donc beaucoup de terres disponibles ;
  • des sols tropicaux fragiles, vite épuisés, que la jachère permet de régénérer ;
  • l'absence d'engrais et d'outils perfectionnés ;
  • une production destinée surtout à l'autoconsommation.

Tant que la jachère est longue, le système est durable : la forêt ou la brousse a le temps de se reconstituer.

Exemple

Surface nécessaire à une famille (données d'exercice) :

Une famille de 8 personnes cultive 2 ha chaque année. Chaque parcelle est cultivée 2 ans, puis laissée 14 ans en jachère.

Cycle complet d'une parcelle : 2 + 14 = 16 ans, dont 2 ans de culture.

À tout moment, seules 2 années sur 16 sont cultivées, donc la surface totale nécessaire est : 2 ha × 16 ÷ 2 = 16 ha.

Densité supportable : 8 personnes pour 16 ha, soit 0,5 personne par hectare = 50 personnes par km² (1 km² = 100 ha).

Si la population double, il faudrait 32 ha pour deux familles ; s'il n'y a que 16 ha, on doit réduire la jachère à 6 ans (2 ans de culture + 6 ans de jachère = 8 ans ; 2 ha × 8 ÷ 2 = 8 ha par famille). La terre n'a plus le temps de se régénérer.

Méthode

Pour calculer la surface nécessaire en culture sur jachère :

  1. Je relève la surface cultivée chaque année, la durée de culture et la durée de jachère.
  2. Je calcule la durée du cycle complet : culture + jachère.
  3. Surface totale = surface cultivée par an × durée du cycle ÷ durée de culture.
  4. J'en déduis, si on me le demande, la densité supportable (habitants ÷ surface, en convertissant les hectares en km²).
  5. J'interprète : plus la jachère est longue, plus il faut de terre, donc plus la densité doit être faible.

5. Les limites et la crise du système

Les limites :

  • des rendements faibles et une production souvent tout juste suffisante ;
  • un travail pénible (défrichement à la main) ;
  • beaucoup d'espace consommé pour peu de production.

La crise actuelle. Avec la croissance démographique, l'extension des plantations et des mines, les terres disponibles diminuent. Les paysans raccourcissent la jachère. Conséquences :

  • le sol n'a plus le temps de se régénérer : baisse des rendements ;
  • déforestation et recul de la forêt primaire (en Guinée forestière comme sur les pentes du Fouta-Djallon) ;
  • érosion des sols sur les pentes, envasement des cours d'eau ;
  • feux de brousse mal maîtrisés, qui détruisent la végétation et parfois les villages ;
  • appauvrissement des paysans, qui peut pousser à l'exode rural.
  1. 1Croissance de la population et besoin de nouvelles terres
  2. 2Raccourcissement de la durée de la jachère
  3. 3Le sol n'a plus le temps de se reconstituer
  4. 4Baisse des rendements, déforestation et érosion
  5. 5Pauvreté rurale et départ des jeunes
La crise de l'agriculture extensive traditionnelle.

6. Quelles solutions ?

  • Intensifier : utiliser la fumure (fumier, compost), les légumineuses, l'agroforesterie (garder des arbres utiles dans les champs) ;
  • aménager les bas-fonds pour y cultiver le riz irrigué chaque année au lieu de défricher les coteaux ;
  • lutter contre les feux de brousse (pare-feu, feux précoces contrôlés) ;
  • reboiser et protéger les forêts classées et les têtes de source ;
  • former les paysans et diffuser des semences adaptées.

3Je retiens

Je retiens

Agriculture extensive traditionnelle : grandes surfaces, outils simples, pas d'engrais, fertilité reconstituée par une longue jachère, rendements faibles.

Culture itinérante sur brûlis : défrichement, brûlis (les cendres fertilisent), semis souvent associés, 1 à 3 ans de culture, abandon, longue jachère.

Elle se pratique dans les régions forestières peu peuplées (Guinée forestière, bassin du Congo, Amazonie, Asie du Sud-Est).

Dans les savanes : villages fixes, champs de case fumés et champs de brousse en jachère, rotations céréales-légumineuses.

Ce système ne fonctionne que si la densité est faible et la jachère longue.

Crise : croissance démographique, jachère raccourcie, baisse des rendements, déforestation, érosion, feux de brousse.

Solutions : fumure, agroforesterie, aménagement des bas-fonds, lutte contre les feux, reboisement.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que le brûlis sert seulement à « nettoyer » : les cendres apportent des éléments minéraux qui fertilisent le sol pour un temps.
  • Confondre culture itinérante et nomadisme agricole : dans la culture itinérante, ce sont les champs qui se déplacent ; dans le nomadisme agricole, c'est tout le village.
  • Juger ce système comme « primitif » : il est adapté aux faibles densités et aux sols fragiles ; c'est la hausse de la population qui le met en crise.
  • Oublier que la jachère fait partie du système : sans jachère longue, il n'est plus durable.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis : jachère, brûlis, culture itinérante.

b) Cite dans l'ordre les étapes de la culture sur brûlis.

c) Pourquoi dit-on que ce système est adapté aux faibles densités ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) La jachère est le repos d'une terre cultivée, laissée sans culture pendant plusieurs années pour que sa fertilité se reconstitue. Le brûlis consiste à brûler la végétation abattue pour dégager le terrain et fertiliser le sol avec les cendres. La culture itinérante est un système où les champs se déplacent : on cultive une parcelle quelques années, puis on l'abandonne pour en défricher une autre.

b) Défrichement, brûlis, semis, récoltes (un à trois ans), abandon et longue jachère, puis nouveau défrichement.

c) Parce qu'il faut beaucoup de terre : chaque année, on ne cultive qu'une petite partie de l'espace, le reste étant en jachère. Il faut donc peu d'habitants par kilomètre carré pour que la jachère reste longue.

2Exercice 2

(Calcul) Une famille cultive 1,5 ha par an. Chaque parcelle est cultivée 3 ans puis laissée 12 ans en jachère. (Données d'exercice.)

a) Calcule la durée du cycle et la surface totale nécessaire à la famille.

b) Si la jachère est réduite à 6 ans, quelle surface suffit ? Quelle conséquence pour le sol ?

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a) Cycle = 3 + 12 = 15 ans. Surface totale = 1,5 × 15 ÷ 3 = 7,5 ha.

b) Nouveau cycle = 3 + 6 = 9 ans. Surface = 1,5 × 9 ÷ 3 = 4,5 ha. La terre se repose deux fois moins longtemps : la végétation et l'humus n'ont pas le temps de se reconstituer, les rendements baissent et l'érosion augmente.

3Exercice 3

(Analyse de texte) Relis la partie « Je découvre ».

a) Relève les étapes du système décrit.

b) Quel changement le grand-père signale-t-il ? Quelle en est la cause ? Quelle en est la conséquence ?

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a) Défrichement de la brousse en saison sèche, brûlis avant les pluies, semis du riz de coteau à la volée aux premières pluies, culture pendant un ou deux ans, puis abandon et jachère, et défrichement ailleurs.

b) La durée de la jachère a été réduite (de vingt ans à sept ou huit ans). La cause est l'augmentation de la population, qui a besoin de plus de terres. La conséquence est la baisse des rendements : le riz pousse moins bien.

4Exercice 4

(Réflexion) Explique pourquoi l'aménagement des bas-fonds peut aider à protéger les forêts de Guinée forestière.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Dans les bas-fonds aménagés (avec des diguettes et des canaux qui contrôlent l'eau), on peut cultiver le riz chaque année sur la même parcelle, avec de meilleurs rendements qu'en culture de coteau. Les paysans ont donc moins besoin de défricher de nouvelles parcelles de forêt sur les pentes. L'aménagement des bas-fonds réduit ainsi la déforestation et l'érosion.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) En une quinzaine de lignes, décris l'agriculture itinérante sur brûlis en Guinée forestière, puis explique sa crise actuelle. Plan : introduction ; 1. les techniques ; 2. un système adapté aux faibles densités ; 3. la crise et les solutions ; conclusion.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de rédaction :

En Guinée forestière, beaucoup de paysans pratiquent encore la culture itinérante sur brûlis, une forme d'agriculture extensive traditionnelle.

En saison sèche, ils défrichent une parcelle de brousse ou de forêt secondaire, puis brûlent la végétation avant les pluies. Les cendres fertilisent le sol. Aux premières pluies, ils sèment le riz de coteau, souvent associé au maïs, au manioc et aux légumes. Après un à trois ans, le champ est abandonné à la jachère et l'on défriche ailleurs.

Ce système a longtemps été adapté : la population était peu nombreuse, la terre abondante, et la jachère, longue de dix à vingt ans, permettait à la forêt de se reconstituer.

Aujourd'hui, il est en crise : avec la croissance de la population, la jachère est raccourcie, les rendements baissent, la forêt recule, les pentes s'érodent et les feux de brousse se multiplient. Pour y remédier, on peut aménager les bas-fonds, utiliser la fumure et l'agroforesterie, et lutter contre les feux.

Ainsi, la culture sur brûlis doit évoluer vers une agriculture plus intensive pour nourrir une population en hausse tout en préservant la forêt.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Dans la culture sur brûlis, les cendres servent à :
Voir la réponse

Réponse A : fertiliser le sol pour un temps. Elles apportent des éléments minéraux aux cultures.

2La jachère est :
Voir la réponse

Réponse B : une période de repos de la terre. Pendant la jachère, la végétation repousse et le sol se régénère.

3L'agriculture extensive traditionnelle convient surtout aux régions :
Voir la réponse

Réponse B : peu peuplées, où la terre est abondante. Elle consomme beaucoup d'espace.

4Quelle est la principale cause de la crise de la culture sur brûlis ?
Voir la réponse

Réponse A : la croissance démographique qui oblige à raccourcir la jachère. Moins de terre par famille signifie des jachères plus courtes et des sols épuisés.

5Une famille cultive 2 ha par an ; chaque parcelle est cultivée 2 ans puis laissée 8 ans en jachère. Quelle surface totale lui faut-il ?
Voir la réponse

Réponse B : 10 ha. Cycle de 10 ans dont 2 de culture : 2 × 10 ÷ 2 = 10 ha.

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