Aller au contenu
Géographie · 12e SS

Leçon 14 sur 31

L'agriculture traditionnelle intensive

Je sais expliquer comment des paysans, avec des techniques traditionnelles, parviennent à cultiver la même terre chaque année avec de bons rendements, et pourquoi ce système apparaît dans les régions densément peuplées.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir l'agriculture traditionnelle intensive
  • Expliquer les conditions de son apparition (fortes densités, espace limité)
  • Décrire ses techniques (fumure, association agriculture-élevage, irrigation, terrasses, rotations)
  • Présenter des exemples en Afrique, en Guinée et en Asie
  • Comparer agriculture extensive et intensive traditionnelles

Avant de commencer : Les leçons « Les activités agricoles dans les pays sous-développés » et « L'agriculture extensive traditionnelle ».

1Je découvre

À Pita, dans le Fouta-Djallon, Aïssatou aide sa grand-mère dans la tapade, le jardin clôturé qui entoure la case. Chaque matin, on y verse les cendres du foyer, les épluchures, le fumier des chèvres et des vaches rentrées pour la nuit. Sur ce petit terrain, la grand-mère cultive chaque année, sans jamais le laisser en jachère, du maïs, du manioc, du taro, des patates douces, des arachides, des gombos, des piments, à l'ombre de manguiers, d'orangers et d'avocatiers.

Pourtant, plus loin, sur les champs de brousse du plateau, les sols sont pauvres et durs, et les récoltes sont maigres ; on doit les laisser reposer plusieurs années.

Aïssatou est étonnée : comment ce petit jardin peut-il produire autant, année après année, alors que les grands champs s'épuisent ? Son professeur lui explique qu'il existe, en Afrique et en Asie, des paysanneries qui ont appris depuis des siècles à cultiver intensément la même terre, sans machines ni engrais chimiques.

Qu'est-ce que l'agriculture traditionnelle intensive, pourquoi est-elle apparue et quelles techniques utilise-t-elle ?

2Je comprends

1. Définition

L'agriculture traditionnelle intensive est une agriculture qui, avec des outils traditionnels (houe, bêche, faucille) et sans machines, obtient des rendements élevés sur des surfaces réduites, en cultivant la même terre chaque année, parfois plusieurs fois par an. Elle y parvient grâce à un travail très important et à des techniques qui entretiennent la fertilité du sol : fumure, association de l'agriculture et de l'élevage, irrigation, terrasses, rotations et cultures associées.

Elle s'oppose à l'agriculture extensive traditionnelle, qui compte sur la jachère longue pour régénérer le sol.

Agriculture extensive traditionnelle
  • Grandes surfaces, terre abondante
  • Faibles densités de population
  • Fertilité par la jachère longue
  • Culture 1 à 3 ans puis abandon
  • Peu de travail par hectare
  • Rendements faibles
Agriculture intensive traditionnelle
  • Petites surfaces, terre rare
  • Fortes densités de population
  • Fertilité par la fumure, l'irrigation, les rotations
  • Culture chaque année, parfois plusieurs récoltes
  • Énormément de travail par hectare
  • Rendements élevés
Deux façons traditionnelles de cultiver la terre.

2. Pourquoi ce système est-il apparu ?

L'agriculture intensive traditionnelle apparaît là où la terre est rare par rapport au nombre d'habitants :

  • dans les régions à fortes densités de population, où l'on ne peut plus pratiquer de longues jachères ;
  • dans des montagnes refuges, où des peuples se sont installés autrefois pour échapper aux guerres, aux razzias ou à la traite, sur un espace limité (Kabyè du nord du Togo, Dogon du Mali) ;
  • dans des milieux où il faut maîtriser l'eau : deltas, plaines inondables, mangroves, zones de mousson (Asie, littoral guinéen).

La nécessité a donc poussé ces paysans à produire plus sur moins de terre, en investissant beaucoup de travail et de savoir-faire.

3. Les techniques de l'intensification

La fumure. On enrichit le sol avec des matières organiques : fumier du bétail, ordures ménagères, cendres, compost, feuilles, déchets de récolte. C'est la technique centrale des tapades du Fouta-Djallon.

L'association agriculture-élevage. Le bétail pâture les chaumes et les jachères courtes et, en échange, laisse son fumier. Les animaux sont parqués la nuit sur les champs à fertiliser. Cette association est typique des Sérère du Sénégal.

Les arbres utiles. On garde ou on plante dans les champs des arbres qui fertilisent le sol, nourrissent les hommes et le bétail et protègent de l'érosion : c'est un parc arboré (par exemple les Faidherbia albida en pays sérère, les arbres fruitiers dans les tapades).

La maîtrise de l'eau. On construit des diguettes, des canaux, des billons pour irriguer, drainer ou dessaler les terres : riziculture de mangrove des Baga, rizières irriguées d'Asie des moussons.

Les terrasses. Sur les pentes, on construit des murets de pierre et des terrasses qui retiennent la terre et l'eau (Kabyè, Dogon, rizières en terrasses d'Asie).

Les rotations et les cultures associées. On fait alterner des cultures différentes sur une même parcelle (une céréale puis une légumineuse qui enrichit le sol en azote) et on associe plusieurs plantes sur le même champ.

Le travail soigné. Labour profond à la houe ou à la bêche, repiquage du riz, sarclages répétés, entretien permanent des aménagements.

  1. 1Fortes densités : la terre est rare
  2. 2Impossible de laisser de longues jachères
  3. 3Il faut entretenir la fertilité autrement : fumure, élevage, arbres, eau, terrasses
  4. 4Beaucoup de travail et de savoir-faire par hectare
  5. 5La même terre est cultivée chaque année avec de bons rendements
La logique de l'agriculture traditionnelle intensive.

4. Des exemples dans le monde

Peuple ou régionPaysTechnique principale
SérèreSénégal (Sine-Saloum)association agriculture-élevage, parc arboré, rotations
BagaGuinée (littoral)riziculture de mangrove sur billons, diguettes
Tapades peulesGuinée (Fouta-Djallon)jardins de case fumés, cultures associées, arbres fruitiers
KabyèTogo (nord)terrasses de montagne, fumure
BamilékéCameroun (hautes terres de l'Ouest)champs entourés de haies, cultures associées, fumure
DogonMali (falaise de Bandiagara)terrasses, jardins irrigués
RiziculteursAsie des moussonsrizières irriguées, repiquage, deux récoltes ou plus par an

Les leçons suivantes étudient en détail deux exemples : l'agriculture sérère et la riziculture en pays baga.

Exemple

Comparer les rendements (données d'exercice) :

Un paysan de savane cultive en extensif 3 ha de mil et récolte 1,8 t. Un paysan d'une région intensive cultive 1 ha fumé et récolte 1,5 t.

Rendement extensif : 1,8 ÷ 3 = 0,6 t/ha. Rendement intensif : 1,5 ÷ 1 = 1,5 t/ha.

Le rendement intensif est 1,5 ÷ 0,6 = 2,5 fois plus élevé. Mais le premier paysan a besoin d'une réserve de terres en jachère, alors que le second cultive la même parcelle chaque année : sur un territoire limité, le système intensif peut nourrir beaucoup plus de monde.

5. Forces et limites

Forces :

  • des rendements élevés et une production régulière ;
  • la conservation des sols (terrasses, arbres, fumure) : un système durable ;
  • la capacité à nourrir des densités élevées ;
  • des savoirs paysans remarquables, transmis de génération en génération.

Limites :

  • un travail très pénible et une forte demande de main-d'œuvre ;
  • des surfaces trop petites quand la population continue d'augmenter : les exploitations se morcellent ;
  • une production surtout vivrière, qui dégage peu de revenus monétaires ;
  • une fragilité face à l'exode rural (manque de bras pour entretenir les aménagements), aux sécheresses et à la concurrence des cultures commerciales.

Exemple

Question : « Montre que la tapade du Fouta-Djallon est un exemple d'agriculture traditionnelle intensive. »

Réponse : La tapade est un petit jardin clôturé autour de la case, cultivé surtout par les femmes. Elle est cultivée chaque année, sans jachère, et produit de nombreuses plantes associées (maïs, manioc, taro, arachide, légumes) sous des arbres fruitiers. Sa fertilité est entretenue par une fumure permanente : ordures ménagères, cendres, fumier du bétail rentré la nuit. Elle demande beaucoup de travail mais donne de bons rendements sur une petite surface, alors que les champs de brousse voisins, sans fumure, doivent être laissés en jachère. On retrouve bien tous les caractères de l'agriculture traditionnelle intensive.

Méthode

Pour présenter un exemple d'agriculture traditionnelle intensive :

  1. Je localise le peuple ou la région et je décris le milieu.
  2. J'explique pourquoi la terre est rare (densité, relief, histoire).
  3. Je décris les techniques qui entretiennent la fertilité (fumure, élevage, eau, terrasses, rotations, arbres).
  4. Je donne les résultats (culture annuelle, rendements, densités nourries).
  5. Je termine par les limites et les évolutions actuelles.

3Je retiens

Je retiens

Agriculture traditionnelle intensive : outils traditionnels, petites surfaces cultivées chaque année, beaucoup de travail, rendements élevés.

Elle apparaît là où la terre est rare : fortes densités, montagnes refuges, milieux où il faut maîtriser l'eau.

Techniques : fumure (fumier, ordures, cendres, compost), association agriculture-élevage, arbres utiles, maîtrise de l'eau, terrasses, rotations, cultures associées, repiquage.

Exemples : Sérère (Sénégal), Baga et tapades du Fouta-Djallon (Guinée), Kabyè (Togo), Bamiléké (Cameroun), Dogon (Mali), riziculture d'Asie des moussons.

Forces : rendements élevés, système durable, fortes densités nourries. Limites : travail pénible, morcellement, faibles revenus monétaires, fragilité face à l'exode rural.

4Erreurs fréquentes

  • Croire qu'« intensif » signifie « moderne » : on peut être intensif avec une houe, grâce au travail et au savoir-faire.
  • Oublier la cause principale : c'est la rareté de la terre (fortes densités) qui explique l'intensification.
  • Citer des techniques sans expliquer leur rôle : la fumure, les terrasses ou les diguettes servent toutes à conserver la fertilité ou l'eau.
  • Confondre tapade et champ de brousse : la tapade est fumée et cultivée chaque année ; le champ de brousse est mis en jachère.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis l'agriculture traditionnelle intensive.

b) Cite quatre techniques d'intensification et explique le rôle de chacune.

c) Cite trois peuples africains qui pratiquent ce type d'agriculture et leur pays.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) C'est une agriculture qui, avec des outils traditionnels, cultive chaque année de petites surfaces et obtient des rendements élevés grâce à un travail très important et à des techniques qui entretiennent la fertilité du sol.

b) La fumure (fumier, ordures, cendres) enrichit le sol en matières organiques ; l'association agriculture-élevage fournit du fumier sur les champs ; les terrasses retiennent la terre et l'eau sur les pentes ; l'irrigation et les diguettes apportent ou contrôlent l'eau ; les rotations avec des légumineuses enrichissent le sol en azote (quatre suffisent).

c) Les Sérère (Sénégal), les Baga (Guinée), les Kabyè (Togo), les Bamiléké (Cameroun), les Dogon (Mali) (trois suffisent).

2Exercice 2

(Calcul) Dans un village, une famille cultive en extensif 4 ha de fonio et récolte 2 t ; une autre cultive une tapade de 0,25 ha fumée et y récolte l'équivalent de 0,5 t de maïs. (Données d'exercice.)

a) Calcule le rendement de chaque parcelle en t/ha.

b) Combien de fois le rendement de la tapade est-il supérieur ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Fonio en extensif : 2 ÷ 4 = 0,5 t/ha. Tapade : 0,5 ÷ 0,25 = 2 t/ha.

b) 2 ÷ 0,5 = 4 : le rendement de la tapade est quatre fois supérieur.

3Exercice 3

(Tableau) Recopie et complète le tableau comparant les deux agricultures traditionnelles : surfaces ; densités ; fertilité ; durée de culture ; travail ; rendements.

Voir le corrigéCacher le corrigé
CritèreExtensive traditionnelleIntensive traditionnelle
Surfacesgrandespetites
Densitésfaiblesfortes
Fertilitéjachère longuefumure, élevage, eau, terrasses, rotations
Durée de culture1 à 3 ans puis abandonchaque année
Travailpeu par hectareénorme par hectare
Rendementsfaiblesélevés

4Exercice 4

(Réflexion) Pourquoi l'exode rural menace-t-il particulièrement l'agriculture traditionnelle intensive ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

Ce système repose sur un travail très important : il faut transporter le fumier, entretenir les terrasses, les diguettes et les billons, repiquer et sarcler. Quand les jeunes partent en ville ou dans les mines, les bras manquent : les aménagements ne sont plus entretenus, certaines parcelles sont abandonnées et les rendements baissent. L'exode rural menace donc directement la survie de ce système.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) En une douzaine de lignes, explique pourquoi et comment certaines paysanneries africaines pratiquent une agriculture intensive sans machines. Plan : introduction ; 1. les causes ; 2. les techniques, avec des exemples ; 3. les limites ; conclusion.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Exemple de rédaction :

Contrairement à une idée reçue, toute l'agriculture traditionnelle africaine n'est pas extensive : certaines paysanneries pratiquent depuis longtemps une agriculture intensive sans machines.

Cette intensification s'explique par la rareté de la terre : fortes densités de population, montagnes refuges où des peuples se sont installés pour se protéger, ou milieux difficiles comme les mangroves, où il faut maîtriser l'eau.

Pour cultiver la même terre chaque année, ces paysans utilisent des techniques efficaces : fumure avec le fumier, les ordures et les cendres (tapades du Fouta-Djallon), association de l'agriculture et de l'élevage et arbres fertilisants (Sérère du Sénégal), diguettes et billons pour dessaler les rizières (Baga de Guinée), terrasses sur les pentes (Kabyè du Togo).

Ce système a cependant des limites : il exige un travail très pénible, les parcelles se morcellent quand la population augmente, et l'exode rural prive les villages de main-d'œuvre.

Ainsi, l'agriculture traditionnelle intensive montre le savoir-faire des paysans africains, mais elle doit être soutenue pour continuer à nourrir des populations nombreuses.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1L'agriculture traditionnelle intensive apparaît surtout :
Voir la réponse

Réponse B : là où la terre est rare par rapport à la population. La rareté de la terre oblige à produire plus sur moins d'espace.

2Laquelle n'est PAS une technique d'intensification traditionnelle ?
Voir la réponse

Réponse C : la longue jachère. La longue jachère caractérise l'agriculture extensive.

3Les tapades du Fouta-Djallon sont :
Voir la réponse

Réponse A : des jardins de case enclos, fumés et cultivés chaque année. Leur fertilité est entretenue par les ordures ménagères, les cendres et le fumier.

4Les Kabyè du Togo sont connus pour :
Voir la réponse

Réponse B : leurs cultures en terrasses de montagne. Les terrasses retiennent la terre et l'eau sur les pentes.

5Quelle est la principale limite de ce système ?
Voir la réponse

Réponse B : un travail très pénible qui exige beaucoup de main-d'œuvre. Il repose sur un énorme travail humain, menacé par l'exode rural.

Tu as fini la leçon ?

Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.

Karamö
Un point pas clair ? Dis-moi ce qui te bloque dans cette leçon : je t’explique autrement, pas à pas. Demander à Karamö

Toutes les leçons de Géographie · 12e SS

Demander à Karamö