Leçon 52 sur 68
Le jeu de la lutte chez les Diolas
Je sais lire et expliquer le récit d'un combat de lutte traditionnelle, repérer les étapes d'une action, les verbes d'action au passé simple et les procédés qui donnent de la vitesse au récit.
- 50 min
- 6 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Situer le peuple diola et comprendre la place de la lutte dans les fêtes traditionnelles
- Repérer les étapes d'un récit d'action et le champ lexical du combat
- Expliquer l'effet des verbes d'action, des phrases courtes et de la juxtaposition
- Raconter à mon tour une compétition sportive de façon vivante
Avant de commencer : Le passé simple et l'imparfait ; les étapes du récit ; le champ lexical
1Je découvre
Après les récoltes, à Tougué, les jeunes du village organisent chaque année des jeux sur la grande place. Cette année, Alpha a été choisi pour lutter contre le champion du village voisin. Toute la semaine, il s'est entraîné avec ses camarades au bord du fleuve.
Le jour venu, la place est noire de monde. Les tambours résonnent, les jeunes filles chantent le nom des lutteurs, les anciens se sont assis au premier rang. Alpha et son adversaire tournent l'un autour de l'autre, se saisissent, se repoussent. Soudain, Alpha glisse la jambe, soulève son adversaire et le couche sur le dos. La foule explose de joie. Mais le vainqueur aide aussitôt le vaincu à se relever, et les deux jeunes gens se serrent la main.
Dans beaucoup de régions d'Afrique de l'Ouest, la lutte est plus qu'un sport : c'est une fête et une école de courage.
Comment la lutte se déroule-t-elle chez les Diolas, et comment un écrivain peut-il raconter un combat pour que le lecteur ait l'impression d'y assister ? C'est ce que nous allons découvrir.
2Je comprends
1. Situer le sujet
Les Diolas (on écrit aussi Jola) sont un peuple d'Afrique de l'Ouest qui vit surtout en Basse-Casamance, au sud du Sénégal, ainsi qu'en Gambie et en Guinée-Bissau, pays voisins de la Guinée. Ce sont de grands riziculteurs : ils cultivent le riz dans des rizières inondées.
Chez les Diolas, comme chez de nombreux peuples d'Afrique de l'Ouest, la lutte traditionnelle occupe une place importante. Elle a lieu surtout pendant la saison sèche, après les récoltes, lors de fêtes qui réunissent plusieurs villages. Elle s'accompagne de tambours, de chants et de danses. Pour les jeunes gens, c'est une occasion de montrer leur force, leur adresse et leur courage devant toute la communauté. La règle générale est simple : celui qui met son adversaire à terre est vainqueur.
| Mot ou expression | Sens |
|---|---|
| un lutteur | celui qui pratique la lutte |
| l'arène | l'espace où se déroule le combat |
| l'adversaire | celui contre qui on lutte |
| empoigner | saisir fortement avec la main |
| esquiver | éviter un coup ou une prise par un mouvement rapide |
| une prise | une façon de saisir l'adversaire pour le faire tomber |
| terrasser | jeter à terre, vaincre |
| acclamer | saluer par des cris d'enthousiasme |
| le vaincu / le vainqueur | celui qui a perdu / celui qui a gagné |
2. Le texte
Texte écrit pour cette leçon.
> Le grand combat
>
> [1] La saison des récoltes était finie, et les greniers débordaient de riz. Ce jour-là, tous les villages de la rive s'étaient donné rendez-vous sur la grande place, à l'ombre des fromagers. Les tambours battaient depuis le matin. Les jeunes filles, parées de perles, chantaient les louanges des lutteurs de leur village.
>
> [2] Quand le soleil commença à décliner, deux jeunes gens s'avancèrent dans l'arène. L'un, Diatta, était grand et mince ; l'autre, Sagna, plus petit, avait des épaules larges comme un tronc de rônier. Ils se saluèrent, frappèrent le sol de la main, puis se mirent en garde. Un silence tomba sur la foule.
>
> [3] Soudain, Sagna bondit. Diatta esquiva, tourna, saisit son adversaire à la taille. Les deux corps se heurtèrent, se collèrent, se repoussèrent. Le sable volait sous leurs pieds. Sagna poussait, Diatta résistait. Les tambours accéléraient. La foule hurlait. Une fois, deux fois, Diatta faillit tomber, mais il se redressa comme un roseau après le vent.
>
> [4] Tout à coup, il glissa la jambe derrière celle de Sagna, le souleva d'un seul élan et le renversa sur le dos. C'était fini.
>
> [5] Une immense clameur s'éleva. Les jeunes filles se précipitèrent vers le vainqueur en chantant, les anciens hochaient la tête avec fierté. Mais Diatta, avant de se laisser porter en triomphe, tendit la main à Sagna et l'aida à se relever. Les deux lutteurs sortirent de l'arène côte à côte, sous les acclamations des deux villages réunis.
3. L'idée générale et le plan
Idée générale : le narrateur raconte un combat de lutte entre deux jeunes Diolas lors de la fête des récoltes : après un affrontement acharné, Diatta terrasse Sagna, puis l'aide à se relever, ce qui montre que la lutte est aussi une école de respect.
Ce texte est un récit. Il suit le schéma narratif : une situation initiale, un élément qui déclenche l'action, des péripéties, un dénouement et une situation finale.
- 1Situation initiale (§1) : la fête après les récoltes, les tambours, les chants
- 2Élément déclencheur (§2) : les deux lutteurs entrent dans l'arène
- 3Péripéties (§3) : le combat, les attaques, Diatta faillit tomber
- 4Dénouement (§4) : Diatta renverse Sagna
- 5Situation finale (§5) : la joie de la foule et le geste de respect du vainqueur
4. L'étude détaillée
Le décor de la fête (§1). L'imparfait et le plus-que-parfait installent le décor : « était finie », « débordaient », « s'étaient donné rendez-vous », « battaient », « chantaient ». Les greniers qui « débordaient de riz » rappellent que la fête suit une bonne récolte. Le texte montre une communauté réunie : « tous les villages de la rive ».
Le portrait des adversaires (§2). Les deux lutteurs sont opposés physiquement : Diatta est « grand et mince », Sagna « plus petit » mais puissant, avec des épaules « larges comme un tronc de rônier » (le rônier est un palmier au tronc épais). Cette opposition crée du suspense : lequel des deux va gagner ? Le rituel du salut (« Ils se saluèrent, frappèrent le sol de la main ») montre que la lutte a ses règles et son respect. Le « silence » de la foule annonce le moment décisif.
Le combat : un récit rapide (§3). Ce paragraphe est le cœur du texte. Plusieurs procédés donnent l'impression de vitesse :
- les verbes d'action au passé simple, nombreux : « bondit », « esquiva », « tourna », « saisit », « se heurtèrent », « se collèrent », « se repoussèrent » ;
- la juxtaposition : les verbes et les propositions sont placés côte à côte, séparés par des virgules, sans mot de liaison : « Diatta esquiva, tourna, saisit son adversaire » ; cela imite l'enchaînement rapide des gestes ;
- les phrases courtes : « Le sable volait sous leurs pieds. », « Les tambours accéléraient. », « La foule hurlait. » ;
- le parallélisme : « Sagna poussait, Diatta résistait » : deux phrases construites de la même façon montrent l'égalité des forces.
Le champ lexical du combat. « lutteurs », « arène », « se mirent en garde », « bondit », « esquiva », « saisit », « se heurtèrent », « poussait », « résistait », « renversa », « vainqueur ». Tous ces mots font vivre l'affrontement.
La comparaison du roseau. Diatta « se redressa comme un roseau après le vent » : le roseau plie mais ne casse pas. L'image montre la souplesse et la résistance du lutteur, qui compense ainsi sa minceur face à la force de Sagna.
Le dénouement (§4). « Tout à coup » annonce le geste décisif. La phrase qui suit est très courte : « C'était fini. » Après l'agitation, cette phrase brève crée un effet de chute : tout s'arrête d'un coup.
Les valeurs de la lutte (§5). La « clameur » et les chants montrent la joie. Mais la dernière phrase contient l'essentiel, introduit par le connecteur d'opposition « Mais » : le vainqueur « tendit la main à Sagna et l'aida à se relever ». La victoire ne rend pas orgueilleux : la lutte enseigne le respect de l'adversaire. Les deux lutteurs sortent « côte à côte », et les deux villages sont « réunis » : le sport rassemble au lieu de diviser.
Exemple
Question : Par quels procédés l'auteur rend-il le combat rapide et vivant au paragraphe 3 ?
Réponse rédigée : L'auteur accumule les verbes d'action au passé simple, comme « bondit », « esquiva », « tourna », « saisit ». Il les juxtapose, séparés par de simples virgules, ce qui imite l'enchaînement rapide des gestes. Il emploie aussi des phrases courtes (« La foule hurlait. ») et un parallélisme (« Sagna poussait, Diatta résistait »). Le lecteur a ainsi l'impression d'assister au combat.
Exemple
Question : Quelle leçon le geste de Diatta à la fin du texte nous donne-t-il ?
Réponse rédigée : À la fin, Diatta « tendit la main à Sagna et l'aida à se relever ». Ce geste montre que le vainqueur respecte son adversaire et ne se moque pas de lui. La lutte n'est donc pas seulement une épreuve de force : c'est aussi une école de respect et de fraternité, qui unit les villages.
Méthode
Pour raconter une action rapide (combat, match, course) :
- J'installe le décor à l'imparfait (lieu, foule, ambiance).
- Je présente les adversaires en les opposant (taille, force, style).
- Je crée une pause juste avant l'action (silence, attente).
- Je raconte l'action au passé simple avec des verbes précis, juxtaposés et des phrases courtes.
- Je marque le moment décisif par « soudain » ou « tout à coup » et une phrase très brève.
- Je termine par la réaction des spectateurs et le sens de l'événement.
Conclusion de l'explication. Ce récit fait vivre un combat de lutte chez les Diolas du début à la fin, grâce au schéma narratif, aux verbes d'action juxtaposés et aux phrases courtes. Mais il montre surtout que la lutte traditionnelle est une fête collective et une école de valeurs : le courage, l'adresse et le respect de l'adversaire.
3Je retiens
Je retiens
Les Diolas vivent surtout en Basse-Casamance (Sénégal), en Gambie et en Guinée-Bissau ; la lutte est au cœur de leurs fêtes après les récoltes.
Un récit suit le schéma narratif : situation initiale, élément déclencheur, péripéties, dénouement, situation finale.
Pour donner de la vitesse : verbes d'action au passé simple, juxtaposition (virgules sans mots de liaison), phrases courtes.
Parallélisme : deux phrases ou groupes construits de la même façon.
La lutte traditionnelle enseigne le courage, l'adresse et le respect de l'adversaire.
4Erreurs fréquentes
- Confondre juxtaposition et coordination : juxtaposer, c'est séparer par une virgule ou un point-virgule ; coordonner, c'est relier par « et, mais, ou, donc, or, ni, car ».
- Mettre les actions du combat à l'imparfait : pour les actions successives et soudaines, on emploie le passé simple.
- Oublier le dernier paragraphe dans l'explication : le geste du vainqueur donne le sens du texte.
- Écrire « il bondi » ou « il saisi » : au passé simple, ces verbes du 2e groupe prennent un t à la 3e personne : « il bondit », « il saisit ».
5Je m’exerce
1Exercice 1
Vocabulaire. Trouve le mot du texte qui correspond à chaque définition.
a) Jeter à terre, vaincre.
b) Éviter un coup par un mouvement rapide.
c) L'espace où se déroule le combat.
d) Grand cri poussé par une foule.
e) Celui qui a gagné.
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a) terrasser (dans le texte : « renversa ») ; b) esquiver (« esquiva ») ; c) l'arène ; d) une clameur ; e) le vainqueur.
2Exercice 2
Compréhension.
a) À quel moment de l'année se déroule la fête ? Justifie.
b) En quoi les deux lutteurs sont-ils différents ?
c) Comment Diatta remporte-t-il le combat ?
d) Que fait-il juste après sa victoire ?
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a) La fête se déroule après les récoltes : « La saison des récoltes était finie, et les greniers débordaient de riz. »
b) Diatta est « grand et mince », tandis que Sagna est « plus petit » mais a des épaules « larges comme un tronc de rônier » : l'un est souple, l'autre est puissant.
c) Diatta glisse la jambe derrière celle de Sagna, le soulève d'un seul élan et le renverse sur le dos.
d) Il tend la main à Sagna et l'aide à se relever, puis ils sortent de l'arène côte à côte.
3Exercice 3
Conjugue au passé simple les verbes entre parenthèses.
Le lutteur (entrer) dans l'arène. Il (saluer) la foule, puis il (saisir) son adversaire. Ils (tomber) ensemble. Les spectateurs (applaudir).
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Le lutteur entra dans l'arène. Il salua la foule, puis il saisit son adversaire. Ils tombèrent ensemble. Les spectateurs applaudirent.
4Exercice 4
Étude du texte.
a) Relève dans le paragraphe 3 une suite de verbes juxtaposés. Quel effet produit-elle ?
b) Relève un parallélisme et explique-le.
c) Explique la comparaison « comme un roseau après le vent ».
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a) « Diatta esquiva, tourna, saisit son adversaire à la taille » (ou : « Les deux corps se heurtèrent, se collèrent, se repoussèrent »). Les verbes sont séparés par des virgules, sans mot de liaison : cette juxtaposition imite la rapidité des mouvements, qui s'enchaînent sans pause.
b) « Sagna poussait, Diatta résistait » : les deux propositions ont la même construction (nom du lutteur + verbe). Ce parallélisme montre l'égalité des forces : chacun s'oppose à l'autre avec la même énergie, et on ne sait pas encore qui va gagner.
c) Le roseau plie sous le vent mais ne se casse pas et se redresse. En comparant Diatta à un roseau, l'auteur montre qu'il est souple et résistant : il manque de tomber mais se relève toujours. Cela explique comment ce lutteur mince peut résister à un adversaire plus fort.
5Exercice 5
Retrouve les cinq étapes du schéma narratif dans le texte en donnant, pour chacune, le numéro du paragraphe et une phrase de résumé.
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Situation initiale (§1) : les villages se réunissent pour la fête après les récoltes.
Élément déclencheur (§2) : Diatta et Sagna entrent dans l'arène et se mettent en garde.
Péripéties (§3) : le combat est acharné ; Diatta faillit tomber deux fois mais se redresse.
Dénouement (§4) : Diatta renverse Sagna sur le dos.
Situation finale (§5) : la foule acclame le vainqueur, qui aide son adversaire à se relever.
6Exercice 6
(Expression écrite) Raconte en dix lignes un match de football ou une course que tu as vus. Utilise le décor à l'imparfait, les actions au passé simple, au moins une suite de verbes juxtaposés, une phrase très courte pour le moment décisif, et termine par une réaction des spectateurs.
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Exemple de réponse :
« Le terrain du quartier était plein. Les supporters des deux équipes chantaient et tapaient sur des bidons. À la dernière minute, le score était toujours de zéro à zéro. Soudain, Ousmane récupéra le ballon au milieu du terrain. Il dribbla un défenseur, accéléra, leva la tête, frappa de toutes ses forces. Le ballon fila sous la barre. But ! Les supporters envahirent le terrain en criant son nom, et même les joueurs adverses vinrent le féliciter. »
Vérification : décor à l'imparfait ; passé simple ; juxtaposition « dribbla…, accéléra, leva la tête, frappa » ; phrase très courte « But ! » ; réaction des spectateurs.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.
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