Leçon 67 sur 68
Le récit : raconter un événement vécu
Je sais raconter à la première personne un événement que j'ai vécu, dans un récit organisé (introduction, développement, conclusion), aux temps du passé, en exprimant mes sentiments.
- 55 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Connaître le schéma du récit (situation initiale, élément déclencheur, péripéties, dénouement, situation finale)
- Employer correctement les temps du récit et les indicateurs de temps
- Exprimer ses sentiments et ses sensations
- Rédiger une rédaction complète à partir d'un sujet d'examen
Avant de commencer : Le récit en 7e (narrateur, personnages, schéma narratif) ; l'imparfait, le passé simple et le passé composé ; la description subjective
1Je découvre
En classe de 8e, à Kissidougou, le professeur de français écrit un sujet au tableau : « Racontez un événement de votre vie qui vous a beaucoup marqué. Dites ce que vous avez ressenti. »
Ibrahima lève aussitôt la main : « Monsieur, je n'ai rien vécu d'extraordinaire ! » Le professeur sourit : « Tu n'as jamais eu peur ? Jamais été fier de toi ? Jamais vécu une fête, un accident, un voyage, une grande pluie ? »
Ibrahima réfléchit. Il se souvient du jour où, pendant la saison des pluies, la rivière a débordé et il a aidé son père à sauver les sacs de riz. Il se souvient aussi de sa peur et de sa fierté. Mais comment transformer ce souvenir en une vraie rédaction, qui ne soit ni une simple liste de faits, ni un texte désordonné ?
Comment raconter un événement vécu de façon organisée et vivante, pour que le lecteur le revive avec nous ?
2Je comprends
1. Qu'est-ce qu'un récit d'événement vécu ?
Un récit raconte une suite d'événements qui se déroulent dans le temps. Quand l'événement a été vécu par celui qui écrit, le récit est rédigé à la première personne : le narrateur (celui qui raconte) est aussi un personnage de l'histoire. On dit que c'est un récit autobiographique.
Le sujet de rédaction demande souvent :
- de raconter un événement précis (une fête, un voyage, un accident, une dispute, un succès, une peur) ;
- d'exprimer ses sentiments (joie, peur, honte, fierté, tristesse) ;
- parfois de tirer une leçon de cette expérience.
2. Le schéma du récit
Un bon récit suit une organisation en cinq étapes, le schéma narratif :
- 1Situation initiale : où, quand, qui ? La vie est calme (imparfait)
- 2Élément déclencheur : soudain, un événement vient tout changer
- 3Péripéties : les actions et les réactions qui s'enchaînent
- 4Dénouement : l'événement qui met fin au problème
- 5Situation finale : comment les choses se terminent ; ce que j'ai ressenti et appris
Pour la rédaction, ces étapes se répartissent en trois parties :
| Partie de la rédaction | Contenu | Longueur |
|---|---|---|
| Introduction | situation initiale : le lieu, le moment, les personnages ; on peut annoncer l'événement | un court paragraphe |
| Développement | élément déclencheur, péripéties, dénouement : l'événement raconté étape par étape, avec les sentiments | plusieurs paragraphes |
| Conclusion | situation finale : la fin de l'histoire, les sentiments après coup, la leçon tirée | un court paragraphe |
3. Les temps du récit
Un récit au passé utilise deux temps principaux, qui ont chacun un rôle :
| Temps | Rôle | Exemple |
|---|---|---|
| passé simple ou passé composé | les actions principales, soudaines, qui font avancer l'histoire (premier plan) | « Soudain, la rivière déborda » / « la rivière a débordé » |
| imparfait | le décor, la description, les habitudes, les actions en cours (arrière-plan) | « Il pleuvait depuis trois jours. » |
Règle importante : on choisit soit le passé simple, soit le passé composé pour les actions, et on le garde du début à la fin. Le passé composé est plus proche de la langue parlée et convient bien au récit personnel ; le passé simple donne un style plus littéraire. L'imparfait accompagne toujours l'un ou l'autre.
Rappel du passé simple à la première personne : je fus, j'eus, je courus, je pris, je vis, je criai, nous courûmes, nous arrivâmes.
4. Les indicateurs de temps
Ils rendent l'ordre des événements clair :
- pour commencer : ce jour-là, l'année dernière, un samedi matin, pendant les vacances ;
- pour l'élément déclencheur : soudain, tout à coup, brusquement, à ce moment-là ;
- pour enchaîner : d'abord, puis, ensuite, alors, aussitôt, quelques minutes plus tard, pendant ce temps ;
- pour terminer : enfin, finalement, depuis ce jour, aujourd'hui encore.
5. Rendre le récit vivant
Un récit réussi ne se contente pas d'aligner des faits. Il fait revivre la scène :
- les sentiments : « mon cœur battait à tout rompre », « j'étais fou de joie », « la honte me brûlait les joues » ;
- les sensations : ce que l'on voit, entend, sent, touche (« le grondement de l'eau », « l'odeur de la terre mouillée ») ;
- une courte description du lieu ou d'un personnage (voir la description subjective) ;
- un peu de dialogue, avec les guillemets et les tirets : « Vite, les sacs ! » cria mon père ;
- des phrases variées : des phrases courtes pour l'action rapide, des phrases plus longues pour la description.
- Il a plu. La rivière a débordé.
- J'ai eu peur.
- Mon père a dit de prendre les sacs.
- C'était bien.
- Il pleuvait depuis trois jours sans s'arrêter. Soudain, un grondement sourd monta de la rivière.
- Mon cœur cognait si fort que je l'entendais dans mes oreilles.
- « Vite, Ibrahima, les sacs de riz ! » cria mon père.
- Jamais je ne m'étais senti aussi fier.
Méthode
Pour rédiger le récit d'un événement vécu :
- Je lis le sujet et je souligne les mots clés (raconter, sentiments, leçon…).
- Je choisis un seul événement précis, que je connais bien.
- Je fais un plan au brouillon selon le schéma narratif : situation initiale, élément déclencheur, péripéties, dénouement, situation finale.
- Je choisis mes temps : passé composé (ou passé simple) + imparfait, et je les garde.
- Je rédige : introduction, développement en plusieurs paragraphes, conclusion, avec indicateurs de temps, sentiments, sensations et un peu de dialogue.
- Je relis : ordre des faits, temps des verbes, accords, ponctuation du dialogue.
Exemple
Plan au brouillon (sujet : racontez un événement qui vous a marqué)
Situation initiale : saison des pluies, août, notre maison près de la rivière, à Kissidougou ; il pleut depuis trois jours.
Élément déclencheur : une nuit, la rivière déborde ; l'eau entre dans le magasin où mon père garde les sacs de riz.
Péripéties : mon père me réveille ; nous portons les sacs vers la maison du voisin, plus haute ; je glisse dans la boue ; ma sœur Hawa éclaire avec la lampe.
Dénouement : à l'aube, tous les sacs sont à l'abri ; l'eau commence à baisser.
Situation finale : mon père me félicite ; je suis épuisé mais fier ; j'ai appris ce qu'est la solidarité familiale.
Exemple
Rédaction rédigée (au passé composé et à l'imparfait)
C'était au mois d'août, en pleine saison des pluies. Notre maison se trouvait tout près de la rivière, à Kissidougou. Depuis trois jours, il pleuvait sans arrêt, et le ciel restait gris du matin au soir. Cette nuit-là, je ne savais pas encore que j'allais vivre l'une des plus grandes peurs de ma vie.
Vers minuit, un grondement sourd m'a réveillé. Aussitôt, mon père a ouvert la porte de ma chambre : « Ibrahima, lève-toi vite ! La rivière déborde, l'eau entre dans le magasin ! » Mon cœur battait à tout rompre. Dans le magasin, mon père gardait les sacs de riz de toute la récolte.
Nous sommes sortis sous la pluie battante. L'eau nous arrivait déjà aux chevilles et sentait la terre mouillée. Ma sœur Hawa tenait la lampe pendant que mon père et moi portions les sacs, un par un, vers la maison du voisin, construite plus haut. Les sacs étaient lourds, la boue collait à mes pieds. Soudain, j'ai glissé et je suis tombé à genoux dans l'eau froide. J'ai eu envie de pleurer, mais j'ai vu mon père continuer sans se plaindre. Alors, je me suis relevé et j'ai repris mon sac.
Quand le jour s'est levé, le dernier sac était à l'abri. Peu à peu, l'eau a commencé à baisser. Épuisé, je me suis assis sur la véranda du voisin. Mon père a posé sa main sur mon épaule et m'a dit : « Aujourd'hui, tu as travaillé comme un homme. » Jamais je ne m'étais senti aussi fier.
Depuis cette nuit, je n'ai plus peur de la saison des pluies. J'ai surtout compris que, dans une famille, chacun compte : sans la lampe de Hawa, sans mes bras et sans le courage de mon père, notre récolte aurait été perdue.
Observe : l'introduction installe le cadre (imparfait : « C'était », « se trouvait », « pleuvait ») ; l'élément déclencheur est marqué par « Vers minuit » ; les actions sont au passé composé (« a ouvert », « sommes sortis », « ai glissé ») ; les sentiments et les sensations sont présents dans chaque paragraphe ; la conclusion donne la leçon.
3Je retiens
Je retiens
Le récit d'un événement vécu est écrit à la première personne : le narrateur est aussi le personnage.
Schéma narratif : situation initiale, élément déclencheur, péripéties, dénouement, situation finale.
Rédaction : introduction (cadre : où, quand, qui), développement en paragraphes (l'événement étape par étape), conclusion (fin, sentiments, leçon).
Temps : passé composé OU passé simple pour les actions principales ; imparfait pour le décor, la description, les habitudes. On ne change pas de système en cours de route.
Indicateurs de temps : ce jour-là, soudain, aussitôt, puis, ensuite, enfin, depuis ce jour.
Pour un récit vivant : sentiments, sensations, courte description, un peu de dialogue, phrases variées.
4Erreurs fréquentes
- Mélanger le présent, le passé simple et le passé composé dans le même récit : choisis un système de temps et garde-le.
- Raconter toute sa journée depuis le réveil : il faut choisir UN événement et aller vite à l'élément déclencheur.
- Oublier les sentiments demandés par le sujet : c'est souvent la moitié de la note.
- Écrire un seul bloc de texte : chaque étape du récit mérite son paragraphe.
- Mal ponctuer le dialogue : les paroles se mettent entre guillemets, et un tiret marque chaque changement de personne qui parle.
5Je m’exerce
1Exercice 1
Remets dans l'ordre du schéma narratif les phrases de ce récit, puis nomme chaque étape.
a) Finalement, le chauffeur a remplacé la roue et nous sommes arrivés à Labé à la nuit tombée.
b) C'était un samedi matin ; je voyageais avec ma mère en taxi-brousse vers Labé.
c) Soudain, un pneu a éclaté dans un virage.
d) Depuis ce voyage, j'admire le calme des chauffeurs de nos routes.
e) Les passagers sont descendus ; certains criaient, d'autres aidaient à décharger les bagages.
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Ordre : b (situation initiale) – c (élément déclencheur) – e (péripéties) – a (dénouement) – d (situation finale).
2Exercice 2
Mets les verbes entre parenthèses au temps qui convient (imparfait ou passé composé).
« Ce jour-là, il (faire) très chaud. Nous (jouer) au football dans la cour quand, tout à coup, le ballon (briser) la vitre de la classe. Tout le monde (se taire). Le directeur (sortir) de son bureau. »
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« Ce jour-là, il faisait très chaud. Nous jouions au football dans la cour quand, tout à coup, le ballon a brisé la vitre de la classe. Tout le monde s'est tu. Le directeur est sorti de son bureau. »
(L'imparfait pour le décor et l'action en cours ; le passé composé pour les actions soudaines.)
3Exercice 3
Rends ces phrases plus vivantes en exprimant un sentiment ou une sensation.
a) J'ai eu peur.
b) J'étais content.
c) Il faisait froid.
d) Le marché était bruyant.
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Exemples :
a) Mes jambes tremblaient et une sueur froide coulait dans mon dos.
b) J'avais envie de sauter de joie et de crier la nouvelle à tout le quartier.
c) L'harmattan glacé du matin me piquait les mains et le visage.
d) Les cris des vendeuses, les klaxons des motos et les appels des porteurs formaient un vacarme assourdissant.
4Exercice 4
Rédige l'introduction (quatre à cinq lignes) d'une rédaction sur ce sujet : « Racontez votre premier jour au collège. »
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Exemple :
« C'était le premier lundi d'octobre, et j'avais onze ans. Ce matin-là, j'avais mis ma chemise neuve et ma mère avait ciré mes chaussures. Le collège de mon quartier, avec ses grands bâtiments jaunes, me paraissait immense. Je serrais mon cartable contre moi : je ne savais pas encore que cette journée allait me réserver une belle surprise. »
5Exercice 5
(Type BEPC) Sujet : « Racontez un jour où vous avez rendu service à quelqu'un. Dites ce que vous avez ressenti et ce que vous avez appris. »
a) Fais le plan de ta rédaction selon le schéma narratif.
b) Rédige la rédaction complète (vingt à vingt-cinq lignes).
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a) Plan (exemple) :
- Situation initiale : un samedi de saison sèche, au marché de Mamou, avec mon amie Fanta.
- Élément déclencheur : une vieille femme tombe, ses oranges roulent sur le sol.
- Péripéties : je ramasse les oranges ; elle a mal à la cheville ; je porte sa bassine jusque chez elle, assez loin ; elle me raconte sa vie.
- Dénouement : nous arrivons chez elle ; sa petite-fille la soigne ; elle me bénit.
- Situation finale : je rentre en retard mais heureuse ; ma mère est fière ; j'apprends que rendre service rend heureux.
b) Rédaction (exemple) :
« C'était un samedi matin, en pleine saison sèche. Ma mère m'avait envoyée au marché de Mamou acheter des légumes, et mon amie Fanta m'accompagnait. Le soleil tapait déjà fort et le marché bourdonnait de voix.
Soudain, devant nous, une vieille femme a trébuché sur une pierre et elle est tombée. Sa bassine s'est renversée et ses oranges ont roulé dans la poussière. Autour d'elle, les gens passaient sans s'arrêter. J'ai senti mon cœur se serrer.
Aussitôt, j'ai couru vers elle pendant que Fanta ramassait les oranges. « Grand-mère, vous êtes blessée ? » ai-je demandé. Elle se tenait la cheville en grimaçant. Elle m'a expliqué qu'elle habitait assez loin, derrière la gare routière. Alors, j'ai posé la bassine sur ma tête et je lui ai offert mon bras. Nous avons marché lentement sous le soleil brûlant. En chemin, elle m'a raconté qu'autrefois elle vendait des oranges dans ce même marché avec sa propre mère.
Quand nous sommes arrivées chez elle, sa petite-fille est sortie en courant et lui a bandé la cheville. La vieille femme m'a pris les mains et m'a dit : « Que Dieu te bénisse, ma fille. Tu iras loin. » J'avais la gorge nouée par l'émotion.
Je suis rentrée à la maison avec une heure de retard. J'avais peur d'être grondée, mais quand j'ai tout raconté, ma mère m'a serrée dans ses bras. Ce jour-là, j'ai compris qu'un petit geste peut changer la journée de quelqu'un, et que rendre service rend aussi heureux celui qui aide. »
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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Leçon ajoutée par Kharandi pour compléter le programme de la classe.