Leçon 47 sur 47
Physique nucléaire
Je sais décrire le noyau atomique, calculer une énergie de liaison, écrire les équations des désintégrations radioactives et des réactions nucléaires, et utiliser la loi de décroissance radioactive.
- 1 h 15
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Décrire la composition d'un noyau (A, Z, N) et reconnaître des isotopes
- Calculer un défaut de masse, une énergie de liaison et l'énergie libérée par une réaction (E = mc²)
- Écrire les équations des désintégrations α, β⁻, β⁺ et γ avec les lois de conservation
- Utiliser la loi de décroissance N = N₀e^(−λt), la demi-vie et l'activité, notamment pour la datation au carbone 14
- Distinguer fission et fusion
Avant de commencer : La structure de l'atome (protons, neutrons, électrons, numéro atomique), la fonction exponentielle et le logarithme népérien, l'énergie et ses unités, l'électronvolt.
1Je découvre
Des archéologues fouillent un ancien site d'habitat en Haute-Guinée. Dans une couche de terre, ils trouvent les restes d'un foyer : des morceaux de charbon de bois. Sékou, étudiant qui les accompagne, demande comment on saura l'âge de ce feu, puisque personne n'a rien écrit à l'époque. Le chef de fouille répond : « Le charbon contient un chronomètre naturel : le carbone 14. Il disparaît lentement, toujours au même rythme. En mesurant ce qu'il en reste, un laboratoire saura dire depuis combien de siècles le bois est mort. »
À l'hôpital, la tante de Sékou, infirmière, lui explique qu'on soigne certaines maladies de la thyroïde avec de l'iode radioactif, et qu'on détruit des tumeurs avec des rayons gamma. Dans le Soleil, enfin, des noyaux d'hydrogène fusionnent et libèrent l'énergie qui nous éclaire.
Qu'est-ce qui se passe au cœur des noyaux atomiques, pourquoi certains se transforment-ils spontanément, et comment calculer l'énergie énorme qu'ils peuvent libérer ?
2Je comprends
1. Le noyau atomique
Le noyau est formé de nucléons : des protons (charge +e) et des neutrons (charge nulle). Il est environ 100 000 fois plus petit que l'atome (rayon de l'ordre de 10-15 m), mais contient presque toute sa masse.
Un noyau (ou nucléide) se note AZ X :
- Z : numéro atomique = nombre de protons ;
- A : nombre de masse = nombre de nucléons ;
- N = A - Z : nombre de neutrons.
Des isotopes sont des noyaux de même Z (même élément chimique) mais de A différents : 126C et 146C ; 23592U et 23892U.
Les protons se repoussent (force électrique), mais le noyau tient grâce à l'interaction forte, attractive, très intense et de très courte portée, qui agit entre tous les nucléons.
2. Équivalence masse-énergie, défaut de masse, énergie de liaison
Relation d'Einstein. Toute masse m correspond à une énergie E = mc2.
Unités : l'unité de masse atomique 1 u = 1,66054 × 10-27 kg, qui correspond à une énergie d'environ 931,5 MeV ; 1 MeV = 106 eV = 1,6 × 10-13 J.
Défaut de masse. La masse d'un noyau est toujours inférieure à la somme des masses de ses nucléons séparés :
Δ m = Z mp + (A - Z) mn - m(AZ X) > 0.
Énergie de liaison. C'est l'énergie qu'il faut fournir au noyau au repos pour le dissocier en nucléons séparés au repos :
E_ell = Δ m · c2.
Pour comparer la stabilité des noyaux, on utilise l'énergie de liaison par nucléon E_ellA : plus elle est grande, plus le noyau est stable.
La courbe complète de E_ellA en fonction de A (courbe d'Aston) passe par un maximum vers A ≈ 60. D'où deux façons de libérer de l'énergie : briser un noyau lourd (fission) ou unir deux noyaux légers (fusion).
3. La radioactivité
Découverte par Henri Becquerel en 1896, la radioactivité est la transformation spontanée d'un noyau instable (noyau « père ») en un autre noyau (noyau « fils »), avec émission d'une particule et souvent d'un rayonnement γ. Ce phénomène est aléatoire (on ne peut pas prévoir quand un noyau donné se désintégrera), spontané et indépendant des conditions extérieures (température, pression, état chimique).
Lois de conservation (lois de Soddy). Au cours d'une réaction nucléaire, il y a conservation du nombre de nucléons A et de la charge électrique Z (ainsi que de l'énergie totale et de la quantité de mouvement).
| Type | Particule émise | Équation générale | Exemple |
|---|---|---|---|
| α | noyau d'hélium 42He | AZX → A-4Z-2Y + 42He | 22688Ra → 22286Rn + 42He |
| β⁻ | électron 0-1e | AZX → AZ+1Y + 0-1e | 146C → 147N + 0-1e |
| β⁺ | positon 01e | AZX → AZ-1Y + 01e | 3015P → 3014Si + 01e |
| γ | photon de grande énergie | AZY^* → AZY + γ | désexcitation du noyau fils |
Dans la radioactivité β⁻, un neutron du noyau se transforme en proton : 10n → 11p + 0-1e (avec un antineutrino). En β⁺, un proton se transforme en neutron (avec un neutrino). Le rayonnement γ accompagne souvent α et β : le noyau fils, formé dans un état excité (noté *), revient à l'état fondamental.
Pouvoir de pénétration : les α sont arrêtés par une feuille de papier ; les β par quelques millimètres d'aluminium ; les γ, très pénétrants, demandent d'épais écrans de plomb ou de béton.
4. La loi de décroissance radioactive
Dans un échantillon de N noyaux radioactifs, le nombre de désintégrations pendant dt est proportionnel à N et à dt : dN = -λ N dt. La solution est :
N(t) = N0 e-λ t,
où λ (en s-1) est la constante radioactive, caractéristique du nucléide.
Demi-vie (ou période) T : durée au bout de laquelle la moitié des noyaux présents s'est désintégrée. N(T) = N02 donne e-λ T = 12, soit :
T = ln 2λ.
Après n demi-vies, il reste N02n noyaux.
Activité : nombre de désintégrations par seconde, en becquerels (Bq) :
A = -dNdt = λ N, et donc A(t) = A0 e-λ t.
5. La datation au carbone 14
Le carbone 14 (T = 5 730 ans) se forme sans cesse dans la haute atmosphère. Tant qu'un être vivant (arbre, animal) échange du carbone avec son milieu, la proportion de carbone 14 dans son carbone reste constante. À sa mort, les échanges cessent et le carbone 14 diminue selon la loi de décroissance. En comparant l'activité A d'un échantillon ancien à l'activité A0 d'un échantillon vivant de même masse de carbone :
t = 1λlnA0A = Tln 2lnA0A.
Cette méthode convient pour des âges de quelques centaines à quelques dizaines de milliers d'années.
6. Réactions provoquées : fission et fusion
Fission : un noyau lourd, frappé par un neutron lent, se brise en deux noyaux plus légers et libère 2 ou 3 neutrons. Exemple :
23592U + 10n → 9438Sr + 14054Xe + 2 10n.
(Vérification : 235 + 1 = 94 + 140 + 2 et 92 = 38 + 54.) Chaque fission libère environ 200 MeV. Les neutrons émis peuvent provoquer d'autres fissions : c'est la réaction en chaîne, contrôlée dans les centrales nucléaires.
Fusion : deux noyaux légers s'unissent pour former un noyau plus lourd. Exemple :
21H + 31H → 42He + 10n.
Elle exige des températures de plusieurs millions de degrés : c'est la source d'énergie des étoiles, dont le Soleil.
Énergie libérée par une réaction : E = (mréactifs - mproduits)c2 = |Δ m| c2.
Méthode
Pour traiter un exercice de physique nucléaire :
- Pour une équation : j'écris la conservation de A (en haut) et de Z (en bas), puis j'identifie la particule ou le noyau avec le tableau périodique donné.
- Pour une énergie de liaison : Δm = Z·mp + (A − Z)·mn − m(noyau) en u, puis El = Δm × 931,5 MeV ; enfin El/A.
- Pour l'énergie d'une réaction : Δm = m(réactifs) − m(produits), puis E = Δm·c².
- Pour la décroissance : λ = ln2/T ; N = N₀e^(−λt) ; A = λN ; si t est un multiple de T, j'utilise N₀/2ⁿ.
- Pour une datation : t = (T/ln2)·ln(A₀/A). Je garde les mêmes unités de temps partout.
Exemple
Énergie de liaison du noyau d'hélium 4. Données : mp = 1,00728 u ; mn = 1,00866 u ; m(⁴He) = 4,00151 u ; 1 u ↔ 931,5 MeV.
Δm = 2 × 1,00728 + 2 × 1,00866 − 4,00151 = 2,01456 + 2,01732 − 4,00151 = 0,03037 u.
El = 0,03037 × 931,5 ≈ 28,3 MeV ; par nucléon : 28,3/4 ≈ 7,07 MeV.
Exemple
Énergie libérée par la fusion ²H + ³H → ⁴He + n. Données : m(²H) = 2,01355 u ; m(³H) = 3,01550 u ; m(⁴He) = 4,00151 u ; mn = 1,00866 u.
Réactifs : 5,02905 u ; produits : 5,01017 u. Δm = 0,01888 u.
E = 0,01888 × 931,5 ≈ 17,6 MeV par réaction.
Exemple
L'iode 131, utilisé en médecine, a une demi-vie de 8 jours. Un échantillon a une activité A₀ = 8 × 10⁸ Bq.
Après 24 jours (3 demi-vies) : A = A₀/2³ = 10⁸ Bq.
Après 10 jours : λ = ln2/8 ≈ 0,0866 j⁻¹ ; A = 8 × 10⁸ × e^(−0,866) ≈ 3,36 × 10⁸ Bq.
3Je retiens
Je retiens
Noyau ᴬ_Z X : Z protons, A nucléons, N = A − Z neutrons ; isotopes : même Z, A différents.
Défaut de masse : Δm = Z·mp + (A − Z)·mn − m(noyau) ; énergie de liaison El = Δm·c² ; stabilité : El/A grande.
1 u ≈ 931,5 MeV/c² ; 1 MeV = 1,6 × 10⁻¹³ J.
Désintégrations : α (⁴₂He), β⁻ (⁰₋₁e), β⁺ (⁰₁e), γ ; conservation de A et de Z.
Décroissance : N = N₀e^(−λt) ; T = ln2/λ ; A = λN (en Bq) ; après n demi-vies, N₀/2ⁿ.
Datation : t = (T/ln2)·ln(A₀/A).
Fission (noyau lourd brisé par un neutron) et fusion (noyaux légers unis) libèrent l'énergie E = Δm·c².
4Erreurs fréquentes
- Oublier de conserver Z en plus de A : dans une désintégration β⁻, A ne change pas mais Z augmente de 1.
- Écrire le défaut de masse à l'envers : c'est la masse des nucléons séparés MOINS la masse du noyau ; le résultat doit être positif.
- Mélanger les unités de temps : si T est en jours, λ est en j⁻¹ et t doit être en jours ; pour une activité en Bq, λ doit être en s⁻¹.
- Croire qu'après deux demi-vies tout a disparu : il reste un quart des noyaux, puis un huitième, etc.
5Je m’exerce
1Exercice 1
Donne la composition des noyaux 146C, 5626Fe et 23892U. Parmi les noyaux 126C, 147N, 146C, lesquels sont isotopes ?
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146C : 6 protons, 8 neutrons. 5626Fe : 26 protons, 30 neutrons. 23892U : 92 protons, 146 neutrons.
126C et 146C sont isotopes (même Z = 6). 147N n'est pas un isotope du carbone (Z = 7), même s'il a le même A que 146C.
2Exercice 2
Complète les équations suivantes en indiquant le type de désintégration ou la particule manquante.
a) 6027Co → 6028Ni + …
b) 23892U → 23490Th + …
c) 3015P → … + 01e
d) 23592U + 10n → 13954Xe + A38Sr + 3 10n (trouve A).
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a) Conservation : A : 60 = 60 + A' donc A' = 0 ; Z : 27 = 28 + Z' donc Z' = -1. Particule 0-1e : désintégration β⁻.
b) A' = 238 - 234 = 4, Z' = 92 - 90 = 2 : 42He, désintégration α.
c) A = 30, Z = 15 - 1 = 14 : 3014Si (désintégration β⁺).
d) 235 + 1 = 139 + A + 3, donc A = 94 ; vérification de Z : 92 = 54 + 38. C'est 9438Sr (réaction de fission).
3Exercice 3
Données : mp = 1,00728 u ; mn = 1,00866 u ; m(126C) = 11,99671 u (masse du noyau) ; 1 u leftrightarrow 931,5 MeV.
a) Calcule le défaut de masse du noyau de carbone 12.
b) Calcule son énergie de liaison et son énergie de liaison par nucléon.
c) Compare avec l'hélium 4 (7,07 MeV par nucléon) : quel noyau est le plus stable ?
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a) Δ m = 6 × 1,00728 + 6 × 1,00866 - 11,99671 = 6,04368 + 6,05196 - 11,99671 = 0,09893 u.
b) E_ell = 0,09893 × 931,5 ≈ 92,2 MeV ; E_ellA = 92,212 ≈ 7,68 MeV par nucléon.
c) 7,68 > 7,07 : le carbone 12 est plus stable que l'hélium 4.
4Exercice 4
Le cobalt 60 (T = 5,27 ans) est utilisé en radiothérapie.
a) Calcule sa constante radioactive en s-1 (1 an ≈ 3,156 × 107 s).
b) Un échantillon contient N0 = 1022 noyaux de cobalt 60. Calcule son activité initiale.
c) Quelle fraction des noyaux reste-t-il après 21,08 ans ?
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a) T = 5,27 × 3,156 × 107 ≈ 1,663 × 108 s ; λ = ln 2T = 0,6931,663 × 108 ≈ 4,17 × 10-9 s-1.
b) A0 = λ N0 = 4,17 × 10-9 × 1022 ≈ 4,17 × 1013 Bq.
c) 21,085,27 = 4 demi-vies : il reste 124 = 116 des noyaux, soit 6,25 %.
5Exercice 5
(Type BAC) Le carbone 14 est radioactif β⁻ ; sa demi-vie est T = 5 730 ans.
a) Écris l'équation de sa désintégration (le noyau fils est un isotope de l'azote, Z = 7).
b) Rappelle la loi de décroissance et établis la relation entre λ et T. Calcule λ en an-1.
c) Un morceau de charbon de bois trouvé lors d'une fouille a une activité égale à 25 % de celle d'un échantillon de bois vivant de même masse. Quel est son âge ?
d) Un autre échantillon a une activité égale à 60 % de celle du bois vivant. Calcule son âge.
e) Pourquoi cette méthode ne permet-elle pas de dater un objet vieux de plusieurs millions d'années ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) 146C → 147N + 0-1e (conservation : 14 = 14 + 0 ; 6 = 7 - 1).
b) N(t) = N0e-λ t. À t = T : N02 = N0e-λ T, donc eλ T = 2 et λ T = ln 2, soit λ = ln 2T = 0,6935730 ≈ 1,21 × 10-4 an-1.
c) AA0 = 0,25 = 14 = 122 : deux demi-vies se sont écoulées. t = 2 × 5730 = 11 460 ans.
d) t = Tln 2lnA0A = 57300,693 × ln10,6 = 8267 × 0,511 ≈ 4 220 ans.
e) Après plusieurs millions d'années (des centaines de demi-vies), il ne reste pratiquement plus de carbone 14 : l'activité est trop faible pour être mesurée et comparée. On utilise alors d'autres noyaux de demi-vie beaucoup plus longue.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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