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Français · Terminale SM Prépare le BAC

Leçon 3 sur 26

La littérature africaine des indépendances

Je sais reconnaître l'univers du roman africain des indépendances (personnages types, lieux, temps, langue) et l'analyser dans un extrait, comme au BAC.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Identifier les personnages types du roman des indépendances (le dictateur, le militant, le prisonnier, le paysan, la femme)
  • Expliquer le rôle des lieux (capitale, village, prison) et du temps (avant, après)
  • Analyser un extrait en reliant les procédés d'écriture au sens

Avant de commencer : Leçons « Introduction aux littératures des indépendances » et « Les littératures des indépendances » ; notions d'analyse littéraire (champ lexical, figures de style, point de vue)

1Je découvre

À Boké, pendant la pause, Sékou et Kadiatou comparent les romans qu'ils ont lus pour le BAC.

« Dans Le Cercle des Tropiques, dit Sékou, il y a un chef qui prend tout le pouvoir, une grande ville au bord de la mer, des prisons, et un jeune paysan perdu dans tout ça.

— Dans Les Crapauds-brousse, répond Kadiatou, c'est presque pareil : un chef qu'on ne voit presque jamais, la capitale, des arrestations la nuit, et un homme ordinaire qui se fait écraser. Et dans Les Soleils des indépendances, Fama quitte la capitale pour son village, puis finit en prison ! »

Ils se regardent, étonnés : des auteurs différents, des pays imaginaires différents, et pourtant le même décor, les mêmes personnages, presque la même histoire.

Quel est cet univers commun au roman africain des indépendances, et comment l'analyser dans un extrait ?

2Je comprends

1. Une littérature enracinée dans l'Afrique

La littérature africaine des indépendances est écrite en grande partie en français ou en anglais, mais elle est profondément africaine :

  • par ses sujets : la vie dans les nouveaux États, la ville et le village, la famille, les croyances ;
  • par sa mémoire : elle s'appuie sur l'histoire de la colonisation et sur la tradition orale (griots, contes, proverbes) ;
  • par sa langue : elle transforme le français pour y faire entendre les langues africaines ;
  • par son public : elle s'adresse aux Africains pour les faire réfléchir sur leur propre société, tout en voulant être lue dans le monde.

2. Les personnages types

Les romans des indépendances font revenir des figures que l'on reconnaît d'une œuvre à l'autre.

Personnage typeRôleExemples
Le dictateurChef tout-puissant, souvent lointain, entouré de titres et de flatteursBaré Koulé, devenu « Messie-Koï », dans Le Cercle des Tropiques
Le militantIl s'oppose au régime au nom de la justice ; il est souvent emprisonné ou tuéle docteur Malekê dans Le Cercle des Tropiques ; Essola, ancien prisonnier politique, dans Perpétue
L'homme ordinaire broyéIl ne cherche pas le combat mais le système l'écraseDiouldé dans Les Crapauds-brousse
Le noble déchuReprésentant d'un ordre ancien que l'indépendance a ruinéFama dans Les Soleils des indépendances
Le paysan déracinéIl quitte la campagne pour la ville et découvre la misèreBohi Di dans Le Cercle des Tropiques
La femme victimeElle subit à la fois la tradition et les abus du pouvoirPerpétue chez Mongo Beti ; Salimata chez Kourouma
Le profiteurFonctionnaire ou commerçant qui s'enrichit en servant le pouvoirles nouveaux riches de Xala (Sembène Ousmane)

Ces personnages forment un véritable tableau de la société : en haut, le chef et ses profiteurs ; en bas, le peuple ; entre les deux, ceux qui résistent et ceux qui se taisent.

3. Les lieux : une géographie du pouvoir

  • La capitale : lieu du pouvoir, des bureaux, des palais, mais aussi des bidonvilles et du chômage. C'est la ville qui attire et qui déçoit.
  • Le village : lieu de la tradition, des ancêtres, des chefferies. Il est souvent présenté avec nostalgie, mais il est lui aussi touché par la misère et par le parti (Togobala, le village de Fama).
  • La prison ou le camp : lieu où l'individu disparaît. Il symbolise la terreur du régime.
  • La frontière : lieu de passage et de fuite ; Fama meurt en voulant franchir une frontière.
La capitale
  • Pouvoir, bureaux, palais
  • Richesse de quelques-uns, bidonvilles
  • Modernité mal maîtrisée
  • Attire les jeunes, puis les déçoit
Le village
  • Tradition, ancêtres, chefferie
  • Pauvreté, champs, travail de la terre
  • Valeurs anciennes menacées
  • Lieu de nostalgie et de retour
Deux lieux opposés qui structurent le roman des indépendances.

4. Le temps : un « avant » et un « après »

Le roman des indépendances est construit sur une opposition de temps :

  • avant : l'époque précoloniale idéalisée (grandeur des royaumes), puis la colonisation et la lutte ;
  • après : les « soleils des indépendances », c'est-à-dire l'époque présente, marquée par la déception.

Chez Kourouma, le mot « soleils » désigne les jours, les époques (une image du malinké). Le titre signifie donc « l'ère des indépendances », avec une nuance d'amertume.

5. La langue et le ton

  • L'ironie : dire le contraire de ce que l'on pense pour dénoncer.
  • La satire : peindre les puissants de manière ridicule.
  • Le registre tragique : montrer des personnages écrasés par une force plus grande qu'eux.
  • Le registre réaliste : décrire avec précision la misère, les prisons, la faim.
  • L'oralité : proverbes, adresses au lecteur, répétitions, comme dans la parole du griot.
  • Le français africanisé : mots et images venues des langues africaines.

6. Analyser un extrait

Méthode

Pour analyser un extrait d'un roman des indépendances :

  1. Je situe l'extrait : auteur, œuvre, date, moment du récit.
  2. Je repère qui parle (narrateur, personnage) et à quel point de vue.
  3. Je relève les champs lexicaux dominants (pouvoir, peur, misère, tradition).
  4. Je repère les procédés (ironie, hyperbole, antithèse, comparaison, énumération).
  5. Je relie chaque procédé à son sens : que dénonce ou que montre l'auteur ?
  6. Je regroupe mes remarques en deux ou trois axes de lecture.

Exemple

Texte d'étude (écrit pour la leçon) :

« À la radio, la voix annonçait que le pays avançait à pas de géant. Dans la file devant la boutique, on avançait moins vite : trois heures pour un demi-sac de riz. Moussa, qui avait été instituteur, avait appris à ne plus rien dire ; il comptait seulement les pas, comme on compte les jours en prison. »

Analyse :

Le passage oppose deux réalités par une antithèse : le discours officiel (« le pays avançait à pas de géant ») et la vie réelle (« on avançait moins vite : trois heures pour un demi-sac de riz »). Le verbe « avancer », repris dans les deux phrases, crée un effet d'ironie : le pays avance dans les discours, le peuple piétine dans la file. Le personnage de Moussa, ancien instituteur réduit au silence, représente l'intellectuel bâillonné. La comparaison finale « comme on compte les jours en prison » transforme la vie quotidienne en captivité. L'auteur dénonce ainsi la propagande et la peur qui règnent dans le pays.

Exemple

Axes de lecture possibles pour cet extrait :

Axe 1 : une satire de la propagande (antithèse, reprise ironique du verbe « avancer »).

Axe 2 : la peinture d'un peuple soumis et silencieux (la file d'attente, le silence de Moussa, la comparaison avec la prison).

3Je retiens

Je retiens

Le roman africain des indépendances forme un univers commun : mêmes personnages, mêmes lieux, même opposition du passé et du présent.

Personnages types : le dictateur, le militant, l'homme ordinaire broyé, le noble déchu, le paysan déraciné, la femme victime, le profiteur.

Lieux : la capitale (pouvoir et misère), le village (tradition), la prison (terreur), la frontière (fuite).

Temps : un « avant » idéalisé ou combatif, un « après » décevant ; « soleils » = époques chez Kourouma.

Tons : ironie, satire, tragique, réalisme, oralité, français africanisé.

Analyse d'extrait : situer, repérer, relever, interpréter, organiser en axes.

4Erreurs fréquentes

  • Raconter l'extrait au lieu de l'analyser : chaque remarque doit associer un procédé, une citation et un sens.
  • Confondre l'auteur et le narrateur : c'est le narrateur qui raconte ; l'auteur est l'écrivain réel.
  • Relever une figure de style sans dire à quoi elle sert : « il y a une antithèse » ne rapporte rien si tu n'expliques pas ce qu'elle oppose et pourquoi.
  • Voir de la nostalgie coloniale dans ces romans : le passé regretté est souvent le passé africain d'avant la colonisation, pas la colonisation elle-même.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Cite quatre personnages types du roman des indépendances et donne un exemple pour deux d'entre eux.

b) Que symbolise la prison dans ces romans ?

c) Que signifie le mot « soleils » dans le titre du roman de Kourouma ?

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a) Le dictateur, le militant, le noble déchu, le paysan déraciné (on accepte aussi la femme victime, l'homme ordinaire broyé, le profiteur). Exemples : le dictateur Baré Koulé (« Messie-Koï ») dans Le Cercle des Tropiques ; le noble déchu Fama dans Les Soleils des indépendances.

b) La prison symbolise la terreur du régime, la privation de liberté et la disparition de l'individu face au pouvoir. Elle montre que l'indépendance n'a pas apporté la liberté promise.

c) Chez Kourouma, « soleils » désigne les jours, les époques : « les soleils des indépendances », c'est l'ère des indépendances, jugée avec amertume.

2Exercice 2

Relie chaque procédé à sa définition : ironie ; satire ; antithèse ; hyperbole.

Définitions : a) exagération ; b) opposition de deux idées dans une même phrase ; c) dire le contraire de ce que l'on pense pour critiquer ; d) peinture moqueuse des défauts d'une personne ou d'une société.

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Ironie : c. Satire : d. Antithèse : b. Hyperbole : a.

3Exercice 3

Lis ce texte écrit pour la leçon.

« Hawa avait quitté son village de Haute-Guinée avec un baluchon et un rêve. La capitale l'avait accueillie avec ses lumières, ses voitures, ses immeubles. Puis la capitale l'avait oubliée. Elle vendait maintenant des beignets au bord de la route, entre la poussière et le bruit, et le soir, elle regardait les lumières des villas qui ne lui étaient pas destinées. »

a) Quel personnage type Hawa représente-t-elle ?

b) Relève la personnification et explique son effet.

c) Quelle opposition la dernière phrase met-elle en valeur ?

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a) Hawa représente le personnage type du paysan déraciné (ici une jeune femme) venu chercher une vie meilleure en ville et déçu.

b) « La capitale l'avait accueillie… Puis la capitale l'avait oubliée » : la ville est personnifiée comme une personne qui accueille puis abandonne. Cet effet rend la ville responsable, presque cruelle, et souligne la solitude d'Hawa.

c) La dernière phrase oppose la pauvreté d'Hawa (« beignets », « poussière », « bruit ») et la richesse des « villas » éclairées. Elle met en valeur l'inégalité sociale : la modernité profite à quelques-uns seulement.

4Exercice 4

Rédige un paragraphe d'analyse (sept à dix lignes) sur le texte de l'exercice 3 en montrant comment l'auteur fait de la capitale un lieu de désillusion.

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Paragraphe modèle : Dans ce passage, la capitale apparaît d'abord comme un lieu de promesse, puis comme un lieu de désillusion. L'énumération « ses lumières, ses voitures, ses immeubles » traduit l'éblouissement d'Hawa à son arrivée. Mais la personnification opposée, « la capitale l'avait accueillie […] puis l'avait oubliée », marque un retournement brutal. La vie réelle d'Hawa est décrite par un vocabulaire de la pauvreté : elle vend des « beignets au bord de la route, entre la poussière et le bruit ». Enfin, l'image des « lumières des villas qui ne lui étaient pas destinées » reprend le motif de la lumière du début pour mieux montrer l'exclusion. L'auteur fait ainsi de la ville le symbole d'une modernité qui attire le peuple sans le nourrir.

5Exercice 5

(Type BAC, commentaire : axes de lecture)

Pour le texte d'étude de la partie « Je comprends » (Moussa et la radio), propose une introduction de commentaire et deux axes de lecture détaillés.

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Introduction : Les romans africains écrits après les indépendances dénoncent souvent l'écart entre les promesses des nouveaux régimes et la vie réelle du peuple. Le texte étudié présente un moment ordinaire : une file d'attente devant une boutique, pendant que la radio célèbre les progrès du pays. À travers le personnage de Moussa, ancien instituteur, l'auteur montre la peur et le silence imposés par le pouvoir. Nous verrons d'abord comment le texte fait la satire de la propagande, puis comment il peint un peuple réduit au silence.

Axe 1 : Une satire de la propagande. Antithèse entre la voix de la radio et la file d'attente ; reprise ironique du verbe « avancer » ; précision chiffrée (« trois heures pour un demi-sac de riz ») qui dément le discours.

Axe 2 : Un peuple réduit au silence. Moussa, figure de l'intellectuel bâillonné (« avait appris à ne plus rien dire ») ; la file comme image de la soumission collective ; la comparaison finale avec la prison, qui fait de tout le pays un lieu de captivité.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Dans Le Cercle des Tropiques, quel surnom prend le dictateur Baré Koulé ?
Voir la réponse

Réponse A : Messie-Koï. Baré Koulé se fait appeler « Messie-Koï », signe de son culte de la personnalité.

2Quel lieu symbolise la terreur du régime dans les romans des indépendances ?
Voir la réponse

Réponse B : la prison ou le camp. La prison montre que l'indépendance n'a pas apporté la liberté.

3Fama, dans Les Soleils des indépendances, est :
Voir la réponse

Réponse C : un noble déchu. Fama, héritier des princes du Horodougou, a été ruiné par la colonisation puis par l'indépendance.

4Dans l'analyse d'un extrait, que faut-il toujours faire après avoir relevé un procédé ?
Voir la réponse

Réponse B : expliquer l'effet et le sens du procédé. Un procédé n'a d'intérêt que si l'on montre ce qu'il signifie.

5L'ironie consiste à :
Voir la réponse

Réponse B : dire le contraire de ce que l'on pense pour critiquer. L'ironie fait entendre une critique en feignant d'approuver.

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