Aller au contenu
Français · Terminale SE Prépare le BAC

Leçon 7 sur 26

La Négritude en question

Je sais présenter les critiques adressées à la Négritude, les réponses de ses défenseurs, et construire une dissertation dialectique sur ce débat.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Exposer les principales critiques de la Négritude et leurs auteurs (Sartre, Fanon, Soyinka, Towa, Adotevi)
  • Présenter les arguments de défense et les dépassements proposés
  • Rédiger une discussion argumentée et nuancée sur la Négritude

Avant de commencer : Leçon « La Négritude » (définition, fondateurs, thèmes, Césaire et Senghor)

1Je découvre

Au club de débat du lycée de Siguiri, le sujet du jour est affiché : « La Négritude est-elle encore utile aujourd'hui ? »

Ibrahima défend le oui : « Sans Césaire et Senghor, on aurait continué à croire que l'Afrique n'avait pas d'histoire. Ils nous ont rendu notre fierté. »

Kadiatou n'est pas d'accord : « D'accord pour la fierté. Mais dire que le Noir est émotion et que le Blanc est raison, c'est reprendre le préjugé du colon ! Moi, je veux être ingénieure : j'ai besoin de raison autant que n'importe qui. »

Sékou ajoute : « Et puis la Négritude, c'était des poèmes écrits en français à Paris. Le paysan de Faranah, lui, ne les lisait pas. »

Le professeur arbitre : « Vous venez de retrouver, sans le savoir, les grandes critiques que des écrivains africains ont adressées à la Négritude. »

Quelles critiques a-t-on faites à la Négritude, que peut-on leur répondre, et que reste-t-il de ce mouvement ?

2Je comprends

1. Pourquoi la Négritude a-t-elle été mise en question ?

La Négritude est née dans les années 1930 comme une réponse au mépris colonial. Après les indépendances, la situation change : les Africains gouvernent leurs pays, et de nouveaux problèmes apparaissent (dictature, pauvreté, néocolonialisme). Beaucoup se demandent alors si la Négritude, centrée sur l'affirmation culturelle, répond encore aux besoins de l'Afrique. Le débat devient vif dans les années 1960 et 1970.

2. Les principales critiques

a) Une étape à dépasser (Jean-Paul Sartre). Dans sa préface « Orphée noir » (1948), Sartre admire la poésie de la Négritude, mais il la présente comme un « racisme antiraciste » : un moment nécessaire de révolte, destiné à être dépassé par la lutte commune de tous les opprimés. Pour lui, la Négritude n'est pas une fin, mais un passage.

b) Le risque de l'essentialisme. On reproche à Senghor d'avoir figé une « nature » du Noir. Sa phrase « L'émotion est nègre, comme la raison hellène » semble reprendre le cliché colonial selon lequel l'Africain serait émotif et incapable de raisonnement. Pour les critiques, il n'existe pas d'« âme noire » unique et éternelle : les cultures africaines sont diverses et changent.

c) Une culture tournée vers le passé (Frantz Fanon). Le Martiniquais Frantz Fanon, dans Les Damnés de la terre (1961), explique que la culture d'un peuple ne se trouve pas seulement dans un passé glorieux ou dans le folklore : elle se construit dans la lutte présente pour la libération. Il met en garde contre l'intellectuel qui célèbre les traditions sans s'engager dans les combats de son peuple.

d) « Le tigre ne proclame pas sa tigritude » (Wole Soyinka). On attribue à l'écrivain nigérian Wole Soyinka (prix Nobel de littérature 1986) cette formule : un tigre n'a pas besoin de proclamer qu'il est un tigre, il bondit sur sa proie. Autrement dit, l'Africain n'a pas besoin de répéter qu'il est noir ; il doit agir et créer.

e) Une idéologie accusée de servir le pouvoir. Des philosophes africains, comme le Camerounais Marcien Towa (Léopold Sédar Senghor : négritude ou servitude ?) ou le Béninois Stanislas Adotevi (Négritude et négrologues), reprochent à la Négritude, telle que Senghor l'a développée, de devenir une doctrine officielle qui détourne l'attention des vrais problèmes : la dépendance économique, la pauvreté, le néocolonialisme.

f) Un mouvement d'élite. Les poèmes sont écrits en français, publiés à Paris, lus surtout par des intellectuels. Le peuple africain, souvent non alphabétisé à l'époque, n'y avait guère accès.

CritiqueAuteur principalIdée
Étape à dépasserJean-Paul Sartre« racisme antiraciste », moment d'une lutte plus large
Culture de combat, non de muséeFrantz Fanonla culture naît de la lutte présente
Agir plutôt que proclamerWole Soyinka« le tigre ne proclame pas sa tigritude »
Idéologie au service du pouvoirMarcien Towa, Stanislas Adotevila Négritude masque les vrais problèmes
Essentialismeplusieurs critiquesil n'y a pas d'« âme noire » unique
Mouvement d'éliteplusieurs critiquesécrit en français, pour une minorité

3. Les réponses des défenseurs

  1. Une nécessité historique : dans les années 1930, affirmer la dignité du Noir était un acte de courage. Sans ce combat, la décolonisation culturelle n'aurait pas commencé.
  2. Une œuvre littéraire majeure : le Cahier d'un retour au pays natal et les poèmes de Senghor restent des chefs-d'œuvre de la poésie de langue française.
  3. Une Négritude ouverte : Senghor ne voulait pas enfermer le Noir ; il parlait de métissage et de « Civilisation de l'Universel ».
  4. Une Négritude de combat : Césaire, dans le Discours sur le colonialisme (1950), a mené une critique politique très dure du colonialisme ; la Négritude n'était pas que nostalgie.
  5. Une institution culturelle : revue Présence africaine, congrès des écrivains et artistes noirs (Paris, 1956), Festival mondial des arts nègres (Dakar, 1966).
Critiques
  • Essentialisme : le Noir réduit à l'émotion
  • Tournée vers le passé
  • Mouvement d'élite en français
  • Idéologie qui masque les vrais problèmes
Réponses
  • Senghor défend le métissage et l'universel
  • Césaire dénonce le colonialisme présent
  • Chefs-d'œuvre qui ont rendu sa fierté à tout un peuple
  • Nécessité historique contre l'assimilation
Le débat sur la Négritude : critiques et réponses.

4. Après la Négritude : des dépassements

  • Les littératures des indépendances se détournent de la célébration de l'Afrique pour critiquer les pouvoirs africains (Kourouma, Fantouré, Monénembo).
  • L'africanité : on insiste sur la diversité des cultures africaines plutôt que sur une « âme noire » unique.
  • La créolité : aux Antilles, des écrivains ont proposé à la fin des années 1980 de penser une identité faite de mélanges.

Ainsi, la Négritude n'a pas disparu : elle a été discutée, critiquée, dépassée, ce qui prouve qu'elle a été féconde.

  1. 1Années 1930 : naissance de la Négritude contre l'assimilation
  2. 21948 : Sartre la présente comme un moment à dépasser
  3. 31961 : Fanon appelle à une culture de combat
  4. 4Années 1960-1970 : critiques de Soyinka, Towa, Adotevi
  5. 5Après : africanité, littératures des indépendances, créolité
De la Négritude à ses dépassements.

Méthode

Pour rédiger une discussion sur la Négritude :

  1. Je rappelle en introduction ce qu'est la Négritude et je cite l'affirmation du sujet.
  2. Partie I : j'expose les apports ou les critiques, selon la thèse du sujet.
  3. Partie II : je présente l'autre point de vue, avec des auteurs précis.
  4. Je conclus par un jugement nuancé : utilité historique, limites, héritage.
  5. Je cite peu, mais exactement ; sinon, je reformule avec mes mots.

Exemple

Sujet : « La Négritude est aujourd'hui dépassée. » Discutez.

I. La Négritude semble dépassée : les indépendances ont changé les priorités (critique des dictatures) ; l'essentialisme de Senghor a été critiqué ; Fanon et Soyinka appellent à l'action plutôt qu'à la proclamation.

II. Pourtant, elle garde une valeur : elle a rendu leur dignité aux peuples noirs ; ses œuvres demeurent des chefs-d'œuvre ; la lutte contre le racisme et pour la reconnaissance des cultures africaines reste actuelle.

Conclusion : dépassée comme programme, la Négritude reste vivante comme héritage.

Exemple

Paragraphe rédigé : La formule attribuée à Wole Soyinka, selon laquelle « le tigre ne proclame pas sa tigritude », résume une critique importante. Pour l'écrivain nigérian, l'Africain n'a pas à répéter sans cesse qu'il est noir et fier de l'être : un tigre prouve ce qu'il est en bondissant, non en discourant. De même, l'Afrique prouvera sa valeur par ses œuvres, ses inventions et son développement, et non par des déclarations d'identité. Cette critique invite à passer de l'affirmation à l'action.

3Je retiens

Je retiens

Après les indépendances, la Négritude est discutée : répond-elle encore aux besoins de l'Afrique ?

Sartre (« Orphée noir », 1948) : « racisme antiraciste », étape à dépasser.

Fanon (Les Damnés de la terre, 1961) : la culture naît de la lutte présente, pas du seul passé.

Soyinka : « le tigre ne proclame pas sa tigritude » : agir plutôt que proclamer.

Towa et Adotevi : la Négritude, devenue doctrine officielle, masquerait les vrais problèmes.

Autres reproches : essentialisme (« L'émotion est nègre »), mouvement d'élite en français.

Défense : nécessité historique, chefs-d'œuvre, ouverture à l'universel, critique du colonialisme.

Bilan : dépassée comme programme, vivante comme héritage.

4Erreurs fréquentes

  • Rejeter ou défendre la Négritude en bloc : le sujet appelle presque toujours une réponse nuancée.
  • Attribuer toutes les critiques à des Européens : les critiques les plus vives viennent d'Africains et d'Antillais (Fanon, Soyinka, Towa, Adotevi).
  • Confondre Césaire et Senghor : la critique d'essentialisme vise surtout Senghor ; Césaire est souvent vu comme plus politique.
  • Inventer des citations : si tu n'es pas sûr des mots exacts, reformule l'idée sans guillemets.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Pourquoi Sartre parle-t-il de « racisme antiraciste » ?

b) Explique la formule attribuée à Soyinka sur la « tigritude ».

c) Quelle est la critique principale de Fanon ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Sartre veut dire que la Négritude répond au racisme colonial en affirmant la valeur de la race noire : elle utilise l'idée de race, mais pour combattre le racisme. Pour lui, c'est un moment nécessaire mais provisoire, destiné à être dépassé.

b) Un tigre n'a pas besoin de dire qu'il est un tigre : il le prouve en bondissant. De même, l'Africain doit prouver sa valeur par ses actes et ses œuvres plutôt que par la proclamation de son identité.

c) Fanon reproche à une certaine célébration culturelle de se tourner vers le passé et le folklore ; pour lui, la culture nationale se construit dans la lutte présente pour la libération du peuple.

2Exercice 2

Vrai ou faux ? Justifie.

a) Toutes les critiques de la Négritude viennent d'Europe.

b) Senghor défendait l'idée d'une « Civilisation de l'Universel ».

c) La Négritude est née après les indépendances.

d) Le Festival mondial des arts nègres s'est tenu à Dakar en 1966.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Faux : les critiques les plus fortes viennent d'Africains et d'Antillais (Fanon, Soyinka, Towa, Adotevi).

b) Vrai : Senghor voulait que la Négritude contribue à une civilisation commune enrichie par tous les peuples.

c) Faux : elle est née dans les années 1930, bien avant les indépendances.

d) Vrai : ce festival a eu lieu à Dakar en 1966.

3Exercice 3

Lis ce texte écrit pour la leçon.

« Mon grand-père chantait nos rois ; mon père a chanté l'indépendance. Moi, je ne veux plus seulement chanter. Je veux creuser des puits, soigner les enfants, écrire des lois justes. La fierté, je la porterai dans mes mains. »

a) Quelle critique de la Négritude ce texte rejoint-il ?

b) Relève et explique l'opposition entre « chanter » et les autres verbes.

c) Explique la dernière phrase.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Il rejoint la critique de Soyinka et de Fanon : il faut agir plutôt que proclamer ou célébrer.

b) « Chanter » renvoie à la célébration (des rois, de l'indépendance), tandis que « creuser », « soigner », « écrire des lois » sont des actions concrètes. L'opposition marque le passage de la parole à l'action utile au peuple.

c) « La fierté, je la porterai dans mes mains » signifie que la fierté ne sera plus un discours mais le résultat du travail : les mains symbolisent l'action.

4Exercice 4

Rédige un paragraphe défendant la Négritude contre le reproche d'être « tournée vers le passé ».

Voir le corrigéCacher le corrigé

Paragraphe modèle : On reproche parfois à la Négritude d'être tournée vers le passé ; ce reproche est pourtant injuste. Certes, Senghor chante le royaume d'enfance et les ancêtres, mais ce retour aux sources avait une fonction présente : répondre à une école coloniale qui niait l'histoire africaine. Surtout, Aimé Césaire, dans le Discours sur le colonialisme (1950), attaque directement le système colonial de son époque. La Négritude regardait le passé pour libérer le présent : elle rendait aux colonisés la confiance nécessaire à leur combat.

5Exercice 5

(Type BAC, dissertation)

Sujet : « La Négritude a été nécessaire, mais elle n'est plus suffisante. » Expliquez et discutez cette affirmation.

Rédige l'introduction, le plan détaillé et la conclusion.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction : Née à Paris dans les années 1930 sous l'impulsion de Césaire, Senghor et Damas, la Négritude a affirmé la dignité et les valeurs du monde noir face au mépris colonial. On a pu dire qu'elle « a été nécessaire, mais n'est plus suffisante ». Cette affirmation reconnaît son rôle historique tout en soulignant ses limites face aux problèmes de l'Afrique indépendante. Dans quelle mesure ce jugement est-il juste ? Nous verrons d'abord en quoi la Négritude a été nécessaire, puis pourquoi elle ne suffit plus, avant de montrer ce qu'elle transmet encore.

I. Une Négritude nécessaire : réponse à l'assimilation et au racisme ; réhabilitation de l'histoire africaine ; création d'une grande poésie (Cahier, Chants d'ombre, Pigments) et d'institutions (Présence africaine).

II. Une Négritude insuffisante : critique de Sartre (étape à dépasser), de Fanon (culture de combat), de Soyinka (agir) ; risque d'essentialisme ; nouveaux problèmes après 1960 (dictature, pauvreté) traités par Kourouma, Fantouré, Monénembo.

III. Un héritage toujours utile : la fierté culturelle reste une condition du développement ; le dialogue des cultures voulu par Senghor ; la lutte contre le racisme reste actuelle.

Conclusion : la formule est juste si l'on voit la Négritude comme un point de départ et non comme un programme complet ; elle a ouvert la voie à des pensées qui la prolongent. Ouverture : la place de la culture dans le développement de la Guinée.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qui a qualifié la Négritude de « racisme antiraciste » ?
Voir la réponse

Réponse B : Jean-Paul Sartre. Sartre emploie cette formule dans « Orphée noir » (1948).

2Quel ouvrage de Frantz Fanon est paru en 1961 ?
Voir la réponse

Réponse A : Les Damnés de la terre. Dans Les Damnés de la terre, Fanon lie la culture nationale à la lutte de libération.

3Que signifie la formule sur la « tigritude » ?
Voir la réponse

Réponse B : il faut prouver ce qu'on est par l'action, non par la proclamation. Le tigre bondit au lieu de proclamer sa nature.

4Quel reproche vise surtout la phrase « L'émotion est nègre, comme la raison hellène » ?
Voir la réponse

Réponse A : l'essentialisme, qui enferme le Noir dans une nature figée. Les critiques y voient la reprise d'un cliché colonial.

5Quelle conclusion nuancée peut-on tirer du débat ?
Voir la réponse

Réponse C : la Négritude a été nécessaire mais doit être prolongée et dépassée. Elle reste un héritage précieux, mais ne répond pas à elle seule aux défis actuels.

Tu as fini la leçon ?

Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.

Karamö
Un point pas clair ? Dis-moi ce qui te bloque dans cette leçon : je t’explique autrement, pas à pas. Demander à Karamö

Toutes les leçons de Français · Terminale SE

Demander à Karamö