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Français · Terminale SM Prépare le BAC

Leçon 9 sur 26

La littérature africaine

Je sais retracer l'histoire de la littérature africaine, de l'oralité aux écrivains d'aujourd'hui, et situer chaque grand auteur, notamment guinéen, dans son époque.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Présenter la littérature orale africaine, ses genres et le rôle du griot
  • Retracer les grandes étapes de la littérature africaine écrite (période coloniale, Négritude, roman anticolonial, indépendances, époque contemporaine)
  • Situer les principaux écrivains guinéens et leurs œuvres

Avant de commencer : Leçons du chapitre sur les littératures des indépendances et la Négritude

1Je découvre

Au Centre culturel de Kindia, une exposition présente « Soixante ans de livres africains ». Alpha et Fanta passent devant des vitrines : un vieux manuscrit en pular écrit en caractères arabes, un enregistrement de griot, un roman de 1953 avec une case sur la couverture, des recueils de poèmes, des romans récents.

« Je croyais que la littérature africaine avait commencé avec L'Enfant noir, dit Fanta.

— Et moi, qu'elle était seulement orale, répond Alpha. »

Le guide sourit : « Vous avez tous les deux un peu raison et un peu tort. La littérature africaine est très ancienne par l'oralité, elle a aussi des écrits anciens, et elle s'est développée en français, en anglais ou en portugais à partir de l'époque coloniale. Pour la comprendre, il faut suivre son histoire. »

Quelles sont les grandes étapes de la littérature africaine, de l'oralité à nos jours, et quelle place y occupe la Guinée ?

2Je comprends

1. La littérature orale : la première bibliothèque de l'Afrique

La littérature orale est l'ensemble des œuvres transmises de bouche à oreille, de génération en génération. Elle n'est pas « inférieure » à l'écrit : elle possède ses genres, ses règles, ses maîtres.

GenreDéfinitionExemple
Conterécit imaginaire, souvent avec des animaux, qui transmet une moraleles histoires de Leuk le lièvre et de Bouki l'hyène
Mytherécit qui explique l'origine du monde, d'un peuple, d'un riterécits de fondation des villages
Épopéelong récit en l'honneur d'un héros fondateur, chanté par un griotl'épopée de Soundjata Keïta
Proverbephrase courte qui exprime une sagesseproverbes cités par les anciens au conseil
Devinettepetite énigme qui exerce l'esprit des enfantsjeux de veillée
Chantchants de travail, de mariage, de louange, berceuseschants des moissons

Le griot (djéli en maninka) est le gardien de la parole : il conserve les généalogies, l'histoire des familles et des royaumes, les épopées. L'épopée de Soundjata, fondateur de l'empire du Mali au XIIIe siècle, a été recueillie auprès d'un griot et publiée par l'historien guinéen Djibril Tamsir Niane dans Soundjata ou l'épopée mandingue (1960).

2. Les écrits anciens

L'Afrique a aussi une tradition écrite ancienne. Les manuscrits de Tombouctou témoignent d'une vie intellectuelle importante. Au Fouta-Djallon, des lettrés ont écrit en pular avec l'alphabet arabe (écriture appelée ajami) des poèmes religieux et moraux. Ces textes montrent que l'Afrique n'attendait pas la colonisation pour écrire.

3. La période coloniale : les débuts en langue française

Au début du XXe siècle, des Africains formés à l'école coloniale commencent à publier en français. Les premiers textes sont souvent prudents et décrivent les coutumes africaines pour le lecteur européen. On cite par exemple Force-Bonté du Sénégalais Bakary Diallo ou Doguicimi du Dahoméen Paul Hazoumé.

En 1921, Batouala, du Martiniquais René Maran, reçoit le prix Goncourt : sa préface critique les abus coloniaux et fait scandale.

4. La Négritude (années 1930-1950)

Césaire, Senghor et Damas affirment la fierté du monde noir contre l'assimilation. La poésie domine. Revues : L'Étudiant noir, puis Présence africaine (1947).

5. Le roman africain des années 1950 : témoignage et contestation

Les romanciers africains décrivent la société coloniale et ses injustices :

  • Camara Laye (Guinée), L'Enfant noir (1953) : l'enfance heureuse à Kouroussa ;
  • Mongo Beti (Cameroun), Le Pauvre Christ de Bomba (1956) : la critique de la mission ;
  • Ferdinand Oyono (Cameroun), Une vie de boy (1956) : l'hypocrisie des colons vue par un boy ;
  • Sembène Ousmane (Sénégal), Les Bouts de bois de Dieu (1960) : la grève des cheminots du Dakar-Niger ;
  • Cheikh Hamidou Kane (Sénégal), L'Aventure ambiguë (1961) : le déchirement entre deux cultures.

6. Les littératures des indépendances (1960-1980)

Le désenchantement remplace l'espoir : Les Soleils des indépendances (Kourouma, 1968), Le Cercle des Tropiques (Fantouré, 1972), Perpétue et l'habitude du malheur (Mongo Beti, 1974), Les Crapauds-brousse (Monénembo, 1979). La femme prend la parole avec Une si longue lettre (Mariama Bâ, 1979).

7. La littérature africaine contemporaine (depuis 1980)

  • Les thèmes s'élargissent : la guerre et les enfants-soldats (Allah n'est pas obligé, Kourouma, 2000, prix Renaudot), le génocide des Tutsi au Rwanda (L'Aîné des orphelins, Monénembo, 2000), l'exil et la migration, la femme, la ville.
  • L'écriture devient plus libre : humour, fantastique, récit éclaté.
  • La littérature africaine est reconnue dans le monde : le Nigérian Wole Soyinka reçoit le prix Nobel de littérature en 1986 ; le Guinéen Tierno Monénembo reçoit le prix Renaudot en 2008 pour Le Roi de Kahel.
  1. 1Depuis toujours : littérature orale (contes, mythes, épopées, proverbes), griots
  2. 2Écrits anciens : manuscrits de Tombouctou, poèmes en ajami au Fouta-Djallon
  3. 3Début du XXe siècle : premiers textes africains en français
  4. 4Années 1930-1950 : Négritude (Césaire, Senghor, Damas)
  5. 5Années 1950 : romans de témoignage et de contestation (Camara Laye, Oyono, Mongo Beti)
  6. 61960-1980 : littératures des indépendances et désenchantement
  7. 7Depuis 1980 : guerre, exil, femme, ville ; reconnaissance mondiale
Les grandes étapes de la littérature africaine.

8. La Guinée dans la littérature africaine

ÉcrivainŒuvres à connaîtreApport
Camara LayeL'Enfant noir (1953), Le Regard du roi (1954), Dramouss (1966)récit d'enfance, puis critique politique
Djibril Tamsir NianeSoundjata ou l'épopée mandingue (1960)passage de l'épopée orale à l'écrit
Alioum FantouréLe Cercle des Tropiques (1972)roman de la dictature
Williams SassineSaint Monsieur Baly (1973), Wirriyamu (1976), Le Zéhéros n'est pas n'importe quiromans de l'exclu et de la violence politique
Tierno MonénemboLes Crapauds-brousse (1979), Les Écailles du ciel (1986), Le Roi de Kahel (2008)roman de la terreur, puis grands romans historiques
Littérature orale
  • Transmise de bouche à oreille
  • Le griot, le conteur, l'ancien
  • Œuvre collective, variable à chaque récit
  • Public présent, qui participe
Littérature écrite
  • Fixée dans un livre
  • L'écrivain, l'éditeur, le lecteur
  • Œuvre signée, texte fixe
  • Lecteur seul, souvent lointain
Deux formes complémentaires de la littérature africaine.

Méthode

Pour situer un écrivain africain dans une copie :

  1. Je donne son nom, son pays et la date de l'œuvre.
  2. Je le rattache à une étape : oralité, période coloniale, Négritude, années 1950, indépendances, époque contemporaine.
  3. Je dis en une phrase ce qu'il dénonce ou célèbre.
  4. J'explique en quoi son œuvre montre l'évolution de la littérature africaine.

Exemple

Question : Montrez, à partir de deux œuvres de Camara Laye, l'évolution de la littérature africaine.

Réponse rédigée : L'œuvre de Camara Laye illustre le passage d'une littérature de célébration à une littérature critique. Dans L'Enfant noir (1953), écrit à l'époque coloniale, il célèbre avec nostalgie l'harmonie de son enfance à Kouroussa. Dans Dramouss (1966), écrit après l'indépendance, il exprime au contraire son inquiétude devant la violence politique qui s'installe. Un même écrivain passe ainsi de la mémoire heureuse au désenchantement, comme toute la littérature africaine de son temps.

Exemple

Question : Pourquoi l'œuvre de Djibril Tamsir Niane est-elle importante ?

Réponse rédigée : En publiant Soundjata ou l'épopée mandingue en 1960, Djibril Tamsir Niane a fait passer à l'écrit une grande épopée jusque-là transmise par les griots. Il a ainsi sauvé un trésor de la tradition orale, prouvé la richesse de l'histoire africaine et offert aux lecteurs du monde entier le récit de la fondation de l'empire du Mali. Son œuvre fait le lien entre la littérature orale et la littérature écrite.

3Je retiens

Je retiens

Littérature orale : contes, mythes, épopées, proverbes, devinettes, chants ; le griot est le gardien de la parole.

Écrits anciens : manuscrits de Tombouctou ; poèmes en ajami (pular en caractères arabes) au Fouta-Djallon.

Étapes de l'écrit : période coloniale ; Négritude (1930-1950) ; roman de contestation (1950) ; indépendances et désenchantement (1960-1980) ; époque contemporaine (depuis 1980).

Guinéens : Camara Laye (L'Enfant noir, 1953), D. T. Niane (Soundjata, 1960), Alioum Fantouré (Le Cercle des Tropiques, 1972), Williams Sassine, Tierno Monénembo (Les Crapauds-brousse, 1979 ; prix Renaudot 2008).

Reconnaissance mondiale : Wole Soyinka, prix Nobel 1986.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que l'Afrique n'avait pas de littérature avant la colonisation : l'oralité et les écrits anciens prouvent le contraire.
  • Considérer la littérature orale comme inférieure : elle a ses genres, ses règles et ses artistes.
  • Mélanger les époques : L'Enfant noir (1953) n'est pas un roman des indépendances ; Les Crapauds-brousse (1979) n'est pas un roman colonial.
  • Oublier les écrivains guinéens, qui occupent une place de premier plan.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Cite quatre genres de la littérature orale et définis-en deux.

b) Quel est le rôle du griot ?

c) Qu'est-ce que l'ajami ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Le conte, le mythe, l'épopée, le proverbe (on accepte aussi la devinette et le chant). Le conte est un récit imaginaire, souvent avec des animaux, qui transmet une morale. L'épopée est un long récit chanté par un griot à la gloire d'un héros fondateur.

b) Le griot est le gardien de la parole : il conserve et transmet les généalogies, l'histoire des familles et des royaumes, les épopées ; il anime aussi les cérémonies.

c) L'ajami est l'écriture d'une langue africaine, comme le pular, avec l'alphabet arabe.

2Exercice 2

Range ces œuvres dans l'ordre chronologique et indique l'étape à laquelle chacune appartient : Les Crapauds-brousse ; L'Enfant noir ; Allah n'est pas obligé ; Cahier d'un retour au pays natal ; Les Soleils des indépendances.

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  1. Cahier d'un retour au pays natal (1939) : Négritude.
  2. L'Enfant noir (1953) : roman africain des années 1950.
  3. Les Soleils des indépendances (1968) : littératures des indépendances.
  4. Les Crapauds-brousse (1979) : littératures des indépendances.
  5. Allah n'est pas obligé (2000) : littérature contemporaine.

3Exercice 3

Lis ce texte écrit pour la leçon.

« Quand le vieux djéli se tut, personne ne bougea. Il avait chanté Soundjata pendant toute la nuit, et chacun avait cru voir le jeune prince se lever enfin sur ses jambes. Le lendemain, l'étudiant venu de Conakry réécouta l'enregistrement. Il pouvait maintenant l'écrire, mais il savait qu'aucune page ne rendrait le silence de la foule à la fin du chant. »

a) Quelle forme de littérature le texte présente-t-il d'abord ?

b) Quel passage montre la transition de l'oral vers l'écrit ?

c) Selon la dernière phrase, que perd-on en passant à l'écrit ?

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a) Le texte présente d'abord la littérature orale : un djéli (griot) chante l'épopée de Soundjata devant une foule, toute la nuit.

b) « Le lendemain, l'étudiant venu de Conakry réécouta l'enregistrement. Il pouvait maintenant l'écrire » : l'enregistrement puis l'écriture marquent le passage à l'écrit.

c) On perd la présence du public, l'émotion partagée, la voix et le silence de la foule : l'écrit conserve les mots, mais pas l'événement vivant de la parole.

4Exercice 4

Rédige un paragraphe présentant la place de la Guinée dans la littérature africaine, avec au moins trois écrivains.

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Paragraphe modèle : La Guinée occupe une place de premier plan dans la littérature africaine. Camara Laye, avec L'Enfant noir (1953), a offert l'un des récits d'enfance africains les plus lus au monde. Djibril Tamsir Niane a fait passer à l'écrit l'épopée de Soundjata en 1960, reliant ainsi l'oralité et le livre. Après l'indépendance, Alioum Fantouré, avec Le Cercle des Tropiques (1972), et Tierno Monénembo, avec Les Crapauds-brousse (1979), ont écrit des romans majeurs du désenchantement ; Monénembo a reçu le prix Renaudot en 2008. Ces écrivains montrent que la Guinée a participé à chaque grande étape de cette littérature.

5Exercice 5

(Type BAC, dissertation)

Sujet : « La littérature africaine écrite est l'héritière de la littérature orale. » Expliquez et illustrez cette affirmation.

Propose une introduction et un plan détaillé.

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Introduction : Longtemps, la littérature africaine a été orale : contes, épopées et proverbes se transmettaient par la parole des griots et des anciens. Puis, avec l'école, des écrivains africains ont publié des romans et des poèmes. On a pu affirmer que « la littérature africaine écrite est l'héritière de la littérature orale ». Qu'est-ce que l'écrit a reçu de l'oral, et en quoi s'en distingue-t-il ? Nous verrons que l'écrit hérite de l'oral ses récits, ses formes et sa fonction, avant de montrer qu'il transforme cet héritage.

I. Un héritage réel : les récits (Soundjata transcrit par Niane) ; les formes (proverbes, répétitions, adresses au public chez Kourouma ; conte chez Birago Diop) ; la fonction éducative et morale de la parole.

II. Un héritage transformé : l'œuvre écrite est signée par un auteur ; elle vise un lecteur isolé et souvent lointain ; elle aborde des thèmes nouveaux (colonisation, dictature, ville, exil).

Conclusion : l'écrivain africain est comme un « griot moderne » : il prolonge la parole des anciens avec les moyens du livre.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qui a publié Soundjata ou l'épopée mandingue en 1960 ?
Voir la réponse

Réponse B : Djibril Tamsir Niane. L'historien guinéen Djibril Tamsir Niane a transcrit l'épopée d'après la parole d'un griot.

2Comment appelle-t-on le gardien de la parole en pays mandingue ?
Voir la réponse

Réponse A : le griot (djéli). Le djéli conserve les généalogies et les épopées.

3Quel écrivain guinéen a reçu le prix Renaudot en 2008 ?
Voir la réponse

Réponse C : Tierno Monénembo. Tierno Monénembo l'a reçu pour Le Roi de Kahel.

4Quel écrivain africain a reçu le prix Nobel de littérature en 1986 ?
Voir la réponse

Réponse B : Wole Soyinka. Le Nigérian Wole Soyinka est le premier Africain noir lauréat du Nobel de littérature.

5À quelle étape appartient L'Enfant noir (1953) ?
Voir la réponse

Réponse B : le roman africain des années 1950. Publié avant l'indépendance, ce récit célèbre l'enfance à Kouroussa.

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