Aller au contenu
Français · Terminale SM Prépare le BAC

Leçon 18 sur 26

La littérature française du XXe siècle

Je sais expliquer comment les crises du XXe siècle ont transformé la littérature française, présenter ses grands courants et ses auteurs majeurs, et les relier à la littérature africaine.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Relier la littérature du XXe siècle à son contexte historique (guerres, crises, décolonisation)
  • Présenter les grands courants et leurs auteurs (Surréalisme, Existentialisme, Absurde, Nouveau Roman, poésie engagée)
  • Utiliser ces repères dans une dissertation ou pour situer un texte

Avant de commencer : La littérature française (grands mouvements du Moyen Âge au XIXe siècle).

1Je découvre

En cours d'histoire, Ousmane a appris que la Première Guerre mondiale (1914-1918) a fait des millions de morts, dont de nombreux tirailleurs venus d'Afrique occidentale, et que la Seconde (1939-1945) a été encore plus meurtrière. Le lendemain, en cours de français, le professeur lit un poème écrit pendant l'Occupation allemande de la France, où le poète écrit le mot « Liberté » sur tout ce qu'il voit.

Ousmane fait le lien : « Quand le monde entier est en guerre, les écrivains ne peuvent plus écrire comme avant. » Aïssatou ajoute : « Et c'est aussi le siècle où l'Afrique devient indépendante. La Guinée en 1958 ! »

Comment les bouleversements du XXe siècle ont-ils transformé la littérature française, et quels en sont les grands courants ?

2Je comprends

1. Un siècle de crises

Le XXe siècle est marqué par des événements qui ébranlent la confiance dans le progrès et la raison :

  1. 11914-1918 : Première Guerre mondiale, la « Grande Guerre ».
  2. 21929 : grande crise économique mondiale.
  3. 31939-1945 : Seconde Guerre mondiale, Occupation de la France, génocide des Juifs, bombe atomique.
  4. 41945-1960 : guerre froide et décolonisation (Guinée indépendante le 2 octobre 1958).
  5. 5Après 1960 : société de consommation, nouvelles formes d'écriture.
Les grands événements qui marquent la littérature du XXe siècle.

Les écrivains se posent des questions nouvelles : comment écrire après tant de massacres ? L'homme a-t-il encore un sens ? Que peut la littérature face à l'Histoire ? Ils répondent en renouvelant les formes (vers libre, écriture automatique, roman sans intrigue) et en s'engageant.

2. Le début du siècle : la modernité poétique

Guillaume Apollinaire (Alcools, 1913 ; Calligrammes, 1918) supprime la ponctuation dans ses poèmes et invente les calligrammes, des poèmes dont les mots dessinent une image. Il ouvre la voie à une poésie libre.

Marcel Proust, dans À la recherche du temps perdu (publié de 1913 à 1927), explore la mémoire : un simple goût ou une odeur peut faire revivre tout le passé. C'est la mémoire involontaire.

3. De Dada au Surréalisme

Pendant la Première Guerre mondiale naît à Zurich (Suisse), en 1916, le mouvement Dada, animé par Tristan Tzara : il se moque de tout, de la logique comme de l'art, pour protester contre la folie de la guerre.

En 1924, André Breton publie le Manifeste du surréalisme. Le Surréalisme veut libérer l'esprit en explorant le rêve, l'inconscient et le hasard, grâce à l'écriture automatique. Autour de Breton : Paul Éluard, Louis Aragon, Robert Desnos. Ce courant sera approfondi dans la leçon suivante.

4. La littérature face à la guerre et à l'engagement

  • La poésie de la Résistance : pendant l'Occupation (1940-1944), des poètes publient souvent en secret. Paul Éluard écrit le poème « Liberté » (1942), Louis Aragon chante la France blessée.
  • Le roman de la condition humaine : André Malraux (La Condition humaine, 1933, prix Goncourt) montre des hommes qui donnent un sens à leur vie par l'action ; Antoine de Saint-Exupéry (Terre des hommes, 1939 ; Le Petit Prince, 1943) célèbre la solidarité et la responsabilité.
  • Le roman noir de la guerre : Louis-Ferdinand Céline (Voyage au bout de la nuit, 1932) décrit l'horreur de la guerre de 1914 et des colonies avec une langue parlée, crue et violente.

5. L'Existentialisme et l'Absurde

Après 1945, deux philosophies dominent :

Existentialisme
  • Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir
  • L'homme est libre et se définit par ses actes
  • Idée clé : liberté, responsabilité, engagement
  • La Nausée (1938), Huis clos (1944)
Absurde
  • Albert Camus, puis Ionesco et Beckett au théâtre
  • Le monde n'a pas de sens, l'homme en cherche un
  • Idée clé : absurde, révolte, lucidité
  • L'Étranger (1942), Le Mythe de Sisyphe (1942)
Deux grands courants de pensée de l'après-guerre.
  • Sartre : pour lui, l'homme n'a pas de nature fixée d'avance ; il se construit par ses choix. Il est donc entièrement responsable de ce qu'il devient.
  • Camus : l'homme cherche un sens, mais le monde se tait. Cette confrontation, c'est l'absurde. Camus ne propose pas le désespoir, mais la révolte et la solidarité (La Peste, 1947). Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1957.

6. Le théâtre de l'absurde

Dans les années 1950, Eugène Ionesco (La Cantatrice chauve, 1950) et Samuel Beckett (En attendant Godot, 1953) montrent sur scène des personnages qui parlent pour ne rien dire ou attendent quelqu'un qui ne vient jamais. Le langage se vide, l'intrigue disparaît : le spectateur rit, puis s'inquiète.

7. Le Nouveau Roman

À partir des années 1950, des romanciers comme Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute ou Michel Butor (La Modification, 1957, écrite à la deuxième personne « vous ») refusent le roman traditionnel : plus d'intrigue claire, de personnage bien défini ni de narrateur qui sait tout. Le lecteur doit reconstruire l'histoire.

8. La Négritude, une littérature née en français

C'est à Paris, dans les années 1930, que des étudiants noirs, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas, fondent la Négritude. Ils écrivent en français, dialoguent avec le Surréalisme et l'Existentialisme, mais affirment les valeurs des civilisations noires. En 1948, Senghor publie une Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, préfacée par Sartre sous le titre « Orphée noir ». La littérature de langue française du XXe siècle n'est donc pas seulement française : elle devient francophone.

CourantPériodeAuteursIdée clé
Modernité poétique1910-1920Apollinaireliberté du vers, calligrammes
Surréalismeà partir de 1924Breton, Éluard, Aragonrêve, inconscient, écriture automatique
Négritudeà partir des années 1930Césaire, Senghor, Damasfierté des valeurs noires
Existentialisme1940-1960Sartre, Beauvoirliberté, responsabilité, engagement
Absurde1940-1960Camus, Ionesco, Beckettmonde sans sens, révolte
Nouveau Roman1950-1970Robbe-Grillet, Sarraute, Butorrefus du roman traditionnel

Méthode

Pour exploiter le XXe siècle dans une dissertation :

  1. Je relie l'œuvre à son contexte (guerre, crise, décolonisation).
  2. Je nomme le courant et son idée clé.
  3. Je donne un exemple précis : auteur, titre, date.
  4. Je montre ce que l'œuvre apporte à la réflexion du sujet.

Exemple

Sujet : « La littérature peut-elle quelque chose contre la guerre ? »

Exemple exploité : Pendant l'Occupation allemande, Paul Éluard écrit « Liberté » (1942). Le poème, construit sur la répétition « J'écris ton nom », énumère tous les lieux où le poète inscrit le mot final, « Liberté ». Diffusé clandestinement, il a soutenu le moral des résistants. La littérature ne peut pas arrêter les armes, mais elle entretient l'espoir et la résistance des esprits.

Exemple

Question : Pourquoi le roman traditionnel est-il remis en cause au XXe siècle ?

Réponse : Après les deux guerres mondiales, les certitudes sur l'homme et sur le progrès s'effondrent. Le roman traditionnel, avec son intrigue claire, son héros cohérent et son narrateur qui sait tout, semble ne plus correspondre à un monde devenu incompréhensible. Les écrivains du Nouveau Roman, comme Michel Butor dans La Modification (1957), proposent alors des récits sans intrigue linéaire, qui obligent le lecteur à reconstruire le sens.

3Je retiens

Je retiens

Contexte : deux guerres mondiales, crise de 1929, guerre froide, décolonisation ; perte de confiance dans le progrès.

Début du siècle : Apollinaire (Alcools, 1913 ; calligrammes), Proust (mémoire involontaire).

Dada (1916, Tzara) puis Surréalisme (Manifeste de Breton, 1924) : rêve, inconscient, écriture automatique.

Poésie de la Résistance : Éluard (« Liberté », 1942), Aragon.

Existentialisme (Sartre) : liberté et responsabilité ; Absurde (Camus, L'Étranger, 1942 ; Nobel 1957).

Théâtre de l'absurde : Ionesco (La Cantatrice chauve, 1950), Beckett (En attendant Godot, 1953). Nouveau Roman : Robbe-Grillet, Sarraute, Butor.

La Négritude (Césaire, Senghor, Damas) naît en français à Paris dans les années 1930.

4Erreurs fréquentes

  • Réduire le XXe siècle au Surréalisme : cite plusieurs courants et situe-les dans le temps.
  • Confondre Existentialisme et Absurde : Sartre insiste sur la liberté et l'engagement ; Camus sur l'absurde et la révolte.
  • Oublier le contexte historique : au BAC, le lien entre les guerres et la littérature est souvent attendu.
  • Écrire que Senghor et Césaire sont des auteurs « français » : ce sont des auteurs francophones, sénégalais et martiniquais.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Associe chaque œuvre à son auteur : Alcools ; L'Étranger ; Huis clos ; En attendant Godot ; Manifeste du surréalisme ; La Condition humaine.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Alcools : Apollinaire ; L'Étranger : Camus ; Huis clos : Sartre ; En attendant Godot : Beckett ; Manifeste du surréalisme : Breton ; La Condition humaine : Malraux.

2Exercice 2

Définis en une phrase : calligramme, écriture automatique, absurde, Nouveau Roman.

Voir le corrigéCacher le corrigé
  • Calligramme : poème dont les mots sont disposés de façon à dessiner une image en rapport avec le sujet.
  • Écriture automatique : technique surréaliste qui consiste à écrire très vite, sans contrôle de la raison, pour laisser parler l'inconscient.
  • Absurde : pour Camus, sentiment né de la confrontation entre l'homme qui cherche un sens et un monde qui n'en donne pas.
  • Nouveau Roman : courant des années 1950 qui refuse l'intrigue, le personnage et le narrateur traditionnels.

3Exercice 3

Explique pourquoi les deux guerres mondiales ont transformé la littérature.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Les guerres mondiales ont montré que la science et le progrès pouvaient servir à tuer en masse. Les écrivains ont perdu confiance dans la raison et dans les valeurs anciennes. Certains ont protesté par la dérision (Dada) ou l'exploration du rêve (Surréalisme) ; d'autres ont décrit l'horreur (Céline) ; d'autres encore se sont engagés dans la Résistance (Éluard, Aragon) ou ont réfléchi au sens de l'existence (Sartre, Camus). La guerre a donc changé à la fois les thèmes et les formes de l'écriture.

4Exercice 4

Présente en un paragraphe la place de la Négritude dans la littérature de langue française du XXe siècle.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Réponse possible : La Négritude occupe une place essentielle dans la littérature de langue française du XXe siècle. Fondée à Paris dans les années 1930 par Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas, elle affirme la valeur des civilisations noires face au mépris colonial. Ses poètes écrivent en français et dialoguent avec les courants de leur temps : Césaire utilise les images libres du Surréalisme, et Sartre préface en 1948 l'anthologie de Senghor. La Négritude montre ainsi que la langue française n'appartient plus seulement à la France : elle devient la langue d'une littérature francophone mondiale.

5Exercice 5

(Type BAC) Sujet de dissertation : « Au XXe siècle, les écrivains ont cherché à exprimer les angoisses de leur temps. » Expliquez et discutez cette affirmation. Donnez une problématique et un plan détaillé avec des exemples.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Problématique : Les écrivains du XXe siècle se sont-ils contentés d'exprimer les angoisses de leur époque, ou ont-ils aussi cherché à les dépasser ?

Plan détaillé :

I. Une littérature de l'angoisse : l'horreur de la guerre (Céline, Voyage au bout de la nuit) ; le sentiment de l'absurde (Camus, L'Étranger ; Beckett, En attendant Godot) ; la solitude et l'incommunicabilité (Ionesco).

II. Une littérature qui cherche des réponses : la révolte et la solidarité (Camus, La Peste) ; la liberté et l'engagement (Sartre) ; l'espoir de la Résistance (Éluard, « Liberté »).

III. Une littérature qui réinvente le monde : le rêve et l'imaginaire (Surréalisme) ; la fierté retrouvée des peuples colonisés (Négritude) ; de nouvelles formes d'écriture (Nouveau Roman).

Conclusion : les écrivains ont exprimé les angoisses de leur temps, mais surtout pour aider l'homme à les affronter.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qui publie le Manifeste du surréalisme en 1924 ?
Voir la réponse

Réponse B : André Breton. André Breton est le fondateur et le théoricien du Surréalisme.

2Quel écrivain est associé à la philosophie de l'absurde ?
Voir la réponse

Réponse A : Albert Camus. Camus développe l'absurde dans L'Étranger et Le Mythe de Sisyphe (1942).

3Qu'est-ce qu'un calligramme ?
Voir la réponse

Réponse B : un poème dont les mots dessinent une image. Apollinaire a rendu célèbres les calligrammes (1918).

4Quelle pièce appartient au théâtre de l'absurde ?
Voir la réponse

Réponse C : En attendant Godot. Dans la pièce de Beckett (1953), deux personnages attendent un Godot qui ne vient jamais.

5Où naît la Négritude ?
Voir la réponse

Réponse B : à Paris dans les années 1930. Césaire, Senghor et Damas, étudiants à Paris, fondent la Négritude dans les années 1930.

Tu as fini la leçon ?

Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.

Karamö
Un point pas clair ? Dis-moi ce qui te bloque dans cette leçon : je t’explique autrement, pas à pas. Demander à Karamö

Toutes les leçons de Français · Terminale SM

Demander à Karamö