Leçon 4 sur 12
La morale
Je sais définir la morale, distinguer morale et éthique, expliquer le rôle de la conscience morale et discuter l'origine de la morale.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir la morale, le bien, le devoir et la conscience morale
- Présenter les grandes explications de l'origine de la morale (société, raison, sentiment, religion)
- Discuter si la morale est universelle ou relative
Avant de commencer : Notions de conscience et de société (cours de Première)
1Je découvre
À la gare routière de Mamou, Ibrahima, apprenti chauffeur, trouve sous un siège une enveloppe contenant 2 000 000 GNF. Personne ne l'a vu. Son ami lui souffle : « Garde-la, c'est ta chance, personne ne saura jamais. » Mais une petite voix intérieure lui dit que cet argent appartient à quelqu'un qui en a peut-être besoin pour payer une ordonnance ou la scolarité d'un enfant.
Aucun policier ne le surveille, aucune loi ne sera appliquée s'il se tait. Pourtant, Ibrahima se sent obligé. Il pense à ce que diraient ses parents, à ce que lui a appris l'imam, mais aussi à ce qu'il penserait lui-même s'il avait perdu cet argent.
D'où vient ce sentiment d'obligation ? Est-ce la société qui le lui impose, sa religion, sa raison, ou son cœur ?
Qu'est-ce que la morale, d'où vient-elle, et ses règles sont-elles les mêmes pour tous les hommes ?
2Je comprends
1. Définitions
La morale est l'ensemble des règles de conduite considérées comme bonnes et qui disent ce que l'on doit faire et ce qu'il faut éviter. Elle distingue le bien et le mal. Le mot vient du latin mores, les mœurs.
Quelques notions clés :
- le bien : ce qui est conforme à la morale, ce qui mérite d'être fait ;
- le devoir : l'obligation morale, ce que je dois faire même si je n'en ai pas envie ;
- la vertu : la disposition stable à faire le bien (le courage, l'honnêteté, la générosité) ;
- la conscience morale : la faculté intérieure qui juge nos actes et ceux des autres comme bons ou mauvais. Elle se manifeste avant l'acte (elle conseille), pendant (elle approuve ou interdit) et après (satisfaction ou remords).
On distingue souvent la morale, qui énonce des devoirs sous forme d'obligations (« tu dois », « tu ne dois pas »), de l'éthique, qui est la réflexion sur la manière de bien vivre et sur les principes de l'action (l'éthique médicale, par exemple). Les deux mots sont parfois employés l'un pour l'autre.
Morale et droit : la morale oblige intérieurement (sanction : le remords, le mépris des autres), le droit oblige extérieurement (sanction : amende, prison). Ibrahima n'est pas puni par la loi s'il garde l'enveloppe, mais il agit mal moralement.
- Règles intérieures, de conscience
- Juge les intentions
- Sanction : remords, réprobation
- Vise le bien
- Règles écrites, publiques
- Juge surtout les actes
- Sanction : amende, prison
- Vise l'ordre et la justice sociale
2. D'où vient la morale ?
a) La morale vient de la société. Pour le sociologue français Émile Durkheim, la morale est un fait social : ce sont les règles que la société impose à ses membres pour assurer sa cohésion. Nous les recevons par l'éducation (famille, école, communauté religieuse) sans les avoir choisies. La conscience morale serait alors la voix de la société en nous. Le psychanalyste Sigmund Freud explique de son côté que les interdits des parents sont intériorisés dans une instance psychique qu'il appelle le surmoi.
Exemple
Situation : en Guinée, on apprend très tôt à saluer les aînés, à partager le repas autour du plat commun, à respecter la parole donnée, à accueillir l'étranger.
Analyse selon Durkheim : ces règles viennent de la communauté, se transmettent par l'éducation, et celui qui les viole est blâmé (« il n'a pas été bien éduqué »). La morale apparaît comme un ensemble de règles sociales qui assurent la cohésion du groupe.
Limite : si la morale n'était que sociale, on ne pourrait jamais critiquer les règles de sa propre société. Or des hommes ont eu le courage de s'opposer à des coutumes injustes.
b) La morale vient de la raison. Pour Emmanuel Kant, la loi morale est donnée par la raison, présente en tout homme. Elle commande de façon absolue, sans condition : c'est l'impératif catégorique. Kant en donne plusieurs formulations, dont celles-ci, que l'on peut résumer ainsi : agis seulement selon une règle dont tu pourrais vouloir qu'elle devienne une loi pour tous ; et traite toujours l'humanité, en toi et en autrui, comme une fin et jamais seulement comme un moyen. Appliqué au cas d'Ibrahima : si tout le monde gardait l'argent trouvé, plus personne ne pourrait se fier aux autres ; la règle « garder ce qu'on trouve » ne peut pas être universelle, donc elle est immorale.
c) La morale vient du sentiment. Pour Jean-Jacques Rousseau, la conscience est d'abord un sentiment naturel, un « instinct divin » qui nous fait aimer le bien et avoir pitié de ceux qui souffrent, avant tout raisonnement. On fait le bien parce qu'on est touché par la souffrance d'autrui.
d) La morale vient de Dieu. Pour les religions révélées (islam, christianisme), la morale a une origine divine : Dieu fixe le bien et le mal, et l'homme doit obéir à ses commandements. En Guinée, cette source est très présente dans la vie de chacun. Le philosophe peut la respecter tout en constatant qu'elle repose sur la foi, et que des personnes de religions différentes, ou sans religion, partagent souvent les mêmes valeurs essentielles.
- 1Société (Durkheim) : la morale est un ensemble de règles collectives transmises par l'éducation
- 2Raison (Kant) : la morale est une loi universelle que la raison se donne à elle-même
- 3Sentiment (Rousseau) : la conscience est un instinct naturel qui nous fait aimer le bien
- 4Religion : la morale est commandée par Dieu et révélée aux hommes
3. La morale est-elle universelle ou relative ?
Arguments pour le relativisme. Les règles morales varient selon les époques et les sociétés : ce qui est permis ici est interdit ailleurs (règles du mariage, de l'alimentation, rapports entre générations). Le philosophe Montaigne remarquait déjà que chacun appelle « barbarie » ce qui n'est pas de son usage. Friedrich Nietzsche, dans la Généalogie de la morale, va plus loin : les valeurs morales ont une histoire, elles ont été inventées par des hommes, et il faut examiner ce qu'elles cachent.
Arguments pour l'universalité. Au-delà des différences de coutumes, certaines valeurs se retrouvent presque partout : ne pas tuer l'innocent, respecter la parole donnée, aider celui qui est en détresse, accueillir l'hôte. Kant fonde l'universalité sur la raison commune à tous les hommes. Les droits de l'homme expriment l'idée que la dignité humaine est la même partout.
Exemple
Réflexion : la coutume doit-elle toujours être suivie ?
Certaines coutumes expriment des valeurs profondes (solidarité familiale, respect des aînés, hospitalité).
D'autres ont été remises en cause parce qu'elles portent atteinte à l'intégrité ou à la dignité des personnes ; en Guinée comme ailleurs, la loi et de nombreux responsables religieux et communautaires combattent par exemple les mariages forcés d'enfants.
Conclusion : la diversité des coutumes est réelle, mais la conscience morale peut juger une coutume au nom d'une valeur plus haute : la dignité de toute personne. La morale n'est donc pas purement relative.
Le philosophe Henri Bergson distingue d'ailleurs une morale close, faite des règles d'un groupe particulier qui protègent sa cohésion (et excluent parfois les autres), et une morale ouverte, portée par des personnalités exceptionnelles (sages, saints, héros), qui s'adresse à l'humanité entière.
4. La valeur de la morale
La morale n'est pas seulement une contrainte : elle est ce qui rend possible la confiance et la vie commune. Elle fait aussi la dignité de l'homme, seul être capable d'agir par devoir et non seulement par intérêt ou par instinct. Ibrahima, en rendant l'enveloppe, ne gagne rien matériellement, mais il se montre digne de confiance et respecte l'autre comme il voudrait être respecté.
Méthode
Pour traiter un sujet sur la morale :
- Définis morale, bien, devoir, conscience morale ; distingue morale, droit et éthique si le sujet s'y prête.
- Repère le problème : origine de la morale ? universalité ou relativité ? contrainte ou liberté ?
- Mobilise les thèses : Durkheim (société), Kant (raison), Rousseau (sentiment), religion ; Nietzsche et Montaigne (relativité) ; Bergson (morale close et ouverte).
- Illustre par des situations de la vie guinéenne (honnêteté, solidarité, coutumes).
- Conclus en montrant que la morale, même reçue de la société, peut être reprise et fondée par la raison.
3Je retiens
Je retiens
Morale : ensemble des règles de conduite qui distinguent le bien du mal et disent ce que l'on doit faire.
Conscience morale : faculté intérieure qui juge nos actes (elle conseille, approuve, interdit, provoque le remords).
Morale (intérieure, intentions, remords) et droit (extérieur, actes, sanction légale) se distinguent.
Origines possibles : la société (Durkheim, surmoi de Freud), la raison (Kant, impératif catégorique), le sentiment (Rousseau), Dieu (religions).
Relativisme : les règles varient selon les sociétés (Montaigne, Nietzsche).
Universalisme : certaines valeurs sont partout reconnues ; la raison et la dignité humaine sont communes (Kant).
Bergson : morale close (du groupe) et morale ouverte (de l'humanité).
4Erreurs fréquentes
- Confondre morale et loi : ce qui est légal n'est pas toujours moral, et ce qui est immoral n'est pas toujours puni par la loi.
- Réduire la morale à la religion : c'est une source importante, mais la philosophie examine aussi la société, la raison et le sentiment.
- Conclure que « chacun a sa morale, donc tout se vaut » : la diversité des coutumes n'empêche pas de juger certaines pratiques au nom de la dignité humaine.
- Présenter la pensée de Kant de façon trop vague : retiens l'idée d'universalisation de la règle et de respect de la personne comme fin.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Question de cours) Définis la morale et la conscience morale. Donne trois moments où la conscience morale intervient.
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La morale est l'ensemble des règles de conduite qui distinguent le bien du mal et disent ce qu'on doit faire. La conscience morale est la faculté intérieure qui juge nos actes comme bons ou mauvais.
Elle intervient : avant l'acte (elle conseille ou avertit), pendant l'acte (elle approuve ou interdit), après l'acte (satisfaction du devoir accompli ou remords).
2Exercice 2
Associe chaque auteur à sa thèse sur l'origine de la morale : Durkheim, Kant, Rousseau.
a) La conscience est un instinct naturel qui nous fait aimer le bien.
b) La morale est un fait social transmis par l'éducation.
c) La loi morale est donnée par la raison et vaut pour tous.
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Durkheim : b). Kant : c). Rousseau : a).
3Exercice 3
Applique le critère de Kant (universaliser la règle) à la situation suivante : Kadiatou veut copier sur sa voisine pendant un devoir. Montre pourquoi l'action est immorale.
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La règle de Kadiatou serait : « Je copie sur les autres quand cela m'arrange. » Si tout le monde suivait cette règle, les notes ne mesureraient plus rien, le devoir perdrait son sens et personne ne pourrait plus se fier aux résultats : la règle se détruit elle-même quand on l'universalise. De plus, Kadiatou utilise sa voisine comme un simple moyen pour réussir. L'action est donc immorale selon Kant.
4Exercice 4
« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » (Pascal). Explique cette idée de la relativité des règles, puis montre une limite du relativisme moral.
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Pascal remarque que ce qui est jugé juste d'un côté d'une montagne (une frontière) est jugé injuste de l'autre : les règles varient selon les pays et les coutumes, elles semblent donc relatives. Limite : si tout était relatif, on ne pourrait jamais condamner une injustice commise ailleurs (l'esclavage, la torture, le mariage forcé d'enfants). Or la conscience humaine reconnaît partout certaines valeurs (ne pas tuer l'innocent, respecter la parole donnée), ce qui montre qu'il existe une part d'universel dans la morale.
5Exercice 5
(Type BAC) Sujet : « La morale n'est-elle qu'un produit de la société ? » Rédige une problématique et un plan détaillé en trois parties.
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Problématique : nous apprenons la morale par la famille, l'école et la communauté, ce qui suggère qu'elle vient de la société. Mais si elle n'était que sociale, comment expliquer que des individus s'opposent au nom de la morale aux règles de leur propre société ? La morale est-elle seulement une contrainte collective, ou a-t-elle un fondement plus profond ?
I. La morale est en grande partie un produit de la société : Durkheim, l'éducation, le surmoi de Freud ; diversité des morales selon les sociétés (Montaigne) ; exemples guinéens (salut aux aînés, hospitalité).
II. Mais elle ne se réduit pas à la société : la conscience peut juger la société (réformateurs, résistants) ; Kant : la loi morale vient de la raison universelle ; Rousseau : la conscience est un sentiment naturel.
III. Une morale reçue qui devient morale réfléchie : Bergson (morale close et morale ouverte) ; l'individu reprend et corrige par sa raison les règles reçues ; la dignité humaine comme critère.
Conclusion : la morale naît dans la société, mais elle n'est pleinement morale que lorsque la conscience de chacun la juge et l'adopte librement.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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