Leçon 5 sur 16
Les grandes conceptions de la vie morale
Je sais présenter et comparer les grandes doctrines morales (plaisir, bonheur, utilité, devoir, sentiment, religion, liberté) et les utiliser dans une dissertation.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Présenter l'hédonisme, l'eudémonisme, le stoïcisme, l'utilitarisme, la morale du devoir et la morale du sentiment
- Distinguer morales du bonheur et morales du devoir
- Critiquer chaque doctrine et choisir des arguments pour un sujet de BAC
Avant de commencer : La morale (leçon précédente)
1Je découvre
Au lycée de Kankan, la classe de Terminale discute d'une question simple : pourquoi faut-il bien agir ?
Alpha répond : « Pour être heureux. Celui qui vit bien est en paix avec lui-même. » Mariama n'est pas d'accord : « Non, on doit bien agir parce que c'est un devoir, même si cela nous rend malheureux. Celui qui dit la vérité au risque de perdre son travail agit bien. » Lansana ajoute : « Moi, je pense qu'une action est bonne si elle profite au plus grand nombre de personnes, comme un puits creusé pour tout le quartier. » Hawa conclut : « Pour moi, le bien, c'est ce que Dieu commande. »
Le professeur sourit : chacun vient, sans le savoir, de défendre une grande doctrine morale que des philosophes ont développée pendant des siècles.
Quelles sont les grandes conceptions de la vie morale, et laquelle permet le mieux de dire ce qu'est une vie bonne ?
2Je comprends
On peut classer les grandes doctrines morales en deux familles :
- les morales du bonheur (ou morales téléologiques, du grec telos, le but) : le bien est ce qui conduit au bonheur, au plaisir ou à l'utilité ;
- les morales du devoir (ou morales déontologiques) : le bien est d'obéir à une loi morale, quelles que soient les conséquences pour soi.
À côté, on trouve la morale du sentiment, la morale religieuse, la morale sociologique et la morale existentialiste de la liberté.
1. L'hédonisme : le plaisir comme bien
L'hédonisme (du grec hêdonê, plaisir) affirme que le plaisir est le souverain bien. Dans l'Antiquité, Aristippe de Cyrène prônait la recherche des plaisirs du moment.
Épicure (IVe-IIIe siècle av. J.-C.) propose un hédonisme modéré. Pour lui, le plaisir véritable est l'absence de douleur du corps (l'aponie) et l'absence de trouble de l'âme (l'ataraxie). Il classe les désirs : les désirs naturels et nécessaires (manger, boire, se protéger du froid) doivent être satisfaits ; les désirs naturels non nécessaires (les mets raffinés) peuvent l'être avec mesure ; les désirs ni naturels ni nécessaires (la richesse sans limite, la gloire, le pouvoir) doivent être écartés, car ils ne sont jamais rassasiés. Contrairement à une idée reçue, l'épicurisme est donc une morale de la sobriété.
Critique : le plaisir est variable et subjectif ; il peut conduire à l'égoïsme ; certaines actions bonnes (sacrifice, courage) sont douloureuses.
2. L'eudémonisme : le bonheur par la vertu
L'eudémonisme (du grec eudaimonia, bonheur) fait du bonheur la fin de la vie morale. Pour Aristote, dans l'Éthique à Nicomaque, tous les hommes recherchent le bonheur, et le bonheur consiste à réaliser pleinement ce qui est propre à l'homme : la raison, par une vie de vertu. La vertu est un juste milieu entre deux excès : le courage est entre la lâcheté et la témérité, la générosité entre l'avarice et la prodigalité.
Exemple
Application du juste milieu d'Aristote : la générosité lors d'un baptême ou d'un mariage.
Excès : dépenser au-delà de ses moyens pour impressionner, jusqu'à s'endetter (prodigalité).
Défaut : ne rien donner et refuser toute participation (avarice).
Vertu : contribuer selon ses moyens, avec cœur, sans ostentation.
Conclusion : la vertu n'est pas une règle mécanique ; c'est une disposition acquise par l'habitude qui trouve la juste mesure selon la situation.
3. Le stoïcisme : vivre selon la nature et la raison
Les stoïciens (Zénon, Sénèque, Épictète, Marc Aurèle) enseignent que le bonheur est dans la vertu et la maîtrise de soi. L'idée centrale, chez Épictète : distinguer ce qui dépend de nous (nos jugements, nos désirs, nos actions) et ce qui ne dépend pas de nous (la santé, la richesse, la réputation, la mort). Le sage ne s'inquiète pas de ce qu'il ne peut changer ; il accepte l'ordre du monde et agit bien là où il le peut.
Critique : le stoïcisme peut conduire à la résignation devant l'injustice ; il demande une force d'âme que peu d'hommes possèdent.
4. L'utilitarisme : le plus grand bonheur du plus grand nombre
Les philosophes anglais Jeremy Bentham et John Stuart Mill jugent une action à ses conséquences : est bonne l'action qui produit le plus grand bonheur pour le plus grand nombre. Bentham propose même de calculer les plaisirs et les peines (intensité, durée, nombre de personnes touchées). Mill ajoute que certains plaisirs (ceux de l'esprit) valent mieux que d'autres.
Exemple
Cas : la mairie d'une commune dispose d'un budget limité. Doit-elle construire un forage d'eau potable pour tout le quartier ou rénover la cour d'une seule famille influente ?
Raisonnement utilitariste : le forage profite à des centaines de personnes (santé, temps gagné pour les femmes et les enfants qui allaient chercher l'eau loin) ; la rénovation n'en satisfait que quelques-unes. Le forage est donc moralement préférable.
Limite : si le seul critère est le nombre, pourrait-on sacrifier un innocent pour le bonheur de la majorité ? L'utilitarisme risque d'oublier les droits de l'individu.
5. La morale du devoir (Kant)
Pour Kant, une action n'a de valeur morale que si elle est faite par devoir, et non simplement conformément au devoir par intérêt. Le commerçant du marché Madina qui rend la monnaie juste seulement pour garder ses clients agit conformément au devoir, mais pas par devoir. La loi morale est l'impératif catégorique : il commande sans condition, et exige que la règle de mon action puisse devenir universelle et que je respecte toute personne comme une fin. Le bonheur n'est pas le but de la morale ; la morale nous rend dignes d'être heureux.
Critique : cette morale est très exigeante, parfois rigide (Kant refuse même le mensonge pour sauver quelqu'un), et elle semble négliger les conséquences et les sentiments.
6. La morale du sentiment
Pour Rousseau, la morale repose sur la conscience, sentiment naturel, et sur la pitié, qui nous fait souffrir de la souffrance d'autrui. Le philosophe écossais David Hume pense aussi que ce sont les sentiments, et non la raison seule, qui nous poussent à agir moralement.
Critique : les sentiments sont inconstants et partiaux ; on a plus de pitié pour ses proches que pour les inconnus.
7. Les morales religieuse, sociologique et existentialiste
- La morale religieuse fonde le bien sur la volonté de Dieu : obéir aux commandements, pratiquer la charité, l'aumône, la justice. Elle donne à la morale une autorité très forte, mais elle dépend de la foi.
- La morale sociologique (Durkheim) fonde le bien sur les exigences de la société.
- La morale existentialiste (Jean-Paul Sartre) affirme que l'homme n'a pas de nature fixée d'avance : il est libre et se définit par ses actes. Il n'existe pas de règle toute faite qui dispense de choisir ; en choisissant, l'homme engage toute l'humanité et en porte la responsabilité.
- Le bien est ce qui rend heureux ou utile
- On juge l'action par ses conséquences
- Épicure, Aristote, Bentham, Mill
- Risque : égoïsme ou sacrifice de l'individu
- Le bien est d'obéir à la loi morale
- On juge l'action par son intention
- Kant (et en partie les stoïciens)
- Risque : rigidité, oubli des conséquences
8. Quelle doctrine choisir ?
Aucune doctrine ne suffit seule. La morale du devoir rappelle que la dignité de la personne ne se négocie pas ; l'utilitarisme rappelle qu'il faut penser aux conséquences de nos actes ; l'eudémonisme montre que la vertu et le bonheur peuvent se rejoindre ; la morale du sentiment rappelle que l'on ne fait pas le bien sans cœur. Dans une dissertation, l'essentiel est de confronter ces doctrines à des situations concrètes et de montrer leurs forces et leurs limites.
- 1Hédonisme (Épicure) : le bien, c'est le plaisir mesuré et l'absence de trouble
- 2Eudémonisme (Aristote) : le bien, c'est le bonheur par la vertu et le juste milieu
- 3Stoïcisme (Épictète) : le bien, c'est la maîtrise de soi et l'acceptation de ce qui ne dépend pas de nous
- 4Utilitarisme (Bentham, Mill) : le bien, c'est le plus grand bonheur du plus grand nombre
- 5Devoir (Kant) : le bien, c'est agir par respect de la loi morale universelle
- 6Existentialisme (Sartre) : le bien se construit par des choix libres et responsables
Méthode
Pour utiliser les doctrines morales dans une dissertation :
- Ne récite pas toutes les doctrines : choisis celles qui répondent au problème du sujet.
- Pour chaque doctrine, donne la thèse, l'argument principal, un exemple concret et une limite.
- Oppose souvent morales du bonheur et morales du devoir : c'est un bon axe de plan.
- Fais apparaître une synthèse : par exemple, le devoir peut rendre digne du bonheur (Kant) ou la vertu peut conduire au bonheur (Aristote).
3Je retiens
Je retiens
Morales du bonheur (conséquences) et morales du devoir (intention) : deux grandes familles.
Hédonisme : le plaisir est le souverain bien ; Épicure : ataraxie, tri des désirs, sobriété.
Eudémonisme (Aristote) : le bonheur par la vertu, juste milieu entre deux excès.
Stoïcisme (Épictète) : distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas.
Utilitarisme (Bentham, Mill) : le plus grand bonheur du plus grand nombre.
Kant : agir par devoir et non seulement conformément au devoir ; impératif catégorique ; la morale rend digne d'être heureux.
Morale du sentiment (Rousseau, Hume), morale religieuse, morale sociologique (Durkheim), existentialisme (Sartre : liberté et responsabilité).
4Erreurs fréquentes
- Croire que l'épicurisme est la recherche de tous les plaisirs : Épicure prône au contraire une vie simple et le tri des désirs.
- Confondre « agir par devoir » et « agir conformément au devoir » chez Kant : l'intention fait toute la différence.
- Réduire l'utilitarisme à l'égoïsme : il vise le bonheur du plus grand nombre, pas seulement le sien.
- Présenter les doctrines comme une liste sans les discuter : chaque doctrine doit être critiquée et reliée au sujet.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Question de cours) Définis l'hédonisme, l'eudémonisme et l'utilitarisme, en citant un auteur pour chacun.
Voir le corrigéCacher le corrigé
L'hédonisme fait du plaisir le souverain bien (Aristippe ; Épicure dans une version modérée). L'eudémonisme fait du bonheur le but de la vie morale, bonheur atteint par la vertu (Aristote). L'utilitarisme juge une action à ses conséquences : est bonne l'action qui produit le plus grand bonheur du plus grand nombre (Bentham, Mill).
2Exercice 2
Classe les désirs suivants selon Épicure (naturel et nécessaire ; naturel non nécessaire ; ni naturel ni nécessaire) : a) boire de l'eau quand on a soif ; b) devenir célèbre dans tout le pays ; c) manger un plat de fête très raffiné ; d) avoir un abri contre la pluie ; e) posséder dix voitures.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) naturel et nécessaire ; b) ni naturel ni nécessaire ; c) naturel non nécessaire ; d) naturel et nécessaire ; e) ni naturel ni nécessaire.
3Exercice 3
Un commerçant rend la monnaie exacte à un enfant uniquement pour ne pas perdre la clientèle de ses parents. Selon Kant, son action a-t-elle une valeur morale ? Explique.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Non. Le commerçant agit conformément au devoir (il rend la monnaie juste) mais pas par devoir : son motif est l'intérêt (garder ses clients). Pour Kant, seule l'action faite par respect de la loi morale a une valeur morale. Si son intérêt changeait, il pourrait tromper l'enfant ; sa conduite n'est donc pas morale au sens strict.
4Exercice 4
Montre, à l'aide d'un exemple, une force et une limite de l'utilitarisme.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Force : l'utilitarisme oblige à penser aux conséquences concrètes de nos décisions pour tous. Exemple : utiliser l'argent d'une commune pour un forage qui sert tout le quartier plutôt que pour un projet qui profite à une seule famille.
Limite : il peut justifier le sacrifice d'un individu si cela augmente le bonheur total. Exemple : condamner un innocent pour calmer une foule serait « utile » à court terme, mais profondément injuste. L'utilitarisme risque d'oublier les droits et la dignité de chacun.
5Exercice 5
(Type BAC) Sujet : « Le bonheur est-il le but de la vie morale ? » Rédige une problématique et un plan détaillé.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Problématique : tout homme désire être heureux, et il semble naturel que la morale nous y conduise. Mais faire son devoir exige parfois de renoncer à son bonheur. La morale consiste-t-elle à chercher le bonheur, ou à obéir au devoir même au prix du bonheur ?
I. Le bonheur semble le but de la vie morale : Épicure (ataraxie), Aristote (bonheur par la vertu), utilitarisme (bonheur du plus grand nombre). Exemple : celui qui vit honnêtement vit en paix.
II. Pourtant le devoir ne se confond pas avec le bonheur : Kant (agir par devoir, impératif catégorique) ; le bonheur est variable et peut conduire à l'égoïsme ; exemples de sacrifices (dire la vérité au risque de perdre sa place).
III. Le devoir rend digne du bonheur : Kant ; le stoïcisme (le bonheur dans la vertu et la maîtrise de soi) ; la paix de la conscience comme forme supérieure de bonheur.
Conclusion : le bonheur n'est pas le fondement de la morale, mais la vie morale peut en être la condition et la récompense.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.
Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.