Leçon 7 sur 16
Les droits de l'homme et des peuples
Je sais expliquer ce que sont les droits de l'homme et les droits des peuples, leur fondement, leur histoire, leur apport africain et les débats sur leur universalité.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir les droits de l'homme et les droits des peuples et en connaître les grands textes
- Expliquer leur fondement philosophique (dignité, droit naturel) et leurs générations
- Discuter leur universalité et l'écart entre les textes et la réalité
Avant de commencer : Le droit (droit naturel et droit positif)
1Je découvre
Le 2 octobre 1958, la Guinée proclame son indépendance. Pendant la période coloniale, les populations avaient subi le travail forcé, l'impôt de capitation et un régime de l'indigénat qui les privait des droits reconnus aux citoyens français. L'indépendance a été vécue comme la conquête d'un droit collectif : celui d'un peuple à décider lui-même de son destin.
Aujourd'hui, Aïssatou, élève à Conakry, lit à la radio scolaire un texte sur les droits de l'enfant : droit à l'éducation, à la santé, à la protection contre la violence. Un auditeur appelle : « Ces droits de l'homme, ce sont des idées venues d'Europe. Nous avons nos propres valeurs. » Un autre répond : « Mais la dignité d'un enfant guinéen vaut celle de n'importe quel enfant du monde ! »
Que sont les droits de l'homme et des peuples, sur quoi reposent-ils, et peuvent-ils valoir pour tous les hommes, quelle que soit leur culture ?
2Je comprends
1. Définitions
Les droits de l'homme sont les droits fondamentaux que toute personne possède du seul fait qu'elle est un être humain, sans distinction d'origine, de sexe, de religion, d'opinion ou de condition sociale. Ils sont dits :
- universels : ils valent pour tous ;
- inaliénables : on ne peut pas les vendre ni y renoncer ;
- indivisibles : ils forment un tout ; on ne peut pas choisir les uns et rejeter les autres.
Les droits des peuples sont des droits collectifs reconnus aux peuples en tant que communautés : le droit à disposer d'eux-mêmes (à l'indépendance), le droit de disposer de leurs richesses naturelles, le droit au développement, à la paix, à un environnement satisfaisant.
Le fondement philosophique de ces droits est la dignité humaine : l'homme n'est pas une chose, il a une valeur qui n'a pas de prix. Kant disait que les choses ont un prix, mais que la personne a une dignité. Les droits de l'homme reprennent aussi l'idée de droit naturel : des droits antérieurs aux lois de l'État, que l'État doit reconnaître et non créer.
2. Une histoire de conquêtes
Les droits de l'homme ne sont pas tombés du ciel : ils ont été conquis au fil de l'histoire, souvent contre l'oppression.
- 1Tradition du Manding : la charte du Manden, transmise oralement, proclame selon les versions recueillies le respect de la vie humaine et le refus de l'esclavage
- 21789 : Déclaration des droits de l'homme et du citoyen en France (liberté, égalité, propriété, sûreté)
- 31948 : Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre
- 41966 : deux Pactes internationaux (droits civils et politiques ; droits économiques, sociaux et culturels)
- 51981 : Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, adoptée par l'Organisation de l'unité africaine
La Déclaration universelle de 1948 a été rédigée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et de ses crimes de masse : les nations ont voulu affirmer que plus jamais la dignité humaine ne devait être niée par un État. Son premier article affirme que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.
3. Les générations de droits
On distingue souvent trois « générations » de droits :
| Génération | Nature | Exemples |
|---|---|---|
| 1re : droits civils et politiques | libertés qui protègent l'individu contre l'arbitraire de l'État | droit à la vie, liberté d'expression, de conscience, de réunion, droit de vote, droit à un procès équitable |
| 2e : droits économiques, sociaux et culturels | droits qui demandent une action de l'État | droit à l'éducation, à la santé, au travail, à la sécurité sociale |
| 3e : droits de solidarité (droits des peuples) | droits collectifs | droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, au développement, à la paix, à un environnement sain |
4. L'apport africain : la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples
La Charte africaine, adoptée en 1981 à Nairobi par l'Organisation de l'unité africaine (aujourd'hui Union africaine), présente trois originalités :
- elle associe dans son titre les droits de l'homme et les droits des peuples, marquée par l'expérience de la colonisation et de la lutte pour l'indépendance ;
- elle énonce aussi des devoirs de l'individu : envers sa famille (respecter ses parents, les assister en cas de besoin), envers la société, l'État et la communauté internationale ; elle valorise la solidarité ;
- elle affirme le respect des valeurs de civilisation africaine, tout en proclamant l'égalité et la dignité de tous.
Exemple
Analyse : pourquoi l'Afrique a-t-elle insisté sur les droits des peuples ?
Contexte : les peuples africains ont subi la traite, puis la colonisation, qui leur refusaient à la fois les droits individuels et le droit de se gouverner eux-mêmes.
Idée : pour eux, la liberté individuelle n'était pas possible sans la libération collective ; le droit à l'indépendance et le droit de disposer de ses ressources naturelles sont apparus comme les conditions des autres droits.
Exemple guinéen : l'indépendance du 2 octobre 1958 est l'exercice du droit d'un peuple à disposer de lui-même ; la question de la juste exploitation de la bauxite, du fer ou de l'or touche au droit des peuples à disposer de leurs richesses.
Conclusion : les droits des peuples ne s'opposent pas aux droits de l'homme ; ils en sont le complément collectif.
5. Les droits de l'homme sont-ils universels ?
Les critiques.
- Le relativisme culturel : ces droits seraient une invention occidentale, liée à une culture individualiste, et imposée aux autres peuples. Certains ajoutent que les puissances qui les proclament les ont elles-mêmes violés (esclavage, colonisation).
- La critique de Marx : dans Sur la question juive (écrit en 1843, publié en 1844), Karl Marx estime que les droits de l'homme de 1789 sont ceux d'un individu séparé des autres, protégeant surtout la propriété ; ils resteraient des droits « formels » pour celui qui n'a pas les moyens matériels de les exercer. À quoi sert la liberté d'expression pour celui qui ne sait pas lire, ou le droit à la santé sans hôpital ?
- L'écart entre les textes et la réalité : les violations des droits de l'homme restent nombreuses dans le monde.
Les réponses.
- L'origine historique d'une idée ne détermine pas sa valeur : un vaccin découvert ailleurs soigne partout. La dignité humaine concerne tout homme. D'ailleurs, les peuples colonisés ont eux-mêmes invoqué ces droits pour réclamer leur liberté.
- Toutes les cultures possèdent des valeurs proches : la charte du Manden, l'hospitalité, le respect de la vie. La Charte africaine montre qu'on peut enraciner les droits de l'homme dans une culture sans renoncer à leur universalité.
- La critique de Marx est utile : elle rappelle que les droits doivent devenir réels. C'est le sens des droits économiques et sociaux (éducation, santé).
- L'écart entre texte et réalité n'invalide pas les droits : il en fait un idéal et un combat. Les droits de l'homme donnent un critère pour juger et dénoncer les injustices.
- Invention occidentale imposée
- Droits formels sans moyens réels (Marx)
- Violations nombreuses dans le monde
- Individualisme
- La dignité humaine concerne tout homme ; l'Afrique a sa propre Charte
- D'où les droits économiques et sociaux
- Les droits sont un idéal qui permet de juger ces violations
- La Charte africaine associe droits, devoirs et solidarité
Exemple
Cas pratique : le droit à l'éducation des filles.
Situation : dans certaines familles, on retire une fille de l'école pour les travaux domestiques ou un mariage précoce.
Du point de vue des droits de l'homme : l'éducation est un droit fondamental de chaque enfant, fille ou garçon ; la Convention relative aux droits de l'enfant (1989) le rappelle.
Du point de vue de la culture : on peut s'appuyer sur des valeurs guinéennes elles-mêmes (dignité de la personne, importance du savoir, rôle essentiel des femmes dans la famille et l'économie) pour défendre la scolarisation.
Conclusion : les droits de l'homme ne détruisent pas la culture ; ils permettent de lui faire porter ce qu'elle a de meilleur.
Méthode
Pour traiter un sujet sur les droits de l'homme et des peuples :
- Définis droits de l'homme, droits des peuples, dignité ; précise universalité, inaliénabilité, indivisibilité.
- Situe historiquement : 1789, 1948, 1966, 1981 (Charte africaine) ; tradition africaine.
- Problème fréquent : universalité ou relativité culturelle ? droits réels ou formels ?
- Partie critiques (relativisme, Marx, violations) puis partie réponses (dignité universelle, droits sociaux, idéal et combat).
- Illustre avec la Guinée : indépendance, éducation des filles, ressources naturelles.
3Je retiens
Je retiens
Droits de l'homme : droits fondamentaux de toute personne du seul fait qu'elle est humaine ; universels, inaliénables, indivisibles.
Droits des peuples : droits collectifs (disposer d'eux-mêmes, de leurs richesses, droit au développement, à la paix, à l'environnement).
Fondement : la dignité humaine (Kant : la personne n'a pas de prix mais une dignité) et le droit naturel.
Grands textes : 1789 (Déclaration des droits de l'homme et du citoyen), 1948 (Déclaration universelle), 1966 (Pactes), 1981 (Charte africaine des droits de l'homme et des peuples).
La Charte africaine associe droits de l'homme, droits des peuples et devoirs de l'individu.
Critiques : relativisme culturel, Marx (droits formels) ; réponses : dignité universelle, droits sociaux, idéal à réaliser.
4Erreurs fréquentes
- Confondre la Déclaration de 1789 (française) et la Déclaration universelle de 1948 (Nations unies).
- Dire que les droits de l'homme sont « seulement occidentaux » sans examiner l'argument : l'origine d'une idée ne décide pas de sa valeur, et l'Afrique a sa propre Charte.
- Oublier les devoirs : la Charte africaine insiste sur les devoirs de l'individu envers la famille et la communauté.
- Parler des droits de l'homme sans exemples concrets : éducation, santé, liberté d'expression, indépendance.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Question de cours) Définis les droits de l'homme et les droits des peuples. Donne trois caractères des droits de l'homme.
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Les droits de l'homme sont les droits fondamentaux que toute personne possède du seul fait qu'elle est un être humain. Les droits des peuples sont des droits collectifs reconnus aux peuples : disposer d'eux-mêmes, de leurs richesses, droit au développement, à la paix. Caractères des droits de l'homme : universels, inaliénables, indivisibles.
2Exercice 2
Classe chaque droit dans sa génération : a) liberté d'expression ; b) droit à l'éducation ; c) droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ; d) droit de vote ; e) droit à la santé ; f) droit à un environnement sain.
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1re génération (civils et politiques) : a) et d). 2e génération (économiques et sociaux) : b) et e). 3e génération (solidarité, droits des peuples) : c) et f).
3Exercice 3
Cite deux originalités de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples et explique pourquoi l'Afrique a insisté sur les droits des peuples.
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Originalités : 1) elle associe les droits de l'homme et les droits des peuples ; 2) elle énonce des devoirs de l'individu envers la famille, la société et l'État. On accepte aussi : la référence aux valeurs de civilisation africaine.
L'Afrique a insisté sur les droits des peuples parce qu'elle sortait de la traite et de la colonisation : sans libération collective (indépendance, contrôle des ressources), les droits individuels restaient impossibles.
4Exercice 4
Présente la critique de Marx contre les droits de l'homme, puis une réponse à cette critique.
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Critique : pour Marx, les droits de l'homme de 1789 sont ceux d'un individu égoïste, séparé des autres, et protègent surtout la propriété ; ce sont des droits formels, qui restent vides pour ceux qui n'ont pas les moyens de les exercer.
Réponse : cette critique a été en partie entendue ; les droits économiques et sociaux (éducation, santé, travail) cherchent à rendre les libertés réelles. De plus, les libertés « formelles » (s'exprimer, voter, être jugé équitablement) protègent précisément les plus faibles contre l'arbitraire.
5Exercice 5
(Type BAC) Sujet : « Les droits de l'homme peuvent-ils être universels dans un monde de cultures différentes ? » Rédige une problématique et un plan détaillé.
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Problématique : les droits de l'homme se veulent valables pour tout homme ; mais les cultures ont des valeurs, des coutumes et des façons de vivre différentes. Peut-on imposer les mêmes droits à tous sans nier les cultures, ou faut-il admettre que chaque culture définit ses propres droits ?
I. Les droits de l'homme semblent liés à une culture particulière : origine européenne (1789), individualisme, usage politique par les puissances ; relativisme culturel ; Marx.
II. Pourtant ils ont un fondement universel : la dignité humaine (Kant) ; les peuples colonisés s'en sont servis pour se libérer ; valeurs proches dans toutes les cultures (charte du Manden, hospitalité).
III. Une universalité à construire dans le dialogue des cultures : la Charte africaine (droits, devoirs, droits des peuples) ; exemples guinéens (éducation des filles) ; les droits comme idéal et combat.
Conclusion : les droits de l'homme peuvent être universels si on les comprend comme la protection de la dignité de tout homme, enracinée dans chaque culture et enrichie par elle.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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