Leçon 9 sur 12
L'État
Je sais définir l'État, expliquer son origine et ses fonctions selon les grands philosophes, et discuter s'il est un instrument de liberté ou d'oppression.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir l'État et le distinguer de la nation, du gouvernement et de la société
- Expliquer les théories de l'origine de l'État (nature, contrat social, force)
- Discuter le rôle de l'État : garant de la liberté ou instrument de domination
Avant de commencer : Le droit ; la liberté
1Je découvre
Dans un quartier de Nzérékoré, les habitants se plaignent : la route est pleine de trous, les ordures s'accumulent, l'éclairage public ne fonctionne plus. Sékou, un commerçant, s'emporte : « Qu'est-ce que l'État fait pour nous ? On paie des taxes et on ne voit rien ! » Son voisin Ibrahima, gendarme à la retraite, lui répond : « Sans l'État, qui te protégerait des voleurs ? Qui paierait les enseignants, les médecins, qui garderait les frontières ? »
Une jeune étudiante, Mariama, écoute et se pose une question plus profonde : pourquoi les hommes ont-ils accepté d'obéir à une autorité commune ? L'État est-il là pour servir les citoyens, ou pour les commander ?
Qu'est-ce que l'État, pourquoi existe-t-il, et est-il au service de la liberté des citoyens ou un instrument de domination ?
2Je comprends
1. Définitions et distinctions
L'État est une communauté humaine organisée sur un territoire délimité, soumise à un pouvoir politique souverain qui établit des lois et dispose des moyens de les faire respecter. Trois éléments le composent : un territoire, une population, un pouvoir souverain (qui ne reconnaît aucune autorité au-dessus de lui à l'intérieur, et qui est indépendant à l'extérieur).
Le sociologue allemand Max Weber en donne une définition célèbre : l'État est la communauté humaine qui, sur un territoire déterminé, revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime. Autrement dit, seul l'État (armée, police, justice) a le droit d'user de la contrainte physique ; toute autre violence est illégitime.
Il faut distinguer :
- la nation : une communauté d'hommes liés par une histoire, une culture et une volonté de vivre ensemble (une nation peut exister sans État, et un État peut regrouper plusieurs peuples, comme la Guinée avec ses nombreuses langues et cultures) ;
- le gouvernement : l'ensemble des personnes qui exercent le pouvoir exécutif à un moment donné ; les gouvernements passent, l'État demeure ;
- la société : l'ensemble des relations entre les hommes (économiques, familiales, culturelles), qui existe en dehors de l'État.
- Réalité juridique et politique
- Territoire, population, pouvoir souverain
- Crée des lois et les fait respecter
- Exemple : la République de Guinée
- Réalité historique et culturelle
- Histoire, langues, valeurs, volonté commune
- Crée un sentiment d'appartenance
- Exemple : le peuple guinéen et sa mémoire commune
2. D'où vient l'État ?
a) L'État est naturel : Aristote. Pour Aristote, « l'homme est un animal politique » : il est fait pour vivre dans une cité (polis). La famille, puis le village, puis la cité naissent naturellement pour satisfaire les besoins, et la cité permet non seulement de vivre, mais de bien vivre. Celui qui vit hors de toute cité est, disait-il, soit une bête, soit un dieu.
b) L'État naît d'un contrat : les théories du contrat social. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, plusieurs philosophes imaginent un état de nature sans État, puis un contrat par lequel les hommes décident de créer une autorité commune.
- Thomas Hobbes (Léviathan, 1651) : à l'état de nature, les hommes sont égaux et rivaux ; c'est la guerre de chacun contre chacun, où règnent la peur et la mort violente. Pour obtenir la sécurité, ils cèdent tous leurs droits à un souverain tout-puissant, le Léviathan. L'État est fondé sur la peur et a pour but la paix.
- John Locke (1690) : à l'état de nature, les hommes ont déjà des droits naturels (vie, liberté, propriété), mais ils manquent d'un juge impartial. Ils créent l'État pour protéger ces droits. Si le gouvernement les viole, le peuple a le droit de résister. C'est la source du libéralisme politique.
- Jean-Jacques Rousseau (Du contrat social, 1762) : chacun s'unit à tous et se soumet à la volonté générale, qui vise le bien commun. Le peuple est souverain ; en obéissant à la loi, chacun n'obéit qu'à lui-même.
- 1État de nature : pas d'autorité commune, insécurité ou droits mal protégés
- 2Contrat social : les hommes s'accordent pour créer un pouvoir commun
- 3Hobbes : un souverain absolu pour garantir la paix
- 4Locke : un gouvernement limité pour protéger la vie, la liberté, la propriété
- 5Rousseau : la souveraineté du peuple exprimée par la volonté générale
c) L'État naît de la force et des rapports de classes : Marx. Pour Karl Marx et Friedrich Engels, l'État n'est pas né d'un accord libre, mais de la division de la société en classes sociales opposées. Il est l'instrument de domination de la classe qui possède les richesses (les propriétaires des moyens de production) sur celle qui travaille. Dans la société sans classes qu'ils espèrent, l'État devrait dépérir progressivement.
Exemple
Analyse : les royaumes et empires africains avant la colonisation.
Situation : l'empire du Mali, organisé autour de Soundiata Keïta au XIIIe siècle, ou l'Almamya du Fouta-Djallon au XVIIIe siècle, possédaient un pouvoir central, des règles, des chefs de provinces, des assemblées.
Analyse : cela montre que l'organisation politique est présente dans toutes les sociétés, comme le pensait Aristote. Mais on voit aussi l'importance des accords (alliances entre clans, répartition des fonctions) et des rapports de force (conquêtes), ce qui rejoint à la fois les théories du contrat et celles de la force.
Conclusion : aucune théorie ne suffit seule ; l'État a des origines à la fois naturelles, conventionnelles et liées à la force.
3. Les fonctions de l'État
L'État remplit plusieurs fonctions essentielles :
- assurer la sécurité intérieure (police, justice) et extérieure (armée, diplomatie) ;
- faire les lois et les faire appliquer ;
- garantir les droits et les libertés des citoyens ;
- rendre des services publics : éducation, santé, routes, eau, électricité ;
- réduire les inégalités et assurer la solidarité (État-providence) ;
- représenter le pays dans le monde et défendre ses intérêts, par exemple dans l'exploitation de ses ressources naturelles.
Pour éviter que le pouvoir de l'État devienne tyrannique, Montesquieu a proposé la séparation des pouvoirs : le pouvoir législatif (faire les lois), le pouvoir exécutif (les appliquer), le pouvoir judiciaire (juger) doivent être confiés à des organes différents, afin que « le pouvoir arrête le pouvoir ».
4. L'État : libérateur ou oppresseur ?
L'État menace la liberté. L'histoire montre des États tyranniques, totalitaires, qui ont écrasé leurs citoyens. Nietzsche voyait dans l'État « le plus froid de tous les monstres froids ». Les anarchistes (comme Bakounine au XIXe siècle) veulent supprimer l'État, qu'ils jugent toujours oppresseur. Marx y voit un instrument de domination de classe. Même un État non tyrannique peut devenir lourd, bureaucratique, lointain des citoyens.
L'État garantit la liberté. Sans État, il n'y aurait ni sécurité, ni droits garantis, ni justice : ce serait le règne du plus fort (Hobbes). Les droits de l'homme ont besoin d'institutions pour être protégés. L'école, la santé publique, les routes rendent réellement possibles les libertés de chacun.
Exemple
Réflexion : un État faible est-il plus favorable à la liberté ?
On pourrait croire que moins il y a d'État, plus on est libre. Mais là où l'État est absent (zones sans police, sans écoles, sans justice), ce sont souvent les bandes armées, les trafiquants ou les plus riches qui imposent leur loi.
À l'inverse, un État trop puissant et non contrôlé peut opprimer.
Conclusion : la liberté ne dépend pas de la quantité d'État, mais de sa qualité : un État de droit, soumis aux lois, contrôlé par les citoyens, avec des pouvoirs séparés.
La solution se trouve dans l'État de droit : un État qui se soumet lui-même au droit, respecte les droits fondamentaux, sépare les pouvoirs et rend des comptes aux citoyens. Ce sont ces questions que prolongent les leçons sur la démocratie et la bonne gouvernance.
Méthode
Pour traiter un sujet sur l'État :
- Définis l'État (territoire, population, pouvoir souverain ; monopole de la violence légitime selon Weber) et distingue-le de la nation, du gouvernement et de la société.
- Repère le problème : origine de l'État ? légitimité ? liberté ou oppression ?
- Mobilise : Aristote (État naturel), Hobbes, Locke, Rousseau (contrat), Marx (domination de classe), Montesquieu (séparation des pouvoirs), Nietzsche et les anarchistes (critique).
- Illustre par l'histoire africaine et la vie guinéenne (services publics, sécurité, ressources).
- Conclus sur l'État de droit comme condition de la liberté.
3Je retiens
Je retiens
État : communauté organisée sur un territoire, sous un pouvoir politique souverain ; Weber : monopole de la violence physique légitime.
Ne pas confondre État, nation (communauté historique et culturelle), gouvernement (ceux qui gouvernent) et société.
Aristote : l'homme est un animal politique ; la cité est naturelle.
Contrat social : Hobbes (sécurité, souverain absolu), Locke (protection des droits naturels, droit de résistance), Rousseau (volonté générale, souveraineté du peuple).
Marx : l'État est un instrument de domination de classe, destiné à dépérir.
Montesquieu : séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire ; « le pouvoir arrête le pouvoir ».
L'État de droit concilie autorité et liberté.
4Erreurs fréquentes
- Confondre l'État et le gouvernement : un gouvernement change, l'État demeure.
- Confondre l'État et la nation : la nation est une communauté historique et culturelle, l'État une organisation politique et juridique.
- Réduire l'État à la répression : il assure aussi des services publics et garantit des droits.
- Porter des jugements sur des dirigeants actuels : la dissertation philosophique raisonne sur des principes et des exemples historiques, avec neutralité.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Question de cours) Définis l'État et cite ses trois éléments constitutifs. Distingue ensuite l'État et le gouvernement.
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L'État est une communauté humaine organisée sur un territoire délimité et soumise à un pouvoir politique souverain qui fait les lois et les fait respecter. Ses trois éléments : un territoire, une population, un pouvoir souverain. Le gouvernement est l'ensemble des personnes qui exercent le pouvoir exécutif à un moment donné ; il change, alors que l'État demeure.
2Exercice 2
Associe chaque auteur à sa thèse : Aristote, Hobbes, Locke, Rousseau, Marx.
a) L'État protège les droits naturels ; le peuple peut résister à un gouvernement injuste.
b) L'homme est un animal politique.
c) L'État est l'instrument de domination d'une classe sur une autre.
d) Le peuple souverain s'exprime par la volonté générale.
e) Les hommes créent un souverain tout-puissant pour sortir de la guerre de chacun contre chacun.
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Aristote : b). Hobbes : e). Locke : a). Rousseau : d). Marx : c).
3Exercice 3
Explique la définition de Max Weber : l'État détient le « monopole de la violence physique légitime ». Pourquoi le mot « légitime » est-il essentiel ?
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Weber veut dire que, dans un État, seules les institutions publiques (police, armée, justice) ont le droit d'employer la contrainte physique ; toute autre violence (vengeance privée, bandes armées) est interdite. Le mot « légitime » est essentiel : il ne s'agit pas de n'importe quelle force, mais d'une force reconnue comme justifiée, encadrée par le droit. Une violence de l'État qui viole la loi et les droits fondamentaux perd sa légitimité.
4Exercice 4
Qu'est-ce que la séparation des pouvoirs ? Pourquoi Montesquieu la juge-t-il nécessaire ?
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La séparation des pouvoirs consiste à confier à des organes différents le pouvoir législatif (faire les lois), exécutif (les appliquer) et judiciaire (juger). Montesquieu la juge nécessaire car tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; si un seul organe réunissait tous les pouvoirs, il pourrait faire des lois injustes, les appliquer et se juger lui-même. Il faut donc que « le pouvoir arrête le pouvoir » pour protéger la liberté des citoyens.
5Exercice 5
(Type BAC) Sujet : « L'État est-il l'ennemi de la liberté ? » Rédige une problématique et un plan détaillé.
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Problématique : l'État impose des lois, prélève des impôts et dispose de la force ; il semble donc limiter la liberté des individus. Mais sans lui, qui protégerait les faibles contre les forts ? L'État est-il un obstacle à la liberté, ou en est-il la condition ?
I. L'État peut menacer la liberté : il contraint (lois, impôts, police) ; tyrannies et totalitarismes ; Marx (domination de classe) ; Nietzsche (« le plus froid de tous les monstres froids ») ; anarchistes.
II. Mais l'État est la condition de la liberté : Hobbes (sortir de la guerre de tous contre tous) ; Locke (protéger les droits naturels) ; Rousseau (obéir à la loi qu'on s'est donnée) ; services publics qui rendent les libertés réelles.
III. Tout dépend de la nature de l'État : séparation des pouvoirs (Montesquieu) ; État de droit ; contrôle par les citoyens ; exemple d'une zone sans État dominée par les plus forts.
Conclusion : l'État n'est pas par nature l'ennemi de la liberté ; il en devient le garant lorsqu'il est soumis au droit et contrôlé par les citoyens.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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