Leçon 11 sur 12
La bonne gouvernance
Je sais définir la bonne gouvernance, en expliquer les principes, la relier aux grandes pensées politiques et discuter ses conditions et ses limites.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir la gouvernance et la bonne gouvernance
- Expliquer ses principes (État de droit, transparence, redevabilité, participation, efficacité, équité, lutte contre la corruption)
- Discuter le rapport entre politique et morale (Aristote, Machiavel) et les limites de la notion
Avant de commencer : L'État ; la démocratie
1Je découvre
Dans une commune de la région de Kankan, l'État a versé une somme importante pour construire une école de six classes. Un an plus tard, le bâtiment n'a que trois classes, le toit fuit déjà, et personne ne sait où est passé le reste de l'argent. Les parents d'élèves se réunissent. Ousmane propose de demander au maire le détail des dépenses. Un ancien hésite : « On ne demande pas de comptes aux chefs. » Mais la présidente de l'association des femmes, Hawa, insiste : « Cet argent est celui de tous. Celui qui le gère doit nous dire ce qu'il en a fait. »
Dans une autre commune voisine, les dépenses sont affichées à la mairie, les travaux sont suivis par un comité de parents, et l'école a été achevée à temps.
Les deux communes ont reçu les mêmes moyens. Qu'est-ce qui a fait la différence ?
Qu'est-ce que bien gouverner, et quelles conditions permettent de gérer les affaires publiques au service de tous ?
2Je comprends
1. Définitions
La gouvernance désigne la manière dont le pouvoir est exercé dans la gestion des affaires publiques d'un pays, d'une région, d'une commune ou d'une organisation : comment les décisions sont prises, appliquées et contrôlées, et comment les ressources sont utilisées.
La bonne gouvernance est une gestion des affaires publiques transparente, responsable, efficace, équitable et participative, respectueuse de l'État de droit et orientée vers le bien commun. Le terme s'est largement diffusé à partir de la fin des années 1980, notamment dans les rapports des institutions financières internationales sur le développement de l'Afrique. Mais l'idée est bien plus ancienne : depuis l'Antiquité, les philosophes se demandent ce qu'est un bon gouvernement.
Il faut distinguer :
- gouverner : diriger l'État, prendre les grandes décisions politiques ;
- gouvernance : l'ensemble des règles, des pratiques et des institutions qui encadrent l'exercice du pouvoir, y compris le rôle des citoyens, de la société civile, des médias et du secteur privé.
2. Les principes de la bonne gouvernance
| Principe | Signification | Exemple concret |
|---|---|---|
| État de droit | les lois s'appliquent à tous, dirigeants compris | un responsable qui détourne des fonds est jugé comme tout citoyen |
| Transparence | les décisions et les comptes publics sont accessibles | afficher le budget communal à la mairie |
| Redevabilité (obligation de rendre compte) | ceux qui gèrent l'argent public doivent justifier son usage | un maire présente chaque année le bilan des dépenses |
| Participation | les citoyens sont associés aux décisions | un comité de parents suit la construction d'une école |
| Efficacité et efficience | atteindre les résultats avec les moyens disponibles, sans gaspillage | une route construite solide, dans les délais et au juste prix |
| Équité | les services profitent à tous, sans favoritisme | recruter selon la compétence, non selon la famille ou la région |
| Lutte contre la corruption | refuser l'usage d'une fonction publique pour un profit privé | contrôle des marchés publics, sanctions |
3. La corruption, principal ennemi de la bonne gouvernance
La corruption est le fait d'utiliser une fonction ou un pouvoir pour obtenir un avantage personnel illégitime : pots-de-vin, détournement de fonds publics, favoritisme, népotisme (favoriser sa famille), trafic d'influence.
Ses conséquences sont graves : l'argent destiné aux écoles, aux hôpitaux, aux routes disparaît ; les services publics se dégradent ; les citoyens perdent confiance dans l'État ; les plus pauvres, qui ne peuvent pas payer, sont exclus ; les investisseurs honnêtes fuient. La corruption transforme le bien commun en bien privé.
Exemple
Analyse d'une petite corruption quotidienne.
Situation : pour obtenir plus vite un extrait d'acte de naissance, Alpha verse une somme « pour le thé » à un agent.
Analyse : Alpha pense gagner du temps, mais il paie deux fois un service déjà financé par l'impôt ; il encourage l'agent à ralentir exprès les autres dossiers ; les familles qui ne peuvent pas payer attendent davantage, ce qui est injuste.
Conclusion : la mauvaise gouvernance ne vient pas seulement « d'en haut » ; chaque citoyen peut l'entretenir ou la refuser. La bonne gouvernance est aussi une affaire de morale civique.
4. Ce que disent les philosophes du bon gouvernement
a) Aristote : gouverner pour l'intérêt commun. Dans la Politique, Aristote distingue les régimes droits, où les gouvernants exercent le pouvoir en vue de l'intérêt commun, et les régimes déviés, où ils gouvernent pour leur intérêt propre. La royauté devient tyrannie, l'aristocratie devient oligarchie (pouvoir des riches), et le gouvernement constitutionnel se dégrade en démocratie au service des seuls pauvres. Le critère du bon gouvernement n'est donc pas d'abord le nombre de gouvernants, mais le but poursuivi : le bien commun.
- Royauté : un seul pour tous
- Aristocratie : les meilleurs pour tous
- Régime constitutionnel : le grand nombre pour tous
- Tyrannie : un seul pour lui-même
- Oligarchie : les riches pour eux-mêmes
- Démocratie déviée : les pauvres pour eux seuls
b) Platon : la compétence et la vertu. Pour Platon, seuls ceux qui connaissent le bien devraient gouverner, et ils ne devraient pas posséder de richesses personnelles afin de n'être pas tentés de s'enrichir. Cette idée rappelle que le pouvoir exige compétence et intégrité.
c) Machiavel : l'efficacité politique. Dans Le Prince, le Florentin Nicolas Machiavel sépare la politique de la morale : le prince doit savoir, quand la nécessité l'exige, ne pas être bon, pour conserver le pouvoir et maintenir l'ordre ; il vaut mieux, selon lui, être craint qu'aimé, si l'on ne peut être les deux. Machiavel montre la réalité du pouvoir tel qu'il s'exerce. Mais si l'on sépare totalement politique et morale, on justifie la ruse, la violence et le mensonge des gouvernants.
d) Montesquieu : vertu et contrôle. Montesquieu fait de la vertu, entendue comme amour des lois et de la patrie, le principe de la république. Mais il sait que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; d'où la séparation des pouvoirs. La bonne gouvernance combine ces deux leçons : des dirigeants intègres, et des institutions de contrôle qui ne dépendent pas seulement de leur vertu.
Exemple
Réflexion : faut-il compter sur de « bons dirigeants » ou sur de « bonnes institutions » ?
Si l'on compte seulement sur la vertu des dirigeants, tout dépend de leur honnêteté personnelle ; si un dirigeant malhonnête arrive, rien ne l'arrête.
Si l'on compte seulement sur les institutions, il faut encore des hommes intègres pour les faire fonctionner (juges, contrôleurs, journalistes).
Conclusion : la bonne gouvernance repose à la fois sur des institutions solides (contrôle des comptes, justice indépendante, presse libre) et sur une culture de l'intégrité chez les dirigeants et les citoyens.
5. Les limites et les débats
- Une notion venue de l'extérieur ? Certains critiquent l'usage de la « bonne gouvernance » comme une condition imposée par les bailleurs de fonds étrangers pour accorder leur aide. On peut répondre que les valeurs de justice, d'intégrité et de service du bien commun appartiennent aussi aux traditions africaines : le chef qui écoute, la palabre, l'honneur attaché à la parole donnée, la honte attachée au vol du bien commun.
- Une notion trop technique ? Réduire la bonne gouvernance à des procédures (audits, rapports) peut faire oublier la question politique : pour qui gouverne-t-on ? La réponse d'Aristote reste la bonne : pour le bien commun.
- Une responsabilité partagée. La bonne gouvernance ne dépend pas seulement des dirigeants : citoyens, associations, médias, entreprises et partenaires étrangers (par exemple les sociétés minières, qui doivent payer ce qu'elles doivent et respecter l'environnement) y participent.
Méthode
Pour traiter un sujet sur la bonne gouvernance :
- Définis gouvernance et bonne gouvernance ; énonce ses principes.
- Repère le problème : suffit-il de bons dirigeants ? la politique doit-elle être morale ? qui est responsable de la bonne gouvernance ?
- Mobilise : Aristote (régimes droits et déviés), Platon (compétence et intégrité), Machiavel (efficacité sans morale), Montesquieu (vertu et séparation des pouvoirs).
- Illustre par la gestion communale, les marchés publics, les ressources minières, la corruption quotidienne.
- Conclus sur la responsabilité partagée entre institutions, dirigeants et citoyens.
3Je retiens
Je retiens
Gouvernance : manière dont le pouvoir est exercé dans la gestion des affaires publiques.
Bonne gouvernance : gestion transparente, responsable, efficace, équitable et participative, fondée sur l'État de droit et orientée vers le bien commun.
Principes : État de droit, transparence, redevabilité, participation, efficacité, équité, lutte contre la corruption.
Corruption : usage d'une fonction publique pour un avantage privé ; elle détourne le bien commun.
Aristote : régimes droits (intérêt commun) et régimes déviés (intérêt des gouvernants).
Machiavel sépare politique et morale ; Montesquieu unit vertu et séparation des pouvoirs.
La bonne gouvernance est une responsabilité partagée : dirigeants, institutions, citoyens.
4Erreurs fréquentes
- Confondre gouvernance et gouvernement : le gouvernement dirige, la gouvernance désigne la manière d'exercer et de contrôler le pouvoir.
- Croire que la bonne gouvernance ne concerne que les dirigeants : le citoyen qui paie un pot-de-vin participe à la mauvaise gouvernance.
- Réciter une liste de principes sans réflexion philosophique : relie-les à la question du bien commun (Aristote) et au rapport entre politique et morale.
- Accuser nommément des personnes ou des gouvernements actuels : un devoir de philosophie reste neutre et raisonne sur des principes et des cas types.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Question de cours) Définis la bonne gouvernance et cite cinq de ses principes.
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La bonne gouvernance est une gestion des affaires publiques transparente, responsable, efficace, équitable et participative, respectueuse de l'État de droit et orientée vers le bien commun. Principes : État de droit ; transparence ; redevabilité (rendre des comptes) ; participation des citoyens ; efficacité ; équité ; lutte contre la corruption (cinq suffisent).
2Exercice 2
Pour chaque situation, indique le principe de bonne gouvernance respecté ou violé :
a) le budget de la commune est affiché à la mairie ;
b) un directeur recrute uniquement des membres de sa famille ;
c) un comité de parents suit les travaux d'une école ;
d) un responsable reconnu coupable de détournement n'est jamais jugé.
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a) Transparence (respectée). b) Équité et lutte contre la corruption (violées : c'est du népotisme). c) Participation (respectée). d) État de droit et redevabilité (violés : l'impunité).
3Exercice 3
Explique la distinction d'Aristote entre régimes droits et régimes déviés. Quel est, pour lui, le critère du bon gouvernement ?
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Aristote distingue les régimes droits, où les gouvernants exercent le pouvoir en vue de l'intérêt commun (royauté, aristocratie, régime constitutionnel), et les régimes déviés, où ils gouvernent pour leur propre intérêt (tyrannie, oligarchie, démocratie déviée). Le critère du bon gouvernement n'est donc pas le nombre de ceux qui gouvernent, mais la fin poursuivie : le bien commun.
4Exercice 4
Présente la position de Machiavel sur le rapport entre politique et morale, puis discute-la en quelques lignes.
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Machiavel pense que le prince doit juger ses actions selon leur efficacité pour conserver le pouvoir et maintenir l'ordre, et non selon la morale ordinaire : il doit savoir, si nécessaire, ne pas être bon, et mieux vaut être craint qu'aimé si l'on ne peut être les deux. Discussion : Machiavel a raison de montrer que la politique exige du réalisme et de l'efficacité ; mais si la fin justifie tous les moyens, on autorise le mensonge, la violence et la corruption. Un pouvoir qui perd toute morale perd aussi la confiance du peuple, et donc, à terme, son efficacité.
5Exercice 5
(Type BAC) Sujet : « La bonne gouvernance dépend-elle seulement des dirigeants ? » Rédige une problématique et un plan détaillé.
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Problématique : on attribue souvent la mauvaise gestion des affaires publiques aux seuls dirigeants. Pourtant, des institutions faibles, des citoyens passifs ou complices et des partenaires peu scrupuleux y contribuent aussi. La bonne gouvernance est-elle l'affaire des seuls gouvernants, ou une responsabilité partagée ?
I. Les dirigeants ont une responsabilité première : ils détiennent le pouvoir et gèrent les ressources ; Aristote (gouverner pour le bien commun) ; Platon (compétence et intégrité) ; exemple de la commune dont l'école n'est pas achevée.
II. Mais la vertu des dirigeants ne suffit pas : tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser (Montesquieu) ; nécessité d'institutions de contrôle (justice indépendante, contrôle des comptes, presse libre) ; Machiavel montre la tentation de séparer politique et morale.
III. Une responsabilité partagée : participation et vigilance des citoyens (comité de parents) ; refus de la corruption quotidienne ; rôle de la société civile, des médias et des entreprises.
Conclusion : la bonne gouvernance dépend d'abord des dirigeants, mais elle n'est durable que si les institutions et les citoyens exercent aussi leur part de responsabilité.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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