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Économie · Terminale SM Prépare le BAC

Leçon 16 sur 42

L'échange inégal dans le commerce international

Je sais expliquer pourquoi le commerce international peut désavantager les pays sous-développés et calculer l'évolution des termes de l'échange.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir l'échange inégal et les termes de l'échange
  • Calculer et interpréter un indice des termes de l'échange
  • Expliquer les causes de la détérioration des termes de l'échange
  • Présenter les thèses de Prebisch, Singer et Arghiri Emmanuel et leurs limites

Avant de commencer : La leçon « Les causes internes du sous-développement » ; savoir calculer un pourcentage et un indice (base 100).

1Je découvre

Au port de Kamsar, Ibrahima regarde partir un énorme minéralier chargé de bauxite. Son oncle, ancien docker, lui raconte : « Chaque bateau emporte des dizaines de milliers de tonnes de minerai. Ce minerai deviendra de l'alumine, puis de l'aluminium, puis des canettes, des pièces d'avion, des câbles… Et nous, nous achetons ensuite ces produits très cher. »

Ibrahima fait le lien avec son téléphone, fabriqué à l'étranger avec des métaux venus en partie d'Afrique. Le métal brut vaut peu au kilogramme ; l'appareil fini vaut beaucoup. Il se demande si l'échange est juste : la Guinée vend-elle ses richesses à leur vraie valeur ? Et que se passe-t-il quand le prix du minerai baisse alors que le prix des camions, des machines et du carburant importés continue d'augmenter ?

Pourquoi dit-on que le commerce international est un « échange inégal » pour les pays sous-développés, et comment le mesurer ?

2Je comprends

1. Une spécialisation héritée : exporter du brut, importer du fini

La plupart des pays sous-développés exportent surtout des produits primaires : produits agricoles (café, cacao, coton, anacarde), produits miniers (bauxite, or, fer, pétrole) peu ou pas transformés. Ils importent surtout des produits manufacturés : machines, véhicules, médicaments, produits pétroliers raffinés, équipements électroniques.

Cette spécialisation a été mise en place à l'époque coloniale, dans le cadre du pacte colonial : la colonie fournit les matières premières et achète les produits fabriqués de la métropole. Après les indépendances, la structure des échanges a peu changé. La Guinée, par exemple, possède parmi les plus grandes réserves de bauxite du monde et en est l'un des premiers exportateurs, mais elle transforme encore une faible part de ce minerai sur son territoire.

On parle d'économie extravertie : une économie tournée vers l'extérieur, qui dépend des marchés étrangers pour vendre ses produits et pour acheter ce dont elle a besoin.

2. Les termes de l'échange : l'outil de mesure

Les termes de l'échange mesurent le rapport entre les prix des exportations et les prix des importations d'un pays. On les calcule avec des indices (base 100 à une année de référence) :

TE = indice des prix des exportationsindice des prix des importations × 100

  • Si TE > 100 : les termes de l'échange s'améliorent ; une même quantité d'exportations permet d'acheter plus d'importations qu'à l'année de base.
  • Si TE < 100 : ils se détériorent ; il faut exporter davantage pour acheter la même quantité d'importations.
  • Si TE = 100 : ils sont stables.

Exemple

Situation : on prend 2015 comme année de base (indices = 100). En 2020, l'indice des prix des exportations d'un pays vaut 90 et celui des importations 120.

Étape 1 : TE = 90 ÷ 120 × 100 = 75.

Étape 2 : 75 < 100, donc les termes de l'échange se sont détériorés.

Étape 3 : la variation est de 75 − 100 = −25 points, soit une détérioration de 25 %.

Interprétation : en 2020, une même quantité d'exportations ne permet plus d'acheter que les trois quarts des importations qu'elle payait en 2015.

Exemple

Situation (chiffres fictifs pour l'exercice) : une coopérative vend son café à 20 000 GNF le kilogramme ; un motoculteur importé coûte 60 000 000 GNF. Quelques années plus tard, le café se vend 16 000 GNF le kilogramme et le motoculteur coûte 72 000 000 GNF.

Étape 1 : au départ, il faut 60 000 000 ÷ 20 000 = 3 000 kg de café pour un motoculteur.

Étape 2 : ensuite, il faut 72 000 000 ÷ 16 000 = 4 500 kg de café.

Étape 3 : 4 500 ÷ 3 000 = 1,5 : il faut vendre 50 % de café en plus pour acheter le même motoculteur.

Vérification par les indices : prix du café 80 (16 000 ÷ 20 000 × 100), prix du motoculteur 120 ; TE = 80 ÷ 120 × 100 ≈ 66,7. Le pouvoir d'achat du café en motoculteurs a baissé d'un tiers, ce qui correspond bien à 3 000 ÷ 4 500 ≈ 0,667.

Méthode

Pour analyser l'évolution des termes de l'échange :

  1. Vérifier l'année de base (indices égaux à 100).
  2. Calculer TE = indice des prix à l'exportation ÷ indice des prix à l'importation × 100.
  3. Comparer à 100 : au-dessus, amélioration ; en dessous, détérioration.
  4. Calculer l'écart en points et le traduire en pourcentage.
  5. Interpréter concrètement : combien faut-il exporter de plus (ou de moins) pour acheter la même chose ?

3. La thèse de la détérioration des termes de l'échange

Vers 1950, l'économiste argentin Raúl Prebisch (qui dirigea ensuite la Commission économique des Nations unies pour l'Amérique latine, la CEPAL) et l'économiste Hans Singer ont avancé que, sur longue période, les prix des produits primaires ont tendance à baisser par rapport aux prix des produits manufacturés. C'est la thèse Prebisch-Singer. Ils l'expliquent par plusieurs mécanismes :

  • La demande de produits primaires augmente moins vite que les revenus : quand un pays riche s'enrichit, sa population n'achète pas beaucoup plus de café ou de cacao, mais beaucoup plus de biens industriels et de services.
  • Les progrès techniques réduisent les besoins en matières premières : produits de synthèse (caoutchouc synthétique, fibres synthétiques qui concurrencent le coton), recyclage, économies de matière.
  • Les gains de productivité ne profitent pas de la même façon : dans les pays industriels, les salariés organisés en syndicats et les grandes entreprises transforment les gains de productivité en hausses de salaires et de profits, donc de prix ; dans les pays producteurs de matières premières, la concurrence entre de nombreux petits producteurs fait baisser les prix.
  • Le rapport de force sur les marchés : les prix des matières premières sont fixés sur des marchés mondiaux où les acheteurs des pays industrialisés et les grandes firmes pèsent lourd.

À cela s'ajoute l'instabilité des cours : les prix des produits primaires varient fortement d'une année à l'autre (sécheresse, spéculation, crise mondiale). Un pays qui dépend d'un ou deux produits voit ses recettes d'exportation, donc ses recettes budgétaires, faire le yo-yo.

4. L'échange inégal au sens d'Arghiri Emmanuel

En 1969, l'économiste Arghiri Emmanuel publie L'Échange inégal. Son idée : même si les prix semblent « justes » sur le marché, l'échange est inégal parce que les salaires sont beaucoup plus faibles dans les pays pauvres que dans les pays riches. Une heure de travail d'un ouvrier guinéen s'échange contre une fraction d'heure de travail d'un ouvrier européen. Il y a donc un transfert de valeur des pays pauvres vers les pays riches à travers le commerce. L'économiste égyptien Samir Amin a prolongé cette analyse en parlant de domination du « centre » sur la « périphérie ».

Pays sous-développés
  • Exportent surtout des produits bruts
  • Prix instables, tendance à la baisse relative
  • Salaires faibles
  • Faible valeur ajoutée sur place
  • Dépendent de quelques produits
Pays industrialisés
  • Exportent surtout des produits finis
  • Prix stables ou en hausse
  • Salaires élevés
  • Forte valeur ajoutée sur place
  • Exportations diversifiées
Les deux côtés de l'échange inégal.

5. Les conséquences pour les pays sous-développés

  • Perte de pouvoir d'achat extérieur : il faut exporter toujours plus pour importer autant.
  • Déficit de la balance commerciale et recours à l'endettement pour payer les importations.
  • Recettes publiques instables : quand les cours chutent, l'État doit réduire ses dépenses d'école, de santé, d'équipement.
  • Maintien de la spécialisation primaire : peu de valeur ajoutée, peu d'emplois qualifiés, peu d'industrie locale.

6. Les limites de la thèse et les réponses possibles

La détérioration n'est pas continue : à certaines périodes, les prix des matières premières ont fortement monté (chocs pétroliers des années 1970, forte demande asiatique dans les années 2000). Les pays exportateurs de pétrole ont alors connu une amélioration de leurs termes de l'échange. Les économistes discutent encore de l'ampleur de la tendance.

Les réponses proposées :

  • Transformer sur place les matières premières (raffinerie d'alumine, usines de transformation de l'anacarde, du karité, des fruits) pour vendre plus de valeur ajoutée.
  • Diversifier les exportations pour ne pas dépendre d'un seul produit.
  • Se regrouper entre producteurs (comme l'ont fait les pays pétroliers au sein de l'OPEP) pour peser sur les prix.
  • Stabiliser les recettes : fonds de réserve alimentés quand les cours sont hauts.
  • Développer le commerce entre pays africains, par exemple dans le cadre de la CEDEAO et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

3Je retiens

Je retiens

  • Échange inégal : échange international qui profite davantage aux pays industrialisés qu'aux pays sous-développés, spécialisés dans les produits primaires.
  • Termes de l'échange : TE = indice des prix des exportations ÷ indice des prix des importations × 100. TE < 100 : détérioration ; TE > 100 : amélioration.
  • Thèse Prebisch-Singer (vers 1950) : tendance à la baisse du prix des produits primaires par rapport aux produits manufacturés.
  • Arghiri Emmanuel (1969) : l'échange est inégal à cause des écarts de salaires, qui entraînent un transfert de valeur vers les pays riches.
  • Conséquences : perte de pouvoir d'achat, déficit commercial, endettement, recettes instables.
  • Réponses : transformer sur place, diversifier, s'unir entre producteurs, commercer entre pays africains.

4Erreurs fréquentes

  • Confondre termes de l'échange et balance commerciale : les termes de l'échange comparent des PRIX, la balance commerciale compare des VALEURS (exportations − importations).
  • Inverser la formule : c'est le prix des exportations au numérateur, celui des importations au dénominateur.
  • Dire « le TE a baissé de 25 points donc le pays exporte 25 % de moins » : le TE ne mesure pas les quantités exportées, seulement le rapport des prix.
  • Présenter la détérioration comme une loi absolue : il y a eu des périodes d'amélioration, il faut nuancer.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis les termes de l'échange.

b) Qu'est-ce qu'une économie extravertie ?

c) Cite deux explications de la détérioration des termes de l'échange.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Les termes de l'échange mesurent le rapport entre l'indice des prix des exportations et l'indice des prix des importations d'un pays, multiplié par 100.

b) Une économie extravertie est une économie tournée vers l'extérieur : elle produit surtout pour l'exportation (souvent des produits bruts) et dépend des importations pour ses biens d'équipement et de consommation.

c) La demande de produits primaires augmente moins vite que les revenus mondiaux ; le progrès technique crée des produits de substitution (fibres synthétiques, caoutchouc synthétique) ; les gains de productivité des pays industrialisés se traduisent en hausse de prix, alors que la concurrence fait baisser le prix des produits primaires.

2Exercice 2

(Calcul) Complète le tableau pour un pays (base 100 en 2015) et interprète.

AnnéeIndice des prix des exportationsIndice des prix des importationsTE
2015100100?
2018110125?
2022132120?
Voir le corrigéCacher le corrigé
  • 2015 : TE = 100 ÷ 100 × 100 = 100 (année de base).
  • 2018 : TE = 110 ÷ 125 × 100 = 88. Détérioration de 12 % : les prix des importations ont augmenté plus vite que ceux des exportations.
  • 2022 : TE = 132 ÷ 120 × 100 = 110. Amélioration de 10 % par rapport à 2015 : les prix des exportations ont rattrapé puis dépassé ceux des importations.

Interprétation : l'évolution n'est pas régulière ; elle dépend des cours mondiaux, ce qui montre l'instabilité des recettes d'un pays exportateur de produits primaires.

3Exercice 3

(Calcul, chiffres fictifs) Un pays exporte de l'anacarde. En année 1, une tonne d'anacarde se vend 10 000 000 GNF et un tracteur coûte 400 000 000 GNF. En année 2, la tonne se vend 8 000 000 GNF et le tracteur 440 000 000 GNF.

a) Combien de tonnes faut-il vendre pour acheter un tracteur chaque année ?

b) Calcule les indices des prix (base 100 en année 1) et les termes de l'échange de l'année 2.

c) Conclus.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Année 1 : 400 000 000 ÷ 10 000 000 = 40 tonnes. Année 2 : 440 000 000 ÷ 8 000 000 = 55 tonnes.

b) Indice du prix de l'anacarde : 8 ÷ 10 × 100 = 80. Indice du prix du tracteur : 440 ÷ 400 × 100 = 110. TE = 80 ÷ 110 × 100 ≈ 72,7.

c) Les termes de l'échange se détériorent d'environ 27 % : il faut 15 tonnes d'anacarde de plus (55 au lieu de 40, soit + 37,5 %) pour acheter le même tracteur. Le pays s'appauvrit dans ses échanges même s'il produit autant.

4Exercice 4

Explique en quelques lignes la différence entre l'analyse de Prebisch et celle d'Arghiri Emmanuel.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Prebisch explique l'inégalité par l'évolution des prix : sur longue période, les prix des produits primaires baissent par rapport à ceux des produits manufacturés (détérioration des termes de l'échange). Arghiri Emmanuel l'explique par les salaires : même à prix de marché, l'écart de salaires entre pays pauvres et pays riches fait qu'une heure de travail du Sud s'échange contre moins d'une heure de travail du Nord, d'où un transfert de valeur. Le premier regarde les prix des produits, le second la rémunération du travail.

5Exercice 5

(Type BAC) Sujet : « Le commerce international est-il un facteur de sous-développement pour les pays africains ? »

Rédige un plan détaillé (deux parties, deux ou trois arguments par partie, avec des exemples guinéens) et une conclusion.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Plan détaillé proposé :

Introduction : depuis les indépendances, les pays africains participent au commerce mondial surtout comme vendeurs de matières premières. Ce commerce les enrichit-il ou entretient-il leur sous-développement ?

I. Le commerce international peut entretenir le sous-développement.

  • Spécialisation primaire héritée du pacte colonial : la Guinée exporte surtout de la bauxite et de l'or bruts.
  • Détérioration et instabilité des termes de l'échange : il faut exporter plus pour importer autant.
  • Échange inégal au sens d'Emmanuel : transfert de valeur lié aux écarts de salaires ; endettement pour financer les déficits.

II. Mais le commerce peut aussi devenir un levier de développement.

  • Les exportations procurent des devises, des recettes fiscales et des emplois (mines, ports).
  • Transformer sur place (alumine, anacarde, fruits) augmente la valeur ajoutée.
  • Le commerce régional (CEDEAO, ZLECAf) et la diversification réduisent la dépendance.

Conclusion : le commerce international n'est pas en lui-même un facteur de sous-développement ; c'est la place de spécialiste des produits bruts qui désavantage les pays africains. Tout dépend de leur capacité à transformer et diversifier leurs productions.

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6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Comment calcule-t-on les termes de l'échange ?
Voir la réponse

Réponse A : indice des prix des exportations ÷ indice des prix des importations × 100. On compare les prix de ce que le pays vend à ceux de ce qu'il achète.

2L'indice des prix des exportations vaut 90 et celui des importations 120. Les termes de l'échange valent :
Voir la réponse

Réponse B : 75. 90 ÷ 120 × 100 = 75 : c'est une détérioration de 25 %.

3Qui a publié « L'Échange inégal » en 1969 ?
Voir la réponse

Réponse C : Arghiri Emmanuel. Arghiri Emmanuel explique l'échange inégal par les écarts de salaires entre pays.

4Pourquoi la demande de produits primaires augmente-t-elle lentement ?
Voir la réponse

Réponse A : parce que les consommateurs des pays riches dépensent leurs revenus supplémentaires surtout en biens industriels et en services. Quand le revenu augmente, on n'achète pas beaucoup plus de café ou de coton.

5Quelle mesure aide un pays à lutter contre l'échange inégal ?
Voir la réponse

Réponse C : transformer sur place ses matières premières. La transformation locale augmente la valeur ajoutée et les emplois qualifiés.

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