Aller au contenu
Économie · Terminale SM Prépare le BAC

Leçon 31 sur 42

Les nouveaux pays industrialisés (NPI)

Je sais définir les nouveaux pays industrialisés, citer les principaux groupes, expliquer les stratégies qui ont permis leur décollage, montrer leurs limites et en tirer des leçons pour la Guinée.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir un NPI et citer les principales générations de NPI
  • Comparer la stratégie d'import-substitution et la stratégie de promotion des exportations
  • Expliquer les facteurs de réussite des « dragons » asiatiques
  • Identifier les limites du modèle et les leçons utiles pour l'Afrique et la Guinée

Avant de commencer : Les leçons sur les caractéristiques du sous-développement (faiblesse de l'industrie) et sur les pays à revenu intermédiaire.

1Je découvre

Au port de Conakry, Ibrahima, jeune douanier, contrôle un conteneur de téléphones, de téléviseurs et de pièces de moto. Sur les étiquettes, il lit les noms de pays d'Asie : Corée du Sud, Taïwan, Malaisie, Viet Nam, Chine. Dans l'autre sens, les navires minéraliers quittent les ports de la région de Boké chargés de bauxite brute.

Le soir, il en parle à sa sœur Hawa, élève de Terminale SS : « Mon chef m'a dit que la Corée du Sud était, il y a soixante ans, un pays pauvre, sortant d'une guerre, sans grandes richesses minières. Aujourd'hui, elle fabrique des navires, des voitures et des puces électroniques. Nous, nous avons la bauxite, et nous achetons leurs téléphones. Comment ont-ils fait ? »

Hawa ouvre son cahier d'économie à la leçon du jour : « Les nouveaux pays industrialisés ».

Qu'est-ce qu'un nouveau pays industrialisé, quelles stratégies ont permis à ces pays de s'industrialiser rapidement, et quelles leçons la Guinée peut-elle en tirer ?

2Je comprends

1. Définition

Un nouveau pays industrialisé (NPI) est un pays anciennement sous-développé qui a connu, en quelques décennies, une industrialisation rapide, une forte croissance économique et une hausse importante de ses exportations de produits manufacturés, au point de concurrencer les vieux pays industriels.

L'expression est apparue vers la fin des années 1970, lorsque des organisations internationales ont constaté que certains pays du Sud ne correspondaient plus au modèle classique du pays sous-développé exportateur de matières premières.

Les signes d'un NPI :

  • une part croissante de l'industrie dans la production et dans les exportations ;
  • une croissance forte et durable (souvent plus de 7 % par an pendant des décennies) ;
  • une montée en gamme : on passe de produits simples à des produits de haute technologie ;
  • une amélioration rapide de l'éducation et du niveau de vie.

2. Les générations de NPI

Première génération : les « quatre dragons » d'Asie. La Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour se sont industrialisés à partir des années 1960. Aujourd'hui, ce sont des économies à revenu élevé. La Corée du Sud est même entrée à l'OCDE, le club des pays développés, en 1996.

Deuxième génération : les « tigres » ou « bébés tigres ». La Malaisie, la Thaïlande, l'Indonésie et les Philippines ont suivi à partir des années 1970-1980, souvent en accueillant des usines venues des dragons, où les salaires avaient augmenté.

Troisième vague : les grands pays émergents. La Chine (à partir des réformes de 1978) et le Viet Nam sont devenus des ateliers industriels du monde.

Les NPI d'Amérique latine. Le Brésil, le Mexique et l'Argentine se sont industrialisés plus tôt, mais par une autre stratégie, et avec des résultats plus irréguliers.

En Afrique, quelques pays s'en rapprochent : l'île Maurice (zone franche textile créée en 1970, puis services), l'Afrique du Sud, le Maroc (construction automobile et aéronautique). Aucun n'a encore connu un décollage comparable aux dragons.

Cette succession est souvent décrite par l'image du vol d'oies sauvages, proposée par l'économiste japonais Kaname Akamatsu : le Japon ouvre la marche, puis les dragons, puis les tigres, puis la Chine ; chaque pays abandonne les productions simples au suivant quand ses salaires montent.

  1. 1Japon : industrialisé le premier en Asie, il délocalise ses productions simples
  2. 2Quatre dragons (années 1960) : textile, puis acier, navires, électronique
  3. 3Tigres (années 1970-1980) : accueillent les usines devenues trop chères chez les dragons
  4. 4Chine et Viet Nam (depuis 1978 et les années 1990) : ateliers du monde
Le « vol d'oies sauvages » : l'industrie se diffuse de pays en pays.

3. Deux stratégies d'industrialisation

Import-substitution
  • Produire soi-même ce qu'on importait
  • Marché visé : le marché intérieur
  • Protection par des droits de douane élevés
  • Exemples : Brésil, Argentine, Mexique (années 1950-1970)
  • Risques : marché trop petit, entreprises peu compétitives
Promotion des exportations
  • Produire pour vendre à l'étranger
  • Marché visé : le marché mondial
  • Ouverture, zones franches, aides aux exportateurs
  • Exemples : Corée du Sud, Taïwan, Singapour
  • Risques : dépendance à la demande mondiale
Les deux grandes stratégies d'industrialisation.

L'industrialisation par substitution aux importations (ISI) consiste à fabriquer sur place les biens que l'on importait, en protégeant les jeunes industries par des droits de douane. Elle a permis à l'Amérique latine de créer une industrie, mais souvent peu compétitive, car à l'abri de la concurrence, avec un marché intérieur limité par la pauvreté d'une grande partie de la population.

L'industrialisation par promotion des exportations consiste à produire d'emblée pour le marché mondial, en profitant d'une main-d'œuvre bon marché et disciplinée, puis à remonter les filières : on commence par le textile et l'assemblage, puis on passe à la sidérurgie, à la construction navale, à l'automobile, enfin à l'électronique et à l'informatique. C'est la stratégie des dragons.

En réalité, les dragons ont combiné les deux : ils ont protégé certaines industries naissantes tout en les obligeant à exporter pour garder l'aide de l'État.

4. Les facteurs de la réussite asiatique

  1. Un État stratège : planification (la Corée du Sud lance son premier plan quinquennal en 1962), crédits dirigés vers les secteurs choisis, soutien à de grands groupes industriels à condition qu'ils exportent.
  2. L'éducation : scolarisation massive, formation d'ingénieurs et de techniciens. Le capital humain a précédé l'industrie.
  3. Une épargne très élevée, qui finance l'investissement sans trop s'endetter à l'étranger.
  4. Une réforme agraire (Corée du Sud, Taïwan) qui a augmenté les revenus paysans et nourri les villes.
  5. L'ouverture au commerce mondial et l'accueil des investissements étrangers dans des zones franches (Taïwan ouvre sa première zone franche d'exportation en 1966).
  6. Un contexte favorable : pendant la guerre froide, les États-Unis soutiennent ces pays et leur ouvrent leur marché.

Exemple

Question : pourquoi une croissance de 8 % par an pendant 30 ans transforme-t-elle un pays ?

Étape 1 : chaque année, la production est multipliée par 1,08.

Étape 2 : sur 30 ans, elle est multipliée par 1,0830.

Étape 3 : je calcule : 1,0830 ≈ 10,06.

Conclusion : la production est multipliée par environ 10 en une génération. À titre de comparaison, avec 3 % par an, elle n'est multipliée que par 1,0330 ≈ 2,43. C'est la durée de la forte croissance, plus encore que son niveau, qui explique le « miracle » des dragons.

5. Les limites du modèle

  • Des conditions de travail difficiles au départ : longues journées, salaires bas, syndicats limités ; plusieurs dragons ont connu des régimes autoritaires pendant leur décollage.
  • Une forte dépendance aux marchés extérieurs : quand la demande mondiale baisse, les exportations chutent.
  • La crise financière asiatique de 1997, partie de Thaïlande, a frappé la Corée du Sud, l'Indonésie, la Malaisie : faillites, chômage, recours au FMI. Elle a montré les dangers d'un endettement à court terme en devises.
  • L'Amérique latine a connu la crise de la dette des années 1980 : l'industrialisation protégée, financée par l'emprunt, n'a pas suffi.
  • Des coûts environnementaux : pollution de l'air et de l'eau dans les zones industrielles.

6. Quelles leçons pour la Guinée ?

La Guinée n'a pas le même contexte que la Corée des années 1960, mais certaines leçons sont utiles :

  • Transformer sur place une partie de ses ressources : la Guinée exporte surtout de la bauxite brute ; la transformer en alumine, comme le fait l'usine de Fria depuis 1960 (avec une interruption de 2012 à 2018), puis en aluminium, augmenterait la valeur ajoutée et les emplois.
  • Investir d'abord dans l'éducation technique et la formation professionnelle.
  • Résoudre le problème de l'énergie : une industrie a besoin d'électricité abondante et régulière ; le potentiel hydroélectrique du Fouta-Djallon, « château d'eau de l'Afrique de l'Ouest », est un atout.
  • Profiter de l'intégration régionale (CEDEAO, Zone de libre-échange continentale africaine) pour vendre à un marché plus vaste que le seul marché guinéen.
  • Un État stable et efficace, qui oriente l'épargne vers l'investissement productif.

Exemple

Situation (prix imaginaires) : une entreprise guinéenne vend la bauxite brute 50 dollars la tonne. Il faut environ 2,5 tonnes de bauxite pour produire 1 tonne d'alumine, vendue 350 dollars la tonne. Quelle est la valeur des ventes obtenue avec 1 000 tonnes de bauxite dans chaque cas ?

Cas 1 (bauxite brute) : 1 000 × 50 = 50 000 dollars.

Cas 2 (alumine) : 1 000 / 2,5 = 400 tonnes d'alumine ; 400 × 350 = 140 000 dollars.

Conclusion : avec la même quantité de bauxite, la transformation multiplie la valeur des ventes par 140 000 / 50 000 = 2,8. Il faut bien sûr retirer le coût de l'usine, de l'énergie et des produits chimiques, mais la transformation crée aussi des emplois qualifiés dans le pays : c'est l'idée de la remontée des filières.

Méthode

Pour rédiger une réponse sur les NPI :

  1. Je définis le NPI (industrialisation rapide, exportations de produits manufacturés, croissance forte).
  2. Je cite des exemples précis et datés (dragons dès les années 1960, tigres, Chine depuis 1978).
  3. J'explique la stratégie (promotion des exportations, remontée des filières, rôle de l'État).
  4. Je nuance avec les limites (crise de 1997, conditions de travail, dépendance).
  5. Je termine par une application à l'Afrique ou à la Guinée.

3Je retiens

Je retiens

NPI : ancien pays sous-développé qui s'est industrialisé rapidement et exporte massivement des produits manufacturés.

Quatre dragons (années 1960) : Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong, Singapour. Tigres : Malaisie, Thaïlande, Indonésie, Philippines. Puis Chine (réformes de 1978) et Viet Nam. Amérique latine : Brésil, Mexique, Argentine.

Deux stratégies : import-substitution (produire ce qu'on importait, marché intérieur protégé) et promotion des exportations (produire pour le marché mondial, puis remonter les filières).

Facteurs de réussite : État stratège, éducation, forte épargne, réforme agraire, ouverture, zones franches, contexte de guerre froide.

Limites : conditions de travail, dépendance à la demande mondiale, crise asiatique de 1997, pollution.

Leçon pour la Guinée : transformer la bauxite sur place, former, produire de l'énergie, viser le marché régional.

4Erreurs fréquentes

  • Confondre NPI et pays riches en pétrole : un NPI se définit par son industrie manufacturière, non par ses matières premières.
  • Croire que les dragons ont réussi par le seul libre marché : l'État y a joué un rôle central (plans, crédits dirigés, protection sélective).
  • Réciter la liste des pays sans expliquer la stratégie : à l'examen, on attend le « comment » (promotion des exportations, remontée des filières, éducation).
  • Oublier les limites : la crise de 1997 et les coûts sociaux font partie du sujet.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis un nouveau pays industrialisé.

b) Cite les quatre dragons asiatiques.

c) Qu'est-ce que la « remontée des filières » ?

d) Dans quel pays la crise financière asiatique de 1997 a-t-elle commencé ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Un NPI est un pays anciennement sous-développé qui a connu, en quelques décennies, une industrialisation rapide, une forte croissance et une forte hausse de ses exportations de produits manufacturés.

b) La Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour.

c) C'est le passage progressif de productions simples, demandant beaucoup de main-d'œuvre (textile, assemblage), à des productions plus complexes et à plus forte valeur ajoutée (sidérurgie, navires, automobile, électronique).

d) En Thaïlande.

2Exercice 2

(Classer) Range chaque idée dans la bonne stratégie (import-substitution ou promotion des exportations) : droits de douane élevés ; zones franches ; marché intérieur ; marché mondial ; Brésil des années 1950 ; Corée du Sud des années 1960.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Import-substitution : droits de douane élevés ; marché intérieur ; Brésil des années 1950.

Promotion des exportations : zones franches ; marché mondial ; Corée du Sud des années 1960.

3Exercice 3

(Calcul) Un pays voit son PIB croître de 7 % par an.

a) Par combien son PIB est-il multiplié en 10 ans ?

b) Selon la « règle de 70 » (le temps de doublement en années est environ 70 divisé par le taux de croissance), en combien d'années le PIB double-t-il ? Compare avec un pays qui croît de 3,5 % par an.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) 1,0710 ≈ 1,97 : le PIB est presque multiplié par 2 en 10 ans.

b) Temps de doublement ≈ 70 / 7 = 10 ans (ce qui confirme le a). Pour une croissance de 3,5 % : 70 / 3,5 = 20 ans. Le pays qui croît deux fois plus vite double sa production deux fois plus vite.

4Exercice 4

(Analyse de document) Relis l'exemple sur la bauxite et l'alumine (prix imaginaires).

a) Par combien la transformation multiplie-t-elle la valeur des ventes ?

b) Cite deux conditions nécessaires pour que la Guinée transforme davantage sa bauxite.

c) Relie cet exemple à la stratégie des NPI.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Par 2,8 (140 000 dollars au lieu de 50 000 dollars pour 1 000 tonnes de bauxite).

b) Par exemple : disposer d'une électricité abondante et bon marché ; disposer de capitaux pour construire les usines ; former des techniciens et des ingénieurs ; avoir des routes, des voies ferrées et des ports adaptés.

c) Les NPI ont réussi en remontant les filières, c'est-à-dire en ajoutant de plus en plus de valeur à leurs productions. Transformer la bauxite en alumine puis en aluminium, c'est appliquer la même logique à une ressource guinéenne.

5Exercice 5

(Sujet type BAC) « Le modèle des nouveaux pays industrialisés d'Asie est-il transposable en Afrique ? » Rédige une introduction, un plan détaillé et une conclusion.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction. Depuis les années 1960, la Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour, puis d'autres pays d'Asie, sont passés du sous-développement à l'industrialisation : ce sont les nouveaux pays industrialisés. Leur réussite fascine l'Afrique, qui reste surtout exportatrice de matières premières. Ce modèle peut-il être transposé en Afrique ?

I. Des éléments transposables. a) La priorité donnée à l'éducation et à la formation technique. b) Le rôle d'un État stratège qui planifie et oriente l'épargne. c) La remontée des filières à partir des ressources locales (bauxite guinéenne, cacao ivoirien). d) Les zones franches, dont l'île Maurice a montré l'efficacité.

II. Des obstacles importants. a) Le contexte a changé : la concurrence de la Chine et des pays d'Asie est très forte, et la guerre froide n'offre plus les mêmes soutiens. b) Manque d'énergie et d'infrastructures de transport. c) Instabilité politique et problèmes de gouvernance. d) Marchés nationaux petits et fragmentés.

Conclusion. Le modèle ne peut pas être copié tel quel, mais ses principes (éducation, État efficace, transformation locale, ouverture maîtrisée) restent valables. L'intégration régionale, avec la CEDEAO et la Zone de libre-échange continentale africaine, peut offrir aux industries africaines le grand marché qui leur manque.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Lequel de ces pays fait partie des « quatre dragons » ?
Voir la réponse

Réponse B : Singapour. Les quatre dragons sont la Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour.

2La stratégie d'import-substitution consiste à :
Voir la réponse

Réponse A : produire sur place les biens qu'on importait, en protégeant le marché intérieur. Elle vise le marché intérieur et s'appuie sur des droits de douane élevés.

3La « remontée des filières » signifie :
Voir la réponse

Réponse B : passer de productions simples à des productions à plus forte valeur ajoutée. On commence par le textile ou l'assemblage, puis on passe à l'acier, aux navires, à l'électronique.

4Quel facteur n'explique PAS la réussite des dragons asiatiques ?
Voir la réponse

Réponse C : d'immenses réserves de pétrole. Les dragons avaient peu de ressources naturelles ; leur réussite repose sur le travail, l'éducation et l'industrie.

5En quelle année a éclaté la crise financière asiatique ?
Voir la réponse

Réponse C : 1997. Partie de Thaïlande en 1997, elle a touché la Corée du Sud, l'Indonésie et la Malaisie.

Tu as fini la leçon ?

Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.

Karamö
Un point pas clair ? Dis-moi ce qui te bloque dans cette leçon : je t’explique autrement, pas à pas. Demander à Karamö

Toutes les leçons de Économie · Terminale SM

Demander à Karamö