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Économie · Terminale SM Prépare le BAC

Leçon 39 sur 42

Un modèle d'intégration économique : la CEDEAO

Je sais présenter la CEDEAO (création, membres, objectifs, institutions), décrire ses principales réalisations, analyser ses difficultés et expliquer ce qu'elle apporte à la Guinée.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Présenter la création, l'évolution des membres et les objectifs de la CEDEAO
  • Décrire ses institutions et ses principales réalisations (libre circulation, tarif extérieur commun, paix)
  • Situer le degré d'intégration atteint par la CEDEAO
  • Analyser ses limites et les défis actuels, dont le départ de trois États en 2025

Avant de commencer : La leçon sur l'intégration économique (degrés de Balassa, création et détournement de commerce).

1Je découvre

Hawa vit à Kankan et commerce avec le Mali, la Côte d'Ivoire et le Sénégal. Dans son sac, elle garde précieusement son passeport, qui porte le sigle de la CEDEAO. Grâce à lui, elle peut voyager à Dakar ou à Abidjan sans visa. Pour certaines marchandises fabriquées dans la région, elle présente un certificat d'origine qui leur permet de passer les frontières sans droits de douane.

Pourtant, tout n'est pas simple : les contrôles restent nombreux sur la route, et depuis 2025 le Mali voisin, où elle se rend souvent, ne fait plus partie de la CEDEAO. Ses amis commerçants se demandent ce que cela va changer.

En classe, son neveu Alpha, en Terminale SS, étudie justement la CEDEAO comme modèle d'intégration économique en Afrique.

Comment la CEDEAO est-elle née, comment fonctionne-t-elle, qu'a-t-elle réalisé, et quelles difficultés doit-elle surmonter ?

2Je comprends

1. La création et l'évolution des membres

La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a été créée par le traité de Lagos, signé le 28 mai 1975 par 15 États : le Bénin (alors Dahomey), le Burkina Faso (alors Haute-Volta), la Côte d'Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo. La Guinée en est donc membre fondateur.

L'évolution des membres :

  • 1977 : le Cap-Vert (Cabo Verde) adhère ;
  • 2000 : la Mauritanie se retire ;
  • 29 janvier 2025 : le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger devient effectif ; ces trois pays ont formé entre eux l'Alliance des États du Sahel.

La CEDEAO compte donc aujourd'hui 12 États membres : Bénin, Cabo Verde, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo. Le Nigeria représente à lui seul plus de la moitié de la population de la Communauté.

En 1993, un traité révisé, signé à Cotonou, élargit les objectifs de la CEDEAO (union économique et monétaire, paix et sécurité, démocratie).

  1. 11975 : traité de Lagos, 15 États fondateurs dont la Guinée
  2. 21977 : adhésion du Cap-Vert
  3. 31979 : protocole sur la libre circulation des personnes
  4. 41993 : traité révisé de Cotonou
  5. 52000 : retrait de la Mauritanie
  6. 62015 : entrée en vigueur du tarif extérieur commun
  7. 72025 : retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger
Les grandes dates de la CEDEAO.

2. Les objectifs

Selon le traité révisé, la CEDEAO vise à promouvoir la coopération et l'intégration en vue de créer une union économique en Afrique de l'Ouest, afin d'élever le niveau de vie des populations, d'accroître la stabilité économique et de contribuer au progrès du continent. Concrètement :

  • supprimer les droits de douane entre les membres et établir un tarif extérieur commun ;
  • assurer la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux ;
  • harmoniser les politiques agricoles, industrielles, énergétiques, monétaires ;
  • créer une monnaie unique ;
  • développer des infrastructures communes (routes, énergie, télécommunications) ;
  • garantir la paix, la sécurité et la démocratie dans la région.

3. Les institutions

InstitutionRôle
Conférence des chefs d'État et de gouvernementOrgane suprême : fixe les grandes orientations, prend les décisions majeures
Conseil des ministresPrépare et suit l'application des décisions
Commission (siège à Abuja)Organe exécutif : propose et met en œuvre les programmes ; a remplacé le Secrétariat exécutif en 2007
Parlement de la CommunautéReprésente les peuples ; rôle surtout consultatif
Cour de justice de la CommunautéVeille au respect des textes ; peut être saisie par des citoyens pour violation des droits de l'homme
Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC, à Lomé)Finance des projets de développement dans les États membres

4. Les principales réalisations

a) La libre circulation des personnes. Le protocole de 1979 donne aux citoyens de la Communauté le droit d'entrer sans visa dans les autres États membres pour un séjour de courte durée, puis, progressivement, d'y résider et de s'y établir. Un passeport CEDEAO et une carte d'identité biométrique reconnue par tous les membres facilitent les voyages.

b) La libéralisation des échanges. Le Schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO permet aux produits agricoles, à l'artisanat et aux produits industriels originaires des États membres (et agréés) de circuler sans droits de douane.

c) Le tarif extérieur commun (TEC). Entré en vigueur le 1er janvier 2015, il applique les mêmes droits de douane aux produits venant de l'extérieur, selon cinq catégories : 0 % (biens sociaux essentiels, comme certains médicaments), 5 % (matières premières), 10 % (produits intermédiaires), 20 % (biens de consommation finale) et 35 % (biens spécifiques à protéger pour le développement de la production locale). La CEDEAO est ainsi devenue une union douanière.

d) Le financement propre. Un prélèvement communautaire de 0,5 % sur la valeur des importations venant de pays tiers finance les institutions de la Communauté.

e) Les infrastructures régionales. Projets de corridors routiers (comme l'axe côtier Abidjan–Lagos), système d'échanges d'énergie électrique ouest-africain (pour interconnecter les réseaux et partager l'électricité), gazoduc de l'Afrique de l'Ouest qui transporte le gaz nigérian vers le Bénin, le Togo et le Ghana.

f) La paix et la sécurité. La CEDEAO a créé une force d'interposition, l'ECOMOG, intervenue notamment au Liberia (à partir de 1990) et en Sierra Leone. Un mécanisme de prévention des conflits (1999) et un protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance (2001) encadrent son action.

Exemple

Situation (valeurs imaginaires) : un importateur guinéen fait venir d'un pays extérieur à la CEDEAO un lot de tissus (bien de consommation finale) d'une valeur de 200 000 000 GNF. Calcule le droit du TEC et le prélèvement communautaire.

Étape 1 : le tissu est un bien de consommation finale : catégorie à 20 %.

Droit de douane : 200 000 000 × 0,20 = 40 000 000 GNF.

Étape 2 : prélèvement communautaire : 200 000 000 × 0,005 = 1 000 000 GNF.

Étape 3 : total de ces deux prélèvements : 40 000 000 + 1 000 000 = 41 000 000 GNF.

Conclusion : le même tissu, s'il est fabriqué dans un État membre et agréé au Schéma de libéralisation des échanges, entrerait sans ces droits : c'est un avantage pour les producteurs de la région. (D'autres taxes, comme la TVA, s'ajoutent dans les deux cas.)

5. Quel degré d'intégration ?

D'après la classification de Balassa :

  • la CEDEAO a supprimé en principe les droits de douane entre ses membres pour les produits originaires agréés (zone de libre-échange, encore imparfaite) ;
  • elle a un tarif extérieur commun depuis 2015 : c'est une union douanière ;
  • elle a engagé la libre circulation des personnes, mais la libre circulation complète des services et des capitaux n'est pas achevée : le marché commun est en construction ;
  • la monnaie unique (projet appelé « eco ») a été plusieurs fois reportée : l'union monétaire n'existe pas à l'échelle de la CEDEAO. Une partie des membres utilise déjà une monnaie commune, le franc CFA de l'UEMOA, tandis que d'autres, comme la Guinée, gardent leur monnaie nationale.

6. Les limites et les défis

  • Le commerce entre membres reste faible, car les économies produisent souvent les mêmes matières premières.
  • Les tracasseries aux frontières : contrôles multiples, barrages routiers, paiements illicites, qui freinent la libre circulation pourtant prévue par les textes.
  • La diversité des monnaies (franc CFA, naira, cedi, franc guinéen, leone…), qui complique les échanges.
  • Les inégalités entre membres : le poids du Nigeria est considérable, ce qui peut susciter des craintes chez les petits pays.
  • L'instabilité politique : coups d'État et crises ont conduit la CEDEAO à suspendre certains membres, ce qui a provoqué des tensions.
  • Le départ de trois États sahéliens en 2025, qui réduit la taille du marché et pose la question de la circulation des biens et des personnes avec eux.
  • Le financement insuffisant de certains projets et la lenteur d'application des décisions.

7. La Guinée et la CEDEAO

Pour la Guinée, la CEDEAO est :

  • un marché pour ses produits agricoles (fruits, pomme de terre du Fouta-Djallon, huile de palme) et, à l'avenir, pour son électricité hydroélectrique grâce à l'interconnexion des réseaux ;
  • une facilité de circulation pour ses commerçants, ses étudiants et ses travailleurs ;
  • un cadre de coopération pour la paix et le développement (financements de la BIDC, projets régionaux).

En retour, la Guinée doit appliquer les règles communes (TEC, libre circulation), améliorer ses routes transfrontalières et produire davantage de biens transformés à vendre à ses voisins.

Méthode

Pour présenter une organisation d'intégration dans une copie :

  1. Création : date, lieu, traité, membres fondateurs, évolution des membres.
  2. Objectifs principaux.
  3. Institutions (les deux ou trois plus importantes au minimum).
  4. Réalisations concrètes, avec dates.
  5. Degré d'intégration atteint selon Balassa.
  6. Limites et perspectives, puis intérêt pour la Guinée.

3Je retiens

Je retiens

CEDEAO : créée par le traité de Lagos le 28 mai 1975 par 15 États, dont la Guinée (membre fondateur). Traité révisé à Cotonou en 1993.

Évolution : adhésion du Cap-Vert (1977), retrait de la Mauritanie (2000), retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger (29 janvier 2025) : 12 membres.

Objectif : une union économique ouest-africaine, la libre circulation, la paix et la démocratie.

Institutions : Conférence des chefs d'État, Conseil des ministres, Commission (Abuja), Parlement, Cour de justice, BIDC (Lomé).

Réalisations : libre circulation des personnes (1979), passeport et carte d'identité CEDEAO, Schéma de libéralisation des échanges, TEC (2015 : 0, 5, 10, 20, 35 %), prélèvement communautaire de 0,5 %, ECOMOG, projets d'énergie et de routes.

Degré atteint : union douanière, marché commun en construction, monnaie unique (eco) non réalisée.

Limites : commerce intra-régional faible, tracasseries, monnaies multiples, instabilité politique, départs de membres.

4Erreurs fréquentes

  • Dire que la CEDEAO a une monnaie unique : l'eco n'existe pas encore ; seul le franc CFA est commun aux pays de l'UEMOA.
  • Confondre CEDEAO et UEMOA : l'UEMOA ne regroupe que des pays utilisant le franc CFA ; la Guinée n'en fait pas partie.
  • Donner encore 15 membres : depuis le 29 janvier 2025, la CEDEAO en compte 12.
  • Oublier que la Guinée est membre fondateur de la CEDEAO depuis 1975.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Quand, où et par combien d'États la CEDEAO a-t-elle été créée ?

b) Combien compte-t-elle de membres aujourd'hui ? Pourquoi ce nombre a-t-il changé ?

c) Cite trois institutions de la CEDEAO et leur rôle.

d) Qu'est-ce que le TEC, et depuis quand est-il en vigueur ?

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a) Le 28 mai 1975, à Lagos (Nigeria), par 15 États, dont la Guinée.

b) 12 membres. Le Cap-Vert a adhéré en 1977, la Mauritanie s'est retirée en 2000, et le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger est devenu effectif le 29 janvier 2025 : 15 + 1 − 1 − 3 = 12.

c) Par exemple : la Conférence des chefs d'État et de gouvernement, organe suprême qui prend les grandes décisions ; la Commission, à Abuja, organe exécutif qui met en œuvre les programmes ; la Cour de justice, qui veille au respect des textes (ou le Parlement, ou la BIDC, qui finance des projets).

d) Le tarif extérieur commun est l'ensemble des droits de douane identiques appliqués par tous les membres aux produits venant de pays extérieurs. Il est en vigueur depuis le 1er janvier 2015.

2Exercice 2

(Calcul) Un commerçant guinéen importe de l'extérieur de la CEDEAO des matières premières (catégorie à 5 %) pour 80 000 000 GNF et des produits intermédiaires (catégorie à 10 %) pour 50 000 000 GNF.

a) Calcule les droits du TEC pour chaque lot, puis le total.

b) Calcule le prélèvement communautaire total (0,5 %).

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a) Matières premières : 80 000 000 × 0,05 = 4 000 000 GNF. Produits intermédiaires : 50 000 000 × 0,10 = 5 000 000 GNF. Total : 9 000 000 GNF.

b) (80 000 000 + 50 000 000) × 0,005 = 130 000 000 × 0,005 = 650 000 GNF.

3Exercice 3

(Classer) Classe ces éléments en « réalisations » et en « difficultés » de la CEDEAO : passeport commun ; barrages routiers illégaux ; TEC ; monnaies multiples ; ECOMOG ; retrait de trois États en 2025 ; Cour de justice.

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Réalisations : passeport commun ; TEC ; ECOMOG ; Cour de justice.

Difficultés : barrages routiers illégaux ; monnaies multiples ; retrait de trois États en 2025.

4Exercice 4

(Analyse) Selon la classification de Balassa, à quel degré d'intégration la CEDEAO est-elle parvenue ? Justifie en trois ou quatre phrases.

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La CEDEAO a dépassé le stade de la zone de libre-échange, puisqu'elle applique depuis 2015 un tarif extérieur commun : elle est donc une union douanière. Elle a aussi engagé la libre circulation des personnes, ce qui la rapproche d'un marché commun, mais la libre circulation des services et des capitaux n'est pas achevée et les obstacles aux frontières persistent. Enfin, la monnaie unique n'existe pas encore : elle n'est pas une union économique et monétaire.

5Exercice 5

(Sujet type BAC) « La CEDEAO : bilan et perspectives d'un modèle d'intégration économique en Afrique de l'Ouest. » Rédige une introduction, un plan détaillé et une conclusion.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction. Créée en 1975 par le traité de Lagos, la CEDEAO est la principale organisation d'intégration de l'Afrique de l'Ouest ; la Guinée en est membre fondateur. Elle vise une union économique au service du niveau de vie des populations et de la paix. Quel bilan peut-on en faire, et quelles sont ses perspectives ?

I. Un bilan positif. a) Libre circulation des personnes (protocole de 1979, passeport, carte d'identité biométrique). b) Union douanière avec le TEC depuis 2015 et le Schéma de libéralisation des échanges. c) Projets régionaux d'énergie et de routes, financements de la BIDC. d) Rôle dans la paix (ECOMOG, protocole de 2001).

II. Des limites importantes. a) Faible commerce entre membres et tracasseries aux frontières. b) Monnaies multiples et monnaie unique reportée. c) Poids écrasant du Nigeria, instabilité politique, suspensions. d) Retrait de trois États en 2025.

III. Des perspectives. a) Transformer les matières premières pour échanger davantage. b) Achever les corridors et l'interconnexion électrique, où la Guinée peut devenir un fournisseur d'hydroélectricité. c) Relancer la monnaie commune sur des bases solides. d) Articuler la CEDEAO avec la ZLECAf et maintenir des relations avec les pays sahéliens.

Conclusion. Malgré ses difficultés, la CEDEAO reste un modèle d'intégration parmi les plus avancés d'Afrique. Son avenir dépend de la volonté des États de faire passer les textes dans la réalité quotidienne des commerçants comme Hawa.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Où et quand la CEDEAO a-t-elle été créée ?
Voir la réponse

Réponse B : à Lagos, en 1975. Le traité de Lagos a été signé le 28 mai 1975 ; le traité révisé date de 1993, à Cotonou.

2Combien d'États sont membres de la CEDEAO depuis le 29 janvier 2025 ?
Voir la réponse

Réponse C : 12. Après le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger, il reste 12 membres.

3Où se trouve le siège de la Commission de la CEDEAO ?
Voir la réponse

Réponse B : à Abuja. La Commission siège à Abuja ; la BIDC, elle, se trouve à Lomé.

4Depuis 2015, la CEDEAO applique :
Voir la réponse

Réponse A : un tarif extérieur commun. Le TEC fait de la CEDEAO une union douanière.

5Pour un bien de consommation finale importé de l'extérieur d'une valeur de 10 000 000 GNF, le droit du TEC (20 %) est de :
Voir la réponse

Réponse C : 2 000 000 GNF. 10 000 000 × 0,20 = 2 000 000 GNF.

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