Leçon 5 sur 24
La révolution industrielle et les transformations sociales, économiques et politiques
Je sais expliquer comment la révolution industrielle a créé le capitalisme moderne, fait naître deux classes sociales opposées, la bourgeoisie et le prolétariat, et provoqué des luttes et des idées politiques nouvelles.
- 50 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir le capitalisme libéral et décrire ses caractéristiques
- Présenter la bourgeoisie et le prolétariat et les conditions de vie ouvrières
- Expliquer la naissance du mouvement ouvrier (syndicats, grèves, socialisme)
- Montrer les conséquences politiques : essor de la bourgeoisie, élargissement du droit de vote, expansion coloniale
Avant de commencer : Les leçons précédentes du chapitre, en particulier l'exode rural et l'urbanisation.
1Je découvre
Au port de Conakry, Ousmane, docker, rentre tard. Il a déchargé des sacs toute la journée sous le soleil. Le soir, ses collègues discutent : ils veulent demander une augmentation de salaire et de meilleures conditions de sécurité. « Seuls, dit l'un, le patron ne nous écoutera pas. Ensemble, avec le syndicat, nous serons entendus. »
Sa fille Hawa, élève de 10e, l'écoute. Elle vient justement d'apprendre que les mots « ouvrier », « patron », « salaire », « grève » et « syndicat » ont pris leur sens moderne pendant la révolution industrielle, en Europe, au XIXe siècle. À cette époque, des enfants travaillaient douze heures par jour dans les usines, et les ouvriers n'avaient ni le droit de vote ni le droit de se regrouper.
Comment la révolution industrielle a-t-elle transformé l'économie, la société et la vie politique ?
2Je comprends
1. Les transformations économiques : le triomphe du capitalisme
Le capitalisme est un système économique dans lequel les moyens de production (usines, machines, mines, terres) appartiennent à des personnes privées, qui les font fonctionner pour réaliser un profit, en employant des travailleurs salariés.
La révolution industrielle fait triompher ce système. Ses caractéristiques :
- La propriété privée : l'usine appartient à un patron ou à des actionnaires.
- La recherche du profit : on produit pour vendre avec bénéfice ; une partie du profit est réinvestie pour produire davantage.
- La libre concurrence : les entreprises rivalisent pour attirer les clients, en baissant leurs prix ou en améliorant leurs produits.
- Le salariat : l'ouvrier ne possède que sa force de travail, qu'il vend contre un salaire.
Ce capitalisme est libéral : il s'appuie sur les idées de l'Écossais Adam Smith, auteur en 1776 d'un ouvrage célèbre sur la richesse des nations. Selon les libéraux, l'État doit intervenir le moins possible dans l'économie et laisser jouer la concurrence et la loi de l'offre et de la demande.
De nouvelles institutions financières apparaissent ou se développent : les banques prêtent de l'argent aux industriels ; les sociétés anonymes réunissent l'argent de nombreux actionnaires ; la Bourse est le lieu où l'on achète et vend les actions.
Les crises : le capitalisme connaît des crises de surproduction. Quand les usines produisent plus que ce que les gens peuvent acheter, les prix baissent, des entreprises font faillite et les ouvriers perdent leur emploi. Une longue période de difficultés commence ainsi en 1873.
- 1Le patron investit son capital dans une usine et des machines
- 2Il embauche des ouvriers contre un salaire
- 3Les ouvriers produisent des marchandises
- 4Les marchandises sont vendues sur le marché
- 5Le patron réalise un profit, qu'il réinvestit en partie
2. Les transformations sociales : une société de classes
La société d'Ancien Régime était divisée en ordres (noblesse, clergé, tiers état). La société industrielle se divise en classes sociales, définies surtout par la richesse et la place dans la production.
La bourgeoisie est le groupe qui possède les capitaux : industriels, banquiers, grands commerçants. Elle vit dans de beaux quartiers, envoie ses enfants dans les meilleures écoles et domine l'économie. À côté d'elle se développent des classes moyennes : employés, fonctionnaires, enseignants, petits commerçants, médecins.
Le prolétariat, ou classe ouvrière, regroupe les ouvriers qui n'ont que leur salaire pour vivre. Souvent anciens paysans venus par l'exode rural, ils vivent dans des conditions très dures :
| Domaine | Conditions de vie des ouvriers au début du XIXe siècle |
|---|---|
| Travail | Journées de 12 à 15 heures, six jours sur sept, dans le bruit et la poussière |
| Salaires | Très bas, à peine suffisants pour se nourrir |
| Enfants | Employés dès un très jeune âge dans les filatures et les mines |
| Sécurité | Accidents fréquents, aucune assurance en cas de maladie, d'accident ou de vieillesse |
| Logement | Taudis surpeuplés, sans eau courante ni égouts, épidémies (choléra, tuberculose) |
| Discipline | Règlements sévères, amendes, renvoi sans préavis |
Des enquêtes de l'époque, comme celle du médecin français Louis-René Villermé publiée en 1840, décrivent cette misère ouvrière et choquent l'opinion. On parle alors de la question sociale.
- Possède les usines, les banques, les capitaux
- Vit du profit
- Beaux quartiers, confort
- Instruction poussée
- Domine la vie politique
- Ne possède que sa force de travail
- Vit d'un salaire faible
- Taudis surpeuplés, épidémies
- Enfants au travail, peu d'instruction
- Longtemps privé du droit de vote
3. Le mouvement ouvrier : s'unir pour se défendre
Face à cette situation, les ouvriers réagissent de plusieurs manières.
Les révoltes. En Angleterre, en 1811-1812, les luddites brisent les machines qu'ils accusent de voler leur travail. En France, les ouvriers de la soie de Lyon, les canuts, se révoltent en 1831 et en 1834.
Les grèves et les syndicats. Une grève est un arrêt collectif du travail pour obtenir satisfaction. Un syndicat est une association de travailleurs qui défend leurs intérêts. D'abord interdits, ils sont peu à peu autorisés : en Grande-Bretagne, les associations ouvrières sont tolérées à partir de 1824 ; en France, le droit de grève est reconnu en 1864 et les syndicats sont autorisés en 1884.
Les idées socialistes. Des penseurs critiquent le capitalisme. Les plus connus, Karl Marx et Friedrich Engels, publient en 1848 le Manifeste du parti communiste. Pour eux, l'histoire est une lutte des classes : les prolétaires doivent s'unir, prendre le pouvoir et mettre les moyens de production en commun. En 1864, l'Association internationale des travailleurs (la Première Internationale) est fondée à Londres. D'autres socialistes veulent améliorer la condition ouvrière par des réformes votées au Parlement.
Les chrétiens sociaux. L'Église catholique s'intéresse aussi à la question sociale : en 1891, le pape Léon XIII publie l'encyclique Rerum novarum, qui demande un salaire juste et le respect des travailleurs, tout en défendant la propriété privée.
Les premières lois sociales. Sous la pression, les États commencent à protéger les travailleurs. En Grande-Bretagne, le Factory Act de 1833 interdit le travail des enfants de moins de 9 ans dans les usines textiles et limite la durée du travail des plus jeunes. En France, la loi de 1841 interdit le travail des enfants de moins de 8 ans dans les grandes entreprises. D'autres lois suivent à la fin du siècle (limitation de la journée de travail, assurances contre les accidents).
4. Les transformations politiques
La bourgeoisie au pouvoir. Enrichie, la bourgeoisie réclame une place dans le gouvernement. En Grande-Bretagne, la réforme électorale de 1832 donne le droit de vote à une partie de la bourgeoisie. Le libéralisme politique (libertés individuelles, parlement élu, constitution) progresse.
La lutte pour le suffrage universel. Les ouvriers, eux, restent longtemps exclus du vote. En Grande-Bretagne, le mouvement chartiste (1838-1848) réclame le suffrage universel masculin. En France, le suffrage universel masculin est établi en 1848, année où de nombreuses révolutions éclatent en Europe (« le printemps des peuples »). Peu à peu, les ouvriers créent leurs propres partis politiques. Les femmes, elles, devront attendre le XXe siècle.
Un nouvel équilibre mondial. Les pays industrialisés (Grande-Bretagne, France, Belgique, Allemagne, États-Unis) deviennent les plus puissants du monde. Pour trouver des matières premières, des débouchés pour leurs produits et des lieux où placer leurs capitaux, ils se lancent dans l'expansion coloniale. C'est ce qui conduira, à la fin du XIXe siècle, au partage de l'Afrique, que tu étudieras dans le chapitre suivant.
Exemple
Question : « Décris les conditions de vie des ouvriers au début du XIXe siècle. »
Réponse rédigée : Au début du XIXe siècle, les ouvriers vivent dans une grande misère. Ils travaillent de 12 à 15 heures par jour, six jours sur sept, pour un salaire à peine suffisant pour se nourrir. Les enfants sont employés très jeunes dans les filatures et les mines. Les accidents sont fréquents et il n'existe aucune assurance contre la maladie, les accidents ou la vieillesse. Les familles s'entassent dans des taudis sans eau courante, où se propagent le choléra et la tuberculose. Cette situation, révélée par des enquêtes comme celle de Villermé (1840), constitue ce qu'on appelle la question sociale.
Exemple
Question : « Quelles solutions les ouvriers et les penseurs ont-ils proposées face à la question sociale ? »
Réponse : Les ouvriers se sont d'abord révoltés, parfois en brisant les machines (luddites, 1811-1812). Ils se sont ensuite organisés en syndicats et ont utilisé la grève pour obtenir de meilleurs salaires et des journées plus courtes. Des penseurs socialistes, comme Karl Marx et Friedrich Engels (Manifeste du parti communiste, 1848), ont proposé de mettre fin au capitalisme par la lutte des classes, tandis que d'autres préféraient des réformes. L'Église catholique, avec Rerum novarum (1891), a demandé un salaire juste. Enfin, les États ont voté les premières lois sociales, comme le Factory Act de 1833 en Grande-Bretagne et la loi de 1841 en France.
Méthode
Pour répondre à une question « transformations économiques, sociales et politiques » :
- Je fais trois parties, une par domaine, annoncées dans l'introduction.
- Économique : capitalisme, profit, banques, sociétés anonymes, crises.
- Social : bourgeoisie, prolétariat, conditions ouvrières, mouvement ouvrier.
- Politique : pouvoir de la bourgeoisie, luttes pour le droit de vote, expansion coloniale.
- Je donne au moins une date ou un exemple précis par partie, et je conclus.
5. Un héritage visible en Guinée
Le salariat, les syndicats et la grève sont arrivés en Guinée avec la colonisation, dans les ports, les chemins de fer, les administrations et les plantations. Au XXe siècle, les travailleurs guinéens se sont organisés à leur tour : la grande grève générale de 1953 a été un moment important de la lutte syndicale et de la marche vers l'indépendance. Aujourd'hui, le Code du travail guinéen reconnaît le droit syndical et le droit de grève, héritiers lointains des combats ouvriers du XIXe siècle.
3Je retiens
Je retiens
Capitalisme : propriété privée des moyens de production, recherche du profit, libre concurrence, salariat. Libéralisme économique : Adam Smith (1776), l'État intervient peu.
Nouvelles institutions : banques, sociétés anonymes, Bourse ; crises de surproduction (grande dépression à partir de 1873).
Société de classes : bourgeoisie (possède les capitaux) et prolétariat (vit d'un salaire), avec des classes moyennes.
Conditions ouvrières très dures : longues journées, bas salaires, travail des enfants, taudis. C'est la « question sociale ».
Mouvement ouvrier : luddites (1811-1812), grèves, syndicats ; Manifeste de Marx et Engels (1848) ; Première Internationale (1864) ; Rerum novarum (1891).
Premières lois sociales : Factory Act (1833), loi française sur le travail des enfants (1841).
Politique : la bourgeoisie accède au pouvoir ; lutte pour le suffrage universel (France, 1848) ; les puissances industrielles se lancent dans la colonisation.
4Erreurs fréquentes
- Confondre bourgeoisie et noblesse : la bourgeoisie tire sa richesse du commerce, de l'industrie et de la banque, pas de la naissance.
- Croire que les syndicats ont toujours été autorisés : ils ont d'abord été interdits, puis reconnus peu à peu (en France, en 1884).
- Présenter Marx comme l'inventeur du capitalisme : il en est au contraire l'un des plus grands critiques.
- Oublier le lien avec la colonisation : la recherche de matières premières et de débouchés pousse les puissances industrielles vers l'Afrique.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis : capitalisme, salariat, prolétariat, syndicat, grève.
b) Qui est Adam Smith et quelle idée défend-il ?
c) Quelle loi britannique de 1833 limite le travail des enfants ?
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a) Le capitalisme est un système économique fondé sur la propriété privée des moyens de production et la recherche du profit. Le salariat est la situation d'un travailleur qui vend sa force de travail contre un salaire. Le prolétariat est la classe des ouvriers qui n'ont que leur salaire pour vivre. Un syndicat est une association de travailleurs qui défend leurs intérêts. Une grève est un arrêt collectif du travail pour obtenir satisfaction.
b) Adam Smith est un penseur écossais qui a publié en 1776 un ouvrage sur la richesse des nations. Il défend le libéralisme économique : l'État doit intervenir le moins possible et laisser jouer la libre concurrence.
c) Le Factory Act, qui interdit le travail des enfants de moins de 9 ans dans les usines textiles.
2Exercice 2
(Classer) Classe les éléments suivants en transformations économiques, sociales ou politiques : société anonyme, suffrage universel masculin en France, taudis ouvriers, Bourse, chartisme, travail des enfants, crise de surproduction, réforme électorale de 1832.
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Économiques : société anonyme, Bourse, crise de surproduction.
Sociales : taudis ouvriers, travail des enfants.
Politiques : suffrage universel masculin en France, chartisme, réforme électorale de 1832.
3Exercice 3
(Chronologie) Range dans l'ordre et donne la date de chaque événement : encyclique Rerum novarum ; révolte des luddites ; Manifeste du parti communiste ; Factory Act ; Première Internationale ; autorisation des syndicats en France.
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Révolte des luddites (1811-1812) ; Factory Act (1833) ; Manifeste du parti communiste (1848) ; Première Internationale (1864) ; autorisation des syndicats en France (1884) ; Rerum novarum (1891).
4Exercice 4
(Analyse de document, type BEPC) Observe le tableau « Conditions de vie des ouvriers » de la partie « Je comprends ».
a) Relève trois difficultés de la vie ouvrière.
b) Pourquoi les ouvriers acceptaient-ils de telles conditions ?
c) Quelles réponses les ouvriers ont-ils trouvées pour améliorer leur sort ?
d) Explique l'expression « question sociale ».
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a) Par exemple : des journées de 12 à 15 heures ; des salaires très bas ; le travail des enfants ; des logements insalubres et des épidémies.
b) Ils n'avaient pas le choix : anciens paysans chassés des campagnes, ils ne possédaient que leur force de travail, il n'existait ni lois sociales ni assurances, et les syndicats étaient interdits.
c) Ils se sont révoltés (luddites, canuts), se sont regroupés en syndicats, ont fait grève, ont soutenu les idées socialistes et ont obtenu peu à peu des lois sociales.
d) La « question sociale » désigne l'ensemble des problèmes posés par la misère ouvrière dans la société industrielle et le débat sur les moyens d'y remédier.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une quinzaine de lignes, montre que la révolution industrielle a transformé l'économie, la société et la vie politique. Plan conseillé : introduction ; 1. transformations économiques ; 2. transformations sociales ; 3. transformations politiques ; conclusion.
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Exemple de rédaction :
Au XIXe siècle, la révolution industrielle ne change pas seulement la manière de produire : elle transforme toute la société.
Sur le plan économique, le capitalisme libéral triomphe. Les usines appartiennent à des propriétaires privés qui recherchent le profit ; les banques, les sociétés anonymes et la Bourse financent les entreprises. Mais l'économie connaît des crises de surproduction, comme à partir de 1873.
Sur le plan social, deux classes s'opposent : la bourgeoisie, qui possède les capitaux, et le prolétariat, qui vit d'un faible salaire dans des conditions très dures. Les ouvriers réagissent par des révoltes, des grèves et des syndicats ; Marx et Engels publient le Manifeste du parti communiste en 1848, et les premières lois sociales apparaissent (Factory Act, 1833).
Sur le plan politique, la bourgeoisie accède au pouvoir, puis les peuples réclament le suffrage universel, obtenu en France en 1848 pour les hommes. Les puissances industrielles se lancent aussi dans l'expansion coloniale.
Ainsi, la révolution industrielle a donné naissance au monde moderne, avec ses richesses, mais aussi ses inégalités et ses conflits.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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