Leçon 5 sur 13
La circulation de la sève : transit horizontal et vertical
Je sais décrire le chemin de la sève brute et de la sève élaborée dans la plante, et expliquer les forces qui les font circuler.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Décrire le transit horizontal de l'eau et des ions dans la racine, jusqu'aux vaisseaux du bois
- Distinguer sève brute et sève élaborée (composition, tissus conducteurs, sens de circulation)
- Expliquer la montée de la sève brute par la poussée radiculaire et l'aspiration foliaire
- Interpréter les expériences classiques (coloration, annélation, potomètre) et faire des calculs de transpiration
Avant de commencer : L'absorption de l'eau, des ions et du CO2 ; l'osmose et la force de succion ; la structure de la feuille et des stomates.
1Je découvre
À Kankan, devant la concession de la famille d'Ousmane, un grand manguier donne chaque année des centaines de fruits. Ousmane, en 11e SE, fait un calcul qui le laisse perplexe : l'arbre mesure une douzaine de mètres. L'eau qu'il absorbe par ses racines, au fond du sol, doit donc monter jusqu'aux feuilles les plus hautes, sans aucun cœur pour la pousser.
Un jour, un voisin arrache par erreur un anneau d'écorce tout autour d'une jeune branche d'un autre manguier en y attachant une corde. Quelques semaines plus tard, Ousmane remarque un curieux bourrelet juste au-dessus de la blessure. Les feuilles de la branche restent vertes, mais les fruits qui étaient en dessous de l'anneau, sur la même branche, ont cessé de grossir.
Il pose deux questions à sa professeure : « Comment l'eau monte-t-elle si haut ? Et pourquoi une blessure dans l'écorce empêche-t-elle les fruits de grossir, alors que les feuilles restent vertes ? »
Quels chemins suivent les sèves dans la plante, et quelles forces les font circuler ?
2Je comprends
1. Deux sèves, deux réseaux de conduction
Une plante contient deux liquides qui circulent dans deux tissus conducteurs différents.
La sève brute est la solution d'eau et d'ions minéraux absorbée par les racines. Elle circule dans le xylème (ou bois), formé de vaisseaux : ce sont des files de cellules mortes, vidées de leur contenu, dont les parois transversales ont disparu et dont les parois latérales sont renforcées de lignine. Ils forment de longs tubes rigides. La sève brute monte des racines vers les feuilles.
La sève élaborée est la solution riche en substances organiques fabriquées par les feuilles : surtout du saccharose, mais aussi des acides aminés. Elle circule dans le phloème (ou liber), formé de tubes criblés : des files de cellules vivantes dont les parois transversales sont percées de pores (les cribles), accompagnées de cellules compagnes. Elle part des feuilles vers tous les organes qui consomment ou stockent : bourgeons, racines, fleurs, fruits, tubercules (de la source vers les puits).
| Caractère | Sève brute | Sève élaborée |
|---|---|---|
| Composition | eau + ions minéraux, très diluée | eau + sucres (saccharose), acides aminés ; plus concentrée |
| Tissu conducteur | xylème (bois) : vaisseaux | phloème (liber) : tubes criblés |
| Cellules conductrices | mortes, parois lignifiées | vivantes, parois percées de cribles |
| Origine | absorbée par les racines | fabriquée par les feuilles |
| Sens | ascendant (racines → feuilles) | des feuilles vers tous les organes (surtout descendant) |
Dans une tige d'arbre, le liber est situé dans l'écorce, vers l'extérieur ; le bois est à l'intérieur. C'est pourquoi arracher un anneau d'écorce coupe le liber mais laisse le bois intact.
2. Le transit horizontal dans la racine
Avant de monter, l'eau et les ions absorbés par les poils absorbants doivent traverser la racine dans le sens horizontal, de la périphérie vers le centre : c'est le transit horizontal.
Le trajet est : poil absorbant → parenchyme cortical (écorce) → endoderme → péricycle → vaisseaux du bois du cylindre central.
Deux voies sont possibles dans l'écorce :
- la voie symplastique : l'eau passe de cytoplasme en cytoplasme par de fins canaux qui relient les cellules voisines ;
- la voie apoplastique : l'eau circule dans les parois cellulaires et les espaces entre cellules, sans entrer dans les cellules.
Au niveau de l'endoderme, les parois des cellules portent un cadre imperméable (le cadre de Caspary, fait de subérine). La voie des parois est bloquée : l'eau et les ions sont obligés de traverser le cytoplasme des cellules de l'endoderme. L'endoderme joue ainsi le rôle d'un filtre qui contrôle ce qui entre dans le cylindre central.
Le moteur de ce transit est l'osmose : la force de succion augmente de la périphérie vers le centre de la racine, et les cellules proches des vaisseaux y déversent activement des ions, ce qui attire l'eau.
- 1Solution du sol
- 2Poil absorbant (assise pilifère)
- 3Parenchyme cortical : voie des cytoplasmes ou voie des parois
- 4Endoderme : le cadre de Caspary oblige l'eau à traverser les cellules (filtre)
- 5Péricycle puis vaisseaux du bois : l'eau et les ions forment la sève brute
Dans la feuille, il existe aussi un transit horizontal : l'eau sort des vaisseaux des nervures vers les cellules du parenchyme, et les sucres fabriqués par ces cellules passent vers les tubes criblés.
3. Le transit vertical de la sève brute : les preuves
Expérience de coloration. On plonge le pied d'une jeune plante (une tige de balsamine ou une branche feuillée) dans de l'eau colorée à l'éosine (colorant rouge). Quelques heures plus tard, une coupe de la tige montre que seuls les vaisseaux du bois sont colorés en rouge, et les nervures des feuilles rougissent. La sève brute monte donc par le xylème.
4. Les forces qui font monter la sève brute
a) La poussée radiculaire. Si l'on coupe une jeune tige de tomate ou de bananier près du sol, on voit de la sève suinter de la souche : c'est l'exsudation. En fixant un tube sur la souche, on constate que le liquide y monte : la racine pousse la sève vers le haut. Cette poussée vient de l'accumulation active d'ions dans les vaisseaux de la racine, qui attire l'eau par osmose. Elle explique aussi la guttation : les gouttelettes d'eau qu'on voit le matin au bord des feuilles de maïs ou de taro, en saison des pluies, quand l'air est saturé d'humidité. Mais cette poussée est faible : elle ne permet de faire monter la sève que de quelques mètres au plus, et elle s'arrête quand la racine manque d'oxygène.
b) L'aspiration foliaire (ou appel de la transpiration). Les feuilles perdent de la vapeur d'eau par leurs stomates : c'est la transpiration. L'eau qui s'évapore est remplacée par de l'eau tirée des vaisseaux des nervures. Cette « aspiration » se transmet vers le bas tout le long des vaisseaux, jusqu'aux racines. C'est le moteur principal de la montée de la sève brute, surtout chez les grands arbres.
c) La cohésion de la colonne d'eau. Pour que l'aspiration des feuilles se transmette jusqu'en bas, il faut que l'eau forme dans les vaisseaux une colonne continue : les molécules d'eau restent attachées les unes aux autres (cohésion) et collées aux parois des vaisseaux étroits (adhérence). Tirée par le haut, la colonne monte d'un seul bloc, comme une corde. Si une bulle d'air coupe la colonne, la conduction s'interrompt dans ce vaisseau.
Mise en évidence de la transpiration. On enferme une plante en pot dans un sac plastique transparent, en isolant le pot : des gouttelettes se forment sur la paroi. Un papier au chlorure de cobalt (bleu à sec, rose au contact de l'eau) placé contre la face inférieure d'une feuille rosit plus vite que contre la face supérieure : la transpiration se fait surtout par les stomates.
Mesure avec un potomètre. Un potomètre est un tube capillaire gradué, rempli d'eau, raccordé à une tige feuillée. On y introduit une bulle d'air ; quand la plante absorbe l'eau, la bulle se déplace. On en déduit le volume d'eau absorbé.
Exemple
Dans un potomètre, le tube capillaire a une section de 1 mm². La bulle parcourt 45 mm en 15 minutes. Calcule le volume d'eau absorbé et le débit horaire.
Volume = section × distance = 1 mm² × 45 mm = 45 mm³ = 0,045 mL (car 1 mL = 1 000 mm³).
En 1 heure (4 fois 15 min) : 45 × 4 = 180 mm³ = 0,18 mL par heure.
Exemple
Un plant de gombo en pot, dont la terre est recouverte pour empêcher l'évaporation du sol, pèse 1 250 g à 8 h et 1 214 g à 14 h. Calcule sa perte d'eau par heure. Que devient cette perte si l'on enlève toutes les feuilles ?
Perte : 1 250 − 1 214 = 36 g en 6 h, soit 36 ÷ 6 = 6 g d'eau par heure.
Sans feuilles, il n'y a presque plus de stomates : la transpiration, donc la perte de masse, devient presque nulle. Cela montre que les feuilles sont le siège principal de la transpiration.
5. Le transit vertical de la sève élaborée
L'expérience de l'annélation. On enlève un anneau d'écorce (donc de liber) tout autour d'une branche, sans toucher au bois. Résultats :
- les feuilles au-dessus de l'anneau restent vertes : la sève brute continue de monter par le bois, intact ;
- un bourrelet se forme au-dessus de l'anneau : la sève élaborée qui descend des feuilles s'y accumule ;
- les organes situés en dessous de l'anneau, sur la même branche (fruits), ne reçoivent plus de sucres et cessent de grossir.
C'est exactement ce qu'Ousmane a observé. Si l'on fait l'anneau à la base du tronc, les racines ne reçoivent plus de sève élaborée, s'épuisent, et l'arbre finit par mourir : c'est pourquoi il ne faut jamais attacher un fil de fer serré autour du tronc d'un jeune arbre.
L'observation des pucerons. Ces petits insectes enfoncent leur trompe fine exactement dans un tube criblé pour se nourrir. Si on coupe la trompe, un liquide sucré en sort : c'est de la sève élaborée, ce qui confirme qu'elle circule dans le phloème.
Le mécanisme. Dans la feuille (la source), les sucres sont chargés activement dans les tubes criblés : la sève y devient concentrée et attire l'eau par osmose, ce qui crée une pression. Dans les organes consommateurs ou de réserve (les puits : racines, fruits, tubercules de patate douce ou de manioc), les sucres sont déchargés, la pression baisse. La sève élaborée s'écoule donc de la zone de haute pression vers la zone de basse pression : de la source vers les puits, vers le bas comme vers le haut (jeunes feuilles, fleurs, fruits en haut de l'arbre).
Méthode
Pour interpréter une expérience de circulation de la sève :
- J'identifie le tissu touché : le bois (xylème, sève brute) est au centre, le liber (phloème, sève élaborée) est dans l'écorce.
- Je regarde les organes au-dessus et en dessous de la zone touchée : ce qui se flétrit manque d'eau (sève brute) ; ce qui cesse de grossir manque de sucres (sève élaborée).
- Un bourrelet se forme du côté d'où vient la sève élaborée (au-dessus d'un anneau d'écorce).
- Je conclus sur le trajet et le sens de chaque sève.
3Je retiens
Je retiens
Sève brute : eau + ions minéraux ; circule dans le xylème (vaisseaux morts, lignifiés) ; monte des racines aux feuilles.
Sève élaborée : eau + sucres (saccharose) + acides aminés ; circule dans le phloème (tubes criblés vivants) ; va des feuilles (sources) vers les organes consommateurs ou de réserve (puits).
Transit horizontal dans la racine : poil absorbant → écorce → endoderme (cadre de Caspary, filtre) → péricycle → vaisseaux du bois.
Montée de la sève brute : poussée radiculaire (faible, exsudation, guttation) + aspiration foliaire due à la transpiration (moteur principal) + cohésion de la colonne d'eau.
Annélation : bourrelet au-dessus de l'anneau ; les organes en dessous ne reçoivent plus de sève élaborée.
Potomètre : volume absorbé = section du tube × distance parcourue par la bulle.
4Erreurs fréquentes
- Inverser les tissus : la sève brute est dans le bois (xylème), la sève élaborée dans le liber (phloème).
- Dire que la sève élaborée « descend toujours » : elle va vers tous les organes qui consomment ou stockent, y compris vers le haut (jeunes feuilles, fruits).
- Croire que les racines poussent la sève jusqu'au sommet des grands arbres : la poussée radiculaire est faible ; c'est surtout la transpiration des feuilles qui aspire la sève.
- Oublier de convertir les unités au potomètre : 1 mL = 1 000 mm³.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Compare sève brute et sève élaborée (composition, tissu, sens de circulation).
b) Qu'appelle-t-on transit horizontal ? Donne le trajet de l'eau dans la racine.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Sève brute : eau et ions minéraux, très diluée ; circule dans le xylème (vaisseaux du bois) ; monte des racines vers les feuilles. Sève élaborée : eau, sucres (saccharose) et acides aminés ; circule dans le phloème (tubes criblés du liber) ; va des feuilles vers les organes qui consomment ou stockent.
b) Le transit horizontal est le passage de l'eau et des ions de la périphérie de la racine vers les vaisseaux du cylindre central. Trajet : poil absorbant, parenchyme cortical, endoderme, péricycle, vaisseaux du bois.
2Exercice 2
Une branche feuillée de balsamine est placée dans de l'eau colorée à l'éosine. Après 3 heures, on fait une coupe transversale de la tige.
a) Quels éléments trouveras-tu colorés ?
b) Quelle conclusion en tires-tu ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Seuls les vaisseaux du bois (xylème) sont colorés en rouge ; les nervures des feuilles le sont aussi.
b) L'eau absorbée (sève brute) monte dans la tige par les vaisseaux du bois.
3Exercice 3
Dans un potomètre dont le capillaire a une section de 0,8 mm², la bulle d'air avance de 60 mm en 20 minutes à l'ombre, et de 60 mm en 8 minutes au soleil.
a) Calcule le volume d'eau absorbé (en mm³) dans chaque cas.
b) Calcule le débit en mm³ par minute dans chaque cas.
c) Explique la différence observée.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Volume = 0,8 × 60 = 48 mm³ dans les deux cas.
b) Ombre : 48 ÷ 20 = 2,4 mm³/min. Soleil : 48 ÷ 8 = 6 mm³/min.
c) Au soleil, la température est plus élevée et les stomates sont ouverts : la transpiration est plus forte, l'aspiration foliaire augmente, donc la plante absorbe l'eau plus vite (2,5 fois plus vite ici).
4Exercice 4
Explique ce qu'est la guttation, quand on l'observe en Guinée, et quelle force la provoque.
Voir le corrigéCacher le corrigé
La guttation est l'émission de gouttelettes d'eau liquide au bord des feuilles. On l'observe le matin, en saison des pluies, sur des plantes comme le maïs ou le taro, quand le sol est très humide et l'air saturé de vapeur d'eau : la transpiration est alors presque nulle. C'est la poussée radiculaire qui pousse l'eau dans les vaisseaux jusqu'à la faire sortir par les feuilles.
5Exercice 5
(Type examen) On réalise sur trois branches identiques d'un oranger portant des fruits jeunes les opérations suivantes :
- branche A : aucune opération (témoin) ;
- branche B : on enlève un anneau d'écorce entre les feuilles (en haut) et les fruits (en bas) ;
- branche C : on enlève un anneau d'écorce sous les fruits, les feuilles et les fruits restant au-dessus.
Après un mois : sur A et C, les fruits ont grossi normalement ; sur B, les fruits n'ont pas grossi ; sur B et C, un bourrelet s'est formé au-dessus de l'anneau. Les feuilles restent vertes partout.
a) Quel tissu a été supprimé par l'opération ? Quelle sève y circule ?
b) Pourquoi les feuilles restent-elles vertes ?
c) Explique les résultats obtenus sur les fruits des branches B et C.
d) Explique la formation des bourrelets.
e) Conclus sur le trajet et le sens de circulation de la sève élaborée.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) L'anneau d'écorce supprime le liber (phloème), où circule la sève élaborée.
b) Le bois (xylème) n'a pas été touché : la sève brute continue de monter jusqu'aux feuilles, qui restent alimentées en eau.
c) Branche B : l'anneau sépare les feuilles (au-dessus) des fruits (en dessous) ; la sève élaborée produite par les feuilles ne peut plus descendre jusqu'aux fruits, qui cessent de grossir. Branche C : feuilles et fruits sont du même côté de l'anneau ; la sève élaborée arrive aux fruits sans traverser la zone coupée, ils grossissent normalement.
d) La sève élaborée qui descend des feuilles est bloquée au niveau de l'anneau : les substances organiques s'accumulent au-dessus et provoquent une prolifération de tissus, le bourrelet.
e) La sève élaborée circule dans le liber, des feuilles qui la fabriquent vers les organes qui la consomment ou la stockent (ici les fruits et, plus bas, les racines).
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.
Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.