Leçon 16 sur 19
Les problèmes liés à l'exploitation des ressources minières
Je sais identifier les problèmes environnementaux, sanitaires, sociaux et économiques causés par l'exploitation minière en Guinée, les expliquer et proposer des solutions réalistes.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Identifier et expliquer les atteintes à l'environnement (sols, forêts, eau, air) liées aux mines et à l'orpaillage
- Décrire les problèmes de santé, de sécurité et les problèmes sociaux et économiques
- Présenter les moyens de prévention et de réparation (étude d'impact, réhabilitation, réglementation, transparence)
- Analyser un document et argumenter sur un cas guinéen
Avant de commencer : Les leçons « Formation et exploitation des ressources géologiques », « La bauxite » et « L'or » ; la leçon « La pédologie » (érosion et conservation des sols).
1Je découvre
Hawa habite un village de la préfecture de Boké, près d'une piste empruntée jour et nuit par des camions de bauxite. En saison sèche, une poussière rouge recouvre les feuilles des manguiers, le linge qui sèche et les cahiers des élèves. Sa grand-mère tousse souvent. Le marigot où les femmes lavaient le riz est devenu rouge et boueux après chaque pluie.
Pourtant, son cousin Ousmane a trouvé un emploi de conducteur d'engins à la mine, et une nouvelle école a été construite au village avec l'aide de la société minière.
À Siguiri, sa tante raconte d'autres problèmes : des puits d'orpaillage abandonnés où des animaux tombent, des éboulements, des enfants qui quittent l'école pour aller creuser, et du mercure utilisé sans protection.
Hawa se demande : la richesse minière de la Guinée est-elle une chance ou un danger ? Et peut-on exploiter les mines sans détruire l'environnement et la santé des habitants ?
Quels problèmes l'exploitation des ressources minières pose-t-elle, et comment les prévenir ou les réduire ?
2Je comprends
1. Les atteintes aux paysages, aux sols et aux forêts
- Le déboisement. Avant d'ouvrir une mine à ciel ouvert, on défriche la végétation. Des forêts, des savanes et les habitats de nombreuses espèces animales disparaissent. Les routes, les voies ferrées et les campements accentuent ce déboisement.
- La destruction des sols. Le décapage enlève la terre végétale, fruit de siècles de pédogenèse. Si elle n'est pas mise de côté et remise en place, le terrain devient stérile.
- L'érosion. Les surfaces mises à nu, les talus et les tas de stériles sont attaqués par les fortes pluies : la terre est emportée vers les cours d'eau.
- La modification des paysages. Fosses profondes, montagnes de déblais, trous d'orpaillage abandonnés, qui transforment durablement le relief et deviennent dangereux (chutes, noyades dans les trous remplis d'eau).
2. La pollution de l'eau
- La turbidité. Les particules fines arrachées par l'érosion ou rejetées par le lavage du minerai rendent l'eau boueuse. Elles colmatent le lit des rivières (ensablement), gênent la vie des poissons et rendent l'eau impropre à la boisson.
- Le mercure de l'orpaillage : rejeté dans l'eau, il se transforme en une forme très toxique qui s'accumule dans les poissons et, par la chaîne alimentaire, dans le corps humain.
- Le cyanure des usines de traitement de l'or : très toxique ; une fuite ou une rupture de bassin peut tuer poissons et animaux et empoisonner l'eau.
- Les boues rouges issues de la fabrication d'alumine : très alcalines, elles doivent être stockées dans des bassins étanches.
- Les nappes souterraines : les fosses peuvent abaisser le niveau des nappes (puits qui tarissent) ou les contaminer.
3. La pollution de l'air et les nuisances
- La poussière soulevée par les engins, les camions et les trains de minerai, surtout en saison sèche, se dépose sur les cultures, les maisons et pénètre dans les poumons.
- Le bruit et les vibrations des explosions et des engins, jour et nuit.
- Les fumées des groupes électrogènes, des engins et des usines.
4. Les problèmes de santé et de sécurité
- Maladies respiratoires dues aux poussières (toux, asthme, bronchites).
- Intoxication au mercure : atteintes du système nerveux (tremblements, troubles de la mémoire), des reins, et graves dangers pour les femmes enceintes et les bébés.
- Accidents : éboulements dans les puits d'orpaillage, accidents de la route liés aux camions, chutes dans les fosses.
- Maladies liées à l'eau : eau stagnante dans les trous (paludisme), eau souillée des campements d'orpaillage.
5. Les problèmes sociaux et économiques
Sociaux.
- Déplacement de populations et perte de terres agricoles : des villages doivent parfois être déplacés, des champs et des vergers disparaissent.
- Conflits autour des terres, des emplois, des indemnisations.
- Déscolarisation et travail des enfants sur les sites d'orpaillage.
- Afflux rapide de population vers les zones minières, avec hausse des prix, manque de logements, d'eau potable et de services.
Économiques.
- Dépendance de l'économie aux exportations minières et aux prix mondiaux, qui varient beaucoup.
- Faible transformation locale : exporter la roche brute crée moins de valeur et d'emplois qu'exporter de l'alumine ou de l'aluminium.
- Recul d'autres activités : l'agriculture et la pêche peuvent être abandonnées au profit de la mine.
- Ressource non renouvelable : quand le gisement est épuisé, la région peut s'appauvrir brusquement si rien n'a été préparé.
- Déboisement, perte de sols
- Eau boueuse, ensablement
- Eau et poissons contaminés
- Maladies respiratoires
- Accidents et noyades
- Pertes de terres, conflits
- décapage et ouverture des fosses
- érosion des sols nus, lavage du minerai
- mercure (orpaillage), cyanure, boues rouges
- poussières des engins, camions et trains
- puits et fosses non sécurisés ou abandonnés
- expropriation, indemnisation insuffisante
Exemple
Une mine de bauxite ouvre chaque année 120 ha de fosses. Elle réhabilite (remblai, remise de la terre, reboisement) 45 ha par an. Après 10 ans d'activité, quelle surface reste à nu ? Quel pourcentage de la surface exploitée a été réhabilité ?
Surface exploitée en 10 ans : 120 × 10 = 1 200 ha.
Surface réhabilitée : 45 × 10 = 450 ha.
Surface restant à nu : 1 200 − 450 = 750 ha.
Pourcentage réhabilité : 450 ÷ 1 200 × 100 = 37,5 %.
Pour ne pas accumuler de surfaces dégradées, la mine devrait réhabiliter chaque année autant qu'elle ouvre.
Exemple
Sur un site d'orpaillage, 200 orpailleurs produisent chacun en moyenne 1,5 g d'or par semaine. On suppose (valeur d'exercice) que l'amalgamation fait perdre dans l'environnement 2 g de mercure par gramme d'or produit. Quelle masse de mercure est rejetée en une saison de 20 semaines ?
Or produit par semaine : 200 × 1,5 = 300 g.
Or produit en 20 semaines : 300 × 20 = 6 000 g.
Mercure rejeté : 6 000 × 2 = 12 000 g = 12 kg.
Même en petites quantités individuelles, le total rejeté dans les rivières est considérable.
6. Les solutions : prévenir, réduire, réparer
Avant l'exploitation : prévenir.
- Réaliser une étude d'impact environnemental et social (EIES) : état initial du milieu, prévision des effets, mesures pour les éviter ou les réduire, plan de fermeture de la mine.
- Consulter les populations et indemniser de façon juste les personnes qui perdent leurs terres ou doivent être réinstallées.
Pendant l'exploitation : réduire.
- Arroser les pistes, bâcher ou couvrir les convois, pour réduire les poussières.
- Mettre de côté la terre végétale pour la remettre en place ensuite.
- Construire des bassins de décantation pour que les eaux boueuses déposent leurs particules avant de rejoindre les rivières ; rendre étanches et surveiller les bassins de cyanure et de boues rouges.
- Surveiller régulièrement la qualité de l'eau, de l'air et la santé des riverains.
- Pour l'orpaillage : encadrer les sites, sécuriser les puits, former les orpailleurs à des techniques sans mercure (concentration par gravité), interdire le travail des enfants.
Après l'exploitation : réparer.
- Réhabiliter les sites : remblayer les fosses, remettre la terre végétale, reboiser avec des espèces locales, reboucher ou clôturer les puits.
- Transformer certains sites en lacs, en terres agricoles ou en forêts.
À l'échelle du pays : bien gouverner la ressource.
- Une réglementation claire : la Guinée s'est dotée d'un Code minier (2011, modifié en 2013) qui fixe les obligations des sociétés, notamment en matière d'environnement et de contribution au développement local.
- La transparence des revenus miniers : la Guinée participe à l'Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), qui publie ce que les sociétés paient à l'État.
- Transformer davantage les minerais sur place (alumine, aluminium) pour créer plus d'emplois et de valeur.
- Investir les revenus miniers dans l'éducation, la santé, l'agriculture et les infrastructures, pour préparer l'après-mine.
Méthode
Pour analyser un problème minier (question de type composition) :
- Je présente le cas : ressource, lieu, mode d'exploitation.
- J'identifie les problèmes et je les classe : environnementaux, sanitaires, sociaux, économiques.
- Pour chacun, j'explique la cause (le lien avec l'exploitation).
- Je propose des solutions adaptées : avant (prévenir), pendant (réduire), après (réparer).
- Je conclus en équilibrant bénéfices (emplois, revenus) et coûts (environnement, santé).
3Je retiens
Je retiens
Atteintes au milieu : déboisement, destruction des sols, érosion, ensablement, fosses et trous abandonnés.
Pollutions : eau boueuse, mercure (orpaillage), cyanure (traitement de l'or), boues rouges (alumine), poussières, bruit.
Santé et sécurité : maladies respiratoires, intoxication au mercure, éboulements, accidents, paludisme.
Problèmes sociaux et économiques : pertes de terres, déplacements, conflits, travail des enfants, dépendance aux prix mondiaux, faible transformation locale, ressource non renouvelable.
Solutions : étude d'impact et consultation (avant) ; arrosage, bassins de décantation, techniques sans mercure (pendant) ; réhabilitation et reboisement (après).
Gouvernance : Code minier, transparence des revenus (ITIE), transformation locale, investissement pour l'après-mine.
4Erreurs fréquentes
- Ne citer que les problèmes environnementaux : une bonne réponse traite aussi la santé, le social et l'économie.
- Présenter la mine uniquement comme un malheur : elle apporte aussi emplois, revenus et infrastructures ; il faut équilibrer.
- Proposer des solutions vagues (« il faut protéger la nature ») : une solution doit être concrète (bassin de décantation, reboisement, arrosage des pistes…).
- Confondre les polluants : le mercure vient de l'orpaillage, le cyanure du traitement industriel de l'or, les boues rouges de la fabrication de l'alumine.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Cite trois problèmes environnementaux liés à l'exploitation de la bauxite.
b) Explique pourquoi le mercure est dangereux, à la fois pour l'orpailleur et pour les populations en aval.
c) Qu'est-ce qu'une étude d'impact environnemental et social ?
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a) Le déboisement et la destruction des sols lors du décapage ; la pollution de l'air par les poussières de bauxite ; l'érosion des sols nus et l'eau boueuse qui ensable les rivières (autres réponses : boues rouges de l'usine d'alumine, bruit).
b) Pour l'orpailleur, les vapeurs de mercure, inhalées lorsqu'il chauffe l'amalgame, attaquent le système nerveux et les reins. Pour les populations en aval, le mercure rejeté dans la rivière se transforme en une forme très toxique qui s'accumule dans les poissons ; en les mangeant, les habitants s'intoxiquent, en particulier les femmes enceintes et les enfants.
c) C'est une étude réalisée avant l'ouverture d'une mine, qui décrit l'état initial du milieu et des populations, prévoit les effets du projet sur l'environnement, la santé et la société, et fixe les mesures pour les éviter, les réduire ou les compenser, ainsi que le plan de fermeture et de réhabilitation.
2Exercice 2
Recopie et complète le tableau en indiquant, pour chaque problème, une solution concrète.
| Problème | Solution |
|---|---|
| Poussière sur les pistes | … |
| Eau boueuse rejetée dans la rivière | … |
| Fosse abandonnée après l'exploitation | … |
| Utilisation du mercure | … |
| Enfants sur les sites d'orpaillage | … |
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| Problème | Solution |
|---|---|
| Poussière sur les pistes | arroser les pistes, limiter la vitesse, couvrir les chargements |
| Eau boueuse rejetée dans la rivière | faire passer l'eau dans des bassins de décantation |
| Fosse abandonnée après l'exploitation | remblayer, remettre la terre végétale, reboiser ou aménager en lac sécurisé |
| Utilisation du mercure | former aux techniques sans mercure (concentration par gravité), contrôler |
| Enfants sur les sites d'orpaillage | interdire et contrôler le travail des enfants, favoriser leur scolarisation |
3Exercice 3
Une mine ouvre 80 ha par an et en réhabilite 60 ha par an.
a) Après 15 ans, quelle surface reste dégradée ?
b) Quel pourcentage de la surface exploitée a été réhabilité ?
c) Combien d'hectares faudrait-il réhabiliter par an pour qu'il ne reste aucune surface dégradée en fin d'exploitation, si la mine ferme au bout de 15 ans et consacre ensuite 3 ans à la réhabilitation finale ?
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a) Exploité : 80 × 15 = 1 200 ha ; réhabilité : 60 × 15 = 900 ha ; reste dégradé : 1 200 − 900 = 300 ha.
b) 900 ÷ 1 200 × 100 = 75 %.
c) Il reste 300 ha à réhabiliter en 3 ans : 300 ÷ 3 = 100 ha par an pendant la réhabilitation finale.
4Exercice 4
(Analyse de document) On mesure la quantité de particules en suspension dans une rivière de Guinée maritime, en amont et en aval d'une mine : en amont, 25 mg par litre ; en aval, 400 mg par litre ; après la construction de bassins de décantation, en aval, 60 mg par litre.
a) Par combien la turbidité est-elle multipliée entre l'amont et l'aval avant les bassins ?
b) De quel pourcentage les bassins ont-ils réduit la charge en aval ?
c) Explique le rôle d'un bassin de décantation.
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a) 400 ÷ 25 = 16 : la charge en particules est multipliée par 16.
b) Réduction : 400 − 60 = 340 mg/L ; 340 ÷ 400 × 100 = 85 %.
c) Dans un bassin de décantation, l'eau boueuse est retenue et coule très lentement : les particules, plus denses que l'eau, ont le temps de se déposer au fond. L'eau rejetée vers la rivière est ainsi beaucoup plus claire.
5Exercice 5
(Type composition) « La richesse minière de la Guinée est à la fois une chance et un danger. » En une vingtaine de lignes, discute cette affirmation en t'appuyant sur les exemples de la bauxite de Boké et de l'or de Siguiri, puis propose des solutions.
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Plan attendu et idées principales :
- Introduction : la Guinée possède d'importantes ressources (bauxite de Boké, or de Siguiri) ; leur exploitation apporte des richesses mais pose de graves problèmes.
- Une chance : revenus d'exportation et recettes pour l'État ; emplois directs (conducteurs d'engins, techniciens) et indirects (commerce, transport) ; infrastructures (routes, voies ferrées, port de Kamsar, écoles, centres de santé) ; l'orpaillage fait vivre de nombreuses familles en saison sèche.
- Un danger : à Boké, déboisement, destruction des sols, poussière de bauxite et maladies respiratoires, rivières boueuses, pertes de terres agricoles et conflits ; à Siguiri, trous abandonnés, éboulements, mercure dans les rivières, déscolarisation et travail des enfants ; pour le pays, dépendance aux prix mondiaux, peu de transformation locale, ressource épuisable.
- Solutions : études d'impact et consultation des populations ; arrosage des pistes, bassins de décantation, réhabilitation et reboisement ; encadrement de l'orpaillage et techniques sans mercure ; application du Code minier et transparence des revenus ; transformation locale de la bauxite ; investissement des revenus dans l'éducation, la santé et l'agriculture.
- Conclusion : la richesse minière est une chance si elle est exploitée de façon responsable, contrôlée et au service du développement durable des populations.
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6Je vérifie
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