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Français · 11e SS

Leçon 8 sur 21

La littérature orale

Je sais définir la littérature orale africaine, décrire ses caractéristiques, reconnaître ses principaux genres et expliquer le rôle du griot et du conteur dans la société.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir la littérature orale et ses caractéristiques (oralité, caractère collectif, variabilité, fonctionnalité, participation du public)
  • Distinguer ses genres : conte, mythe, légende, épopée, proverbe, devinette, chant
  • Analyser la structure d'un conte et sa morale
  • Expliquer le rôle du griot et les fonctions sociales de la parole

Avant de commencer : Littérature : introduction (définition de la littérature, oral et écrit, fonctions).

1Je découvre

Pendant les vacances, Fatoumata est allée chez sa grand-mère, dans un village près de Dabola. Il n'y avait pas d'électricité. Le soir, après le repas, les enfants se sont assis autour de la grand-mère. Elle a commencé un conte par une formule que tout le monde connaissait, et les enfants ont répondu d'une seule voix.

L'histoire parlait d'un lièvre malin et d'une hyène gloutonne. Plusieurs fois, la grand-mère a chanté un refrain que les enfants reprenaient. À la fin, elle a dit : « Voilà pourquoi il ne faut jamais être gourmand. » Puis un petit garçon a proposé une devinette, et tout le monde a cherché la réponse en riant.

De retour à Conakry, Fatoumata se demande : ce conte n'est écrit nulle part, il n'a pas d'auteur, il change un peu chaque fois qu'on le raconte. Peut-on pourtant parler de littérature ?

Qu'est-ce que la littérature orale, quels sont ses genres et à quoi sert-elle dans la société africaine ?

2Je comprends

1. Définition

La littérature orale est l'ensemble des œuvres transmises par la parole, de bouche à oreille et de génération en génération, sans passer par l'écriture. Elle est une vraie littérature, car la langue y est travaillée avec art : images, rythme, répétitions, formules, chants.

En Afrique, elle a été pendant des siècles le principal moyen de conserver l'histoire, de transmettre les valeurs et de former les jeunes. On la désigne aussi par le mot oraliture.

2. Les caractéristiques de la littérature orale

CaractéristiqueExplication
L'oralitéelle vit par la voix ; la mémoire du conteur remplace le livre
Le caractère collectif et anonymeon ne connaît pas l'auteur : l'œuvre appartient à la communauté
La variabilitéchaque récitation est une nouvelle création : le conteur adapte l'histoire à son public, au lieu, au moment
La participation du publicl'auditoire répond aux formules, reprend les refrains, commente, encourage
La fonctionnalitéchaque genre a un usage social : éduquer, célébrer, conseiller, conserver l'histoire
Le cadre et le momentles contes se disent souvent le soir, à la veillée ; certains récits sont réservés à des cérémonies
L'accompagnementchants, battements de mains, instruments (kora, balafon, tambour)

L'expression écrite ne rend donc qu'une partie de l'œuvre orale : la voix, les gestes, la musique et la réaction du public en font partie.

3. Les principaux genres

GenreDéfinitionFonction principale
Le conterécit imaginaire, court, avec des personnages humains ou animaux, qui se termine souvent par une moraledivertir et éduquer
Le mytherécit sacré qui explique l'origine du monde, des hommes, d'une coutumeexpliquer, fonder les croyances
La légenderécit qui mêle faits réels et merveilleux, lié à un lieu ou à un personnageexpliquer l'origine d'un lieu, d'un clan
L'épopéelong récit, souvent chanté, qui célèbre les exploits d'un héros fondateurconserver la mémoire, exalter la fierté d'un peuple
Le proverbephrase courte, imagée, qui exprime une vérité d'expérienceconseiller, convaincre, trancher un débat
La devinettequestion imagée dont il faut trouver la réponseexercer l'intelligence et la mémoire
Le chantberceuses, chants de travail, de mariage, de louangeaccompagner les moments de la vie

Exemple

Proverbes et devinettes (formules largement répandues en Afrique de l'Ouest).

Proverbe : « Petit à petit, l'oiseau fait son nid. » Sens : la patience et la persévérance permettent de réussir de grandes choses.

Proverbe : « Un seul doigt ne peut pas ramasser un caillou. » Sens : on a besoin des autres ; l'union fait la force.

Devinette : « Je traverse le fleuve sans me mouiller. Qui suis-je ? » Réponse possible : l'ombre (ou le pont).

Remarque : le proverbe utilise une image concrète (l'oiseau, le doigt) pour exprimer une idée abstraite (la persévérance, la solidarité).

4. La structure du conte

Un conte suit souvent un schéma en cinq étapes, appelé schéma narratif :

  1. 1Formule d'ouverture et situation initiale : les personnages et le lieu sont présentés
  2. 2Élément perturbateur : un manque, une ruse ou un défi rompt l'équilibre
  3. 3Péripéties : épreuves, ruses, rencontres, souvent répétées trois fois
  4. 4Dénouement : le héros est récompensé ou le coupable est puni
  5. 5Situation finale, morale et formule de clôture
Le schéma narratif du conte.

Les personnages sont souvent des types : le lièvre (la ruse, l'intelligence), l'hyène (la gloutonnerie, la bêtise), le lion (la force, le pouvoir), la tortue (la patience), l'orphelin maltraité (la bonté récompensée), le roi, le chasseur. Ils représentent des qualités ou des défauts humains.

Les procédés d'oralité : formules d'ouverture et de clôture, répétitions (les épreuves vont souvent par trois), chants et refrains, dialogue avec le public, onomatopées, exagérations.

Exemple

Un conte écrit pour cette leçon, et son analyse.

« Il y avait autrefois, au bord du Bafing, une hyène et un lièvre qui cultivaient le même champ. Quand vint la récolte, l'hyène dit : " Je prends ce qui pousse au-dessus de la terre, et toi, ce qui pousse dessous. " Elle pensait avoir le mil. Mais le lièvre avait planté des arachides : l'hyène n'eut que des feuilles. L'année suivante, furieuse, elle dit : " Cette fois, je prends ce qui est sous la terre ! " Le lièvre planta du mil : l'hyène n'eut que des racines. La troisième année, elle voulut tout prendre : " À moi le haut et le bas, à toi le milieu ! " Le lièvre planta du maïs : l'hyène eut les fleurs du sommet et les racines, et le lièvre, les épis qui poussent au milieu de la tige. Depuis ce jour, l'hyène rôde, affamée, et on dit : qui veut tout prendre finit par tout perdre. »

Situation initiale : l'hyène et le lièvre partagent un champ. Élément perturbateur : l'hyène veut tromper le lièvre. Péripéties : trois récoltes, trois ruses du lièvre (répétition par trois). Dénouement : l'hyène est punie de sa cupidité. Morale : « qui veut tout prendre finit par tout perdre ». Le conte explique aussi, sur un ton amusant, pourquoi l'hyène est toujours affamée : c'est un conte étiologique (qui explique une origine).

5. Le griot, maître de la parole

Dans les sociétés mandingues, le griot (en maninka, djéli) est un spécialiste héréditaire de la parole. Il remplit plusieurs rôles :

  • gardien de la mémoire : il connaît les généalogies des familles et l'histoire des royaumes ;
  • conseiller et médiateur : autrefois auprès des rois, aujourd'hui dans les familles, il aide à régler les conflits et à conclure les mariages ;
  • artiste : il chante, récite, joue de la kora, du balafon ou du ngoni ;
  • animateur des cérémonies : baptêmes, mariages, fêtes.

L'épopée de Soundjata, que Djibril Tamsir Niane a transcrite et publiée en 1960, est présentée dans son livre comme la parole d'un griot. En Guinée, le village de Niagassola, en Haute-Guinée, conserve le Sosso-Bala, un balafon très ancien que la tradition rattache à l'époque de Soumaoro Kanté et de Soundjata ; il est confié à une famille de griots, les Kouyaté.

Les anciensracontentLes jeunesécoutentLes jeunesretiennentIlsdeviennent …
La chaîne de la transmission orale, de génération en génération.

6. Les fonctions de la littérature orale

  • Éduquer : le conte et le proverbe enseignent la politesse, le courage, le respect des aînés, la solidarité.
  • Conserver l'histoire : l'épopée et les généalogies sont les archives des peuples sans écriture.
  • Expliquer le monde : le mythe et la légende disent l'origine des choses.
  • Renforcer la communauté : la veillée réunit jeunes et vieux ; les chants accompagnent le travail collectif et les fêtes.
  • Divertir : rire, suspense, musique.

7. La littérature orale aujourd'hui

Elle est menacée par la disparition des veillées en ville, la mort des anciens et la concurrence des écrans. Mais elle survit et se transforme : transcriptions écrites (Birago Diop, Les Contes d'Amadou Koumba, 1947 ; Bernard Dadié, Le Pagne noir, 1955), émissions de contes à la radio, spectacles, théâtre, musique moderne qui reprend les chants anciens.

Méthode

Pour analyser un texte de littérature orale :

  1. J'identifie le genre (conte, légende, épopée, proverbe...).
  2. Je relève les marques d'oralité : formules, répétitions, chants, adresse au public.
  3. Pour un récit, je retrouve le schéma narratif et les personnages types.
  4. Je dégage la morale ou le message.
  5. Je précise sa fonction sociale : éduquer, expliquer, célébrer, conserver la mémoire.

3Je retiens

Je retiens

La littérature orale : œuvres transmises par la parole, de génération en génération.

Caractéristiques : oralité, anonymat et caractère collectif, variabilité, participation du public, fonctionnalité.

Genres : conte, mythe, légende, épopée, proverbe, devinette, chant.

Le conte suit le schéma narratif et finit souvent par une morale ; ses personnages sont des types (lièvre rusé, hyène gloutonne).

Le griot (djéli) : gardien de la mémoire, conseiller, artiste, animateur.

Fonctions : éduquer, conserver l'histoire, expliquer le monde, unir la communauté, divertir.

4Erreurs fréquentes

  • Penser que la littérature orale est « inférieure » à l'écrite : elle a ses propres règles d'art et joue un rôle essentiel.
  • Confondre le mythe et la légende : le mythe est sacré et parle des origines du monde ; la légende s'attache à un lieu ou à un personnage et mêle réel et merveilleux.
  • Confondre l'épopée et le conte : l'épopée est longue, célèbre un héros historique ou légendaire et l'histoire d'un peuple ; le conte est court et imaginaire.
  • Réduire le griot à un chanteur : il est d'abord gardien de la mémoire et médiateur.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Nomme le genre de littérature orale qui correspond à chaque définition.

a) Récit sacré qui explique la création du monde.

b) Phrase courte et imagée qui exprime une sagesse.

c) Long récit chanté qui célèbre les exploits d'un héros fondateur.

d) Question imagée à laquelle il faut trouver une réponse.

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a) le mythe ; b) le proverbe ; c) l'épopée ; d) la devinette.

2Exercice 2

Explique le sens de ces proverbes et dis dans quelle situation on pourrait les employer.

a) « Petit à petit, l'oiseau fait son nid. »

b) « Un seul doigt ne peut pas ramasser un caillou. »

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a) La réussite vient de la persévérance et des efforts répétés, même petits. On peut l'employer pour encourager un élève qui trouve ses progrès trop lents.

b) Seul, on ne peut rien faire ; il faut s'unir pour réussir. On peut l'employer lors d'un travail collectif (construction d'une école, nettoyage du quartier) pour appeler à la solidarité.

3Exercice 3

Cite trois caractéristiques de la littérature orale et explique chacune en une phrase.

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Réponses possibles :

L'oralité : l'œuvre se transmet par la voix et la mémoire, non par l'écriture.

La variabilité : chaque conteur modifie un peu le récit selon son public et le moment.

La participation du public : les auditeurs répondent aux formules et reprennent les refrains.

(On accepte aussi : l'anonymat, la fonctionnalité, l'accompagnement musical.)

4Exercice 4

Relis le conte de l'hyène et du lièvre (partie 4).

a) Relève deux procédés de l'oralité.

b) Quel défaut humain l'hyène représente-t-elle ? Et le lièvre, quelle qualité ?

c) Pourquoi peut-on dire que ce conte a une double fonction ?

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a) Procédés de l'oralité : la formule d'ouverture « Il y avait autrefois » ; la répétition par trois des récoltes et des ruses ; la morale finale sous forme de formule (« qui veut tout prendre finit par tout perdre »).

b) L'hyène représente la cupidité (l'avidité, l'envie de tout avoir) ; le lièvre représente l'intelligence et la ruse.

c) Le conte a une double fonction : il éduque (il condamne la cupidité par une morale) et il explique une origine de façon amusante (pourquoi l'hyène rôde toujours affamée). On peut ajouter qu'il divertit par le comique de répétition.

5Exercice 5

(Type examen) Sujet : « Les griots sont les bibliothèques vivantes de l'Afrique. » Expliquez et illustrez cette affirmation en un développement de deux paragraphes argumentés.

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Proposition :

« D'abord, les griots sont des bibliothèques vivantes parce qu'ils conservent la mémoire des peuples. En effet, dans des sociétés où l'histoire s'est longtemps transmise sans écriture, ce sont eux qui retiennent les généalogies des familles, les hauts faits des rois et les grands événements. Par exemple, c'est d'un griot que Djibril Tamsir Niane a recueilli l'épopée de Soundjata, qu'il a publiée en 1960 : sans la mémoire des griots, le récit de la fondation de l'empire du Mali serait en partie perdu.

Ensuite, comme une bibliothèque, le griot transmet ce savoir aux nouvelles générations. Lors des baptêmes, des mariages ou des fêtes, il rappelle aux jeunes le nom et les exploits de leurs ancêtres, les valeurs de courage et de dignité qu'ils doivent honorer. Ainsi, à Niagassola, en Haute-Guinée, une famille de griots veille sur le Sosso-Bala, un balafon très ancien que la tradition rattache à l'époque de Soundjata, et fait vivre la mémoire qui l'entoure. Le griot est donc à la fois le gardien et le passeur de la culture. »

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quelle est la caractéristique principale de la littérature orale ?
Voir la réponse

Réponse B : elle est transmise par la parole de génération en génération. La littérature orale vit par la voix et la mémoire.

2Quel genre explique l'origine du monde ou d'une coutume de façon sacrée ?
Voir la réponse

Réponse A : le mythe. Le mythe est un récit sacré des origines.

3Dans les contes, quel défaut représente souvent l'hyène ?
Voir la réponse

Réponse C : la gloutonnerie et la bêtise. L'hyène est un type : elle incarne l'avidité et la sottise, souvent punies.

4Comment appelle-t-on le griot en maninka ?
Voir la réponse

Réponse B : le djéli. Le djéli est le spécialiste héréditaire de la parole dans la société mandingue.

5Pourquoi dit-on que la littérature orale est variable ?
Voir la réponse

Réponse B : parce que chaque conteur l'adapte à son public et au moment. Chaque récitation est une recréation, tout en gardant la trame du récit.

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