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Français · 11e SS

Leçon 9 sur 21

La littérature africaine écrite

Je sais retracer les grandes étapes de la littérature africaine écrite d'expression française, en citant pour chacune ses thèmes, ses auteurs et ses œuvres majeures, dont les œuvres guinéennes.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Situer les origines de la littérature africaine écrite (écrits en langues africaines, premiers textes en français)
  • Expliquer le mouvement de la Négritude, ses fondateurs et ses idées
  • Caractériser le roman de témoignage et de contestation coloniale, puis la littérature du désenchantement
  • Citer des auteurs guinéens et leurs œuvres, et présenter une œuvre avec précision

Avant de commencer : Littérature : introduction ; la littérature orale ; notions d'histoire sur la colonisation et les indépendances.

1Je découvre

À la bibliothèque du lycée de Boké, Hawa et Lansana préparent un exposé. Sur la table, ils ont posé des livres aux couvertures jaunies : L'Enfant noir, Soundjata ou l'épopée mandingue, Les Soleils des indépendances, un recueil de poèmes de Senghor.

« Ces livres ne parlent pas tous de la même chose, remarque Hawa. Senghor chante la beauté de l'Afrique, Camara Laye raconte son enfance, Kourouma se moque des nouveaux dirigeants après l'indépendance. » Lansana ajoute : « Et ils n'ont pas été écrits à la même époque : entre le premier et le dernier, il y a plus de vingt ans. »

Les deux élèves comprennent que la littérature africaine écrite a une histoire, qui suit celle du continent : la colonisation, la lutte pour la dignité, les indépendances, les espoirs et les déceptions.

Quelles sont les grandes étapes de la littérature africaine écrite, et comment reflètent-elles l'histoire de l'Afrique ?

2Je comprends

1. Les origines

Avant la colonisation, l'Afrique possède déjà des écrits. Dans plusieurs régions islamisées, des lettrés ont écrit en arabe ou dans leurs propres langues transcrites en caractères arabes (écriture appelée ajami). Au Fouta-Djallon, par exemple, des poèmes religieux et moraux ont été composés en pular. Mais l'essentiel de la création reste oral (contes, épopées, chants).

Pendant la colonisation, l'école coloniale diffuse le français. Les premiers textes africains en français sont souvent des récits de témoignage. Deux dates repères :

  • 1921 : Batouala, de René Maran, écrivain antillais, reçoit le prix Goncourt. Dans sa préface, il critique les abus de la colonisation en Oubangui-Chari (l'actuelle Centrafrique) : c'est un scandale à l'époque.
  • 1926 : Force-Bonté, du Sénégalais Bakary Diallo, ancien tirailleur, récit de sa vie.

2. La Négritude (années 1930 à 1950)

Dans les années 1930, à Paris, des étudiants noirs venus d'Afrique et des Antilles se rencontrent. Ils refusent l'assimilation (l'idée qu'il faut devenir « comme les Européens » et oublier sa culture) et le racisme colonial qui prétend que l'Afrique n'a pas de civilisation.

Trois fondateurs :

  • Léopold Sédar Senghor (Sénégal), poète, futur premier président du Sénégal ;
  • Aimé Césaire (Martinique), à qui l'on attribue la création du mot « négritude », qu'il emploie dans son Cahier d'un retour au pays natal (1939) ;
  • Léon-Gontran Damas (Guyane), auteur de Pigments (1937).

Ils animent la revue L'Étudiant noir (fondée en 1934-1935). En 1947, Alioune Diop fonde la revue Présence africaine. En 1948, Senghor publie l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française.

La Négritude, c'est l'affirmation et la défense des valeurs culturelles du monde noir. Ses thèmes :

  • la fierté d'être noir et la réhabilitation de l'histoire africaine ;
  • la célébration de l'Afrique : la terre natale, la femme noire, les ancêtres, les rythmes ;
  • la dénonciation de l'esclavage, de la colonisation et du racisme ;
  • l'enracinement dans sa culture et l'ouverture aux autres civilisations (idée chère à Senghor).

Exemple

Présenter un poète de la Négritude :

Léopold Sédar Senghor (1906-2001), né à Joal au Sénégal, est l'un des fondateurs de la Négritude. Dans ses recueils, comme Chants d'ombre (1945) et Hosties noires (1948), il célèbre l'Afrique de son enfance, les ancêtres et la beauté de la femme noire, et rend hommage aux tirailleurs sénégalais. Sa poésie, ample et rythmée, s'inspire des chants traditionnels ; il indique parfois l'instrument qui doit accompagner le poème (kora, balafon). Il fut le premier président du Sénégal indépendant et entra à l'Académie française en 1983.

3. Le roman de témoignage et de contestation (années 1950)

Dans les années 1950, alors que les mouvements pour l'indépendance grandissent, le roman devient le genre dominant. Deux grandes tendances :

Le témoignage sur la société traditionnelle : l'écrivain fait connaître la vie africaine de l'intérieur. L'Enfant noir (1953) du Guinéen Camara Laye raconte une enfance heureuse en Haute-Guinée, entre l'atelier du père forgeron à Kouroussa et les champs de Tindican.

La critique de la colonisation : l'écrivain dénonce l'injustice, souvent par l'ironie.

ŒuvreAuteur, paysDateThème
Ville cruelleEza Boto (Mongo Beti), Cameroun1954l'exploitation des paysans dans la ville coloniale
Le Pauvre Christ de BombaMongo Beti, Cameroun1956les excès d'une mission religieuse coloniale
Une vie de boyFerdinand Oyono, Cameroun1956le journal d'un domestique humilié par ses maîtres
ClimbiéBernard Dadié, Côte d'Ivoire1956l'école coloniale et la prise de conscience
Les Bouts de bois de DieuSembène Ousmane, Sénégal1960la grève des cheminots du Dakar-Niger (1947-1948)

Le conflit des cultures : L'Aventure ambiguë (1961) du Sénégalais Cheikh Hamidou Kane montre un jeune homme, Samba Diallo, déchiré entre l'éducation coranique de son pays et l'école occidentale.

4. La littérature du désenchantement (années 1960 à 1980)

Après les indépendances (celle de la Guinée est proclamée le 2 octobre 1958), les écrivains espéraient une Afrique libre et prospère. Beaucoup constatent ensuite des difficultés : partis uniques, pouvoir personnel, corruption, pauvreté. Le roman devient critique envers les nouveaux pouvoirs : c'est le désenchantement (la perte des illusions).

  • Ahmadou Kourouma (Côte d'Ivoire), Les Soleils des indépendances (1968) : Fama, prince malinké déchu, ne trouve pas sa place dans l'Afrique indépendante. Kourouma transforme le français en y faisant entendre la façon de parler malinké.
  • Alioum Fantouré (Guinée), Le Cercle des tropiques (1972) : un roman sur la dictature dans un pays imaginaire.
  • Williams Sassine (Guinée), Saint Monsieur Baly (1973) : un vieil instituteur qui veut fonder une école pour les enfants pauvres.
  • Tierno Monénembo (Guinée), Les Crapauds-brousse (1979) : la peur et la violence politique.

Pendant cette période, plusieurs écrivains guinéens ont vécu et écrit en exil.

5. La littérature contemporaine (depuis les années 1980)

La littérature africaine devient très diverse :

  • les romancières prennent la parole : Mariama Bâ (Sénégal), Une si longue lettre (1979), sur la condition de la femme et la polygamie ; Aminata Sow Fall (Sénégal), La Grève des bàttu (1979) ;
  • les thèmes de la ville, de l'exil, de la migration, des guerres et de la mémoire se développent ;
  • les écrivains sont reconnus dans le monde : Wole Soyinka (Nigeria, langue anglaise) reçoit le prix Nobel de littérature en 1986 ; Ahmadou Kourouma obtient le prix Renaudot en 2000 pour Allah n'est pas obligé ; Tierno Monénembo reçoit le prix Renaudot en 2008 pour Le Roi de Kahel.
  1. 1Avant la colonisation : littérature orale ; écrits en arabe et en ajami (pular au Fouta-Djallon)
  2. 21921 : Batouala de René Maran, prix Goncourt ; premiers témoignages en français
  3. 31934-1950 : la Négritude (Senghor, Césaire, Damas) ; Cahier d'un retour au pays natal (1939)
  4. 4Années 1950 : romans de témoignage et de critique coloniale (L'Enfant noir, 1953 ; Une vie de boy, 1956)
  5. 51961 : L'Aventure ambiguë, le conflit des cultures
  6. 61968-1980 : désenchantement après les indépendances (Kourouma, Fantouré, Sassine, Monénembo)
  7. 7Depuis 1980 : romancières, exil, ville, mémoire ; reconnaissance internationale
Frise des grandes étapes de la littérature africaine écrite.

6. Les caractéristiques de la littérature africaine écrite

  • Engagement : elle accompagne l'histoire (colonisation, indépendances, démocratie) et prend position.
  • Héritage de l'oralité : proverbes, contes insérés, griots comme personnages, rythme de la parole (Camara Laye, Kourouma, Senghor).
  • Travail sur la langue française : les écrivains y introduisent des mots, des images et des tournures venues des langues africaines.
  • Thèmes récurrents : l'enfance et la terre natale, la tradition et la modernité, l'école, la ville, le pouvoir, la condition de la femme, l'exil.

Exemple

Relier une œuvre à son époque :

Question : pourquoi Les Soleils des indépendances (1968) appartient-il à la littérature du désenchantement ?

Réponse : Le roman paraît quelques années après les indépendances. Son héros, Fama, attendait de l'indépendance le retour de son rang de prince ; il n'obtient qu'une carte d'identité et la carte du parti unique. À travers ce personnage déçu, Kourouma critique les nouveaux régimes, la pauvreté et la perte des valeurs traditionnelles. Le titre lui-même, avec son image des « soleils » (les époques), suggère que l'ère des indépendances n'a pas apporté la lumière attendue.

Méthode

Pour situer une œuvre africaine dans l'histoire littéraire :

  1. Je note l'auteur, son pays, la date de publication.
  2. Je rattache la date à une période (Négritude, témoignage et contestation, désenchantement, contemporaine).
  3. Je dégage le thème principal et je le relie au contexte historique.
  4. Je relève un trait d'écriture (oralité, ironie, lyrisme, langue réinventée).
  5. Je conclus sur l'intérêt de l'œuvre aujourd'hui.

3Je retiens

Je retiens

Origines : littérature orale ; écrits en arabe et en ajami (pular du Fouta-Djallon) ; Batouala, prix Goncourt 1921.

Négritude (années 1930-1950) : Senghor, Césaire, Damas ; affirmation des valeurs du monde noir ; Cahier d'un retour au pays natal (1939).

Années 1950 : témoignage (L'Enfant noir, 1953) et critique coloniale (Une vie de boy, Le Pauvre Christ de Bomba, 1956).

1961 : L'Aventure ambiguë, conflit des cultures.

Après les indépendances : désenchantement (Les Soleils des indépendances, 1968).

Auteurs guinéens : Camara Laye, Djibril Tamsir Niane, Alioum Fantouré, Williams Sassine, Tierno Monénembo (Renaudot 2008).

Caractères : engagement, héritage de l'oralité, français réinventé.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que l'Afrique n'avait aucun écrit avant la colonisation : des textes en arabe et en ajami existaient, notamment au Fouta-Djallon.
  • Confondre les périodes : la Négritude commence avant les indépendances (années 1930) ; le désenchantement vient après (années 1960).
  • Réduire la Négritude à un rejet de l'Europe : elle affirme d'abord les valeurs africaines et, chez Senghor, prône aussi l'ouverture.
  • Citer des œuvres sans auteur ni date, ou en inventant des dates : apprends les repères de la frise.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Associe chaque auteur à son pays et à une de ses œuvres : Camara Laye ; Aimé Césaire ; Ferdinand Oyono ; Ahmadou Kourouma ; Mariama Bâ.

Pays : Sénégal, Martinique, Guinée, Cameroun, Côte d'Ivoire. Œuvres : Une vie de boy ; Une si longue lettre ; L'Enfant noir ; Cahier d'un retour au pays natal ; Les Soleils des indépendances.

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Camara Laye : Guinée, L'Enfant noir.

Aimé Césaire : Martinique, Cahier d'un retour au pays natal.

Ferdinand Oyono : Cameroun, Une vie de boy.

Ahmadou Kourouma : Côte d'Ivoire, Les Soleils des indépendances.

Mariama Bâ : Sénégal, Une si longue lettre.

2Exercice 2

Définis la Négritude et cite ses trois fondateurs.

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La Négritude est un mouvement littéraire et culturel né à Paris dans les années 1930, qui affirme et défend les valeurs culturelles du monde noir contre l'assimilation et le racisme colonial. Ses trois fondateurs sont Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Aimé Césaire (Martinique) et Léon-Gontran Damas (Guyane).

3Exercice 3

Range ces œuvres dans l'ordre chronologique : Les Soleils des indépendances ; Batouala ; L'Aventure ambiguë ; L'Enfant noir ; Cahier d'un retour au pays natal ; Le Roi de Kahel.

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Batouala (1921) ; Cahier d'un retour au pays natal (1939) ; L'Enfant noir (1953) ; L'Aventure ambiguë (1961) ; Les Soleils des indépendances (1968) ; Le Roi de Kahel (2008).

4Exercice 4

Qu'appelle-t-on la « littérature du désenchantement » ? Explique son origine et cite deux œuvres guinéennes qui s'y rattachent.

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La littérature du désenchantement désigne les œuvres écrites après les indépendances africaines, à partir des années 1960, qui expriment la déception des peuples devant les nouveaux régimes : partis uniques, abus de pouvoir, corruption, misère. Les écrivains perdent leurs illusions et critiquent les dirigeants africains, comme ils avaient critiqué les colons. Œuvres guinéennes : Le Cercle des tropiques d'Alioum Fantouré (1972) ; Les Crapauds-brousse de Tierno Monénembo (1979). (On accepte aussi Saint Monsieur Baly de Williams Sassine, 1973.)

5Exercice 5

(Type examen) Sujet : « La littérature africaine écrite est une littérature engagée. » Expliquez et illustrez cette affirmation en vous appuyant sur des œuvres précises (plan détaillé et un paragraphe rédigé).

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Plan détaillé (thématique) :

I. Une littérature engagée contre la colonisation et le racisme

  1. La Négritude affirme la dignité du monde noir (Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, 1939).
  2. Le roman dénonce l'injustice coloniale (Oyono, Une vie de boy, 1956).

II. Une littérature engagée contre les dérives des indépendances

  1. Le désenchantement (Kourouma, Les Soleils des indépendances, 1968).
  2. La dénonciation de la dictature (Fantouré, Le Cercle des tropiques, 1972).

III. Une littérature engagée pour la société

  1. La condition de la femme (Mariama Bâ, Une si longue lettre, 1979).
  2. La défense de la mémoire et de la culture africaines (Niane, Soundjata, 1960).

Paragraphe rédigé (I, 2) : « La littérature africaine s'est d'abord engagée en dénonçant l'injustice coloniale. En effet, dans les années 1950, alors que les peuples réclament leur liberté, les romanciers décrivent de l'intérieur les humiliations subies par les colonisés. Ainsi, dans Une vie de boy (1956), le Camerounais Ferdinand Oyono donne la parole à Toundi, un jeune domestique qui tient son journal : à travers son regard naïf, le lecteur découvre le mépris et la violence des colons. L'ironie de l'auteur transforme le récit en réquisitoire contre le système colonial. »

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1À quel poète attribue-t-on la création du mot « négritude » ?
Voir la réponse

Réponse B : Aimé Césaire. On attribue le mot à Césaire, qui l'emploie dans le Cahier d'un retour au pays natal (1939).

2Quel roman reçoit le prix Goncourt en 1921 ?
Voir la réponse

Réponse A : Batouala. Batouala de René Maran est un repère des débuts du roman africain en français.

3À quelle période appartient Les Soleils des indépendances (1968) ?
Voir la réponse

Réponse C : le désenchantement après les indépendances. Kourouma y montre la déception qui suit les indépendances.

4Quel écrivain guinéen a reçu le prix Renaudot en 2008 ?
Voir la réponse

Réponse B : Tierno Monénembo. Tierno Monénembo l'a reçu pour Le Roi de Kahel.

5Qu'est-ce que l'ajami ?
Voir la réponse

Réponse C : l'écriture de langues africaines en caractères arabes. Au Fouta-Djallon, des textes en pular ont été écrits en ajami.

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