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Philosophie · 11e SE

Leçon 4 sur 30

Objet et statut de la philosophie

Je sais dire de quoi s'occupe la philosophie (son objet), quelle place elle occupe parmi les savoirs (son statut) et à quoi elle sert.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir l'objet de la philosophie (la totalité, l'homme, le sens, les valeurs)
  • Expliquer le statut de la philosophie : ni science expérimentale ni simple opinion, mais réflexion critique
  • Discuter l'utilité de la philosophie à l'aide d'arguments et d'auteurs

Avant de commencer : Leçons précédentes : définition de la philosophie, différence avec le mythe, la religion et la science

1Je découvre

Mariama, élève de 11e SE à N'Zérékoré, discute avec son oncle, ingénieur dans une société minière. « La philosophie ? Mais de quoi elle parle, au juste ? La chimie étudie la matière, la biologie étudie le vivant, l'économie étudie la production. Et la philosophie, elle étudie quoi ? »

Mariama réfléchit. En classe, ils ont parlé de la vérité, de la religion, de la science, de la sagesse des anciens, de la liberté… « Elle parle un peu de tout », répond-elle. L'oncle rit : « Une matière qui parle de tout ne parle de rien ! Et puis, elle n'a pas de laboratoire, pas d'expériences, pas de formules. Est-ce vraiment un savoir ? »

Le soir, Mariama relit son cahier. Il lui semble que la philosophie ne parle pas « de tout » comme un bavard, mais qu'elle regarde toutes choses d'une certaine manière. Encore faut-il pouvoir l'expliquer.

Quel est l'objet de la philosophie, et quel est son statut parmi les autres savoirs ?

2Je comprends

1. Qu'appelle-t-on « objet » et « statut » d'une discipline ?

  • L'objet d'une discipline, c'est ce qu'elle étudie, le domaine de réalité dont elle s'occupe. L'objet de la géologie est la Terre et ses roches ; celui de la biologie est le vivant.
  • Le statut d'une discipline, c'est sa nature et sa place parmi les savoirs : est-elle une science ? un art ? une croyance ? Quelle valeur ont ses résultats ?

Pour la philosophie, ces deux questions sont difficiles, et c'est déjà un signe de sa particularité : la philosophie est la seule discipline qui se demande ce qu'elle est elle-même.

2. L'objet de la philosophie

a) La totalité du réel. Chaque science découpe dans le réel un morceau précis. La philosophie, elle, cherche à penser l'ensemble : qu'est-ce que l'être ? Le monde a-t-il un commencement ? Quelle est la place de l'homme dans l'univers ? C'est pourquoi on dit parfois que la philosophie vise la totalité : elle cherche les principes premiers et les causes premières des choses.

b) L'homme. La philosophie s'intéresse avant tout à l'homme : sa connaissance, sa conscience, sa liberté, sa vie en société. Le philosophe grec Socrate (Ve siècle avant J.-C.) avait fait sienne la devise inscrite au temple de Delphes : « Connais-toi toi-même ». Pour lui, la première tâche du philosophe est de se connaître.

c) Le sens et les valeurs. La science dit ce qui est ; la philosophie se demande aussi ce qui doit être et ce que valent les choses : le bien, le juste, le beau, le vrai. Elle s'interroge sur le sens de l'existence et de l'action.

d) Les autres savoirs. Enfin, la philosophie réfléchit sur les sciences elles-mêmes : qu'est-ce qu'une preuve ? Jusqu'où va la connaissance scientifique ? Cette réflexion s'appelle l'épistémologie.

  1. 1La totalité : l'être, le monde, les premiers principes
  2. 2L'homme : conscience, liberté, connaissance, vie en société
  3. 3Les valeurs : le vrai, le bien, le juste, le beau
  4. 4Le sens : pourquoi vivre, pourquoi agir, que peut-on espérer
  5. 5Les savoirs eux-mêmes : que vaut la science, qu'est-ce qu'une preuve
Les grands objets de la réflexion philosophique.

Pour répondre à l'oncle de Mariama : la philosophie ne parle pas « de tout » au hasard ; elle a pour objet les questions fondamentales que les autres disciplines ne posent pas ou supposent déjà résolues.

Exemple

Le même objet, deux regards : le travail des mineurs de Boké.

Regard de l'économiste : combien de tonnes de bauxite sont extraites ? Quel salaire, quelle productivité, quel apport au budget de l'État ?

Regard du philosophe : qu'est-ce que le travail ? Libère-t-il l'homme ou l'aliène-t-il ? Un travail pénible peut-il être digne ? Que doit-on aux travailleurs ?

Le philosophe ne remplace pas l'économiste : il pose des questions sur le sens et la valeur de ce que l'économiste mesure.

3. Le statut de la philosophie : est-elle une science ?

a) Ce qui la rapproche de la science. Comme la science, la philosophie utilise la raison ; elle cherche la vérité ; elle exige la rigueur, la cohérence et la justification. Pendant longtemps, d'ailleurs, philosophie et science ont été confondues.

b) Ce qui l'en distingue. La philosophie n'est pas une science au sens moderne :

  • elle n'a pas d'objet limité comme la chimie ou la botanique ;
  • elle n'utilise pas l'expérimentation ni la mesure ;
  • ses résultats ne font pas l'unanimité : les philosophes discutent encore les questions posées par Platon il y a plus de deux mille ans.

c) Ni science ni simple opinion. Faut-il en conclure que la philosophie n'est qu'une suite d'opinions personnelles ? Non. Une opinion est une idée non justifiée ; une thèse philosophique est argumentée, elle se confronte aux objections et peut être discutée par tous. Le statut de la philosophie est donc original : c'est une réflexion critique et rationnelle sur les questions fondamentales.

SciencePhilosophieOpinion
ObjetUn domaine précisLes questions fondamentales, la totalitéN'importe quoi
MéthodeObservation, expérience, calculRéflexion, analyse des concepts, argumentationAucune
RésultatsVérifiables, largement acceptésArgumentés mais toujours discutésNon justifiés

d) Une discipline réflexive. Le mot réflexion vient du latin reflectere, « se retourner, se replier ». Réfléchir, c'est revenir sur ses propres pensées pour les examiner. C'est le cœur du statut de la philosophie. Le philosophe allemand Emmanuel Kant disait en ce sens qu'on ne peut pas apprendre la philosophie comme un ensemble de réponses toutes faites : on peut seulement apprendre à philosopher, c'est-à-dire à exercer sa propre raison.

4. L'arbre de la philosophie selon Descartes

Au XVIIe siècle, René Descartes a comparé l'ensemble du savoir humain à un arbre :

  • les racines sont la métaphysique (la connaissance des premiers principes : l'âme, Dieu) ;
  • le tronc est la physique (la connaissance de la nature) ;
  • les branches sont toutes les autres sciences, qui se ramènent à trois principales : la médecine, la mécanique et la morale.

Pour Descartes, comme on ne cueille pas les fruits sur les racines ni sur le tronc, mais au bout des branches, l'utilité de la philosophie apparaît surtout dans ses dernières parties : la santé, les techniques et la bonne conduite de la vie. Cette image montre qu'à son époque, la philosophie était encore vue comme le fondement de tous les savoirs.

  1. 1Racines : la métaphysique (les premiers principes)
  2. 2Tronc : la physique (la connaissance de la nature)
  3. 3Branches : la médecine, la mécanique et la morale
  4. 4Fruits : l'utilité pour la vie humaine
L'arbre de la philosophie selon Descartes (1647).

5. À quoi sert la philosophie ?

On reproche souvent à la philosophie d'être inutile, parce qu'elle ne produit rien de matériel. On peut répondre de trois façons :

  • elle a une utilité intellectuelle : elle forme le jugement, l'esprit critique, la capacité d'argumenter, utiles dans toutes les disciplines et tous les métiers ;
  • elle a une utilité morale et civique : elle aide chacun à réfléchir sur le bien, la justice, les droits et les devoirs, et donc à être un citoyen responsable ;
  • elle a une valeur en elle-même : comprendre est un besoin humain. Aristote remarquait déjà que la philosophie est la plus libre des sciences, parce qu'on ne la recherche pas pour autre chose qu'elle-même.

Exemple

Dans une famille de Faranah, on hésite à marier très jeune une fille qui veut continuer l'école.

La philosophie n'apporte ni argent ni récolte. Mais elle permet de poser les bonnes questions : qu'est-ce que le bien de cette jeune fille ? Qui doit décider de son avenir ? La tradition est-elle toujours juste ? Quels droits la loi et la raison reconnaissent-elles à chaque personne ?

En aidant à réfléchir avant d'agir, la philosophie montre son utilité pratique.

Méthode

Pour répondre à une question sur l'objet ou l'utilité de la philosophie :

  1. Je définis « objet » ou « utilité » et « philosophie ».
  2. Je présente l'objection courante (« elle parle de tout », « elle ne sert à rien »).
  3. Je montre ce que cette objection a de juste.
  4. Je la dépasse par des arguments (questions fondamentales, réflexion critique, valeur propre).
  5. J'illustre chaque argument par un exemple concret.

3Je retiens

Je retiens

L'objet d'une discipline est ce qu'elle étudie ; son statut est sa nature et sa place parmi les savoirs.

Objet de la philosophie : les questions fondamentales sur la totalité du réel, l'homme, les valeurs, le sens et les savoirs eux-mêmes.

Socrate : « Connais-toi toi-même. »

Statut : la philosophie n'est ni une science expérimentale ni une simple opinion ; c'est une réflexion critique et rationnelle.

Réfléchir (latin reflectere) : revenir sur ses propres pensées pour les examiner.

Kant : on n'apprend pas la philosophie, on apprend à philosopher.

Descartes : arbre de la philosophie (racines = métaphysique, tronc = physique, branches = médecine, mécanique, morale).

4Erreurs fréquentes

  • Dire que la philosophie « parle de tout » sans préciser : elle porte sur les questions fondamentales et le sens, pas sur n'importe quel détail.
  • Conclure que la philosophie n'est qu'une opinion parce qu'elle n'est pas une science expérimentale : ses thèses sont argumentées et discutées rationnellement.
  • Confondre l'objet (ce qu'on étudie) et la méthode (comment on l'étudie).
  • Juger l'utilité de la philosophie seulement par ce qu'elle rapporte matériellement : son utilité est intellectuelle, morale et civique.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis l'objet et le statut d'une discipline.

b) Cite trois objets de la réflexion philosophique.

c) Explique la phrase de Kant : « On ne peut apprendre la philosophie, on peut seulement apprendre à philosopher. »

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a) L'objet d'une discipline est le domaine de réalité qu'elle étudie ; son statut est sa nature (science, art, réflexion…) et la place qu'elle occupe parmi les savoirs.

b) La totalité du réel (l'être, le monde, les premiers principes) ; l'homme (conscience, liberté, connaissance) ; les valeurs (le vrai, le bien, le juste, le beau) ; on accepte aussi le sens de l'existence ou la réflexion sur les sciences.

c) Kant veut dire que la philosophie n'est pas un ensemble de réponses à apprendre par cœur. Ce qui s'apprend, c'est un exercice : se servir de sa propre raison pour examiner les questions et les réponses. Philosopher, c'est une activité personnelle de réflexion.

2Exercice 2

Pour chaque sujet, donne une question scientifique et une question philosophique.

a) la santé ;

b) l'argent ;

c) la saison des pluies.

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(Exemples de réponses)

a) Scientifique : comment le vaccin protège-t-il l'organisme ? Philosophique : la santé est-elle le plus grand des biens ?

b) Scientifique : comment l'inflation fait-elle baisser la valeur du franc guinéen ? Philosophique : l'argent fait-il le bonheur ?

c) Scientifique : pourquoi pleut-il davantage en Guinée maritime qu'en Haute-Guinée ? Philosophique : l'homme doit-il se soumettre à la nature ou la dominer ?

3Exercice 3

Explique l'image de l'arbre de la philosophie de Descartes. Que représentent les racines, le tronc et les branches ? Pourquoi, selon lui, l'utilité de la philosophie se trouve-t-elle au bout des branches ?

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Descartes compare le savoir à un arbre. Les racines représentent la métaphysique, qui étudie les premiers principes (l'âme, Dieu) sur lesquels tout repose. Le tronc représente la physique, la connaissance de la nature. Les branches représentent les autres sciences, principalement la médecine, la mécanique et la morale. Comme on cueille les fruits au bout des branches, l'utilité de la philosophie apparaît surtout dans ces dernières sciences : elles permettent de soigner, de fabriquer et de bien conduire sa vie.

4Exercice 4

Vrai ou faux ? Corrige les affirmations fausses.

a) La philosophie utilise l'expérimentation en laboratoire.

b) Une thèse philosophique doit être justifiée par des arguments.

c) La philosophie n'a aucun rapport avec les sciences.

d) La philosophie peut réfléchir sur sa propre nature.

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a) Faux : la philosophie ne fait pas d'expériences ; elle procède par réflexion et argumentation.

b) Vrai.

c) Faux : les sciences sont nées de la philosophie, et la philosophie réfléchit sur les sciences (épistémologie).

d) Vrai : c'est même une de ses particularités.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) Rédige un paragraphe de 12 à 15 lignes répondant à l'affirmation de l'oncle de Mariama : « La philosophie ne sert à rien. » Présente d'abord ce que l'affirmation a de compréhensible, puis réfute-la avec au moins deux arguments et un exemple.

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Exemple de paragraphe :

Il est compréhensible de penser que la philosophie ne sert à rien : contrairement à la chimie ou à l'agronomie, elle ne produit ni médicament ni récolte, et ses questions restent souvent sans réponse définitive. Pourtant, cette affirmation juge l'utilité seulement selon ce qui rapporte matériellement. D'abord, la philosophie forme l'esprit : elle apprend à définir les mots, à argumenter et à repérer les raisonnements trompeurs, ce qui est utile à l'ingénieur comme au commerçant. Ensuite, elle a une utilité morale et civique : elle aide à réfléchir avant d'agir. Par exemple, quand une société minière s'installe près d'un village, il faut décider ce qui est juste pour les habitants, pour l'environnement et pour les générations futures ; aucune machine ne répond à cette question. Enfin, comprendre a une valeur en soi, car l'homme a besoin de donner un sens à sa vie. La philosophie n'est donc pas inutile : elle est utile autrement.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qu'appelle-t-on l'objet d'une discipline ?
Voir la réponse

Réponse A : ce qu'elle étudie. L'objet est le domaine de réalité dont la discipline s'occupe.

2Quelle devise Socrate avait-il faite sienne ?
Voir la réponse

Réponse B : « Connais-toi toi-même. ». Cette devise était inscrite au temple de Delphes ; Socrate en a fait le point de départ de la philosophie.

3Pourquoi la philosophie n'est-elle pas une science au sens moderne ?
Voir la réponse

Réponse B : parce qu'elle n'expérimente pas et n'a pas d'objet limité. Elle utilise la raison et cherche le vrai, mais sans expérimentation ni domaine restreint.

4Dans l'arbre de Descartes, que représentent les racines ?
Voir la réponse

Réponse C : la métaphysique. Les racines sont la métaphysique, le tronc la physique, les branches les autres sciences.

5Quel est le statut de la philosophie ?
Voir la réponse

Réponse C : une réflexion critique et rationnelle sur les questions fondamentales. Elle n'est ni simple opinion ni science expérimentale : elle argumente et examine.

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