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Philosophie · 11e SS

Leçon 24 sur 30

Le langage et la communication

Je sais définir le langage, le signe linguistique et la communication, distinguer le langage humain de la communication animale, et discuter les rapports entre langage et pensée.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir le langage, la langue, la parole et le signe linguistique (signifiant, signifié, arbitraire)
  • Distinguer le langage humain de la communication animale (danse des abeilles, double articulation)
  • Discuter le rapport entre langage et pensée et les fonctions du langage dans la communication

Avant de commencer : La conscience ; la situation de communication (émetteur, récepteur, message, code, canal)

1Je découvre

Dans une famille de Nzérékoré, on parle plusieurs langues. La grand-mère parle le kpèlè, le père parle aussi le maninka, la mère parle le toma, et les enfants, Ibrahima et Mariama, parlent français à l'école. Le soir, autour du plat, on passe d'une langue à l'autre sans difficulté.

Un jour, Ibrahima observe les abeilles de la ruche du voisin. Il a entendu dire qu'une abeille qui a trouvé des fleurs « danse » pour indiquer aux autres la direction et la distance. Il s'étonne : « Les abeilles aussi ont un langage ! »

Sa sœur Mariama n'est pas d'accord : « Une abeille peut-elle raconter à une autre ce qu'elle a vu hier ? Peut-elle inventer un conte, poser une question, se moquer, promettre ? Nous, avec quelques dizaines de sons, nous pouvons tout dire. »

Leur grand-mère ajoute en kpèlè un proverbe que les enfants traduisent chacun à leur manière. Aucune traduction ne rend exactement le même sens.

Qu'est-ce que le langage humain, en quoi diffère-t-il de la communication animale, et quel lien entretient-il avec la pensée ?

2Je comprends

1. Définitions

  • La communication est la transmission d'une information d'un émetteur à un récepteur, au moyen de signes ou de signaux. Les hommes communiquent, mais aussi les animaux, et même les machines.
  • Le langage est, au sens large, tout système de signes permettant de communiquer (le langage des gestes, le langage du tam-tam, le code de la route). Au sens strict, le langage humain est la faculté propre à l'homme de s'exprimer et de communiquer au moyen d'une langue.
  • Une langue est un système de signes propre à une communauté (le pular, le maninka, le soussou, le kissi, le français…).
  • La parole est l'usage individuel de la langue par une personne, dans une situation donnée.

Cette distinction entre langue (sociale) et parole (individuelle) vient du linguiste suisse Ferdinand de Saussure (1857-1913), dont le Cours de linguistique générale a été publié par ses élèves en 1916.

2. Le signe linguistique

Pour Saussure, le signe linguistique unit deux faces inséparables, comme le recto et le verso d'une feuille :

  • le signifiant : l'image sonore ou écrite du mot (les sons « a-r-b-r-e ») ;
  • le signifié : le concept, l'idée à laquelle renvoie le mot (l'idée d'arbre).

La chose réelle (tel manguier dans la cour) s'appelle le référent.

Le signe est arbitraire : il n'y a aucun lien naturel entre le signifiant et le signifié. La preuve : la même idée se dit différemment selon les langues. Le « chien » se dit dog en anglais, Hund en allemand, et encore autrement en pular, en maninka ou en soussou. Le lien est fixé par la convention et l'usage de la communauté.

Le signe se distingue ainsi :

  • de l'indice, lié naturellement à ce qu'il indique (la fumée indique le feu) ;
  • du symbole, qui garde un lien de ressemblance ou d'analogie avec ce qu'il représente (la balance, symbole de la justice).
Signifiant
  • L'image sonore ou écrite
  • « a-r-b-r-e »
  • Change d'une langue à l'autre
Signifié
  • Le concept, l'idée
  • l'idée d'arbre
  • Peut se retrouver dans plusieurs langues
Les deux faces du signe linguistique selon Saussure ; le lien entre elles est arbitraire.

3. Langage humain et communication animale

a) Les animaux communiquent

Les animaux échangent des signaux : cris d'alarme des singes, chant des oiseaux, odeurs, postures. Le savant autrichien Karl von Frisch a montré que l'abeille qui a trouvé de la nourriture exécute une danse : en ronde si la source est proche, en forme de « huit » (danse frétillante) si elle est plus éloignée ; l'orientation de la danse indique la direction par rapport au soleil, et son rythme renseigne sur la distance.

b) Mais le langage humain est d'une autre nature

Le linguiste Émile Benveniste (1902-1976), en comparant la danse des abeilles au langage humain, a mis en évidence plusieurs différences :

Communication de l'abeilleLangage humain
message fixe, sur un seul thème (la nourriture)messages en nombre illimité, sur tous les sujets
pas de dialogue : l'abeille qui reçoit ne répond pas par un messagedialogue : le récepteur devient émetteur
on ne transmet que ce qu'on a vu soi-mêmeon peut rapporter ce qu'un autre a dit, parler du passé, de l'avenir, de l'imaginaire
message global, non décomposablemessage décomposable en unités réutilisables
instinctif, identique chez toutes les abeillesappris, différent selon les langues

Le linguiste André Martinet appelle double articulation cette propriété du langage humain : un énoncé se décompose en unités de sens (les mots ou morphèmes : « les / enfant / s / jou / ent ») qui se décomposent elles-mêmes en sons sans signification propre (les phonèmes : /ʒ/, /u/…). Avec quelques dizaines de phonèmes, on forme des milliers de mots et une infinité de phrases.

Descartes, dans une lettre de 1646, remarquait déjà que les animaux peuvent exprimer leurs passions (peur, colère), mais qu'aucun ne parle de manière à répondre avec à-propos à ce qu'on lui dit ; même un perroquet ne fait que répéter. Pour lui, la parole est le signe de la pensée.

4. Langage et pensée

a) Le langage, simple vêtement de la pensée ?

Une première thèse considère que la pensée existe avant le langage, et que les mots servent seulement à l'exprimer et à la transmettre. On a parfois « l'idée sur le bout de la langue » sans trouver le mot ; certains philosophes, comme Bergson, pensent même que les mots, généraux et figés, trahissent la richesse unique de nos sentiments.

b) Pas de pensée sans langage ?

Une seconde thèse affirme que pensée et langage sont inséparables. Pour Hegel, c'est dans les mots que nous pensons : une pensée qui ne trouve pas ses mots reste confuse, inachevée. Chercher le mot juste, c'est clarifier sa pensée. L'enfant apprend à penser en apprenant à parler ; et chaque langue découpe le réel à sa manière : c'est pourquoi un proverbe kpèlè ou pular perd une partie de son sens une fois traduit.

On peut retenir que le langage n'est pas un simple outil extérieur à la pensée : il est le milieu dans lequel elle se forme, se précise et se partage.

5. Les fonctions du langage dans la communication

Le linguiste Roman Jakobson a distingué six fonctions du langage, chacune liée à un élément de la situation de communication :

ÉlémentFonctionExemple
le référent (le sujet)référentielle (informer)« Le marché ouvre à 7 heures. »
l'émetteurexpressive (exprimer ses sentiments)« Quelle joie de vous revoir ! »
le récepteurconative (agir sur l'autre)« Viens ici ! »
le canalphatique (maintenir le contact)« Allô, tu m'entends ? »
le codemétalinguistique (parler de la langue)« "Fonio" est un nom masculin. »
le messagepoétique (travailler la forme)un proverbe, un chant de griot

Au-delà de ces fonctions, le langage a un rôle social : il transmet la mémoire des peuples. Dans les sociétés de tradition orale comme celles de Guinée, les griots ont longtemps conservé et transmis l'histoire des familles et des royaumes par la parole et le chant.

6. Les limites de la communication

Communiquer n'est pas toujours se comprendre : malentendus, sens différents d'un même mot selon les personnes, rumeurs déformées de bouche en bouche, mensonge. La parole peut unir, mais aussi blesser et manipuler. D'où l'importance d'une parole responsable.

Exemple

Analyse d'un signe : le mot « case ».

Signifiant : la suite de sons « k-a-z » (ou les lettres c-a-s-e).

Signifié : l'idée d'une habitation traditionnelle, souvent ronde, au toit de paille.

Référent : telle case précise dans un village du Fouta.

Arbitraire : rien, dans les sons « k-a-z », ne ressemble à une case ; d'autres langues désignent la même réalité par d'autres mots.

Exemple

Comparer un cri d'alarme de singe et une phrase humaine.

Cri du singe : signale un danger présent, maintenant ; il est instinctif, non décomposable ; il ne peut pas dire « hier, un léopard est passé près de la rivière ».

Phrase humaine : « Hier soir, Lansana a vu un serpent près du puits ; faites attention demain matin. » Elle parle du passé et de l'avenir, rapporte ce qu'un autre a vu, se décompose en mots réutilisables et appelle une réponse.

Conclusion : l'animal communique par signaux ; l'homme dispose d'un langage, système de signes articulés, créatif et conventionnel.

Méthode

Pour traiter un sujet sur le langage :

  1. Je définis les termes : communication, langage, langue, parole, signe.
  2. Je distingue le langage humain de la communication animale (Benveniste, double articulation).
  3. Je pose le problème du rapport entre langage et pensée.
  4. J'expose les deux thèses (le langage exprime une pensée déjà faite ; la pensée se forme dans les mots).
  5. Je conclus en montrant que le langage est aussi un fait social et culturel.

3Je retiens

Je retiens

Communication : transmission d'une information d'un émetteur à un récepteur. Langage : faculté humaine de s'exprimer au moyen d'une langue. Langue : système de signes d'une communauté. Parole : usage individuel de la langue (Saussure).

Signe linguistique : union d'un signifiant (image sonore) et d'un signifié (concept) ; il est arbitraire (conventionnel).

Communication animale (danse des abeilles, von Frisch) : signaux fixes, instinctifs, sans dialogue. Langage humain : illimité, appris, dialogué, doublement articulé (Martinet).

Deux thèses : le langage exprime une pensée déjà formée (Bergson : les mots trahissent) ; la pensée se forme dans les mots (Hegel).

Six fonctions (Jakobson) : référentielle, expressive, conative, phatique, métalinguistique, poétique.

4Erreurs fréquentes

  • Confondre langue et langage : le langage est la faculté ; la langue (pular, français…) est un système particulier.
  • Confondre signifié et référent : le signifié est une idée ; le référent est la chose réelle.
  • Dire que les animaux n'ont aucune communication : ils communiquent par signaux, mais leur communication n'a pas les caractères du langage humain.
  • Croire que « arbitraire » veut dire « choisi au hasard par chacun » : le signe est arbitraire par rapport à la chose, mais il est imposé à chacun par la communauté.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Distingue langage, langue et parole.

b) Qu'est-ce qu'un signe linguistique ? Pourquoi est-il arbitraire ?

c) Qu'appelle-t-on la double articulation du langage ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Le langage est la faculté propre à l'homme de s'exprimer et de communiquer au moyen de signes. La langue est un système de signes propre à une communauté (le soussou, le français). La parole est l'usage individuel qu'une personne fait de la langue dans une situation donnée.

b) Le signe linguistique est l'union d'un signifiant (image sonore ou écrite) et d'un signifié (concept). Il est arbitraire parce qu'il n'existe aucun lien naturel entre les sons du mot et l'idée ; la preuve est que chaque langue désigne la même idée par des mots différents.

c) C'est la propriété du langage humain d'être décomposable à deux niveaux : en unités de sens (mots, morphèmes), elles-mêmes décomposables en sons sans signification (phonèmes). Cela permet de former une infinité de messages avec un petit nombre d'éléments.

2Exercice 2

Donne la fonction du langage dominante dans chaque phrase.

a) « Fermez vos cahiers et sortez une feuille. »

b) « Allô ? Allô ? Tu es toujours là ? »

c) « Le fleuve Niger prend sa source en Guinée. »

d) « Hélas ! Je suis si fatiguée ! »

e) « Le mot "fonio" s'écrit avec un seul n. »

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a) Conative. b) Phatique. c) Référentielle. d) Expressive. e) Métalinguistique.

3Exercice 3

Montre, en trois différences au moins, que la danse des abeilles n'est pas un langage au sens humain.

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La danse des abeilles transmet toujours le même type d'information (la position de la nourriture), alors que le langage humain peut parler de tout. Il n'y a pas de dialogue : l'abeille qui reçoit le message ne répond pas par un autre message. L'abeille ne transmet que ce qu'elle a vu elle-même ; elle ne peut pas rapporter le message d'une autre. Enfin, la danse est instinctive et identique chez toutes les abeilles de l'espèce, alors que les langues humaines s'apprennent et diffèrent selon les communautés.

4Exercice 4

(Analyse de texte) Lis ce texte rédigé pour l'exercice, puis réponds.

« Tant que je ne l'ai pas dit, je crois savoir ce que je pense. Mais quand je dois l'expliquer à mon camarade, je découvre que mon idée était floue. En cherchant les mots, je la corrige, je la complète. Ce n'est pas une idée toute faite que j'habille de mots : c'est en parlant que je finis de penser. »

a) Quelle est la thèse du texte ?

b) Rattache-la à un philosophe du cours.

c) Quelle thèse opposée peut-on lui confronter ?

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a) Thèse : la pensée ne précède pas le langage ; c'est en cherchant les mots qu'on précise et qu'on achève sa pensée.

b) Elle est proche de Hegel, pour qui c'est dans les mots que nous pensons.

c) On peut lui opposer la thèse selon laquelle la pensée existe avant les mots, qui l'expriment plus ou moins bien : l'expérience du mot « sur le bout de la langue » ou l'idée de Bergson selon laquelle les mots, trop généraux, trahissent la richesse unique de nos sentiments.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) Sujet : « Peut-on penser sans langage ? » Rédige une introduction et un plan détaillé en deux parties.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction : Il nous arrive de sentir une idée sans trouver les mots pour la dire, comme si la pensée était déjà là, en attente de son expression. Pourtant, une idée que l'on ne parvient pas à formuler reste souvent confuse. Peut-on alors penser sans langage, ou la pensée a-t-elle besoin des mots pour exister vraiment ? Nous examinerons d'abord la thèse d'une pensée antérieure au langage, puis celle de leur union.

Plan détaillé :

I. La pensée semble précéder le langage. A. L'expérience du mot sur le bout de la langue. B. Les mots généraux trahissent les nuances de nos sentiments (Bergson). C. Certaines formes de pensée (images, intuitions) semblent se passer de mots.

II. Mais une pensée claire a besoin du langage. A. C'est dans les mots que nous pensons (Hegel) : formuler, c'est préciser. B. L'enfant apprend à penser en apprenant à parler ; chaque langue découpe le réel à sa manière. C. Le langage humain, doublement articulé, permet l'abstraction, que la communication animale ignore.

Conclusion : une pensée vague peut exister sans mots, mais la pensée claire, capable d'abstraction et de dialogue, se forme dans le langage.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Pour Saussure, le signifiant est :
Voir la réponse

Réponse A : l'image sonore ou écrite du mot. Le signifié est le concept ; le référent est la chose réelle.

2Dire que le signe linguistique est arbitraire, c'est dire que :
Voir la réponse

Réponse B : il n'y a pas de lien naturel entre les sons du mot et l'idée. Le lien est conventionnel et fixé par la communauté.

3Qui a étudié la danse des abeilles ?
Voir la réponse

Réponse B : Karl von Frisch. Benveniste s'est ensuite appuyé sur ces travaux pour comparer cette communication au langage humain.

4« Allô, tu m'entends ? » relève de la fonction :
Voir la réponse

Réponse C : phatique. La fonction phatique sert à établir ou maintenir le contact.

5Quel philosophe soutient que c'est dans les mots que nous pensons ?
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Réponse A : Hegel. Pour Hegel, une pensée sans mots reste confuse ; le langage est le milieu de la pensée.

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