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Philosophie · 11e SM

Leçon 28 sur 30

L'individu et le déterminisme sociologique

Je sais expliquer ce qu'est le déterminisme sociologique (Durkheim, Marx, Bourdieu), en présenter les arguments et en discuter les limites au nom de la liberté et de l'action de l'individu.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir le déterminisme et le déterminisme sociologique
  • Expliquer le fait social selon Durkheim et les thèses de Marx et de Bourdieu
  • Discuter la part de liberté de l'individu (Weber, Sartre) et montrer que connaître les déterminismes peut libérer

Avant de commencer : Les problèmes de l'existence sociale ; l'insertion sociale et la socialisation (leçons précédentes)

1Je découvre

Dans un lycée de Labé, le professeur de philosophie demande à ses élèves : « Pourquoi êtes-vous ici, en 11e, et pourquoi dans cette série ? »

Kadiatou répond : « Parce que je l'ai choisi. J'aime les sciences. » Alpha dit : « Mon père est enseignant, il m'a toujours poussé à étudier. » Hawa ajoute : « Dans ma famille, personne n'avait fait d'études avant moi. J'ai dû me battre. » Sékou remarque : « Dans mon village, beaucoup de filles de mon âge ont quitté l'école. Si j'étais née fille là-bas, serais-je ici ? »

Le professeur note au tableau : « Choix personnel ? Influence de la famille ? Poids du milieu ? » Puis il demande : « Et si vos goûts, vos ambitions, vos manières de parler venaient en grande partie de votre milieu sans que vous le sachiez ? »

Kadiatou proteste : « Alors, je ne suis pas libre ? »

Nos choix sont-ils vraiment les nôtres, ou la société détermine-t-elle ce que nous sommes et ce que nous faisons ?

2Je comprends

1. Qu'est-ce que le déterminisme ?

Le déterminisme est la doctrine selon laquelle tout phénomène a des causes et, dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent les mêmes effets. C'est un principe des sciences de la nature : l'eau bout à 100 °C sous la pression normale, chaque fois.

Le déterminisme sociologique applique cette idée à la vie sociale : les conduites, les idées et les choix des individus s'expliquent, en grande partie, par des causes sociales (la famille, le milieu, la classe sociale, la culture, les institutions), qui agissent sur eux souvent sans qu'ils en aient conscience.

Il ne faut pas confondre déterminisme et fatalisme. Le fatalisme dit : « Ce qui doit arriver arrivera, quoi qu'on fasse. » Le déterminisme dit : « Ce qui arrive a des causes » ; et si l'on agit sur les causes, on change les effets.

2. Durkheim : le fait social

Le sociologue français Émile Durkheim (1858-1917), un des fondateurs de la sociologie, définit dans Les Règles de la méthode sociologique (1895) le fait social : ce sont des manières d'agir, de penser et de sentir qui présentent trois caractères.

  • Elles sont extérieures à l'individu : elles existaient avant lui et existeront après lui (la langue, les lois, les règles de politesse, les fêtes).
  • Elles exercent sur lui une contrainte : si l'on s'en écarte, on subit une sanction (moquerie, blâme, punition).
  • Elles sont générales dans le groupe.

Durkheim demande de traiter les faits sociaux comme des choses, c'est-à-dire de les étudier de l'extérieur, objectivement, et d'expliquer un fait social par d'autres faits sociaux, non par la psychologie de chacun.

Il parle aussi de conscience collective : l'ensemble des croyances et des sentiments communs à la moyenne des membres d'une société, qui s'impose à chacun.

Dans Le Suicide (1897), il montre qu'un acte qui paraît le plus personnel qui soit varie selon des causes sociales : son taux change selon le degré d'intégration des individus dans leur famille, leur communauté religieuse, leur société. Même ce qui semble intime a donc une dimension sociale.

  1. 1Un fait social existe avant l'individu (langue, lois, coutumes)
  2. 2Il lui est transmis par la socialisation
  3. 3Il s'impose par la contrainte du groupe (sanctions)
  4. 4L'individu finit par le vivre comme naturel et comme son propre choix
Comment, selon Durkheim, la société agit sur l'individu.

3. Marx : l'être social détermine la conscience

Pour Karl Marx (1818-1883), ce sont les conditions matérielles de la vie, et surtout la place qu'on occupe dans la production des biens (propriétaire ou travailleur, par exemple), qui déterminent les idées et les manières de vivre. Il écrit que ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être, mais leur être social qui détermine leur conscience. Tu as déjà rencontré cette idée avec le matérialisme historique.

4. Bourdieu : l'habitus et la reproduction

Le sociologue français Pierre Bourdieu (1930-2002) montre comment le milieu familial se prolonge dans l'école et dans la vie.

  • L'habitus est l'ensemble des manières de penser, de parler, de se tenir, de goûter que l'individu acquiert dans son milieu et qui deviennent comme une « seconde nature ».
  • Le capital culturel désigne les savoirs, les livres, les manières de parler et les diplômes dont dispose une famille.
  • Avec Jean-Claude Passeron, il montre dans Les Héritiers (1964) et La Reproduction (1970) que l'école, en valorisant la culture des milieux instruits, tend à favoriser les enfants qui en viennent : c'est la reproduction des inégalités sociales.

Ainsi, l'élève dont les parents lisent, parlent le français à la maison et connaissent le fonctionnement de l'école part avec un avantage, sans que ce soit dû à son seul mérite.

AuteurCe qui détermine l'individuNotion clé
Durkheimla société et ses règlesfait social, conscience collective
Marxles conditions matérielles, la place dans la productionl'être social détermine la conscience
Bourdieule milieu familial et culturelhabitus, capital culturel, reproduction

5. Les limites du déterminisme sociologique

a) L'individu n'est pas une simple chose

  • Max Weber (Allemagne, 1864-1920) pense que la sociologie doit comprendre le sens que les individus donnent à leurs actions. La société est faite d'actions d'individus qui ont des intentions et des raisons ; elle ne s'impose pas à eux comme une force aveugle.
  • Les statistiques décrivent des tendances, pas des destins : si beaucoup d'enfants de milieux pauvres quittent l'école, certains réussissent brillamment. Le déterminisme social est une probabilité, pas une fatalité.

b) La liberté de l'homme

Jean-Paul Sartre (1905-1980) affirme que l'homme est toujours libre de donner un sens à sa situation : on ne choisit pas son milieu, mais on choisit ce que l'on en fait. Il écrit en substance que l'important n'est pas ce qu'on a fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous.

c) Connaître ses déterminismes pour s'en libérer

Le déterminisme sociologique peut même devenir un outil de liberté. Spinoza remarquait déjà que les hommes se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs actions mais ignorent les causes qui les déterminent. Connaître ces causes permet d'agir sur elles. Bourdieu lui-même pensait que la sociologie aide à prendre conscience des mécanismes d'inégalité pour les combattre (bourses, soutien scolaire, écoles dans les villages, scolarisation des filles).

Déterminisme sociologique
  • La société existe avant moi et me forme
  • Mes goûts et mes idées viennent de mon milieu
  • Les statistiques montrent des régularités
  • Durkheim, Marx, Bourdieu
Liberté de l'individu
  • Je donne un sens à ce que j'ai reçu
  • Je peux les examiner et les changer
  • Les tendances ne sont pas des destins
  • Weber, Sartre
Les deux pôles du débat ; un bon devoir montre comment ils se combinent.

Exemple

Analyse du parcours de Hawa, première de sa famille à étudier.

Ce que dirait le déterminisme sociologique : venant d'un milieu où personne n'avait fait d'études, elle avait moins de capital culturel ; statistiquement, ses chances de réussite étaient plus faibles.

Ce que montre son parcours : elle a réussi malgré tout, par son effort, peut-être grâce à un professeur, à une bourse, à des parents qui l'ont encouragée.

Conclusion : le milieu pèse (Hawa a « dû se battre »), mais il ne décide pas de tout. Son cas illustre la différence entre une probabilité et une fatalité.

Exemple

Test de la définition du fait social avec les salutations.

Extériorité : les formules de salutation existaient avant la naissance de Sékou.

Contrainte : s'il passe devant les aînés sans saluer, il est réprimandé.

Généralité : presque tout le monde, dans son milieu, salue de cette manière.

Conclusion : la salutation est un fait social au sens de Durkheim ; Sékou la vit comme naturelle, alors qu'elle lui a été transmise.

Méthode

Pour traiter un sujet sur le déterminisme social et la liberté :

  1. Je définis le déterminisme et je le distingue du fatalisme.
  2. J'expose les arguments du déterminisme sociologique (Durkheim, Marx, Bourdieu) avec des exemples.
  3. Je montre ses limites : les tendances ne sont pas des destins ; l'individu agit et donne du sens (Weber, Sartre).
  4. Je dépasse l'opposition : connaître les causes permet d'agir sur elles.
  5. Je conclus sur une liberté réelle mais « en situation ».

3Je retiens

Je retiens

Déterminisme : tout phénomène a des causes ; les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ce n'est pas le fatalisme.

Déterminisme sociologique : les conduites et les idées des individus s'expliquent en grande partie par des causes sociales.

Durkheim (1895) : le fait social est extérieur, contraignant et général ; il faut traiter les faits sociaux comme des choses ; la conscience collective s'impose à chacun.

Marx : l'être social détermine la conscience.

Bourdieu : habitus, capital culturel, reproduction des inégalités par l'école (Les Héritiers, 1964 ; La Reproduction, 1970).

Limites : Weber (comprendre le sens des actions) ; Sartre (ce que nous faisons de ce qu'on a fait de nous) ; une tendance n'est pas un destin.

Connaître les déterminismes permet d'agir sur eux : c'est une condition de la liberté.

4Erreurs fréquentes

  • Confondre déterminisme et fatalisme : le déterminisme cherche des causes sur lesquelles on peut agir ; le fatalisme pense qu'on ne peut rien changer.
  • Croire que le déterminisme sociologique dit que tous les enfants d'un milieu auront le même destin : il décrit des régularités et des probabilités, pas des certitudes individuelles.
  • Réduire le débat à « je suis libre » ou « je ne suis pas libre » : la liberté humaine s'exerce toujours dans une situation sociale.
  • Oublier les trois caractères du fait social (extériorité, contrainte, généralité) quand on présente Durkheim.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis le déterminisme sociologique et distingue-le du fatalisme.

b) Quels sont les trois caractères du fait social selon Durkheim ?

c) Qu'est-ce que l'habitus selon Bourdieu ?

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a) Le déterminisme sociologique est la thèse selon laquelle les conduites, les idées et les choix des individus s'expliquent en grande partie par des causes sociales (famille, milieu, culture, institutions). Il se distingue du fatalisme, qui affirme que ce qui doit arriver arrivera quoi qu'on fasse ; le déterminisme, lui, cherche des causes, et en agissant sur les causes, on peut changer les effets.

b) Le fait social est extérieur à l'individu (il existe avant et en dehors de lui), il exerce une contrainte sur lui (sanction en cas d'écart) et il est général dans le groupe.

c) L'habitus est l'ensemble des manières de penser, de parler, de se tenir et de goûter qu'un individu acquiert dans son milieu et qui deviennent pour lui une seconde nature.

2Exercice 2

Associe chaque affirmation à son auteur (Durkheim, Marx, Bourdieu, Weber, Sartre).

a) L'être social détermine la conscience.

b) Il faut traiter les faits sociaux comme des choses.

c) L'important est ce que nous faisons de ce qu'on a fait de nous.

d) L'école tend à reproduire les inégalités en valorisant la culture des milieux instruits.

e) La sociologie doit comprendre le sens que les individus donnent à leurs actions.

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a) Marx. b) Durkheim. c) Sartre. d) Bourdieu. e) Weber.

3Exercice 3

Montre que la langue maternelle est un fait social au sens de Durkheim, en appliquant les trois caractères.

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Extériorité : la langue maternelle existait avant la naissance de l'enfant, et elle continuera d'exister après lui ; il ne l'a pas inventée. Contrainte : s'il emploie des mots incorrects, on le corrige ou on se moque de lui ; pour être compris, il doit respecter ses règles. Généralité : tous les membres de sa communauté la parlent. La langue maternelle est donc un fait social.

4Exercice 4

(Analyse de texte) Lis ce texte rédigé pour l'exercice, puis réponds.

« Mon père était pêcheur à Kamsar, et son père avant lui. On disait que je serais pêcheur aussi. J'ai appris à lire le vent et la marée comme on apprend à marcher. Puis un instituteur m'a prêté des livres. Aujourd'hui, je suis technicien de la météorologie. Je n'ai rien renié : c'est parce que j'ai grandi au bord de la mer que le ciel m'intéresse. »

a) Relève dans le texte ce qui relève du déterminisme social.

b) Relève ce qui montre la liberté de l'individu.

c) Montre que ce texte illustre la formule de Sartre étudiée dans le cours.

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a) Déterminisme social : le métier de pêcheur transmis de père en fils ; l'attente du milieu (« on disait que je serais pêcheur ») ; l'apprentissage spontané de la lecture du vent et de la marée (une sorte d'habitus).

b) Liberté : la rencontre avec l'instituteur et les livres, le choix d'un autre métier, la décision de devenir technicien de la météorologie.

c) Le narrateur ne rejette pas ce que son milieu a fait de lui (l'intérêt pour le vent et la mer), mais il en fait quelque chose de nouveau : un métier scientifique. C'est exactement l'idée de Sartre : l'important est ce que nous faisons de ce qu'on a fait de nous.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) Sujet : « Sommes-nous le produit de notre milieu ? » Rédige une introduction et un plan détaillé en deux parties.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction : Nos goûts, notre langue, nos manières de parler, souvent même nos ambitions nous viennent de notre famille et de notre milieu. Pourtant, des enfants issus du même milieu prennent des chemins très différents. Sommes-nous donc simplement le produit de notre milieu, ou gardons-nous une part de liberté ? Nous verrons d'abord la force des déterminismes sociaux, puis la part que l'individu prend à sa propre histoire.

Plan détaillé :

I. Le milieu nous façonne. A. Les faits sociaux s'imposent à nous (Durkheim : extériorité, contrainte, généralité). B. Les conditions matérielles déterminent les idées (Marx). C. L'habitus et la reproduction des inégalités (Bourdieu).

II. Mais nous ne sommes pas seulement ce produit. A. Les régularités sociales sont des probabilités, pas des destins (exemples de réussites inattendues). B. L'individu agit et donne un sens à ses actions (Weber). C. Nous faisons quelque chose de ce qu'on a fait de nous (Sartre) ; connaître nos déterminismes permet d'agir sur eux.

Conclusion : nous sommes en partie le produit de notre milieu, mais c'est à partir de ce qu'il nous a donné que s'exerce notre liberté.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Le déterminisme se distingue du fatalisme car :
Voir la réponse

Réponse B : il cherche les causes sur lesquelles on peut agir. Le fatalisme pense qu'on ne peut rien changer ; le déterminisme permet d'agir sur les causes.

2Selon Durkheim, le fait social est :
Voir la réponse

Réponse A : extérieur, contraignant et général. Ce sont les trois caractères qui définissent le fait social.

3L'habitus est une notion de :
Voir la réponse

Réponse C : Bourdieu. L'habitus désigne les dispositions acquises dans son milieu, devenues une seconde nature.

4Quelle phrase exprime la position de Sartre ?
Voir la réponse

Réponse B : L'important est ce que nous faisons de ce qu'on a fait de nous.. Sartre affirme la liberté de l'homme dans la situation qu'il n'a pas choisie.

5Que signifie « une tendance n'est pas un destin » ?
Voir la réponse

Réponse A : Une régularité statistique ne fixe pas le parcours de chaque individu.. Le milieu pèse, mais il ne décide pas de tout pour chaque personne.

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