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Philosophie · 11e SM

Leçon 29 sur 30

L'existence sociale : la sphère économique

Je sais définir la sphère économique (besoins, production, échange, répartition), expliquer le rôle du travail, de la division du travail et de la monnaie, et discuter les problèmes philosophiques qu'elle pose (aliénation, inégalités, place de l'économie dans la vie humaine).

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir l'économie et ses activités fondamentales : produire, échanger, répartir, consommer
  • Expliquer le travail, la division du travail (Smith) et les fonctions de la monnaie
  • Présenter l'analyse de Marx (forces productives, rapports de production, aliénation) et discuter la place de l'économie dans l'existence sociale

Avant de commencer : L'individu et le déterminisme sociologique ; le matérialisme historique (leçons précédentes)

1Je découvre

Au grand marché de Kankan, Fanta vend des pagnes teints. Elle achète le tissu à un grossiste, paie une teinturière du quartier pour la teinture, et revend les pagnes à des clientes venues de Kouroussa et de Siguiri. Avec ce qu'elle gagne, elle paie la scolarité de ses enfants, achète du riz et cotise chaque semaine à une tontine avec d'autres commerçantes.

Son fils Mamadou, élève en 11e, remarque : « Maman, pour qu'un seul pagne arrive sur le marché, il a fallu le coton, la filature, le tissage, la teinture, le transport, la vente. Des dizaines de personnes y ont travaillé, et tu n'en connais presque aucune ! »

Fanta rit : « C'est comme ça que le monde vit. Chacun fait sa part, et l'argent relie tout. » Mais elle ajoute, plus sérieuse : « Pourtant, la teinturière travaille plus que moi et gagne moins. Est-ce juste ? »

Qu'est-ce que la vie économique, pourquoi les hommes travaillent-ils et échangent-ils, et quels problèmes cela pose-t-il ?

2Je comprends

1. Définition de l'économie

Le mot économie vient du grec oikos, « la maison », et nomos, « la règle » : à l'origine, c'est l'art de bien gérer une maison. Aujourd'hui, l'économie désigne l'ensemble des activités par lesquelles les hommes produisent, échangent, répartissent et consomment les biens et les services dont ils ont besoin.

La sphère économique est donc la partie de l'existence sociale qui concerne la satisfaction des besoins matériels. Elle repose sur une donnée de départ : les besoins sont nombreux, alors que les ressources sont limitées (la rareté). Il faut donc produire et faire des choix.

  • Un besoin est un manque que l'on cherche à combler. On distingue les besoins primaires ou vitaux (se nourrir, boire, se loger, se soigner) et les besoins secondaires (se cultiver, se divertir, communiquer).
  • Un bien est un objet qui satisfait un besoin (le riz, un pagne) ; un service est une activité qui satisfait un besoin (un soin, un transport, un cours).
BesoinsProductionÉchangeRépartitionConsommation
Le circuit de la vie économique : la consommation fait renaître des besoins, qui relancent la production.

2. Le travail

a) Définition

Le travail est l'activité consciente et organisée par laquelle l'homme transforme la nature pour produire ce qui satisfait ses besoins. Le cultivateur qui défriche et sème, l'orpailleur, la teinturière, l'ouvrier de la bauxite à Kamsar, l'enseignant qui transmet des savoirs travaillent.

b) Le travail humain et l'activité animale

L'abeille construit des alvéoles parfaites, mais toujours de la même façon, par instinct. Marx remarque, dans Le Capital, que ce qui distingue dès le départ le plus mauvais architecte de la meilleure abeille, c'est que l'architecte a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la cire. Le travail humain suppose donc :

  • un projet conscient ;
  • des outils, que l'homme invente et perfectionne ;
  • une organisation sociale (on travaille avec et pour les autres).

c) Le double visage du travail

  • Le travail humanise : en transformant la nature, l'homme se transforme lui-même, développe son intelligence, son habileté, sa patience ; il gagne son indépendance et sa place dans la société.
  • Le travail peut être pénible et aliénant : le mot vient, selon une étymologie souvent citée mais discutée, du latin tripalium, un instrument de contrainte. La fatigue, le danger, les salaires trop bas en font parfois une souffrance.

3. La division du travail et l'échange

a) La division du travail

La division du travail est la répartition des tâches entre les membres d'une société. On distingue :

  • la division sociale du travail : chacun exerce un métier (forgeron, pêcheur, commerçant, médecin) ;
  • la division technique du travail : la fabrication d'un produit est découpée en tâches simples confiées à des personnes différentes.

L'économiste écossais Adam Smith (1723-1790), dans Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), prend l'exemple d'une manufacture d'épingles : en divisant la fabrication en de nombreuses opérations, quelques ouvriers produisent en une journée infiniment plus d'épingles que s'ils travaillaient chacun seul. La division du travail augmente la productivité.

Mais elle a un revers : le travailleur qui répète toute la journée le même geste peut perdre le sens de ce qu'il fait. Smith lui-même s'en inquiétait.

b) L'échange et la monnaie

Parce que chacun produit une seule chose, il faut échanger. L'échange direct d'un bien contre un autre s'appelle le troc : il est difficile, car il faut trouver quelqu'un qui possède ce que je veux et qui veut ce que j'ai.

La monnaie résout ce problème. Elle a trois fonctions :

FonctionExplicationExemple
intermédiaire des échangeson vend contre de la monnaie, puis on achète avecFanta vend des pagnes et achète du riz
mesure de la valeuron compare les biens grâce à leur prixun pagne vaut tant de francs guinéens (GNF)
réserve de valeuron peut épargner pour plus tardla tontine, l'épargne sur un compte

Aristote distinguait déjà l'échange qui sert à satisfaire les besoins de la maison et l'art d'accumuler de l'argent pour lui-même, qu'il jugeait sans limite et contraire à la nature.

4. L'analyse de Marx

Pour Marx, la sphère économique est la base de toute la société.

  • Les forces productives sont les moyens dont une société dispose pour produire : les travailleurs, leurs savoir-faire, les outils, les machines, les terres.
  • Les rapports de production sont les relations entre les hommes dans la production : qui possède les moyens de production, qui travaille pour qui.
  • L'ensemble forme l'infrastructure économique, sur laquelle s'élève une superstructure : le droit, l'État, la religion, la morale, les idées.

Marx analyse aussi l'aliénation du travailleur (Manuscrits de 1844) : le mot vient du latin alienus, « étranger ». Le travailleur qui ne possède ni ses outils ni le produit de son travail, et qui travaille seulement pour survivre, devient étranger à son travail et à lui-même. Il critique enfin l'exploitation : le salarié produit plus de valeur qu'il n'en reçoit en salaire ; la différence (la plus-value) revient au propriétaire.

Ces thèses ont eu une influence immense et restent discutées : d'autres économistes pensent que le marché et la concurrence, bien encadrés par des lois, sont les meilleurs moyens de créer des richesses.

5. Les problèmes philosophiques de la sphère économique

  • La justice dans la répartition : comment partager équitablement les richesses produites ? (la question de Fanta sur la teinturière)
  • L'économie et les autres valeurs : tout peut-il s'acheter ? Faut-il sacrifier la santé, l'environnement, la dignité à la croissance ?
  • L'économie et la nature : l'exploitation des ressources (bauxite, forêts, poissons) doit tenir compte des générations futures : c'est l'idée de développement durable.
  • L'économie et la liberté : le travail peut libérer (indépendance, dignité) ou asservir (exploitation, travail des enfants).
Le travail libère
  • Il humanise l'homme en transformant la nature
  • Il donne l'indépendance et une place sociale
  • Il développe l'intelligence et l'habileté
Le travail peut asservir
  • Il épuise quand il est trop pénible
  • Il aliène quand on ne maîtrise ni l'outil ni le produit
  • La division extrême lui retire son sens
Le double visage du travail dans la sphère économique.

Exemple

Analyse du circuit économique d'un pagne vendu par Fanta.

Besoin : les clientes veulent se vêtir (besoin primaire) et s'embellir (besoin secondaire).

Production : culture du coton, filature, tissage, teinture (division sociale et technique du travail).

Échange : le grossiste vend à Fanta, Fanta vend aux clientes ; la monnaie sert d'intermédiaire et de mesure de valeur.

Répartition : chaque participant reçoit une part du prix final ; la question est de savoir si cette part correspond à son travail.

Consommation : la cliente porte le pagne ; un nouveau besoin naîtra quand il s'usera.

Exemple

La tontine des commerçantes de Kankan.

Principe : chaque membre verse chaque semaine la même somme ; à tour de rôle, une membre reçoit la totalité.

Fonction de la monnaie en jeu : réserve de valeur (épargne) et moyen de réaliser un projet (acheter un stock, payer une scolarité).

Portée philosophique : l'économie n'est pas seulement calcul d'intérêt ; elle repose aussi sur la confiance et la solidarité entre les personnes.

Méthode

Pour traiter un sujet sur le travail ou l'économie :

  1. Je définis les notions (économie, besoin, travail, échange, monnaie).
  2. Je montre ce que l'activité économique apporte (satisfaction des besoins, humanisation, liens sociaux).
  3. J'expose ses problèmes (aliénation, inégalités, destruction de la nature) avec des auteurs (Smith, Marx, Aristote).
  4. J'illustre par des exemples précis de la vie guinéenne.
  5. Je conclus sur la place que l'économie doit occuper dans une vie humaine digne.

3Je retiens

Je retiens

Économie (grec oikos, maison, et nomos, règle) : ensemble des activités de production, d'échange, de répartition et de consommation des biens et services. Elle naît de la rareté des ressources face à des besoins nombreux.

Travail : activité consciente et organisée par laquelle l'homme transforme la nature ; il suppose un projet (l'architecte et l'abeille, Marx). Il humanise, mais peut aussi aliéner.

Division du travail : sociale (métiers) et technique (tâches) ; elle augmente la productivité (Smith, 1776, la manufacture d'épingles) mais peut vider le travail de son sens.

Monnaie : intermédiaire des échanges, mesure de la valeur, réserve de valeur.

Marx : forces productives et rapports de production forment l'infrastructure, base de la superstructure (droit, État, idées) ; aliénation et exploitation du travailleur.

Problèmes : justice de la répartition, limites de ce qui s'achète, respect de la nature (développement durable), liberté du travailleur.

4Erreurs fréquentes

  • Réduire l'économie à l'argent : l'argent n'est qu'un moyen ; l'économie concerne la production et la satisfaction des besoins.
  • Confondre division sociale (les métiers) et division technique (les tâches dans une même fabrication) du travail.
  • Présenter la thèse de Marx comme une vérité indiscutable : c'est une analyse très influente, mais discutée.
  • Oublier le double visage du travail : il humanise et libère, mais peut aussi aliéner ; un bon devoir montre les deux.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Donne l'étymologie et la définition de l'économie.

b) Qu'est-ce que le travail ? Qu'est-ce qui distingue le travail humain de l'activité animale ?

c) Quelles sont les trois fonctions de la monnaie ?

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a) Le mot vient du grec oikos (la maison) et nomos (la règle) : c'est à l'origine l'art de gérer une maison. L'économie est l'ensemble des activités par lesquelles les hommes produisent, échangent, répartissent et consomment les biens et services dont ils ont besoin.

b) Le travail est l'activité consciente et organisée par laquelle l'homme transforme la nature pour satisfaire ses besoins. Le travail humain se distingue de l'activité animale parce qu'il suppose un projet conçu d'avance dans l'esprit (l'architecte construit la cellule dans sa tête avant de la construire, dit Marx), l'usage et l'invention d'outils, et une organisation sociale ; l'animal agit par instinct, toujours de la même manière.

c) La monnaie est un intermédiaire des échanges, une mesure de la valeur et une réserve de valeur.

2Exercice 2

Classe ces exemples en division sociale ou en division technique du travail.

a) Dans une menuiserie, un apprenti scie les planches, un autre les ponce, un troisième les assemble.

b) Dans un village, il y a un forgeron, des cultivateurs, des pêcheurs et une accoucheuse.

c) Dans une usine de jus de fruits, une personne lave les fruits, une autre les presse, une troisième remplit les bouteilles.

d) Dans une ville, on trouve des médecins, des enseignants, des commerçants et des mécaniciens.

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a) Division technique. b) Division sociale. c) Division technique. d) Division sociale.

3Exercice 3

Explique ce que Marx appelle l'aliénation du travailleur et donne un exemple.

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Pour Marx, l'aliénation est la situation du travailleur qui devient étranger à son travail et à lui-même : il ne possède ni les moyens de production ni le produit de son travail, il ne décide pas de ce qu'il fait et travaille seulement pour survivre. Exemple : un ouvrier qui répète le même geste toute la journée dans une usine, sans savoir à quoi sert le produit, pour un salaire qui lui permet à peine de vivre.

4Exercice 4

(Analyse de texte) Lis ce texte rédigé pour l'exercice, puis réponds.

« Le forgeron de mon village fabriquait une houe du début à la fin. Il choisissait le fer, le chauffait, le battait, emmanchait l'outil et le remettait lui-même au cultivateur, qui le remerciait. Aujourd'hui, dans l'atelier de la ville, mon cousin passe dix heures par jour à percer le même trou dans des pièces qu'il ne voit jamais terminées. Il produit bien plus, mais il dit qu'il ne sait plus à quoi sert son travail. »

a) Quelle transformation du travail le texte décrit-il ?

b) Quel avantage et quel inconvénient de cette transformation apparaissent dans le texte ?

c) Rattache ce texte à deux auteurs du cours.

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a) Le texte décrit le passage d'un travail artisanal, où un seul homme réalise tout l'objet, à un travail divisé en tâches simples et répétitives (division technique du travail).

b) Avantage : la productivité augmente (« il produit bien plus »). Inconvénient : le travailleur perd le sens de son travail et la relation directe avec celui qui l'utilise.

c) Adam Smith, qui a montré que la division du travail augmente la productivité (manufacture d'épingles) et s'inquiétait aussi de ses effets sur l'ouvrier ; Marx, qui analyse l'aliénation du travailleur devenu étranger à son travail.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) Sujet : « Le travail libère-t-il l'homme ? » Rédige une introduction et un plan détaillé en deux parties.

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Introduction : Pour beaucoup de jeunes Guinéens, trouver un travail, c'est enfin devenir indépendant, aider sa famille et être respecté. Pourtant, le travail est souvent fatigant, mal payé, parfois dangereux, et l'on travaille d'abord parce qu'il le faut. Le travail libère-t-il donc l'homme, ou l'asservit-il ? Nous verrons d'abord en quoi le travail est une contrainte qui peut aliéner, puis en quoi il est aussi une condition de la liberté.

Plan détaillé :

I. Le travail semble une contrainte. A. Il est imposé par le besoin : il faut travailler pour vivre. B. Il peut être pénible et dangereux. C. Divisé à l'extrême et mal rémunéré, il aliène le travailleur (Marx) et lui retire le sens de ce qu'il fait (Smith).

II. Mais il est aussi une libération. A. En transformant la nature, l'homme se transforme lui-même et développe ses capacités (l'architecte et l'abeille). B. Il donne l'indépendance, une place sociale et la reconnaissance. C. Il relie les hommes par l'échange et la coopération (tontine, division sociale du travail).

Conclusion : le travail libère l'homme quand il est choisi, justement rémunéré et porteur de sens ; il l'asservit quand il est réduit à une simple nécessité imposée.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Le mot « économie » vient du grec et signifie à l'origine :
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Réponse B : la règle de la maison. Oikos : la maison ; nomos : la règle.

2Quelle fonction de la monnaie est en jeu dans une tontine ?
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Réponse B : réserve de valeur. La tontine permet d'épargner pour réaliser un projet plus tard.

3Qui a pris l'exemple de la manufacture d'épingles ?
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Réponse A : Adam Smith. Smith montre ainsi que la division du travail augmente la productivité.

4Chez Marx, l'infrastructure désigne :
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Réponse C : les forces productives et les rapports de production. La superstructure (droit, État, idées) s'élève sur cette base économique.

5Le travailleur aliéné, selon Marx, est :
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Réponse B : celui qui devient étranger à son travail et à lui-même. Alienus signifie « étranger » : le travailleur ne maîtrise ni son outil ni le produit de son travail.

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