Leçon 1 sur 24
Introduction
Je sais expliquer pourquoi l'économie est présente dans ma vie de tous les jours, présenter le problème de la rareté et des choix, et situer les grandes étapes de la pensée économique.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Reconnaître un fait économique dans la vie quotidienne
- Expliquer le problème fondamental de la rareté et la notion de coût d'opportunité
- Citer les trois grandes questions de toute économie
- Situer dans le temps les grands courants de la pensée économique
1Je découvre
Samedi matin, au marché de Madina, Mariama accompagne sa mère. Dans le porte-monnaie, il y a 500 000 GNF pour toute la semaine. Il faut acheter du riz, de l'huile, des oignons et du poisson fumé, payer le taxi du retour, garder de quoi acheter le cahier que réclame le petit frère. La mère de Mariama compare les prix d'un étal à l'autre, renonce aux mangues, prend un demi-sac de riz au lieu d'un sac entier.
Sur le chemin du retour, Mariama réfléchit. Sa mère n'a pas étudié l'économie, et pourtant elle vient de faire exactement ce que font les économistes : elle a comparé des besoins, des prix et un revenu limité, puis elle a choisi. Le commerçant qui a fixé le prix du riz, le chauffeur de taxi qui gagne sa journée, l'État qui prélève une taxe sur les marchandises importées : tous participent à une même activité.
Mariama se demande : qu'est-ce que l'économie, pourquoi fait-elle partie de notre vie quotidienne, et pourquoi l'étudier en 11e ?
2Je comprends
1. L'économie est partout autour de toi
Chaque jour, des millions de personnes en Guinée produisent, achètent, vendent, travaillent, empruntent, épargnent et paient des impôts. Tous ces actes sont des faits économiques.
Un fait économique est un phénomène lié à la production, à l'échange, à la répartition des revenus ou à la consommation de biens et de services. Il peut presque toujours s'exprimer en quantités ou en valeur (en francs guinéens, GNF).
Quelques exemples de faits économiques :
- le prix du sac de riz augmente au marché de Madina ;
- un cultivateur de Kindia vend sa récolte d'ananas ;
- une société minière exporte de la bauxite depuis le port de Kamsar ;
- un jeune de Kankan ouvre un atelier de couture et embauche deux apprentis ;
- une famille de Labé ouvre un compte d'épargne ;
- l'État construit une route et paie les ouvriers.
En revanche, un match de football entre amis, un mariage ou un cours de récitation ne sont pas, en eux-mêmes, des faits économiques. Attention cependant : dès qu'ils entraînent des achats, des ventes ou des salaires (location de tenues, repas payés, billets d'entrée), ils ont un aspect économique.
2. Le problème fondamental : la rareté
Pourquoi faut-il faire des choix ? Parce que l'être humain a des besoins nombreux et sans cesse renouvelés (se nourrir, se soigner, s'instruire, se déplacer, se distraire…), alors que les ressources pour les satisfaire sont limitées : l'argent, le temps, les terres cultivables, les machines, le travail disponible.
On appelle rareté cette situation où les ressources sont insuffisantes par rapport aux besoins. La rareté est relative : un bien n'est pas rare parce qu'il en existe peu, mais parce qu'il en existe moins que ce qu'on voudrait en utiliser.
La rareté oblige chaque personne, chaque entreprise et chaque État à choisir. Et tout choix a un prix caché : ce à quoi l'on renonce. On l'appelle le coût d'opportunité.
Définition. Le coût d'opportunité d'un choix est la valeur de la meilleure possibilité à laquelle on renonce en faisant ce choix.
Exemple
Situation : Sékou a 60 000 GNF d'argent de poche. Il hésite entre un livre de mathématiques à 60 000 GNF et une paire de sandales à 60 000 GNF. Il choisit le livre.
- Ressource limitée : 60 000 GNF, qui ne suffisent que pour un seul des deux achats.
- Choix effectué : le livre.
- Meilleure possibilité abandonnée : les sandales.
- Conclusion : le coût d'opportunité du livre, pour Sékou, ce sont les sandales auxquelles il renonce (d'une valeur de 60 000 GNF).
La même logique vaut pour un pays : si l'État consacre un budget à construire un pont, il ne peut pas utiliser ce même argent pour équiper des centres de santé. Le coût d'opportunité du pont, ce sont les centres de santé non construits.
3. Les trois grandes questions de toute économie
Parce que les ressources sont rares, toute société, riche ou pauvre, doit répondre à trois questions :
- Que produire, et en quelle quantité ? Plus de riz ou plus de coton ? Des écoles ou des routes ?
- Comment produire ? À la main ou avec des machines ? Avec beaucoup de travailleurs ou beaucoup de matériel ?
- Pour qui produire ? Comment partager les biens et les revenus entre les habitants ?
Les réponses dépendent de l'organisation de chaque pays : le marché (les prix, la liberté d'acheter et de vendre), l'État (les décisions publiques) ou, le plus souvent, un mélange des deux.
- 1Des besoins nombreux et renouvelés
- 2Des ressources limitées : c'est la rareté
- 3Il faut donc choisir, et chaque choix a un coût d'opportunité
- 4Trois questions : que produire, comment produire, pour qui produire
4. Une science ancienne : les grandes étapes de la pensée économique
Les hommes réfléchissent depuis longtemps à ces questions.
- Dans l'Antiquité grecque, Xénophon et Aristote parlent de l'oikonomia : la bonne gestion de la maison et de ses biens. C'est l'origine du mot « économie ».
- Du XVIe au XVIIIe siècle, les mercantilistes pensent que la richesse d'un pays, c'est l'or et l'argent qu'il accumule grâce au commerce extérieur. En 1615, le Français Antoine de Montchrestien publie un Traité de l'économie politique : l'expression « économie politique » apparaît, c'est-à-dire l'économie de la cité, de l'État.
- Au XVIIIe siècle, les physiocrates (François Quesnay, Tableau économique, 1758) affirment que seule la terre crée de la richesse.
- Les classiques : l'Écossais Adam Smith publie en 1776 ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. Il montre que la richesse vient du travail et de la division du travail. Il est souvent présenté comme le père de l'économie politique moderne. Suivent David Ricardo (1817) et Jean-Baptiste Say (1803).
- Karl Marx (Le Capital, premier livre en 1867) critique le capitalisme et analyse les rapports entre patrons et ouvriers.
- Les néoclassiques (vers 1870 : Walras, Jevons, Menger) étudient les choix individuels, l'utilité et la formation des prix sur les marchés.
- John Maynard Keynes (Théorie générale, 1936), après la crise de 1929, montre que l'État peut intervenir pour relancer l'activité et lutter contre le chômage.
| Époque | Courant ou auteur | Idée principale |
|---|---|---|
| Antiquité | Xénophon, Aristote | Bonne gestion de la maison (oikonomia) |
| XVIe-XVIIIe siècle | Mercantilistes, Montchrestien (1615) | La richesse, c'est l'or ; naissance de l'expression « économie politique » |
| XVIIIe siècle | Physiocrates, Quesnay (1758) | Seule la terre est productive |
| 1776-1817 | Classiques : Smith, Say, Ricardo | Le travail et la division du travail créent la richesse |
| 1867 | Marx | Critique du capitalisme |
| Vers 1870 | Néoclassiques | Choix individuels, utilité, prix |
| 1936 | Keynes | Rôle de l'État contre le chômage |
Exemple
Question : « Montre que la mère de Mariama fait de l'économie sans le savoir. »
Réponse rédigée : La mère de Mariama dispose d'un revenu limité de 500 000 GNF pour la semaine, alors que ses besoins sont nombreux : nourriture, transport, fournitures scolaires. Elle est donc face au problème de la rareté. Elle compare les prix, renonce aux mangues et achète un demi-sac de riz : elle fait des choix, et chaque choix a un coût d'opportunité. Or l'économie étudie justement la manière dont les hommes utilisent des ressources rares pour satisfaire leurs besoins. Sa démarche est donc bien une démarche économique.
5. Pourquoi étudier l'économie en 11e ?
L'économie t'aide à :
- comprendre l'actualité : la hausse des prix, le chômage des jeunes, les exportations minières, la valeur du franc guinéen ;
- mieux gérer ton propre budget, puis plus tard celui de ta famille ou de ton entreprise ;
- devenir un citoyen éclairé, capable de discuter des choix publics (impôts, dépenses de l'État, emploi) ;
- préparer des études supérieures en économie, gestion, commerce, droit, administration ou banque.
Au cours de l'année, tu étudieras successivement : l'introduction à l'économie (définition, rapports avec les autres sciences) ; les besoins et les biens ; la production (facteurs, productivité, secteurs) ; les agents économiques (ménages, entreprises, administrations, reste du monde) ; enfin l'échange, le marché, la monnaie, les banques et l'inflation.
Méthode
Pour analyser un fait économique :
- Je dis de quoi il s'agit : production, échange, répartition ou consommation ?
- J'identifie les acteurs : qui produit, qui achète, qui vend, qui paie ?
- Je relève les quantités et les valeurs (en GNF, en tonnes, en pourcentage).
- Je cherche les causes : pourquoi ce fait se produit-il ?
- J'indique les conséquences : pour les ménages, les entreprises, l'État.
3Je retiens
Je retiens
Un fait économique concerne la production, l'échange, la répartition ou la consommation de biens et de services ; il se mesure en quantités ou en valeur.
La rareté : les besoins sont illimités, les ressources limitées ; il faut donc choisir.
Le coût d'opportunité d'un choix est la valeur de la meilleure possibilité à laquelle on renonce.
Trois questions : que produire ? comment produire ? pour qui produire ?
Repères : oikonomia (Antiquité) ; Montchrestien, « économie politique » (1615) ; Quesnay (1758) ; Adam Smith (1776) ; Marx (1867) ; Keynes (1936).
4Erreurs fréquentes
- Croire que l'économie ne concerne que l'argent ou les banques : elle concerne toute utilisation de ressources rares (temps, terres, travail, machines).
- Confondre rare et peu nombreux : un bien est rare quand il est insuffisant par rapport aux besoins, même s'il en existe beaucoup.
- Oublier le coût d'opportunité : un choix « gratuit » n'existe pas ; utiliser son temps à une activité, c'est renoncer à une autre.
- Dire qu'Adam Smith a « inventé » l'économie : on y réfléchissait depuis l'Antiquité ; Smith a fondé l'économie politique moderne.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis un fait économique.
b) Qu'appelle-t-on rareté en économie ?
c) Cite les trois grandes questions auxquelles toute économie doit répondre.
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a) Un fait économique est un phénomène lié à la production, à l'échange, à la répartition ou à la consommation de biens et de services ; il peut s'exprimer en quantités ou en valeur.
b) La rareté est la situation dans laquelle les ressources disponibles sont insuffisantes par rapport aux besoins à satisfaire.
c) Que produire (et en quelle quantité) ? Comment produire ? Pour qui produire ?
2Exercice 2
(Classer) Parmi les situations suivantes, lesquelles sont des faits économiques ? Justifie.
a) Un pêcheur de Boulbinet vend ses poissons à une mareyeuse.
b) Deux amis discutent d'un film.
c) L'État augmente le salaire des enseignants.
d) Une famille de Faranah économise pour acheter une moto.
e) Un élève récite une poésie.
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a) Fait économique : c'est un échange (vente de poissons contre de l'argent).
b) Pas un fait économique : aucune production, aucun échange, aucune dépense.
c) Fait économique : il s'agit de la répartition des revenus (salaires versés par l'État).
d) Fait économique : l'épargne, puis l'achat d'un bien (consommation).
e) Pas un fait économique : c'est une activité scolaire, sans production ni échange marchand.
3Exercice 3
(Coût d'opportunité) Fatoumata dispose d'un après-midi libre. Elle peut soit aider sa tante à vendre des beignets (elle gagnerait 30 000 GNF), soit réviser son devoir de mathématiques, soit aller voir un match. Elle choisit de réviser. Quel est le coût d'opportunité de son choix, si la vente de beignets était pour elle la meilleure autre possibilité ?
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Le coût d'opportunité est la meilleure possibilité abandonnée : ici, la vente de beignets, soit les 30 000 GNF que Fatoumata aurait gagnés. Le match n'entre pas dans le calcul, car ce n'était pas la meilleure possibilité abandonnée.
4Exercice 4
(Pensée économique) Associe chaque auteur à son idée et à sa date : Adam Smith ; François Quesnay ; John Maynard Keynes ; Antoine de Montchrestien.
Idées : l'État doit agir contre le chômage ; seule la terre est productive ; première utilisation de l'expression « économie politique » ; le travail et sa division créent la richesse.
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- Antoine de Montchrestien (1615) : première utilisation de l'expression « économie politique ».
- François Quesnay (1758) : seule la terre est productive.
- Adam Smith (1776) : le travail et sa division créent la richesse.
- John Maynard Keynes (1936) : l'État doit agir contre le chômage.
5Exercice 5
(Petite rédaction) En une dizaine de lignes, explique pourquoi un pays comme la Guinée doit faire des choix économiques. Appuie-toi sur la notion de rareté et sur les trois grandes questions.
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Exemple de rédaction :
Comme tous les pays, la Guinée est confrontée à la rareté. Les besoins de sa population sont très nombreux : nourriture, santé, écoles, routes, électricité, emplois pour les jeunes. Or les ressources sont limitées : le budget de l'État, les capitaux, les travailleurs formés, le temps. Même un sous-sol riche en bauxite ne suffit pas à tout financer en même temps. Le pays doit donc choisir. Il doit décider que produire : plus de riz pour se nourrir ou plus de produits miniers pour exporter ? Il doit décider comment produire : avec des outils traditionnels ou avec des machines modernes ? Il doit enfin décider pour qui produire, c'est-à-dire comment partager les revenus entre les régions et les habitants. Chaque choix a un coût d'opportunité : l'argent dépensé pour un projet ne peut pas servir à un autre. L'économie aide justement à faire ces choix de la manière la plus réfléchie possible.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.
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