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Histoire · 11e SS

Leçon 3 sur 23

Les sources de l'histoire

Je sais classer les sources de l'histoire, expliquer ce que chacune apporte et quelles sont ses limites, et appliquer une critique simple à un document.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir une source historique
  • Classer les sources en écrites, orales, matérielles et iconographiques
  • Montrer l'importance et les limites de la tradition orale en Afrique
  • Pratiquer la critique externe et interne d'une source
  • Citer des sources majeures de l'histoire de l'Afrique de l'Ouest

Avant de commencer : La leçon « L'histoire : définition et objet » (démarche de l'historien, sciences auxiliaires).

1Je découvre

Pendant les vacances, Ibrahima accompagne son oncle, enseignant, dans un village de Haute-Guinée, près de Siguiri. Un vieux griot, accompagné de sa kora, raconte la vie de Soundjata Keïta : sa naissance, son exil, sa victoire sur Soumaoro Kanté. Ibrahima l'écoute pendant des heures. Le lendemain, son oncle lui montre des morceaux de poterie trouvés dans un champ, et le soir, sur son téléphone, un vieux texte écrit en arabe par un voyageur du XIVe siècle qui décrit la cour des rois du Mali.

Ibrahima s'étonne : trois témoins très différents, un chant, des tessons d'argile et un récit de voyage, parlent tous du passé. Mais ils ne disent pas exactement la même chose. Le griot chante la gloire d'un héros, le voyageur note ce qu'il voit, les poteries, elles, ne parlent pas du tout !

Qu'est-ce qu'une source historique, quelles sont les différentes sortes de sources, et comment l'historien les utilise-t-il sans se laisser tromper ?

2Je comprends

1. Qu'est-ce qu'une source ?

Une source historique (ou document historique) est toute trace laissée par les hommes du passé qui permet à l'historien de connaître ce passé. Sans sources, pas d'histoire : l'historien ne peut rien affirmer qu'il ne puisse appuyer sur une source.

On distingue :

  • les sources primaires (ou de première main) : produites à l'époque étudiée, par des témoins ou des acteurs (une lettre de Samori Touré, un récit de voyageur, un outil ancien) ;
  • les sources secondaires : écrites plus tard, par des historiens qui ont étudié les sources primaires (un manuel, un livre d'histoire).

2. Les grandes familles de sources

FamilleExemplesCe qu'elle apporteSes limites
Sources écritesChroniques, lettres, traités, archives, journaux, manuscrits arabesDates, noms, récits précisRares pour certaines époques ; l'auteur peut mentir ou se tromper
Sources oralesRécits des griots, généalogies, chants, proverbes, témoignagesMémoire des peuples sans écriture, vision de l'intérieurDéformations, oublis, embellissements, dates imprécises
Sources matérielles (archéologiques)Outils, poteries, bijoux, ossements, ruines, restes de fourneauxVie quotidienne, techniques ; seules sources pour la PréhistoireElles « ne parlent pas » : il faut les interpréter et les dater
Sources iconographiques et audiovisuellesPeintures rupestres, gravures, photographies, films, enregistrementsImages de la vie, des personnes, des lieuxUne image peut être mise en scène ou retouchée

Les sources écrites. En Afrique de l'Ouest, les plus anciens écrits sont souvent rédigés en arabe. Le géographe andalou al-Bakri décrit en 1068 l'empire du Ghana et sa capitale ; le voyageur marocain Ibn Battuta séjourne au Mali en 1352-1353 et décrit la cour du mansa. À Tombouctou, des lettrés rédigent au XVIIe siècle des chroniques comme le *Tarikh es-Soudan* d'es-Sa'di. Au Fouta-Djallon, des lettrés ont écrit en arabe et en pular avec l'alphabet arabe (écriture appelée ajami). À partir du XVe siècle s'ajoutent les récits des navigateurs et commerçants européens, puis les archives coloniales. Aujourd'hui, les Archives nationales de Guinée conservent de nombreux documents de l'époque coloniale et de l'indépendance.

Les sources orales. Dans beaucoup de sociétés africaines, la mémoire du passé a été confiée à des spécialistes : les griots (en pays mandingue, on les appelle djéli). Ils conservent les généalogies des familles, les récits épiques et les chants historiques. Le Malien Amadou Hampâté Bâ a résumé leur importance par une idée devenue célèbre, que l'on cite le plus souvent ainsi : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. » L'historien guinéen Djibril Tamsir Niane a publié en 1960 Soundjata ou l'épopée mandingue, d'après le récit du griot Mamadou Kouyaté. Grâce à ces sources, on connaît l'histoire de Soundjata, que les écrits arabes mentionnent à peine.

Les sources matérielles. Les objets retrouvés lors des fouilles archéologiques sont précieux, surtout pour les périodes sans écriture. Des restes de fourneaux et de scories (déchets de la fabrication du fer) permettent de dater l'apparition de la métallurgie ; des tessons de poterie révèlent les échanges entre régions. Pour dater ces objets, les scientifiques utilisent notamment la datation au carbone 14, qui mesure la radioactivité restant dans les matières organiques (charbon de bois, os).

Les sources iconographiques. Les peintures et gravures rupestres du Sahara (par exemple au Tassili n'Ajjer, en Algérie) montrent des troupeaux, des chasseurs et des animaux aujourd'hui disparus de la région : elles prouvent que le Sahara était autrefois humide. Pour l'époque contemporaine, les photographies et les films sont des sources essentielles.

Sources écrites
  • Fixées une fois pour toutes
  • Souvent datées précisément
  • Rares avant le XIe siècle en Afrique de l'Ouest
  • Peuvent refléter le regard d'un étranger
  • Risque : mensonge, erreur de l'auteur
Sources orales
  • Transmises de bouche à oreille
  • Dates rarement précises
  • Très riches pour l'histoire africaine
  • Donnent le regard des peuples eux-mêmes
  • Risque : oubli, embellissement, version d'une famille
Les sources écrites et orales se complètent : l'historien les confronte.

3. La critique des sources

Aucune source n'est neutre. L'historien doit toujours faire la critique du document, en deux temps.

La critique externe porte sur le document lui-même : Est-il authentique (vrai ou faux) ? Qui l'a produit ? Quand et où ? Est-ce l'original ou une copie ? Par exemple, un manuscrit prétendument du XIVe siècle écrit sur du papier moderne est un faux.

La critique interne porte sur le contenu : L'auteur a-t-il vu ce qu'il raconte, ou l'a-t-il entendu dire ? Avait-il intérêt à embellir ou à cacher quelque chose ? Son récit est-il cohérent ? Est-il confirmé par d'autres sources ?

Méthode

Pour critiquer une source, je réponds à six questions :

  1. Nature : qu'est-ce que c'est (lettre, récit, objet, chant, photo) ?
  2. Auteur : qui l'a produite, avec quelle fonction ou quel point de vue ?
  3. Date et lieu : quand et où ? L'auteur était-il contemporain des faits ?
  4. Destinataire et but : pour qui et pourquoi ?
  5. Contenu : que dit-elle ? Est-ce cohérent ?
  6. Confrontation : d'autres sources confirment-elles ou contredisent-elles ce qu'elle dit ?

Exemple

Situation : un griot de famille princière raconte qu'un ancêtre de la famille qu'il sert a remporté seul une grande bataille.

Critique : le griot est un spécialiste respecté de la mémoire, c'est une source précieuse. Mais il est lié à la famille dont il chante la gloire : il a intérêt à l'embellir. Il n'était pas témoin de la bataille, il répète ce qu'il a appris. L'historien va donc comparer ce récit avec celui des griots d'autres familles, avec d'éventuels écrits arabes ou européens et avec les traces archéologiques. Si plusieurs sources indépendantes concordent, le fait est établi ; sinon, il reste une tradition à citer avec prudence.

Exemple

Situation : un administrateur colonial écrit dans un rapport de la fin du XIXe siècle que les habitants d'une région « accueillent les Français avec joie ».

Critique : c'est une source primaire écrite, datée, produite par un acteur. Mais l'auteur représente la puissance coloniale et écrit pour ses supérieurs : il a intérêt à montrer que la conquête se passe bien. D'autres sources (récits oraux des villages, rapports militaires sur des combats) peuvent révéler au contraire des résistances. L'historien ne rejette pas le rapport, il le lit en connaissant le point de vue de son auteur.

4. Une histoire faite de sources croisées

La règle d'or de l'historien est la confrontation des sources. Pour l'empire du Mali, on combine :

  1. 1Tradition orale des griots : Soundjata, Kouroukan Fouga, héros et généalogies
  2. 2Écrits arabes : Ibn Battuta, al-Umari, chroniques de Tombouctou
  3. 3Archéologie : fouilles de sites anciens de la vallée du Niger
  4. 4Confrontation : on garde ce qui est confirmé, on signale ce qui est discuté
Pour écrire l'histoire du Mali, l'historien croise plusieurs familles de sources.

C'est ainsi que l'historien africain a démontré que l'Afrique a une histoire riche et ancienne, même là où l'écriture était rare : l'absence d'écrits n'est pas une absence d'histoire.

3Je retiens

Je retiens

Source historique : toute trace laissée par les hommes du passé qui permet de le connaître.

Sources primaires (de l'époque) et sources secondaires (travaux postérieurs d'historiens).

Quatre familles : écrites, orales, matérielles (archéologiques), iconographiques et audiovisuelles.

En Afrique, la tradition orale (griots, généalogies, épopées) est une source essentielle, mais à confronter.

Écrits arabes majeurs : al-Bakri (1068, Ghana), Ibn Battuta (1352-1353, Mali), Tarikh es-Soudan (XVIIe siècle).

Critique externe : authenticité, auteur, date, lieu. Critique interne : contenu, intentions, cohérence.

Règle d'or : confronter les sources entre elles.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que l'Afrique n'a pas d'histoire parce qu'elle a peu d'écrits anciens : les sources orales et archéologiques permettent de la reconstituer.
  • Prendre une source pour la vérité : un écrit n'est pas vrai parce qu'il est écrit. Il faut toujours se demander qui parle et pourquoi.
  • Confondre source primaire et secondaire : le livre de Djibril Tamsir Niane est une transcription publiée en 1960 d'un récit oral ; les chroniques de Tombouctou sont des sources primaires pour leur époque.
  • Rejeter la tradition orale comme « légende » : elle contient des informations précieuses, qu'il faut simplement vérifier.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis une source historique.

b) Cite les quatre grandes familles de sources avec un exemple africain pour chacune.

c) Quelle différence y a-t-il entre la critique externe et la critique interne ?

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a) Une source historique est toute trace laissée par les hommes du passé (écrit, récit, objet, image) qui permet à l'historien de connaître et d'expliquer ce passé.

b) Sources écrites : le récit d'Ibn Battuta sur le Mali. Sources orales : l'épopée de Soundjata racontée par les griots. Sources matérielles : des restes de fourneaux à fer ou des poteries. Sources iconographiques : les peintures rupestres du Tassili n'Ajjer.

c) La critique externe examine le document lui-même : est-il authentique, qui l'a produit, quand, où ? La critique interne examine son contenu : l'auteur a-t-il vu les faits, avait-il intérêt à les déformer, son récit est-il cohérent et confirmé par d'autres sources ?

2Exercice 2

(Classer) Classe chacun de ces documents dans sa famille de sources et dis s'il est primaire ou secondaire : le récit de voyage d'Ibn Battuta au Mali ; un manuel d'histoire de 11e ; une houe en fer retrouvée lors d'une fouille ; une photographie de la proclamation de l'indépendance en 1958 ; le chant d'un griot sur Soundjata.

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Récit d'Ibn Battuta : source écrite, primaire. Manuel de 11e : source écrite, secondaire. Houe en fer : source matérielle (archéologique), primaire. Photographie de 1958 : source iconographique, primaire. Chant de griot sur Soundjata : source orale ; c'est une tradition transmise de génération en génération, donc pas un témoignage direct, mais elle est une source première pour l'historien, à critiquer avec soin.

3Exercice 3

(Avantages et limites) Recopie et complète : « Les sources archéologiques sont indispensables pour la Préhistoire parce que… Mais elles ont une limite : … »

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Les sources archéologiques sont indispensables pour la Préhistoire parce que, par définition, les hommes n'écrivaient pas encore : les outils, ossements, foyers et peintures sont les seules traces de leur vie. Mais elles ont une limite : les objets ne parlent pas ; il faut les dater (par exemple au carbone 14) et les interpréter, et beaucoup de matières (bois, tissus) ont disparu.

4Exercice 4

(Analyse d'une phrase) Explique la phrase d'Amadou Hampâté Bâ : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. » Que nous apprend-elle sur les sources de l'histoire africaine ? Quelle action peut-on mener aujourd'hui en Guinée pour éviter cette perte ?

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Cette phrase signifie qu'en Afrique, les anciens sont les gardiens de la mémoire : ils connaissent les généalogies, les récits et les coutumes que les livres ne contiennent pas. Quand l'un d'eux meurt sans avoir transmis son savoir, cette connaissance disparaît définitivement, comme si une bibliothèque brûlait. Elle nous apprend que la tradition orale est une source majeure de l'histoire africaine, mais fragile. Aujourd'hui, en Guinée, on peut enregistrer (par écrit, en son ou en vidéo) les récits des griots et des anciens, les classer et les conserver, par exemple dans des archives ou des bibliothèques, pour que les historiens puissent les étudier.

5Exercice 5

(Rédaction guidée, type examen) En une quinzaine de lignes, traite le sujet : « Montre l'importance et les limites de la tradition orale comme source de l'histoire africaine. » Plan : introduction ; 1. l'importance ; 2. les limites et la manière de les dépasser ; conclusion.

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Exemple de rédaction :

Dans de nombreuses sociétés africaines, le passé a longtemps été transmis de bouche à oreille. Quelle est la valeur de cette tradition orale pour l'historien ?

La tradition orale est d'abord indispensable. Conservée par des spécialistes comme les griots, elle transmet les généalogies, les épopées et les coutumes. Sans elle, on connaîtrait mal Soundjata Keïta, que les écrits arabes citent à peine ; Djibril Tamsir Niane l'a montré en publiant en 1960 l'épopée mandingue. Elle donne aussi le point de vue des Africains eux-mêmes, alors que beaucoup d'écrits sont l'œuvre d'étrangers.

Cependant, elle a des limites. Les dates y sont rarement précises ; les récits peuvent être oubliés, déformés ou embellis, surtout quand un griot chante la gloire de la famille qu'il sert. Pour dépasser ces limites, l'historien compare plusieurs versions, les confronte aux écrits arabes ou européens et aux découvertes archéologiques.

En conclusion, la tradition orale est une source précieuse et fragile ; bien critiquée et croisée avec d'autres sources, elle permet d'écrire une histoire africaine solide.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qu'est-ce qu'une source historique ?
Voir la réponse

Réponse B : toute trace laissée par les hommes du passé qui permet de le connaître. Une source peut être un écrit, un récit oral, un objet ou une image.

2Quelle source est la seule disponible pour la Préhistoire ?
Voir la réponse

Réponse C : les sources archéologiques. Sans écriture, seules les traces matérielles (outils, os, foyers, peintures) témoignent du passé.

3Quel voyageur a séjourné au Mali en 1352-1353 ?
Voir la réponse

Réponse A : Ibn Battuta. Ibn Battuta, voyageur marocain, a décrit la cour du mansa du Mali.

4Se demander si l'auteur d'un texte avait intérêt à embellir les faits relève :
Voir la réponse

Réponse B : de la critique interne. La critique interne examine le contenu et les intentions de l'auteur.

5Quelle est la règle d'or de l'historien face aux sources ?
Voir la réponse

Réponse C : confronter plusieurs sources entre elles. Un fait est établi quand plusieurs sources indépendantes le confirment.

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