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Français · 12e SS

Leçon 27 sur 52

Le commentaire composé

Je sais construire et rédiger un commentaire composé : dégager des centres d'intérêt, bâtir un plan en deux ou trois parties, rédiger une introduction, des paragraphes d'analyse et une conclusion.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Distinguer le commentaire composé de l'explication de texte et de la paraphrase
  • Dégager deux ou trois centres d'intérêt à partir d'un tableau de repérages
  • Rédiger introduction, paragraphes d'analyse, transitions et conclusion

Avant de commencer : Leçons « L'explication de texte » et « L'explication de texte : méthode » (outils d'analyse, citation-procédé-interprétation)

1Je découvre

Au lycée de Siguiri, Ibrahima a lu dix fois le poème donné en devoir. Il a rempli son brouillon de remarques : une métaphore ici, une allitération là, un enjambement, des couleurs, un verbe au présent. Mais au moment de rédiger, il panique : « J'ai trente remarques en vrac. Si je les écris dans l'ordre du texte, je fais une explication, pas un commentaire. Comment les ranger ? »

Sa grande sœur Mariama, étudiante en lettres, lui propose une comparaison : « Tu te souviens quand maman range la boutique ? Elle ne met pas les articles dans l'ordre où ils sont arrivés du camion. Elle fait des rayons : les tissus d'un côté, les ustensiles de l'autre, les produits de beauté ailleurs. Le commentaire, c'est pareil. Tes remarques sont les articles. Tu dois créer deux ou trois rayons, qu'on appelle des centres d'intérêt. »

Ibrahima reprend son brouillon avec des crayons de couleur.

Comment transformer des observations sur un texte en un commentaire composé, organisé et convaincant ?

2Je comprends

1. Définition

Le commentaire composé est une analyse écrite et organisée d'un texte littéraire. Il ne suit pas l'ordre du texte : il regroupe les observations autour de deux ou trois centres d'intérêt (ou axes de lecture), qui sont les grandes idées que l'on défend sur le texte. Chaque partie démontre une idée à l'aide de citations analysées.

Le commentaire n'est ni un résumé, ni une paraphrase, ni un avis sur le thème du texte : c'est une démonstration sur la manière dont le texte produit son sens.

2. Le texte d'application

> Le Dormeur du val (Arthur Rimbaud, octobre 1870)

>

> C'est un trou de verdure où chante une rivière

> Accrochant follement aux herbes des haillons

> D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,

> Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

>

> Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

> Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

> Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,

> Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

>

> Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

> Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

> Nature, berce-le chaudement : il a froid.

>

> Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

> Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

> Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Contexte : Rimbaud a seize ans ; la France est en guerre contre la Prusse. Vocabulaire : « val » = petite vallée ; « nue » = nuage, ciel ; « cresson » = plante qui pousse au bord de l'eau ; « glaïeuls » = fleurs à longues tiges.

3. Étape 1 : les repérages au brouillon

On relit le texte en relevant toutes les observations dans un tableau, puis on colorie celles qui vont ensemble.

CitationProcédéInterprétation
« trou de verdure », « lit vert », « cresson bleu »champ lexical de la nature, couleursdécor frais, accueillant
« chante une rivière », « la montagne fière »personnificationsnature vivante, joyeuse
« mousse de rayons », « la lumière pleut »métaphores de la lumièrelumière abondante, paradisiaque
« Dort », « il dort » (3 fois), « il fait un somme »répétition du verbe dormiron croit à un sommeil paisible
« Pâle », « enfant malade », « il a froid »indices inquiétantsle lecteur commence à douter
« Nature, berce-le »apostrophe, impératifla nature comme une mère
« Tranquille. » (rejet) puis « deux trous rouges »chute, couleur rougerévélation : le soldat est mort, tué par balles
« Un soldat jeune »adjectif postposé, mis en valeurla jeunesse sacrifiée

On voit se dessiner deux « rayons » : ce qui relève du tableau de nature paisible, et ce qui relève de la mort qui se révèle peu à peu.

4. Étape 2 : construire le plan

On transforme chaque groupe de remarques en une idée directrice formulée par une phrase. Chaque partie contient deux ou trois sous-parties (paragraphes).

  1. 1Problématique : comment Rimbaud dénonce-t-il la guerre à travers un tableau en apparence paisible ?
  2. 2I. Un tableau de nature lumineux et accueillant
  3. 3I.A Une nature vivante et joyeuse (personnifications, couleurs)
  4. 4I.B Une nature maternelle qui semble protéger un dormeur
  5. 5II. Une mort révélée progressivement : la dénonciation de la guerre
  6. 6II.A Des indices inquiétants qui s'accumulent
  7. 7II.B La chute finale et le scandale de la jeunesse sacrifiée
Le plan du commentaire du « Dormeur du val ».

Un bon plan progresse : la première partie étudie ce qu'on voit d'abord, la seconde ce qu'on comprend ensuite ; souvent, on va du plus évident au plus profond.

5. Étape 3 : rédiger l'introduction

L'introduction comprend, en un paragraphe : l'amorce (une phrase générale qui amène le sujet), la présentation du texte (auteur, œuvre, date, genre, thème), la problématique et l'annonce du plan.

Exemple

Introduction rédigée.

La guerre a souvent été chantée par les poètes comme le lieu des exploits héroïques. En octobre 1870, alors que la France affronte la Prusse, Arthur Rimbaud, âgé de seize ans, compose au contraire « Le Dormeur du val », un sonnet où un jeune soldat semble dormir au creux d'une vallée. Comment Rimbaud dénonce-t-il la guerre à travers ce tableau en apparence paisible ? Nous étudierons d'abord la peinture d'une nature lumineuse et accueillante, puis la révélation progressive d'une mort qui fait de ce poème un réquisitoire contre la guerre.

6. Étape 4 : rédiger le développement

Chaque sous-partie est un paragraphe qui commence par son idée directrice, puis enchaîne citations et analyses, et se termine par une petite conclusion partielle. Entre les deux grandes parties, on écrit une transition (bilan de la partie I, annonce de la partie II).

Exemple

Paragraphe I.A rédigé.

Le poème s'ouvre sur une nature pleine de vie. Dès le premier vers, la rivière est personnifiée : elle « chante », et accroche « follement » aux herbes des « haillons / D'argent », métaphore des reflets de lumière sur l'eau ; l'enjambement du vers 2 au vers 3 imite le mouvement joyeux du courant. La « montagne fière » est elle aussi personnifiée, comme un être noble qui domine le paysage. Les couleurs vives, « verdure », « cresson bleu », « lit vert », composent un tableau frais et lumineux, et la lumière semble surabondante : le val « mousse de rayons » et « la lumière pleut ». Ces métaphores audacieuses transforment le soleil en une matière liquide qui déborde. Ainsi, Rimbaud peint un décor idyllique, presque un paradis, qui semble fait pour le repos.

Exemple

Transition entre I et II.

Ce décor idyllique, où la nature semble veiller sur un dormeur, n'est pourtant qu'une apparence. En effet, derrière le tableau paisible, Rimbaud sème des indices qui conduisent le lecteur vers une vérité tragique.

7. Étape 5 : la conclusion

Elle comprend un bilan (réponse à la problématique, rappel des grandes parties) et une ouverture (rapprochement avec une autre œuvre ou un autre art).

Exemple

Conclusion rédigée.

« Le Dormeur du val » repose sur un contraste saisissant : un décor lumineux et maternel accueille un jeune soldat que tout, jusqu'au dernier vers, présente comme endormi. En retardant la révélation de sa mort jusqu'à la chute finale, Rimbaud oblige le lecteur à ressentir le scandale d'une jeunesse sacrifiée, et dénonce la guerre sans jamais la nommer. Cette dénonciation silencieuse rappelle celle de Senghor, qui, dans Hosties noires, rend hommage aux tirailleurs africains morts dans les guerres de l'Europe.

Méthode

Méthode du commentaire composé :

  1. Lire le texte plusieurs fois, éclaircir le vocabulaire, situer le texte.
  2. Remplir un tableau de repérages : citation, procédé, interprétation.
  3. Regrouper les remarques en 2 ou 3 centres d'intérêt et formuler la problématique.
  4. Construire un plan détaillé : parties, sous-parties, citations prévues.
  5. Rédiger l'introduction : amorce, présentation, problématique, annonce du plan.
  6. Rédiger le développement : un paragraphe par sous-partie (idée, citations analysées, bilan), transitions entre parties.
  7. Rédiger la conclusion : bilan et ouverture. Relire.

3Je retiens

Je retiens

Le commentaire composé est une analyse écrite et organisée d'un texte, par centres d'intérêt (2 ou 3), et non dans l'ordre du texte.

Il démontre une lecture du texte grâce à des citations analysées : citation → procédé → interprétation.

Introduction : amorce, présentation du texte, problématique, annonce du plan.

Développement : parties et sous-parties ; chaque paragraphe = une idée directrice + citations analysées + bilan ; transitions entre parties.

Conclusion : bilan qui répond à la problématique + ouverture.

À éviter : paraphrase, catalogue de procédés, plan « fond / forme », avis hors sujet.

4Erreurs fréquentes

  • Faire un plan « fond » puis « forme » : on sépare artificiellement le sens et l'écriture ; chaque partie doit analyser les deux ensemble.
  • Suivre l'ordre du texte dans chaque partie en le paraphrasant : on retombe dans l'explication linéaire mal faite.
  • Citer sans analyser : « La nature est belle : "trou de verdure" » ne suffit pas ; il faut nommer le procédé et interpréter.
  • Oublier la problématique ou ne pas y répondre en conclusion : le commentaire perd son fil conducteur.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Dis si chaque phrase est une paraphrase ou une analyse, et justifie : a) « Le soldat dort dans l'herbe près d'une rivière. » b) « La répétition du verbe "dort" trompe le lecteur, qui croit à un sommeil paisible. »

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a) Paraphrase : la phrase redit le contenu du texte sans nommer de procédé ni interpréter.

b) Analyse : elle nomme un procédé (la répétition du verbe « dort ») et en explique l'effet sur le lecteur.

2Exercice 2

Relève trois indices qui, avant le dernier vers, annoncent que le soldat est mort, et explique chacun.

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  • « Pâle » (vers 8), placé en tête de vers : la pâleur suggère la maladie ou la mort.
  • « Souriant comme / Sourirait un enfant malade » : la comparaison introduit l'idée de maladie ; le conditionnel crée un doute.
  • « il a froid » (vers 11) : paradoxe, puisqu'il est « dans le soleil » ; le froid est celui du cadavre.
  • « Les parfums ne font pas frissonner sa narine » : il ne respire plus.

(Trois indices suffisent.)

3Exercice 3

Propose un autre plan en deux parties pour « Le Dormeur du val », avec une problématique différente (par exemple centrée sur l'art du contraste ou sur la nature).

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Exemple :

Problématique : comment Rimbaud construit-il son poème sur un contraste entre la vie et la mort ?

I. La vie débordante de la nature : personnifications, couleurs, lumière qui « pleut ».

II. L'immobilité de la mort : répétition de « dort », pâleur, froid, chute finale.

4Exercice 4

Rédige le paragraphe II.B (« La chute finale et le scandale de la jeunesse sacrifiée ») en une douzaine de lignes.

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Proposition :

La vérité n'éclate qu'au dernier vers. Le mot « Tranquille », rejeté en tête du vers 14 et suivi d'un point, crée un silence, comme une dernière illusion de paix. Puis la phrase très simple, « Il a deux trous rouges au côté droit », révèle brutalement la mort : les deux « trous » sont des blessures par balles. Le rouge du sang, seule couleur violente du poème, contraste avec le vert et le bleu qui dominaient. Rimbaud n'emploie aucun mot de guerre, aucun cri : cette sobriété rend le choc plus fort. Le scandale est d'autant plus grand que le soldat est « jeune », adjectif placé après le nom pour être mis en valeur, et comparé à un « enfant ». En faisant découvrir ce cadavre au lecteur comme on découvre un dormeur, le poète dénonce l'absurdité d'une guerre qui tue la jeunesse au milieu d'une nature faite pour la vie.

5Exercice 5

Voici une introduction d'élève : « Ce poème est de Rimbaud. Il parle d'un soldat. Je vais le commenter. » Indique ce qui manque, puis réécris-la.

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Il manque : une amorce, une présentation précise (œuvre, date, genre, contexte), une problématique et une annonce du plan ; de plus, le « je » et la formule « je vais le commenter » sont maladroits.

Réécriture : voir l'introduction rédigée dans la leçon, ou : « Au XIXe siècle, plusieurs poètes ont refusé de chanter la gloire des batailles. En octobre 1870, pendant la guerre contre la Prusse, le jeune Arthur Rimbaud écrit "Le Dormeur du val", un sonnet qui décrit un soldat étendu dans une vallée. Comment ce tableau paisible devient-il une dénonciation de la guerre ? Nous analyserons d'abord la beauté du décor, puis la révélation progressive de la mort. »

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qu'est-ce qui distingue le commentaire composé de l'explication de texte ?
Voir la réponse

Réponse A : il organise l'analyse par centres d'intérêt, pas dans l'ordre du texte. Le commentaire regroupe les remarques en axes de lecture.

2Combien de parties compte en général un commentaire composé ?
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Réponse B : deux ou trois. Deux ou trois centres d'intérêt, divisés en sous-parties.

3Quel plan est à éviter ?
Voir la réponse

Réponse C : un plan « le fond » puis « la forme ». Chaque partie doit analyser ensemble le sens et l'écriture.

4Dans « Le Dormeur du val », quel vers révèle la mort du soldat ?
Voir la réponse

Réponse C : « Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. ». La chute finale révèle les blessures par balles.

5Que contient la conclusion d'un commentaire ?
Voir la réponse

Réponse B : un bilan qui répond à la problématique et une ouverture. On répond à la question posée, puis on élargit.

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