Leçon 31 sur 31
Le nouvel ordre économique international (NOEI)
Je sais expliquer pourquoi les pays du tiers-monde ont réclamé un nouvel ordre économique international en 1974, ce qu'ils demandaient, ce qui a été obtenu et ce qu'il en reste aujourd'hui.
- 50 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir l'ordre économique international et le NOEI
- Expliquer le contexte de la revendication (décolonisation, Bandung, Groupe des 77, CNUCED, choc pétrolier)
- Présenter les principales revendications du NOEI
- Dresser le bilan du NOEI et montrer ses prolongements actuels, avec l'exemple de la Guinée
Avant de commencer : Les leçons « Les échanges », « Aspects de l'agriculture spéculative » (termes de l'échange) et « La notion de sous-développement » ; notions d'histoire sur la décolonisation.
1Je découvre
Dans la bibliothèque de son lycée, Ousmane trouve un vieux journal de 1974. Un titre attire son attention : « À l'ONU, le tiers-monde réclame un nouvel ordre économique international ». L'article explique que les pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, devenus indépendants, jugent injuste l'organisation de l'économie mondiale : ils vendent leurs matières premières à bas prix et achètent très cher les produits fabriqués dans les pays riches.
Ousmane fait le lien avec ce qu'il a appris sur la Guinée : un pays riche en bauxite et en or, mais qui transforme peu ses minerais et importe beaucoup de produits manufacturés. Il se demande : « Plus de cinquante ans plus tard, la situation a-t-elle changé ? Qu'ont obtenu ces pays ? »
Qu'est-ce que le nouvel ordre économique international, pourquoi a-t-il été réclamé, que demandait-il, et quel en est le bilan ?
2Je comprends
1. Définitions
L'ordre économique international désigne l'ensemble des règles, des institutions et des rapports de force qui organisent l'économie mondiale : le commerce, la monnaie, les prix des produits, les investissements, l'aide et la dette.
Après la Seconde Guerre mondiale, cet ordre a été construit surtout par les pays industrialisés : Fonds monétaire international et Banque mondiale (accords de Bretton Woods, 1944), GATT (1947). À cette époque, la plupart des pays d'Afrique et une grande partie de l'Asie étaient encore colonisés et n'ont pas participé à ces décisions.
Le nouvel ordre économique international (NOEI) est un projet de réforme de l'économie mondiale, réclamé par les pays du tiers-monde dans les années 1970, pour rendre les relations économiques entre le Nord (pays industrialisés) et le Sud (pays sous-développés) plus justes et plus équilibrées.
2. Le contexte : de l'indépendance politique à la revendication économique
La décolonisation. Entre la fin des années 1940 et les années 1960, de nombreux pays accèdent à l'indépendance ; la Guinée le 2 octobre 1958. Mais ces pays constatent vite que l'indépendance politique ne suffit pas : leur économie reste organisée comme à l'époque coloniale (exportation de produits bruts, importation de produits fabriqués).
L'affirmation du tiers-monde. En 1955, la conférence de Bandung (Indonésie) réunit des pays d'Asie et d'Afrique, qui affirment leur volonté de peser sur les affaires du monde. En 1961, à Belgrade, naît le mouvement des non-alignés, qui refuse de choisir entre les deux blocs de la guerre froide.
La CNUCED et le Groupe des 77. En 1964, l'ONU crée la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). À cette occasion, les pays en développement forment le Groupe des 77 pour défendre ensemble leurs intérêts économiques. Ils dénoncent la détérioration des termes de l'échange : les prix de leurs matières premières progressent moins vite que ceux des produits manufacturés qu'ils importent.
Le choc pétrolier. L'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), créée en 1960, décide en 1973 d'augmenter brutalement le prix du pétrole : c'est le premier choc pétrolier. Pour la première fois, des pays du Sud montrent qu'en s'unissant, ils peuvent imposer leurs prix au Nord. En septembre 1973, le sommet des non-alignés d'Alger appelle à un nouvel ordre économique.
La déclaration de 1974. Le 1er mai 1974, lors d'une session extraordinaire, l'Assemblée générale de l'ONU adopte la Déclaration concernant l'instauration d'un nouvel ordre économique international et un programme d'action. En décembre 1974, elle adopte la Charte des droits et devoirs économiques des États.
- 11955 : conférence de Bandung, le tiers-monde s'affirme
- 21961 : naissance du mouvement des non-alignés à Belgrade
- 31964 : création de la CNUCED et du Groupe des 77
- 41973 : premier choc pétrolier et sommet des non-alignés d'Alger
- 51er mai 1974 : l'ONU adopte la déclaration sur le NOEI
- 6Décembre 1974 : Charte des droits et devoirs économiques des États
3. Les principales revendications du NOEI
Les pays du Sud demandaient notamment :
- La souveraineté permanente sur leurs ressources naturelles : chaque État doit contrôler ses minerais, son pétrole, ses terres, avec le droit de nationaliser les entreprises étrangères qui les exploitent.
- Des prix justes et stables pour les matières premières : accords sur les produits de base, stocks régulateurs, et indexation (lier les prix des matières premières à ceux des produits manufacturés).
- L'accès aux marchés des pays riches pour les produits du Sud, avec des préférences douanières.
- Le transfert de technologies : pouvoir acquérir les techniques industrielles à des conditions favorables.
- L'industrialisation du Sud : transformer sur place les matières premières.
- Le contrôle des firmes multinationales : les obliger à respecter les lois des pays où elles s'installent.
- L'augmentation de l'aide publique au développement : l'ONU avait fixé en 1970 l'objectif, pour les pays riches, de consacrer 0,7 % de leur richesse nationale à l'aide au développement.
- L'allègement de la dette et la réforme du système monétaire international, avec une plus grande place pour les pays du Sud dans les institutions comme le FMI et la Banque mondiale.
- Le Sud vend des produits bruts à bas prix
- Les multinationales contrôlent les ressources
- Industrie concentrée au Nord
- Marchés du Nord protégés
- Institutions dominées par le Nord
- Des prix justes, stables et indexés
- Souveraineté des États sur leurs ressources
- Industrialisation et transfert de technologies vers le Sud
- Accès préférentiel aux marchés du Nord
- Participation du Sud aux décisions
Exemple
Question : « Explique pourquoi les pays du tiers-monde réclamaient l'indexation des prix des matières premières. »
Réponse : Les pays du tiers-monde exportaient surtout des matières premières et importaient des produits manufacturés. Or les prix de leurs exportations montaient moins vite que ceux de leurs importations, et variaient fortement : c'est la détérioration des termes de l'échange. En liant (indexant) le prix des matières premières à celui des produits manufacturés, ils voulaient que leurs recettes augmentent au même rythme que leurs dépenses, afin de pouvoir continuer à acheter des machines et à se développer.
4. Le bilan : des résultats limités
Quelques résultats :
- en 1975, la première convention de Lomé entre la Communauté économique européenne et 46 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) accorde des préférences commerciales et crée le STABEX, qui compense en partie la baisse des recettes d'exportation agricoles ;
- en 1976, à Nairobi, la CNUCED adopte un programme intégré pour les produits de base et le projet d'un fonds commun pour stabiliser les prix ;
- plusieurs pays nationalisent des mines et du pétrole et créent des associations de producteurs sur le modèle de l'OPEP ; en 1974, les pays producteurs de bauxite, dont la Guinée, fondent l'Association internationale de la bauxite, par un accord signé à Conakry le 8 mars 1974 ;
- les pays du Sud obtiennent une plus grande place dans les débats internationaux (dialogue Nord-Sud).
Mais l'essentiel n'a pas été réalisé :
- les pays industrialisés ont refusé la plupart des réformes profondes (indexation, réforme des institutions) ; le sommet Nord-Sud de Cancún (Mexique), en 1981, s'achève sans accord important ;
- les accords sur les produits de base ont peu fonctionné, et les prix des matières premières ont souvent chuté dans les années 1980 ;
- l'unité du tiers-monde s'est affaiblie : pays pétroliers enrichis, pays d'Asie en voie d'industrialisation, pays les plus pauvres de plus en plus en difficulté ;
- à partir de 1982, la crise de la dette frappe de nombreux pays du Sud ; pour obtenir de nouveaux prêts, ils doivent appliquer des programmes d'ajustement structurel (PAS) imposés par le FMI et la Banque mondiale : réduction des dépenses publiques, privatisations, ouverture des marchés. C'est presque le contraire du NOEI ;
- l'objectif de 0,7 % d'aide au développement n'a été atteint que par quelques pays riches.
Exemple
Question : « Pourquoi le NOEI a-t-il largement échoué ? Donne trois raisons. »
Réponse : Premièrement, les pays industrialisés, qui dominaient les institutions internationales, ont refusé les réformes qui menaçaient leurs intérêts, comme l'indexation des prix des matières premières. Deuxièmement, le tiers-monde s'est divisé : les pays pétroliers et les nouveaux pays industriels d'Asie n'avaient plus les mêmes intérêts que les pays les plus pauvres. Troisièmement, la crise de la dette des années 1980 a placé de nombreux pays du Sud sous la tutelle du FMI et de la Banque mondiale, qui ont imposé des programmes d'ajustement structurel contraires aux objectifs du NOEI.
5. Et aujourd'hui ?
L'expression « nouvel ordre économique international » est moins utilisée, mais ses idées restent actuelles :
- les pays du Sud demandent toujours des règles commerciales plus justes à l'OMC, notamment la fin des subventions agricoles des pays riches ;
- des allègements de dette ont été accordés, par exemple dans le cadre de l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), lancée en 1996 ; la Guinée en a bénéficié (point d'achèvement atteint en 2012, avec un allègement d'environ 2,1 milliards de dollars) ;
- les pays émergents (Chine, Inde, Brésil…) pèsent désormais beaucoup plus dans l'économie mondiale et réclament une réforme des institutions internationales ;
- les pays africains cherchent à transformer sur place leurs matières premières et à développer le commerce entre eux (ZLECAf) ;
- la communauté internationale s'est fixé en 2015 des objectifs de développement durable (ODD) pour 2030.
Pour la Guinée, riche en bauxite, en or et en fer, les grands thèmes du NOEI restent d'actualité : contrôler ses ressources, obtenir un juste prix pour ses minerais, transformer sur place, diversifier son économie et négocier des contrats miniers équitables.
Méthode
Pour traiter une question d'histoire-géographie économique comme le NOEI :
- Je définis les termes (ordre économique, NOEI, Nord, Sud).
- Je présente le contexte avec des dates précises.
- J'expose les revendications, classées par thèmes.
- Je dresse le bilan : résultats obtenus, puis limites et causes de l'échec.
- Je conclus en montrant l'actualité du sujet, en particulier pour la Guinée.
3Je retiens
Je retiens
Le NOEI est un projet de réforme de l'économie mondiale réclamé par le tiers-monde pour rendre les relations Nord-Sud plus justes.
Contexte : décolonisation, Bandung (1955), non-alignés (1961), CNUCED et Groupe des 77 (1964), OPEP (1960) et choc pétrolier (1973), sommet d'Alger (1973).
Déclaration de l'ONU sur le NOEI : 1er mai 1974 ; Charte des droits et devoirs économiques des États : décembre 1974.
Revendications : souveraineté sur les ressources (nationalisations), prix justes et stables (indexation), accès aux marchés, transfert de technologies, industrialisation, contrôle des multinationales, aide de 0,7 % (objectif fixé en 1970), réforme du système monétaire.
Résultats limités : Lomé et STABEX (1975), programme intégré pour les produits de base (1976), associations de producteurs (bauxite, 1974).
Échec global : refus du Nord, divisions du Sud, échec de Cancún (1981), crise de la dette (1982) et ajustement structurel.
Aujourd'hui : règles de l'OMC, allègement de la dette (PPTE, 1996), poids des émergents, ZLECAf, ODD (2015).
4Erreurs fréquentes
- Confondre le NOEI avec une organisation : ce n'est pas une institution comme l'OMC ou l'ONU, c'est un projet de réforme adopté sous forme de déclaration par l'ONU.
- Se tromper de date : la déclaration sur le NOEI date du 1er mai 1974, après le choc pétrolier de 1973, et non de l'époque des indépendances.
- Présenter le NOEI comme un succès complet : il a obtenu quelques avancées, mais la plupart de ses objectifs n'ont pas été atteints.
- Oublier le lien avec les termes de l'échange : c'est la principale injustice que dénonçaient les pays du Sud.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Qu'est-ce que le nouvel ordre économique international ?
b) Quand et par quelle institution la déclaration sur le NOEI a-t-elle été adoptée ?
c) Qu'est-ce que le Groupe des 77 ?
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a) Le NOEI est un projet de réforme de l'économie mondiale, réclamé par les pays du tiers-monde dans les années 1970, pour rendre les relations économiques entre le Nord et le Sud plus justes (prix des matières premières, souveraineté sur les ressources, industrialisation, aide, dette).
b) Le 1er mai 1974, par l'Assemblée générale de l'ONU, lors d'une session extraordinaire.
c) Le Groupe des 77 est le regroupement des pays en développement, formé en 1964 lors de la première CNUCED, pour défendre ensemble leurs intérêts économiques dans les négociations internationales.
2Exercice 2
(Chronologie) Range dans l'ordre chronologique et date : crise de la dette ; conférence de Bandung ; déclaration sur le NOEI ; création de la CNUCED ; premier choc pétrolier ; première convention de Lomé ; sommet de Cancún.
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Conférence de Bandung (1955) ; création de la CNUCED (1964) ; premier choc pétrolier (1973) ; déclaration sur le NOEI (1974) ; première convention de Lomé (1975) ; sommet de Cancún (1981) ; crise de la dette (1982).
3Exercice 3
(Calcul) Chiffres imaginaires : un pays riche a une richesse nationale de 2 000 milliards de dollars par an et consacre 6 milliards de dollars à l'aide publique au développement.
a) Quel pourcentage de sa richesse nationale consacre-t-il à l'aide ?
b) Combien devrait-il verser pour atteindre l'objectif de 0,7 % ?
c) Quelle somme manque-t-il ?
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a) 6 ÷ 2 000 × 100 = 0,3 %.
b) 2 000 × 0,7 ÷ 100 = 14 milliards de dollars.
c) 14 − 6 = 8 milliards de dollars.
4Exercice 4
(Analyse de document) Lis ce texte, écrit pour la leçon à partir des idées de la déclaration de 1974 :
« Chaque État a le droit d'exercer une souveraineté pleine et permanente sur ses ressources naturelles, y compris le droit de les nationaliser. Il faut établir un rapport juste et équitable entre les prix des matières premières exportées par les pays en développement et les prix des produits manufacturés qu'ils importent. »
a) Relève deux revendications du NOEI dans ce texte.
b) Quelle injustice la seconde phrase dénonce-t-elle ? Donne son nom.
c) Montre, avec un exemple, que ces idées concernent encore la Guinée aujourd'hui.
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a) La souveraineté permanente des États sur leurs ressources naturelles, avec le droit de nationaliser ; un rapport juste entre les prix des matières premières et ceux des produits manufacturés.
b) Elle dénonce le fait que les prix des matières premières exportées par le Sud évoluent défavorablement par rapport aux prix des produits manufacturés importés : c'est la détérioration des termes de l'échange.
c) La Guinée exporte surtout de la bauxite et de l'or bruts, dont les prix varient sur les marchés mondiaux, et importe des produits manufacturés. Elle cherche aujourd'hui à mieux contrôler ses ressources minières, à négocier des contrats équitables avec les sociétés étrangères et à transformer sur place sa bauxite en alumine : ce sont exactement les objectifs du NOEI.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une vingtaine de lignes, présente le nouvel ordre économique international. Plan : introduction (définition) ; 1. le contexte ; 2. les revendications ; 3. le bilan ; conclusion (actualité pour la Guinée).
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Exemple de rédaction :
Dans les années 1970, les pays du tiers-monde ont réclamé un nouvel ordre économique international (NOEI), c'est-à-dire une réforme de l'économie mondiale pour rendre plus justes les relations entre le Nord industrialisé et le Sud sous-développé.
Cette revendication est née de la décolonisation : devenus indépendants, comme la Guinée en 1958, ces pays constatent que leur économie reste dépendante. Ils s'organisent à Bandung (1955), dans le mouvement des non-alignés (1961), puis au sein de la CNUCED et du Groupe des 77 (1964). Le choc pétrolier de 1973 montre la force des producteurs unis. Le 1er mai 1974, l'ONU adopte la déclaration sur le NOEI.
Les pays du Sud demandent la souveraineté sur leurs ressources, des prix justes et stables pour les matières premières, l'accès aux marchés du Nord, le transfert de technologies, le contrôle des multinationales, plus d'aide et l'allègement de la dette.
Le bilan est limité. Il y a quelques avancées : la convention de Lomé et le STABEX (1975), le programme de la CNUCED sur les produits de base (1976), les associations de producteurs comme celle de la bauxite. Mais le Nord refuse les réformes profondes, le Sud se divise, le sommet de Cancún (1981) échoue, et la crise de la dette de 1982 impose les programmes d'ajustement structurel.
Aujourd'hui, les idées du NOEI restent actuelles : pour la Guinée, contrôler ses ressources, obtenir un juste prix pour ses minerais et les transformer sur place sont toujours des objectifs essentiels.
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6Je vérifie
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