Leçon 3 sur 7
Le sens de la vérité
Je sais expliquer pourquoi l'homme cherche la vérité, quelle valeur elle a pour la connaissance, la liberté, la justice et la morale, et discuter la question « toute vérité est-elle bonne à dire ? ».
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Distinguer les différents sens de l'expression « le sens de la vérité » (signification, direction, valeur)
- Expliquer la valeur de la vérité pour la connaissance, la liberté et la vie en société à l'aide de Platon
- Discuter le devoir de dire la vérité (Kant, Benjamin Constant) et la critique de Nietzsche
Avant de commencer : La notion de vérité et les critères de la vérité (leçons précédentes)
1Je découvre
Hawa est infirmière dans un centre de santé de la région de Labé. Un matin, un vieil homme vient chercher les résultats de ses examens. Les nouvelles ne sont pas bonnes : il est gravement malade. Son fils prend Hawa à part : « Ne lui dites rien, il ne le supportera pas. Dites-lui que tout va bien. »
Hawa hésite. Si elle ment, elle épargne peut-être une grande peine au malade. Mais elle le prive aussi du droit de connaître sa situation, de prendre ses décisions, de se préparer, de dire ce qu'il a à dire à sa famille. Et si elle dit la vérité, comment la dire sans blesser ?
Le soir, elle raconte la scène à son frère Alpha, élève en 12e. Il lui répond : « Chez nous, on dit parfois que la vérité est amère. Mais faut-il pour autant la cacher ? »
Cette situation pose une question plus profonde que « qu'est-ce que la vérité ? » ou « comment la reconnaître ? ».
Pourquoi la vérité compte-t-elle tant pour l'homme : que vaut-elle, et faut-il toujours la chercher et la dire ?
2Je comprends
1. Les trois sens du mot « sens »
L'expression « le sens de la vérité » peut s'entendre de trois façons.
| Sens du mot « sens » | Question posée | Exemple |
|---|---|---|
| Signification | Que veut dire le mot « vérité » ? | Accord de la pensée avec le réel (leçon 1) |
| Direction, but | Vers quoi la recherche de la vérité conduit-elle l'homme ? | Vers la connaissance, la liberté, la justice |
| Valeur, importance | Pourquoi la vérité compte-t-elle ? Faut-il toujours la dire ? | Le cas de l'infirmière Hawa |
On dit aussi de quelqu'un qu'il « a le sens de la vérité » : il a le goût et le souci du vrai, il ne se contente pas de rumeurs, il est honnête. Cette leçon porte surtout sur la valeur et le but de la vérité.
2. La vérité donne sens à la connaissance
Toute recherche de savoir suppose la vérité comme but. Le chercheur, l'historien, le juge, l'élève qui résout un exercice veulent tous atteindre le vrai. Sans cette visée, la science deviendrait un simple jeu d'opinions.
Le philosophe grec Platon (Ve et IVe siècles avant J.-C.) illustre cette idée par l'allégorie de la caverne (République, livre VII). Des prisonniers, enchaînés depuis l'enfance au fond d'une caverne, ne voient que des ombres projetées sur le mur. Ils prennent ces ombres pour la réalité. Si l'un d'eux est libéré, il monte péniblement vers la sortie : la lumière l'éblouit, il souffre, il voudrait revenir en arrière. Mais peu à peu, il découvre les vraies choses et enfin le Soleil. Il comprend alors que sa vie d'avant n'était qu'illusion.
- 1Les prisonniers ne voient que des ombres : c'est le monde des opinions
- 2Un prisonnier est libéré : il doute, il est ébloui, il souffre
- 3Il sort de la caverne et découvre peu à peu les choses réelles
- 4Il contemple le Soleil : il atteint la connaissance vraie
- 5Il redescend pour libérer les autres, qui se moquent de lui et le menacent
Cette allégorie montre trois choses :
- la vérité libère : elle arrache l'homme à l'illusion ;
- la recherche de la vérité est difficile : elle demande effort et courage, car il faut quitter ses habitudes ;
- celui qui dit la vérité peut déranger : les prisonniers restés en bas refusent d'entendre le libéré.
3. La vérité, condition de la liberté
On ne peut pas choisir librement si l'on ignore la réalité de sa situation. Un paysan qui ignore le vrai prix de sa récolte à Conakry peut être trompé par un intermédiaire ; un citoyen mal informé vote au hasard ; un malade à qui l'on cache sa maladie ne peut pas décider de ses soins.
Connaître la vérité, c'est donc pouvoir agir en connaissance de cause. C'est pourquoi la tromperie est une forme de domination : celui qui trompe décide à la place de celui qu'il trompe.
4. La vérité, fondement de la vie en société et de la justice
La vie commune repose sur la confiance. Le commerçant qui pèse honnêtement le riz, le témoin qui dit ce qu'il a vu, le journaliste qui vérifie ses informations rendent la vie sociale possible. Si chacun mentait dès que cela l'arrange, plus personne ne pourrait croire personne : les promesses, les contrats, les témoignages perdraient toute valeur.
Au tribunal, la justice suppose d'établir la vérité des faits : on ne peut punir un coupable ni protéger un innocent sans savoir ce qui s'est réellement passé. Le témoin prête serment de dire la vérité.
Exemple
Question : pourquoi une société où chacun mentirait dès que cela l'arrange deviendrait-elle invivable ?
Étape 1 : la vie commune repose sur des paroles données (promesses, contrats, témoignages, prix affichés).
Étape 2 : une parole n'a de valeur que si l'on peut, en général, lui faire confiance.
Étape 3 : si le mensonge devenait la règle, plus aucune parole ne serait crue ; le mensonge lui-même deviendrait inutile, car personne ne croirait le menteur.
Conclusion : la vérité est une condition de la confiance, donc de la vie en société. C'est l'idée que défend Kant.
5. Faut-il toujours dire la vérité ?
Revenons au cas de Hawa. Deux positions célèbres s'opposent.
Benjamin Constant (écrivain et homme politique français d'origine suisse, 1767-1830) estime, dans un texte de 1797, que dire la vérité est un devoir, mais seulement envers ceux qui ont droit à la vérité. Celui qui veut nuire, par exemple un assassin qui demande où se cache sa victime, n'a pas droit à la vérité : on peut lui mentir.
Emmanuel Kant (philosophe allemand) lui répond en 1797 : la véracité est un devoir absolu, qui ne souffre aucune exception. Même face à l'assassin, mentir est une faute, car le mensonge détruit la confiance sur laquelle repose toute parole humaine. Pour Kant, on ne doit jamais faire de la tromperie une règle d'action.
- Dire la vérité est un devoir absolu
- Aucune exception, même pour sauver quelqu'un
- Le mensonge détruit la confiance de tous
- Dire la vérité est un devoir limité
- On peut mentir à celui qui veut nuire
- Seul celui qui respecte autrui a droit à la vérité
Entre ces deux positions, on peut distinguer mentir, se taire et choisir le moment et la manière de dire. Hawa n'a pas à mentir au malade ; mais elle peut lui parler avec douceur, au bon moment, en présence de sa famille, en lui laissant le temps de poser ses questions. Dire la vérité ne veut pas dire la jeter brutalement : cela demande aussi du tact et du respect.
Exemple
Question : « Toute vérité est-elle bonne à dire ? » Comment organiser la réflexion ?
Sens des termes : « bonne » peut vouloir dire utile, agréable ou moralement juste.
Première idée : la vérité est une valeur, car elle respecte la liberté et la dignité de celui qui la reçoit (le malade a droit de savoir).
Deuxième idée : certaines vérités blessent inutilement ou mettent en danger (révéler la cachette d'une personne menacée).
Troisième idée : le problème n'est pas seulement de dire ou de taire, mais de savoir comment, quand et à qui dire : la vérité exige aussi la délicatesse.
6. Une critique : Nietzsche
Le philosophe allemand Friedrich Nietzsche (XIXe siècle) pose une question dérangeante : pourquoi voulons-nous la vérité plutôt que l'illusion ? Dans un texte écrit en 1873, Vérité et mensonge au sens extra-moral, il soutient que beaucoup de nos « vérités » sont des manières de parler, des images et des conventions que nous avons oublié d'être des inventions humaines. Selon lui, la vie a parfois besoin d'illusions pour être supportable, et la volonté de vérité à tout prix n'est pas forcément bonne pour la vie.
Cette critique ne veut pas dire que « tout est faux ». Elle invite à interroger la valeur que nous donnons à la vérité, et à reconnaître qu'elle est parfois difficile à porter.
7. Bilan
La vérité a un sens pour l'homme parce qu'elle est à la fois le but de la connaissance, la condition de la liberté, le fondement de la confiance et de la justice. Mais la dire exige aussi de la prudence et du respect d'autrui.
Méthode
Pour réfléchir à une question sur la valeur de la vérité :
- Je précise le sens des mots (vérité, valeur, « bonne », devoir).
- Je montre d'abord pourquoi la vérité a de la valeur (connaissance, liberté, confiance, justice).
- J'examine les cas difficiles (vérité qui blesse ou qui met en danger).
- Je présente au moins deux auteurs qui s'opposent (Kant et Constant, Platon et Nietzsche).
- Je conclus en nuançant : dire, taire, comment et quand dire.
3Je retiens
Je retiens
« Sens » de la vérité : sa signification, son but (direction) et sa valeur.
Platon (allégorie de la caverne) : la recherche de la vérité libère de l'illusion, mais elle est difficile et peut déranger.
La vérité est une condition de la liberté : on ne choisit librement que si l'on connaît sa situation.
La vérité fonde la confiance, donc la vie sociale, les contrats et la justice.
Kant : dire la vérité est un devoir absolu. Benjamin Constant : on ne doit la vérité qu'à ceux qui y ont droit.
Nietzsche interroge la valeur même de la vérité : pourquoi la préférer à l'illusion ?
Dire la vérité n'est pas la dire brutalement : elle demande tact et respect.
4Erreurs fréquentes
- Confondre les leçons : ici, on ne demande pas seulement ce qu'est la vérité, mais pourquoi elle compte et si elle doit toujours être dite.
- Opposer seulement « dire » et « mentir » : on oublie la possibilité de se taire, ou de choisir le moment et la manière de dire.
- Résumer Nietzsche par « rien n'est vrai » : il interroge la valeur de la vérité, il ne dit pas qu'il faut mentir sur tout.
- Raconter l'allégorie de la caverne sans l'expliquer : il faut dire ce que représentent les ombres, la sortie et le Soleil.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Donne les trois sens de l'expression « le sens de la vérité ».
b) Que représentent les ombres et le Soleil dans l'allégorie de la caverne ?
c) Résume en deux phrases l'opposition entre Kant et Benjamin Constant.
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a) Le sens de la vérité peut désigner sa signification (ce que veut dire le mot), sa direction ou son but (ce vers quoi la recherche du vrai conduit l'homme) et sa valeur (pourquoi elle compte et s'il faut toujours la dire).
b) Les ombres représentent les opinions et les apparences que l'on prend pour la réalité ; le Soleil représente la vérité la plus haute, ce qui permet de tout comprendre.
c) Pour Kant, dire la vérité est un devoir absolu, sans exception, car le mensonge détruit la confiance entre tous les hommes. Pour Benjamin Constant, on ne doit la vérité qu'à ceux qui y ont droit ; on peut donc mentir à celui qui veut nuire.
2Exercice 2
Explique en quelques lignes pourquoi la vérité est une condition de la liberté. Donne un exemple tiré de la vie en Guinée.
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Être libre, c'est pouvoir choisir en connaissance de cause. Or on ne peut pas bien choisir si l'on ignore la réalité de sa situation : celui qui est trompé décide sur une base fausse, et c'est en réalité le trompeur qui décide pour lui. Par exemple, un producteur de pommes de terre du Fouta-Djallon qui ne connaît pas le prix réel de sa récolte sur les marchés de la capitale peut vendre beaucoup trop bas à un intermédiaire. Connaître la vérité lui permet de négocier et de choisir librement.
3Exercice 3
Vrai ou faux ? Corrige les affirmations fausses.
a) Pour Kant, on peut mentir pour sauver un ami.
b) Pour Platon, le prisonnier libéré est d'abord ébloui et souffre.
c) Pour Nietzsche, il faut toujours préférer la vérité à l'illusion, sans se poser de question.
d) La confiance entre les hommes repose en grande partie sur la vérité de leurs paroles.
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a) Faux. Pour Kant, le mensonge est interdit sans exception, même pour sauver quelqu'un ; c'est Benjamin Constant qui admet ce mensonge.
b) Vrai.
c) Faux. Nietzsche demande justement pourquoi nous préférons la vérité à l'illusion, et pense que la vie a parfois besoin d'illusions.
d) Vrai.
4Exercice 4
(Étude d'un cas) Reprends la situation de l'infirmière Hawa. Présente deux attitudes possibles, avec pour chacune un argument pour et un argument contre, puis dis quelle attitude te paraît la plus juste et pourquoi.
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Première attitude : mentir au malade. Pour : on lui épargne une grande souffrance immédiate. Contre : on le prive de son droit à connaître sa situation et à décider de ses soins et de ses dernières volontés ; on traite un adulte comme un enfant.
Deuxième attitude : lui dire la vérité. Pour : on respecte sa dignité et sa liberté ; il peut se préparer et parler à sa famille. Contre : la nouvelle peut le bouleverser si elle est annoncée brutalement.
Attitude la plus juste : dire la vérité, mais avec tact : choisir le moment, parler avec douceur, laisser le malade poser ses questions, associer la famille. On respecte ainsi à la fois la vérité et la personne.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) Sujet : « Toute vérité est-elle bonne à dire ? » Rédige l'introduction (accroche, définition des termes, problème, annonce du plan) et le plan détaillé en deux ou trois parties.
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Introduction. On dit souvent que la vérité est amère. Pourtant, nous exigeons des autres qu'ils soient honnêtes avec nous. La vérité est l'accord de la parole avec la réalité ; une vérité « bonne à dire » serait une vérité qu'il est juste ou utile de révéler. Le problème est donc de savoir si la valeur de la vérité est absolue, ou si certaines circonstances autorisent à la taire. Nous verrons d'abord que la vérité a une grande valeur, puis que certaines vérités posent problème, enfin que la question porte surtout sur la manière de dire.
I. La vérité est une valeur : elle libère de l'illusion (Platon), elle permet de choisir librement, elle fonde la confiance et la justice ; pour Kant, la véracité est un devoir absolu.
II. Toutes les vérités ne semblent pas bonnes à dire : certaines blessent inutilement, d'autres mettent en danger (Benjamin Constant et l'assassin) ; Nietzsche interroge même la valeur de la vérité pour la vie.
III. Dire vrai avec respect : entre mentir et tout dire brutalement, il y a le tact, le choix du moment, le silence parfois ; la vérité reste la règle, mais elle doit être dite dans le respect de la personne.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.
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