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Philosophie · 12e SE

Leçon 4 sur 7

La vérité comme problème

Je sais expliquer pourquoi la vérité fait problème (peut-on l'atteindre ? est-elle une ou multiple, absolue ou relative ?) et présenter les réponses du dogmatisme, du scepticisme, du relativisme et du doute méthodique.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 3 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Formuler les grandes questions que pose la vérité
  • Présenter et critiquer le dogmatisme, le scepticisme et le relativisme
  • Expliquer le doute méthodique de Descartes et l'idée d'une vérité qui progresse par rectification des erreurs (Bachelard)

Avant de commencer : La notion, les critères et le sens de la vérité (leçons précédentes)

1Je découvre

Pendant le cours de sciences, le professeur de Kadiatou explique qu'au fil des siècles, les savants ont changé plusieurs fois d'avis sur la nature de la lumière, sur la forme de l'atome ou sur le mouvement de la Terre. Kadiatou lève la main : « Monsieur, si les savants se sont trompés autrefois, peut-être que ce qu'on nous apprend aujourd'hui sera faux demain. Alors, à quoi bon apprendre ? »

À la sortie, son camarade Ousmane ajoute : « De toute façon, chacun a sa vérité. Ce qui est vrai chez les uns ne l'est pas chez les autres. » Sa sœur Mariama n'est pas d'accord : « Si chacun a sa vérité, alors 2 + 2 peut faire 5 pour quelqu'un ? Et au tribunal, le coupable aurait sa vérité, la victime aurait la sienne, et personne n'aurait raison ? »

Les trois élèves viennent, sans le savoir, de retrouver un des plus vieux débats de la philosophie.

Peut-on atteindre la vérité ? Et si oui, est-elle la même pour tous, ou chacun a-t-il la sienne ?

2Je comprends

1. Pourquoi la vérité est-elle un problème ?

Un problème, en philosophie, n'est pas une simple question : c'est une difficulté qui naît quand deux réponses opposées semblent toutes deux défendables. La vérité pose problème pour plusieurs raisons :

  • les hommes se trompent souvent, même quand ils se croient certains ;
  • les sens peuvent nous tromper (illusions) ;
  • les opinions varient selon les personnes, les époques et les sociétés ;
  • les sciences elles-mêmes changent et corrigent leurs théories.

D'où trois grandes questions : Pouvons-nous connaître la vérité ? La vérité est-elle une ou multiple ? Est-elle absolue ou relative ?

2. Le dogmatisme : « nous possédons la vérité »

Le dogmatisme est l'attitude qui affirme que l'esprit humain peut atteindre la vérité, et qui tient certaines affirmations pour définitivement vraies, sans les remettre en question. Dans son sens courant, le mot est péjoratif : le dogmatique affirme sans examiner et refuse la discussion.

  • Intérêt : il rappelle que la connaissance est possible ; sans confiance dans la raison, il n'y aurait pas de science.
  • Danger : il ferme l'esprit, empêche de corriger ses erreurs et peut conduire à l'intolérance : celui qui croit détenir toute la vérité refuse d'écouter les autres.

3. Le scepticisme : « nous ne pouvons rien savoir de certain »

Le scepticisme (du grec skeptesthai, « examiner ») est la position qui soutient que l'esprit humain ne peut atteindre aucune vérité certaine. Le philosophe grec Pyrrhon d'Élis (IVe et IIIe siècles avant J.-C.) en est considéré comme le fondateur. Constatant que pour toute affirmation on peut trouver une affirmation contraire tout aussi forte, il recommande la suspension du jugement : ne rien affirmer, ne rien nier. Cette suspension devait conduire à la tranquillité de l'âme.

  • Intérêt : il combat la naïveté et le dogmatisme ; il oblige à examiner.
  • Limite : le scepticisme absolu se contredit. Dire « aucune vérité n'est certaine », c'est affirmer au moins une chose comme certaine. De plus, on ne peut pas vivre sans juger : pour traverser la route, il faut bien tenir pour vrai qu'un camion arrive.

Exemple

Montrer que le scepticisme absolu se contredit.

Le sceptique affirme : « Aucune proposition n'est vraie de façon certaine. »

Question : cette affirmation elle-même est-elle certaine ?

Si oui, alors il existe au moins une proposition certaine : l'affirmation est fausse.

Si non, alors elle n'est pas certaine, et on n'est pas obligé de l'accepter.

Conclusion : dans les deux cas, le scepticisme absolu ne peut pas se soutenir sans se contredire. C'est une réfutation par l'absurde.

4. Le relativisme : « à chacun sa vérité »

Le relativisme soutient que la vérité dépend de celui qui juge : de l'individu, de la culture, de l'époque. Le sophiste grec Protagoras (Ve siècle avant J.-C.) aurait dit que « l'homme est la mesure de toutes choses » : les choses sont pour moi telles qu'elles m'apparaissent, et pour toi telles qu'elles t'apparaissent.

Au XVIIe siècle, le Français Blaise Pascal remarquait avec ironie que ce qui est tenu pour juste d'un côté d'une montagne est tenu pour injuste de l'autre : « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. »

  • Intérêt : le relativisme invite à la tolérance et rappelle que nos perceptions et nos coutumes varient réellement. L'eau d'un marigot paraît froide à celui qui sort du soleil et tiède à celui qui sort d'une pièce fraîche.
  • Limite : poussé jusqu'au bout, il rend impossible toute science, toute justice et toute discussion. Si « chacun a sa vérité », l'accusé et la victime ont raison tous les deux ; les mathématiques deviennent affaire de goût. De plus, il se contredit comme le scepticisme : dire « tout est relatif » est présenté comme une vérité absolue.

Il faut distinguer :

  • ce qui relève du goût et des préférences (aimer le riz au gras ou le fonio) : ici, chacun a son avis, et c'est légitime ;
  • ce qui relève des faits et de la raison (la date de l'indépendance, un théorème, la cause d'une maladie) : ici, « chacun sa vérité » ne tient pas.
Relève du goût (relatif)
  • Préférer le fonio au riz
  • Trouver une chanson belle
  • Aimer la saison des pluies
Relève des faits (vrai ou faux)
  • La Guinée est indépendante depuis 1958
  • L'eau est composée d'hydrogène et d'oxygène
  • Le paludisme est transmis par un moustique
Ne pas confondre les préférences personnelles et les vérités de fait.

5. Une voie entre les deux : le doute méthodique de Descartes

René Descartes (XVIIe siècle) utilise le doute, comme le sceptique, mais dans un but opposé. Le sceptique doute pour douter ; Descartes doute pour trouver une certitude. C'est le doute méthodique : il est volontaire, provisoire et radical.

Dans les Méditations métaphysiques (1641), il rejette tout ce qui peut être mis en doute : les sens (ils trompent parfois), les idées qu'il a reçues, même les mathématiques (il imagine qu'un « malin génie » pourrait le tromper). Mais au bout de ce doute, une chose résiste : pendant que je doute, je pense ; et si je pense, j'existe. C'est le célèbre « Je pense, donc je suis ».

  1. 1Je doute des sens : ils me trompent parfois
  2. 2Je doute des opinions reçues depuis l'enfance
  3. 3Je doute même des vérités mathématiques (hypothèse du malin génie)
  4. 4Une chose résiste au doute : je doute, donc je pense
  5. 5Première certitude : je pense, donc je suis
Le doute méthodique de Descartes : douter pour atteindre une certitude.
Doute sceptique
  • But : suspendre le jugement
  • Définitif
  • Aboutit à ne rien affirmer
Doute cartésien
  • But : trouver une certitude
  • Provisoire
  • Aboutit au « Je pense, donc je suis »
Deux usages opposés du doute.

6. La vérité scientifique : ni absolue ni arbitraire

Revenons à la question de Kadiatou : si les sciences changent, faut-il conclure que rien n'est vrai ? Le philosophe français Gaston Bachelard (XXe siècle) répond que la science progresse en corrigeant ses erreurs. Une nouvelle théorie ne remplace pas la précédente au hasard : elle explique mieux, plus de faits, avec plus de précision. Pour lui, la vérité scientifique est une erreur rectifiée : elle se conquiert contre les obstacles (préjugés, apparences, habitudes de pensée).

La vérité scientifique n'est donc ni absolue (définitive), ni arbitraire (« chacun sa vérité ») : elle est approchée, progressive, et toujours ouverte à la révision. Apprendre les sciences d'aujourd'hui reste utile : c'est la connaissance la plus solide dont nous disposons, et c'est elle qui permettra de la dépasser.

Exemple

Question : « Toute vérité est-elle relative ? » Dégager le problème et les positions.

Définitions : « relative » = qui dépend de celui qui juge ou du contexte ; « absolue » = valable pour tous, partout, toujours.

Oui, en partie : les coutumes, les goûts et les perceptions varient (Protagoras, Pascal).

Non : les vérités mathématiques et les faits établis ne dépendent pas de l'opinion ; le relativisme absolu se contredit.

Dépassement : la vérité scientifique n'est ni absolue ni arbitraire ; elle progresse par rectification (Bachelard). La vérité est un horizon que l'on approche par la recherche commune.

Méthode

Pour traiter un sujet sur la vérité comme problème :

  1. Je définis précisément les termes du sujet (vérité, absolu, relatif, certitude, doute).
  2. Je formule le problème sous la forme d'une tension entre deux réponses défendables.
  3. J'expose une position (par exemple le relativisme) avec son intérêt et un exemple.
  4. Je montre ses limites (contradiction interne, conséquences inacceptables).
  5. Je propose un dépassement (doute méthodique, vérité qui progresse) et je conclus.

3Je retiens

Je retiens

La vérité est un problème : les hommes se trompent, les opinions varient, les sciences changent.

Dogmatisme : affirmer posséder la vérité sans examen. Risque : fermeture d'esprit et intolérance.

Scepticisme (Pyrrhon) : on ne peut rien savoir de certain ; suspendre son jugement. Limite : il se contredit.

Relativisme (Protagoras : « l'homme est la mesure de toutes choses ») : la vérité dépend de celui qui juge. Limite : il rend impossibles la science et la justice.

Doute méthodique (Descartes) : douter volontairement pour atteindre une certitude : « Je pense, donc je suis ».

Bachelard : la vérité scientifique est une erreur rectifiée ; elle progresse et reste ouverte à la révision.

Distinguer ce qui relève du goût (relatif) et ce qui relève des faits et de la raison.

4Erreurs fréquentes

  • Confondre doute sceptique et doute cartésien : Descartes ne reste pas dans le doute, il s'en sert pour trouver une certitude.
  • Dire « chacun sa vérité » pour tout : c'est vrai pour les goûts, faux pour les faits et les démonstrations.
  • Conclure du progrès des sciences que « rien n'est vrai » : une théorie corrigée est plus proche de la vérité, pas plus éloignée.
  • Présenter une position sans la critiquer : en philosophie, chaque thèse doit être discutée.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis le dogmatisme, le scepticisme et le relativisme.

b) Quelle phrase célèbre attribue-t-on à Protagoras ? Que signifie-t-elle ?

c) Quelles sont les trois caractéristiques du doute cartésien ?

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a) Le dogmatisme est l'attitude qui affirme posséder la vérité et tient certaines affirmations pour définitivement vraies, sans les examiner. Le scepticisme soutient que l'esprit humain ne peut atteindre aucune vérité certaine et recommande de suspendre son jugement. Le relativisme soutient que la vérité dépend de celui qui juge (individu, culture, époque).

b) « L'homme est la mesure de toutes choses. » Cela signifie que les choses sont pour chacun telles qu'elles lui apparaissent : il n'y aurait pas de vérité indépendante de celui qui juge.

c) Le doute cartésien est volontaire (Descartes décide de douter), provisoire (il s'arrête quand une certitude est trouvée) et radical (il porte sur tout ce qui peut être mis en doute). On dit aussi qu'il est méthodique : il est un moyen pour trouver la vérité.

2Exercice 2

Identifie la position (dogmatisme, scepticisme, relativisme ou doute méthodique) exprimée par chaque phrase.

a) « Ce que je pense est vrai, inutile d'en discuter. »

b) « Je vais tout remettre en question pour voir ce qui résiste. »

c) « On ne peut jamais rien savoir, alors je ne me prononce sur rien. »

d) « Chaque peuple a sa vérité, aucune ne vaut mieux qu'une autre. »

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a) Dogmatisme.

b) Doute méthodique.

c) Scepticisme.

d) Relativisme.

3Exercice 3

Montre en quelques lignes que la phrase « tout est relatif » se contredit elle-même.

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Celui qui dit « tout est relatif » présente sa phrase comme vraie pour tout le monde, partout et toujours, c'est-à-dire comme une vérité absolue. Or, si tout est relatif, cette phrase aussi est relative : elle n'est vraie que pour celui qui la dit, et personne n'est obligé de l'accepter. Soit elle est absolue, et alors tout n'est pas relatif ; soit elle est relative, et alors elle perd sa force. Dans les deux cas, elle se contredit.

4Exercice 4

(Réponse à Kadiatou) Kadiatou dit : « Si les savants se sont trompés autrefois, ce qu'on nous apprend aujourd'hui sera peut-être faux demain. Alors, à quoi bon apprendre ? » Réponds-lui en un paragraphe en t'appuyant sur Bachelard.

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Chère Kadiatou, il est vrai que les savants ont changé d'avis plusieurs fois. Mais cela ne veut pas dire que tout se vaut. Pour Gaston Bachelard, la science progresse en corrigeant ses erreurs : chaque nouvelle théorie explique plus de faits et avec plus de précision que la précédente. La vérité scientifique est une « erreur rectifiée ». Ce que tu apprends aujourd'hui est la connaissance la plus solide dont nous disposons ; elle permet déjà de soigner, de construire, de prévoir. Et si un jour elle est corrigée, ce sera par des personnes qui l'auront d'abord apprise et comprise. Apprendre, c'est donc entrer dans une recherche qui avance.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) Sujet : « Chacun a-t-il sa vérité ? » Rédige l'introduction et le plan détaillé en trois parties, avec pour chaque partie une idée, un auteur et un exemple.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction. On entend souvent dire : « À chacun sa vérité. » Cette formule semble tolérante. Mais si chacun a sa vérité, comment un juge peut-il trancher, comment un savant peut-il avoir raison ? La vérité est l'accord de la pensée avec le réel ; dire que chacun a la sienne, c'est supposer qu'elle dépend de celui qui juge. Le problème est donc : la vérité est-elle relative à chacun, ou vaut-elle pour tous ?

I. Oui, en un sens, chacun a sa vérité. Idée : nos perceptions, nos goûts et nos coutumes varient. Auteur : Protagoras (« l'homme est la mesure de toutes choses »), Pascal. Exemple : l'eau du marigot paraît froide ou tiède selon d'où l'on vient.

II. Non, la vérité ne peut pas dépendre de chacun. Idée : le relativisme absolu se contredit et rend impossibles la science et la justice. Auteur : réfutation classique du relativisme (Platon critique Protagoras). Exemple : au tribunal, l'accusé et la victime ne peuvent pas avoir raison tous les deux sur les faits.

III. La vérité est commune, mais elle se cherche ensemble. Idée : la vérité n'est pas possédée d'avance, elle se conquiert par le doute et la rectification des erreurs. Auteurs : Descartes (doute méthodique), Bachelard (erreur rectifiée). Exemple : les théories scientifiques qui progressent.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Le scepticisme recommande :
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Réponse B : de suspendre son jugement. Pour le sceptique, on ne peut rien savoir de certain ; il vaut mieux ne rien affirmer ni nier.

2« L'homme est la mesure de toutes choses » est une formule attribuée à :
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Réponse B : Protagoras. C'est la formule du sophiste Protagoras, rapportée par Platon ; elle exprime le relativisme.

3Le doute de Descartes est dit méthodique parce que :
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Réponse A : il sert de moyen pour atteindre une certitude. Descartes doute volontairement et provisoirement pour trouver ce qui résiste au doute.

4Pourquoi le relativisme absolu pose-t-il problème ?
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Réponse B : parce qu'il se contredit et rend impossibles la science et la justice. Dire « tout est relatif » revient à poser une vérité absolue ; et si chacun a raison, personne ne peut trancher.

5Pour Bachelard, la vérité scientifique est :
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Réponse C : une erreur rectifiée, qui progresse. La science avance en corrigeant ses erreurs et en surmontant les obstacles.

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